‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 30 sur 426 · LXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXII INTRODUCTION

cun fait essentiel. Et, d*atttre part, pour différender et classer tous ces phénomènes, on ne saurait mieux faire que de développei: les significations relatives des mots qui les expriment, en suivant la méthode synonymique, en cherchant à s*éclairer par Tétymologie et par Tusage. Il y a entre les mots et les idées, dont ils sont les signes, une étroite affinité ; la lumière jetée sur les uns rejaillit sur les autres, et on ne saurait déterminer les caractères relatifs et différentiels des 'uns sans faire connaître en même temps ceux des autres.

Un seul psychologue, à notre connaissance du moins, paraît avoir apprécié ' comme Leibnitz cette méthode qui devrait être universellement pratiquée. C'est M. Scheidler, professeur de philosophie à l'université d'Iéna. Dans son Manuel de psychologie^ l'un des meilleurs ouvrages sans contredit que l'Allemagne possède en ce genre, et elle en possède beaucoup, il s'applique souvent à caractériser et à distinguer les faits de conscieface les plus voisins, les plus aisés à confondre, en déterminant le sens précis des mots quasi-équivalents qui les expriment dans le langage commun, et, pour les détails, il Irenvoie continuellement aux SjffUH nymes allemands d'Eberhard.

Mais un exemple tiré de notre propre langue sera plus frappant et plus propre à faire comprendre combien sont instructives pour le psychologue les indications de la synonymique. Je choisis celles qu'elle fournit relativement à l'une des questions les plus importantes et les plus diversement résolues de la pliilosophie, c'est-à-dire la question de nos erreurs. Quelles sont toutes nos erreurs? Ciomment les classer? Quelles en sont les causes et quels doivent en être les ' remèdes? L'examen comparatif et la distinction de tous les mots qui, dans notre langue, signifient l'erreur, conduit sur ce point à une théorie du sens commun supérieure à celle des philosophes sous plus d'un rapport, et dont la connaissance est indispensable pour ceux qui prétendront sur le même sujet faire faire de nouveaux pas à la science.

La plupart des philosophes qui se sont occupés de l'erreur ne l'ont guère fait qu'incidemment, et dans un esprit de système et d'exclusion. Ainsi Aristote, le philosophe logicien par excellence, n'a parié que des erreurs qui ont leur source dans un mauvais emploi du raisonnement, c'est-à-dire des sophismes. Condillac, qui s'était exagéré les secours que le langage prête à la pensée , réduisit toutes nos erreurs à des malentendus; suivant lui, l'erreur serait impossible avec une langue bien faite. Pareillement, dans l'école cartésienne, l'erreur est rapportée^ une seule cause, la précipitation à juger , l'abus de la Uberté qui se porte à affirmer avant que l'esprit soit suffisamment éclairé : opinion qui peut être vraie en soi, mais qui n'apprend rien sur les variétés et les causes de l'erreur. Bacon entre dans de plus longs détails. Il donne de nos erreurs un dénombrement que Reid se borne à reproduire en l'expliquant. Mais Bacon avait en vue de combattre la science de son temps et de préparer les esprits à la révolution scientifique qu'il annonçait ; de là vient que sa classification ne comprend guère que les erreurs spéculatives et exclut celles de la vie commune. La théorie, qu'on peut emprunter à Malebranclie, semble d'abord plus satisfaisante. Ayant remarqué que nous

INTRCrDUCTIOIf. UXIU

noas trompons en nous servant mal de nos sens, de notre imagination, de notre entendement pnr, et en dirigeant mal nos passions et nos inclinations» ce. philosophe avait reconnu cinq espèces et cinq sources d'erreurs. Cette liste peut être augmentée; car nous nous trompons en usant mal, non-seulement des sens^ de l'imagination et de l'entendement pur, mais encore de tous nos autres moyens de connaître, le raisonnement, la mémoire, l'abstraction, l'induction, YanaJogie, le témoignage des hommes, le langage, etc. Mais elle sera toujours arbitraire et susceptible de s'étendre ou de se resserrer suivant qu'on admet plus ou moins de moyens de connaître et plus ou moins d'inclinations ayant sur Fesprit une influence pernicieuse. Elle a un autre défaut plus considérable, c'est qu'elle signale bien les occasions , mais non pas les causes , ni par conséquent les renièdes de nos erreurs. Enfin, elle ne saurait être complète : elle suppose que toutes nos erreurs sont subjectives, que nous les commettons toutes par notre bute ; mais il y a des illusions et des préjugés auxquels nous tombons en proie» sans qu'il dépende de nous d'y échapper.

