LXXX INTRODUCTION
OU le remède consiste dans des qualités de Vesprit opposées à ces défauts? Pareillement il suffit de bien connaître les erreurs constantes ou les dispontions à terreur , le préjugé , la préoccupation et la prévention pour concevoir d*abord ce qu'il faut faire pour y échapper ou pour en guérin Le moyen de se défendre ou de se défaire des préjugés^ c'est-à-dire des erreurs de V autorité^ c'est de ne pas croire légèrement à la parole d'aulrui, de ne pas céder à toutes les impressions, d'examiner par soi-même, de tout ramener à l'éTidence de la raison. lits préoccupations ou erreurs de la science n'auraient pas lieu, si ceux qui s'adonnent à une science ne s'y livraient pas avec une ardeur exclusive et sans mesure, au point de ne plus voir qu'elle et de ne rien estimer que par rapport à elle : il faudrait donc, pour éviter cet engouement, garder une certaine indépendance 4'esprit, ne pas se dévouer à l'étude d'une science de telle sorte qu'on perdit de vue et qu*on négligeât toutes les autres ; il faudrait se représenter continuellement les rapports de l'une avec les autres, condition sans laquelle on ne saurait joindre l'étendue et la vérité à la profondeur. Enfin, les préventions ou erreurs du ctmr se détruisent par une attention constante à juger les personnes, non pas suivant les sentiments qu'on éprouve pour elles, mais selon la raison et l'équité, ayant soin toutefois, en se roidissant contre l'inclination de la volonté, de ne pas se rendre injuste à contre-biais , comme dit Pascal.
Cette théorie de l'erreur, brièvement esquissée d'après les indications de la synonymique, n'est pas parfaite assurément. Elle a besoin, sinon de corrections, au moins de développements, de recherches ultérieures pour lesqueUes est indispensable l'observation directe des opérations de l'esprit. La réflexion seule peut nous apprendre , par exemple , les mille manières dont notre âme se prévient , se préoccupe ou se rempUt de pr^ugés , et par conséquent les moyens précis de nous mettre en garde contre tout danger de cette espèce. D'un autre côté, il y a des méprises de bien des sortes que le langage commun ne désigne pas par des termes particuliers. On en commet *en se servant mal des sens, de la mémoire, de l'abstraction et de toutes les autres facultés intellectuelles. Or, c'est uniquement en consultant la conscience qu'on arrive, sur ces erreurs, leurs causes et leurs remèdes, à des idées précises. Ainsi, lorsque nous percevons les objets, nous nous méprenons assez souvent sur leur forme et leur distance. Tout ce que le bon sens nous prescrit alors pour remédier au mal, ou pour le prévenir, c'est d'être attentif, d'examiner, de ne pas juger précipitamment. Mais la j)sychologie fournit à cet égard des règles spéciales et d'un effet plus sûr. Elle nous enseigne que, les hommes s'étant accoutumés, pour avancer plus vite dans la formation de leurs connaissanceè, à joindre aux perceptions propres d'un seûs celles d'un autre , il faut , en cas d'erreur ou pour échapper à l'erreur, restituer à chaque sens la perception de la qualité que \a nature Ta chargé de percevoir, juger de la forme et de la distance, non pas par la vue, mais par le toucher , ou tout au moins vérifier les perceptions de la vue par celles dutoucher.
Cependant, quoique cette théorie ou cette classification, empruntée au sens