Que si on laisse les théories philosophiques pour interroger sur la même matière le; langage conunun, on obtient des notions plus étendues, plus vraies et plus appropriées au but qu'on se propose en cherchant à connaître les erreurs, savoir d'en découvrir toutes les espèces, les causes et les remèdes.

D'abord^ il Eaut fixer le sens du mot erreur lui-même. L'erreur est le contraire delà vérité : c'est une £ausse opinion qu'on adopte, quelque chose de faux qu'on tient pour Ttai. Erreur exprime cette idée d'une manière entièrement générale et sans aucun accessoire. Ses synonymes y ajoutent chacun un trait particulier ; . ce sont: P effarement;^:' sophisme et paralogisme; 3* malentendu; 4* illusion; 5* méprise^ mécompte et bévue; 6* préjugé^ préoccupation et prévention.

!• Égarement est parmi tous les mots de cette famille un des plus remarquables, tant parla nuance caractéristique qui le différencie des autres, que par la gravité de l'erreur qu'il signifie. Les égarements sont proprement les erreurs de la raison^ des erreurs moralement répréhensibles, parce qu'elles sont dangereases par les conséquences, parce qu'elles font tomber dans des fautes de con* dnile, qu'elles font sortir de la droite voie, qu'elles mènent au désordre ou au dérèglement des mœurs. Toutes les autres erreurs ne se présentent que sous un point de vue purement logique et théorique; elles ne sont opposées qu'au vrai : les égaremaUs le sont en même temps au vrai et au bien, en un mot à la sagesse. On dit : les égarements des sophistes. Dans les Provinciales^ Pascal reproche aux jésuites les égarements de leurs casuistes. « La sagesse où l'on nous mène, dit Bossuet, est si sublime, qu'elle paraît folie à notre sagesse; et les règles en sont si hautes, que tout nous y paraît un égarement. • Et ailleurs : « L'âme sort quelquefois des limites que la raison lui prescrit; et ainsi, parmi les mouvements ' ^ diversifient en tant de manières la vie humaine, il faut compter les égare^ 9enis et les fautes. » Pareillement J. J. Rousseau parlant de lui-même ; c Je Wmsjusqu^à Tâge de quarante ans, flottant entre l'indigence et la fortune, ^Ja sagesse et Yégarement. > — Que si les égarements ne se rapportent pas

LXXI? OITMDUCTKm.

toujours à la pratique, œ sont toujours les plus grondes erreurs, car dles sont l'effet d'une sorte de démence, et consistent à s'écarter 4es règles ou des prindpes essentiels du Trai, à extraTaguer et à ee perdre : « Montaigne est inconiparable pour conTaincre la raison de son peu de lumière et de ses égare^ umtit. » Pasc

S* Les sophismei sont les erreun du fmUamnemmi. Or, les &utes qu'on peut tïommettre en raisonnant sont tellement particulières et si bien connues depuis Aristote, qu*il n'est pas à craindre qu'on les confonde avec d'autres; aussi leur as8igne-t-on une place à port dans to«B les traités de logique. Leur distinction d'avec les autres erreurs est évidente; il a^est besoin à cet ^^gard d'aucun rapprochement ni d'aucun édaircissement.

Les pandogismn se rangent à cMé des êopkknuê^ dont ils ne diffèrent pas essentiellement. Les deux mots signifient des raisonnements foux, des arguments vicieux, et les mêmes, mais considérés sous un autre point de vue. Paralogisme ne suppose point d'artifice dans cdui qui foit f erreur désignée par œ lerme : le paràiogi$man*e^ pas insidieux et captieux comme le tophismt; on ne le oommet pas à dessein, dSsi de tromper, mais sans s'en aperoevoir et en se trompant soinnème ; ce n'est pas une subtilité dialeclique qui en impose, mais un défaut de logique par lequel on s'en impose. Dans ses réponses à Bossuet, Fénelon commence par réfiiter ce qu'il appelle les paralogisnm de son adversaire ; mais il finit par lui reprocher ^es -tophitmef^ ne caraîgnant plus, dans son pressant besoin, et dans l'ardeur de la dispute, « de nommer les choses par leurs noms, • comme il le dit lui-même.— Le parahgi$me échappe, on ne le M\ ni sd^nment ni volontairement. < Il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des pomfegismes. « Dbsc. « Sûrs alors qu'il s'est glissé dans leiers principes et dans leurs raisonnements quelque paralogisme , qu'ils n'ent pas aperçu, les géomètres ne 8'arrétent pas qu'ils ne le trouvent. » J. J. « Les académiciens triomphaient làdessus fort mal à propos et seulement & 4a &tenr Ae6 parahgismes dont ils ne s'apercevaient pas. » Lab. Mais le s&phismê est arrangé tout exprès pour surprendre les autres : c'est, selon la juste définition de Marmontd , un ai^ment captieux et de mauvaise foi. « Pour découvrir tous les sophismes et toutes les équivoques des raisonnements captieux, les logiciens ont inventé des noms barbares. • Pasg. > Je vous vois venir, vous voulez faire un sophisme. » Fén. « Bt puis vous ne cherchez que des sophismes pour eonfondre des choses si difiërentes et pour me rendre odieux. » Id. « Les sephùmes par lesquels les canonistes ont cherché à embarrasser cette question si simple. » Voit. ^ Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophis$nes pour justifier leurs transgressions. » Id.

d* Les malentendus sont les erreurs du langage. Ils <X)nsistent A mal entendre les mots, ce qui peut airiver de deux manières principales. Ou bien on confond les différentes acceptions d'un même mot , on passe insensiblement de l'une à l'autre, on ne s'entend plus avec soi-même; et, quand on paiie a^oc quelqu'un, on ne «'entend pas aveclui, parce que diaeunpeûse aune acoep-

INTROBUCTTOlf, XXXV

tîon diffîrenle du mhne mot; ou bien on- confond les «ignlficatimiB de mots différents, on les prend pour synonymes, on attribue faussement à ridée représentée par Vim ce qui convient à l'idée signifiée par l'autre. De là, dans les denx cas, Aes di^utes de mots, des logomacbies interminables, quand peut^ è\re on est fl*accord pour le fond. Les malentendus peuvent être aussi causés par des embarras et des vices de construction dans les phrases, ou bien encore parle manque ou Finsuffîsance d'explications, d'instructions, de détails. Donner l'éclaircissement d'un malentendu (J. J). « Le temps et l'expérience ayant montré qnH J avait beaucoup de malentendu et de disputea de mots dans nos controverses, on a sujet d'espérer que par ces éclaircissements elles seront terminées. > Boss. « Presque toutes les opinions populaires étant fondées sur des équivoques, sur l'abus des mots..*., la terre, depuis seize cents ans, a été ensanglantée pour des logomachies , pour des malentendus. » Tc^r.

4"* Les illusions sont des erreurs presque tout objectives; au lieu que les mi^ prises, les mécomptes et les bévues sont des erreurs principalement subjectives. Smvant une remarque judicieuse de Port-Royal, on peut en général rappoiter tontes nos erreurs en partie au sujet qui volt et juge mal , qui se trompe, et en parfie à l'objet qui se présente mal , qui trompe par une fausse apparence. Presque toujours ces deux causes , l'une intérieure et l'autre extérieure , concourent ensemble , et limerait ditScHe de fEure la part de l'une «t de l'autre dans quelques-unes de ilM «meuES. Cependant, il y «a a qui scmt plus particulièrement de notre foit, que nous commettons , gui nous sont imputables et auxgueUes contrîbae très-peu l'obscurité ou la disposiGon artificieuse des objets. Elles peuvent être appelées en conséquence des erreurs subjectives : ce sont les méprises^ les mécan^ies et les bévues. D'antres, au contraire, nous sont, pour ainsi dire, inspirées nu imposées par les choses ; nous les subissons : ce sont des erreurs objectives. Dr, « il est utile, ajoute Port-Royal, dont nous copions id les paroles, de considérer séparément ces iUusionSf qui naissent principalement des choses mêmes. ■>

JUusian est le mot propre; c^est en effet celui qui, dans notre langue , exprime ces eiTeurs dont nous sommes les victimes plutôt que les causes. Dans rnivjton, les choses se jouent, se moquent de nous, en quelque sorte (tlludunf) : nous en sommes les jouets^ les dupes ; ce ifest pas "à nous qu'il faut s'en prendre de notre faux jugement, mais aux apparences qui nous trompent, qui nous charment, nous tascinent ; nous sommes plus à plaindre qu'à blâmer. A ce c^ef se rapportent les erreurs de Vimagination^ qui deviennent celles de f amour-propre^ quand on s'y prête parce qu'on s'y complaît. Elles ne laissent pas d'être des erreurs objectives, quoique leur principale cause semble être tout intérieure. 17entendement, qui est la faculté judiciaire, se trouve toujours soumis à une influence décevante et séduisante qui l'éblouit et le trouble ; seulement alors la fantaisie est le magicien ou l'imposteur qui s'amuse de nous et nous procure des hallucinations, S^ Quant à la méprise^ aximécompte et li la bévuCf c'est tellement leur caractère propre de dépendre du sujet, que ces trois mots s^emploient bien avec le verbe

LXXYI INTRODUCTION.

commettre^ et qu'ils signifient des fautes aussi bien ({ue des erreurs. Ces erreurs diffèrent très-peu» quant à leurs causes, qui sont l'ignorance, Tinexpérience ou le défaut d'attention» l'étourderie, la légèreté ; et cette grande ressemblance tient à ce que les trois mots commencent par la même particule méy équivalente à ma/, laquelle indique une opération mal faite. Pour bévue^ peut-être est-ce comme mévue^ qui n'existe pas, ou bien bé est pour bis^ comme dans besace et béskle, et signifie qu'on voit double» c'est-à-dire mal, qu'on a la berlue. Cependant il s'en £autbien queWpn^a, tnécompie et bévue aient absolument le même sens.

Méprise est le terme le plus général des trois; il signifie toute erreur commise par inadvertance et consistant à mal prendre les choses, à les prendre autrement qu'ellesne sont. Ainsi on dit une méprise ou les méprises des sens, pour marquer qu'ils nous donnent de fausses perceptions, faute d'attention et d'examen ; cette dernière idée accessoire est étrangère à erreurs des sens, et illusions des sens fait entendre autre chose, c'est que les sens sont dupes ou nous rendent dupes d'une apparence trompeuse. Mais méprise s'emploie plus ordinairement dans une aoception moins étendue pour désigner une erreur, qui consiste à prendre une chose au Ucu d'une autre qu'on devait prendre, à prendre martre pour renarcf, comme dit le proverbe. Ce mot suppose une option ou une alternative dont on se tire mal.

La méprise est plaisante» et tu te brouiUes bien ; An Ueu de ton portrait tu m'as rendu le mien. Mol.

Voua donnez une main pour Tautre par méprise. Riov.

Voltaire cite comme exemple de méprise celle d'un courrier qui se rendit à Augerville au lieu d'aller à Angcrville. Une mef/^rt^e consiste aussi à mettre sur une lettre l'adresse d'une personne pour laquelle cette lettre n'est point écrite. On connaît la méprise de Mucius Scévola, qui prit un officier de Porsenna pour Porsenna lui-même, et dans VAvare^ de Molière', celle d'Harpagon qui applique à sa chère cassette ce qui est dit de sa fille.

Le mécompte est une méprise ou tme erreur commise par inadvertance, mais résultant d'une opération particulière de l'esprit, et sans l'idée de choix, souvent et peut-être toujours propre à méprise. C'est une erreur de compte ou de calcul. On se mécompte en arithmétique (Volt.), on ne s'y méprend pas proprement. On commet des mécomptes en fait d'hydraulique et de forces mouvantes (Volt.), dans une répartition (Lah.). « Des mécomptes de chronologie ne ruinent pas la vérité d'un fait. » Volt. « Deux légers mécomptes dans le calcul de Jules César, par rapport au calendrier, augmentèrent dans la suite des siècles. » Volt. Figurément, mécompte se prend pour un espoir mal calculé, pour une erreur de coi^ecture. « Ce qui fait le mécompte dans la reconnaissance qu'on attend des grftces que l'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne et l'orgueH de celui qui reçoit ne peuvent convenir du prix du bienfait. > Larogh.

Ija. bévue est une méprise grossière. Toute méprise^ toute erreur dont on se rend coupable est une bévue^ quand elle est grossière. C'est la sottise souvent

IHTKODUCTIOK. LXXVII

ridicide d*iin homme gai n*; voit goutte* J. J* Rousseau donne k ce mot pour synonyme 6abmn&e, et Voltaire remploie comme équivalent à grande méprise, i wUprUe on à erreur grossière^ à sottise^ à dnerie, « On tous montre dans le Tes^ tamemt politique des méprises grossières ; montrez-nous donc quelques preuves convaincantes que le cardinal de Richelieu est en effet l'auteur de ces bévues.» YoLT. « L'Académie des inscriptions a mis dans cette inscription que l'on meswre un are du méridien sous téquateur. Est-il possible que toute une académie Casse one Anerie pareille, et qu'il faille que M. Maffei, un étranger, redresse nos bévues? » n>. Molière se moque des bévues des médecins. Des foutes grossières de cbronoiogie sont des bévues (Roll.). Un traducteur commet une bévue, quand il prend un nom appellatif pour un nom propre, i-xlx»^ huitième, pour un roi Ogdous(RoiL.), vuaiiaiem abbaiem, un abbé guerrier, pour l'abbé Martial (Volt.). On dit proprement nue lourde bévue (Acai)., Volt., Lah.).

6* Préfugéy préoeeupatian et prévention sont trois noms donnés à une même variélé de l'emeor, très-iitiportante et qui mérite d'être caractérisée avec soin.

On a toujours, et avec raison , comparé les erreurs aux maladies. L'esprit accomplit certaines fonctions qui ont pour fin la connaissance de la vérité , de même que l'organisme remplit les siennes, dont la fin est la santé du corps; et, comme il y a maladie lorsque les fonctions du corps sont dérangées ou empêchées, ûnsi il y a erreur lorsque celles de l'esprit se font mal et n'ont point la Téritë pour résultat. L'analogie ne s'arrête point là. Toutes les maladies se partagent en deux classes : les unes sont passagères et dépendent ordinairement de causes acddentdles, un coup, une blessure, une chute, un refroidissement; ies autres sont permanentes ou périodiques, et leurs causes résident dans la constitution même du sujet : ce sont plutôt des dispositions maladives de famille ou contractées depuis plus ou moins de temps, comme la migraine et la phtbisie. La même division s'applique exactement aux erreurs, si on s'en rapporte aux mots qui en expriment les espèces dans notre langue commune. Les uns, c'est-à-dire tous ceux dont il a déjà été question, égarement, sophisme, foraiogismej maleniendu, illusion^ méprise ^ mécompte et bévue ^ signifient en effet des erreurs passagères, momentanées, qui dépendent de causes accidentelles, une surprise ou une inadvertance ; d'autres marquent des erreurs permanentes ou plutôt des dispositions à l'erreur, lesquelles dépendent d'habitudes ou d'inclinations intellectuelles vicieuses contractées auparavant : ce sont préfugé, préoec^paHanei prévention. Ils expriment, non pas, comme les premiers, des actes, des accidents, des foutes, mais des plis pris ou des états; non pas des erreurs effectives et actuelles seulement, mais des dispositions prochaines à l'erreur, qui sont invétérées et durables.

la syllabe prë, qui se trouve au commencement des mots préjugé, préoceu^ potion et prévention, indique qu'ils désignent des impressions préalables, antérieures à l'examen des choses dont on juge; et ces' anticipations, pour ainsi dire, produisent sur l'esprit le même effet : elles l'obscurcissent, elles ne lui Ussent pas toute sa liberté, elles l'empêchent d'examiner ou de bien examiner

LXXYIM HCnODIKSnHl

et de juger sainemeat.. On » frompe toujours qoaaâ oa ne consulte que ses préjugésy ses préœeupatiima et aesprétfentionf. Pour atteindre la vàrité, la raison doit être exempte ou dégagée de pr^gén^ de prioDewpaiixm^ ^ de prévmtkm. Telle est l'idée ooimniiae aux trois mots : Toici kmrs diliÊraioes.

Les préjugés ont rapport aux croyances , aiiix opinions Us rendent tranchant, décisif; il foni qu'au lieu de cherdier à apinrécier psr set-méme les choses, on s'en tient à ce qu'on nous eaa dit dans l'enfemce, dans ks écoles, dans notre pays, dans notre fanâUe. Ils ont pour causes,, d'une part,.uff excès de déférence pour les lumières d'autrui,. une soumission ateugle à ce qu'on nous enseagne, et, de l'autre, la faiblesse oula paresse de Fesprit. « L'esprit^ £t Bossiaet, aime mieux juger que d^examiner les raîâon&, pance qim la décisien lui ptatlt el qoe Texamen le travaille. » Depuis Bescartes surtout, ks- pdiilosiyplBes ne cessent de faire la guerre aux pr^ugés; ils ^veulent qu'on soumette tout k Teiemm de h raison , et que riea n'entre cbns la créance que ce qui paratt évident à diacon. C'est aux préjugée qu'on a dbnné le nom assez juste terreurs de Pautarité.

La préoeevpaUoH sefalt plutôt saitir en matière de scienees. Elle rend exclusif; elle fait que l'esprit, plein de certaines idées, leur accorde beaucoup troc* dlnpcNrtance, et que, s'il conseni encore à ai admettre de contviaires, il ne k» donne que peu ou point d'altealioii: ou les considère sous un fiiux point deyue, parce qu'il en juge par celles dont il est possédé. C'est l'œlètement d'un esprit étroit, qui, s'étant appliqué à. une étude, est bouché pour tout le reste* Bacon revient souvent sur oe défaut* )Calebl»Bche l'a parfaitement décrit, surtout dans un chapitre de sa Seehewbe de la vérité, intitulé Be la piréoampation ébs eammentateurs. H traduit plusieurs fois ce mol: par celui d'entètemeuft. «• Vn homme entêté d'Aristote, dit-il pour citer un exemple, ne peut goflter qu'Aristote: il veut juger de tout par rapport i Arislote ; ce qui est contraire à oe philosoplie lui parait faux. ^Le^préotcupatùms peuvent être appelées ks erreurs de la science. La prévention se rapporte aux jugements à Tégard des personnes. EUe rend passionné et partial; son effet propre est de disposer d'une manière favorsèie ou défavorable : elle suborne; elle agit sur l'esprit en intéressant le coeur. C'est ce qu'elle a de bien particuli^. On dit les prénenHonê de l'amour; • les injustes préventions d'une haine aveugle. » Boss* « Ceux fui îxigaA le prochain, dit Bourdaloue, jugent selon les désirs de leur cœur, et non pas seton les lumières de leur esprit; ils jugent par j»réi;cn^»ofi, par aversion, par chagrin, par infaérÉL* Molière, daos le Misanthrope ^ a donné <ks prévenons des amants envevs rolqet aimé une description charmante que tout le monde connaît i

Hâ comptent les défauts pour des perfëetfons

Et savent y donner de favorables nemv.

La pflle est au jasmin en. blanchaur eomjpatBbls , «te. .

h&& préventions sont proprement les erreurs du cosur^.

1. Doiax antres mots, abw et aZwrrolton, s'emplotisnt ansal pour ezprinwr dîw erreurs. Que s'ils Mfiflforsat pas Qapendaatdaaiia1faéoneci4aasQa.aq;K»à0,eavoiâ usitéfli

INXBOIUIGTIM. LXXJX

Ainsi rétode eomiMiFafim des lOûts yû dant notre langue signifient des

erreurs, nous révèle de ceUes*iile8 principales espèces, les causes^ et partant

les remèdes. Si nous les ayons définies exactement» comme nous le croyons»

nous en avons nécessairement signalé les causes, et, la cause connue, le

remède est bien près de Tètre. Quand on a distingué et décrit les maladies,

il est difficile encore de déterminer les remèdes à y appliquer; ce n'est pas

trop, pour y parvenir « des instructions de la physique, de la chimie et de la

botBnJqoe, et d*eipéiiences bien des fois répétées. Mais quand on sait quelles

sont DOS eireurs » «l aperQoil presque toi]yours et à Tinstanl les précautions à

prendre poor les préTenir, ek les moyens k employer pour les corriger : pour

rordînaire , le md îndiqae' à. la fois sa cause et son remède. Il est facile de s*en

convaincre. Reprenons par ordre nos différentes erreurs : les moyens de les

éviter ou de les réformar se présenteront d'euxHnèmes*

Vearremr en général» Vtrr&ir comme quelque chose de purement théorise, de purement contraire à la vérité, est kombattue par toute la science qui en* sdgne, pour arriver à la vérité, des règles et des méthodes, c'est-i-dire par la logique. Pour ne pas tomber dans les égfxremenU ou dans les erreurs de la raimmy il fsxù, se tenir en garde contre la perversité morale, contre les passions violentes et toutes les antres causes qui peuvent égarer le sens, renverser la raison, la détourner de la droUe voie et la mettre en opposition avec les principes généraux, étemels, du vrai et du bien. La partie de la logique qui traite de Tart de raisonner fioumit contre les sofhismEs et Xe&paraloçismies^ c'est-3i-dire contre!» erreicrs du raiumnêmerU^ dels prescriptions spéciales. Les malentendm ou erreurs du langage disparaîtraient si on se &isait une idée exacte des significations des mo\Sj de manière à pouvoir ne les jamais confondre les uns avec les antres.. Les erreurs objeeiwes^ les iUusions de tout genre, demandent de la part de q;uiconqne Teut ^en garantir une sage défiance à Tégard des choses dont rapparenoe on la disposition artificieuse est capable de décevoir. Les errewn snèferfîees, c'esfc'à-dire les méprises , les mécomptes et les bévues, ayant pour cause Tinattention , la légèreté, le défaut d'examen, la précipitation à joger, l'ignorance, ne voit-on pas aussit&t que par rapport à elles le préservatif

«ft ieas, wdékngae pas iiae «i|ièee, mai» lux fait uniqne, une erreur dans le seul ca» qu'on conâ-

dèn-. ^eilioi abus de croire,, d'eapérer, de prétendra, de présumer telle chose, que telle chose est

ouKia.

Anigiwr Impossible aux rois, (f est ai» sXms. hiMi

ÉBOZEHB.

Us potirndent Sien s^aimer , et je Tois....

Franc ahu. Vol.

c Ces vérités paraissent fandlières et destinées au simple peuple; mais c'est un abus; il n*en est pas de phis snblîmei. » Vàss. On ne dirait pas d'une manière générale : parmi les erreurs on compte toi abus: — Aberrmtion du latin aberratw, ^aberrarey s'écarter, était avant le commencement de et Ade «D tBfne d'astronoarie n«lemenl» On s'en sert anjonxd'hui, non pas pour maïqnec vm eataine espèce teneur, mais en parlant d'une grande erreur ou de Terreur dans le grand , daaa mstylerelaTé.

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