‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 314 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

bout; le tupport donne la force d'endarer ses maux , procure du soulagement.

Le plus distinct de ces trois mots, c'est celui de support, parce qu'il indique une position fâcheuse , i plaindre , une surcharge , et un besoin de consolation et d'allégement'. cHon pauvre argent , puisque tu m'es enlevé , j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie. » Harpagon dans Y Avare. Mol. < L'alliance des Romains fut accordée aux Juifs ; la gloire du nom romain ne laissait pas d'être un grand support au peuple affligé. » Boss. c Nivard, le dernier des frères de saint Bernard avait été laissé avec leur bon père pour être le support de sa caduque vieillesse. a> iD. c Si vous mourez , seigneur don Quichotte, que feront les pauvres demoiselles délaissées? elles n'auront plus de support, g Les.

Que craint- on d'an enfant (Joas) ians support et sans père? Eac.

Priam , qui vit ses flls abattns par AcbiUey Dénué de support^

El bon de tout espoir du salot de sa ville.

Reçut du reconfort. Malm.

Lorsque Ion père est mort consul en Grèce, Quand nous étions tous deux après sa mort Privés d*amis, de biens et de support,,». Volt.

Appui et soutien se ressemblent davantage. Mais l'un regarde l'état; l'autre, l'existence ou l'action. L'apput d'une famille en est le protecteur, sans lui elle serait peut-être renversée, ruinée , jetée à bas ; le soutien d'une famille l'entretienty la fait vivre, ou soutient, seconde ses efforts et contribue à les faire réussir, n Les nobles en Angleterre sont les appuis du trône et les soutient de la patrie. » J. J. « Il est doux de s'entendre nommer un modèle de piété, Vappui de la justice , l'honneur du clergé , le défenseur de la religion , le soutien même et le chef d'une secte. » BouRo. On est un appui par son autorité ou sa puissance. Mettre son appui ^n Dieu (In.)* « l'es rois ont été persuadés qu'ils ne pouvaient avoir un appui plus solide ni plus inébranlable que dans une vierge (Marie) d'un tel crédit auprès de Dieu. > Id. « J'ai des protecteurs dans toute l'Europe , à commencer par le roi de Prusse ; mais je me flatte que je n'aurai aucun besoin de ces appuis, * Volt. On est un soutien par son habileté ou par les ressources dont on est capable, c Aétius fut un des derniers soutiens de la grandeur romaine. » Volt. « Lekain fut un très-grand soutien de la tragédie expirante. » lo. < Le bœuf est le domestique le plus utile de la ferme, le soutien du ménage champêtre. » Buff. Les grâces et l'esprit sont les seuls soutiens de l'amour. » Laf. — A cela il faut

4 . Cette différence de support à appui et à soutien se montre avec évidence entre les deux verbes supporter et soutenir : ce qu'on supporte est toujours onéreux , pénible, désagréable; ce qu'on soutient ne l'est pas ou l'est moins. Dans le Barbier de Séçille, Bartholo dit ï Figaro : « Vous faites là un joli métier, et qui vous fera une belle réputation! » A quoi le fier barbier répond : <t Je la soutiendrai, monsieur. '— Dites que vous la supporterez, 9 reprend finement le docteur. Quand un père a perdu son fils, il peut à peine soutenir l'entretien de ses proches et supporter le Jour (d'Al.). c Après avoir si bien supporté sa misère, il n'a pu eoutenir un état plus doux. » J« J.

ajouter encore qa^appui est plus fort que touHen^ et qu'il doit se mettre après lui plutôt qu*avaiit: en effet, Vappui empêche de tonîber, et non pas seulement de céder ou de faiblir comme le jo«tien. « La discipline militaire a été le soutien et Vappui de l'empire. » Roll. c Ce qui lait le vrai soutien du système de l'Europe, c'est bien en partie le jeu des négociations; mais ce système a un autre apput plus solide encore, et cet appui c'est le corps germanique. 9 J. J. a L'âme est conduite alors par une simple foi nue et obscure où elle plonge et perd tous ses goûts, toua ses soutiens et appuis sensibles. > Boss.

8* ArC'houiant, pivot,

Arc'boutant et pivot se rapportent aux trois mots précédents. Mais ils sont plus rares dans le langage commun et presque exclusivement usités en termes d'art. Toutefois, ils se disent aussi au figuré , et c'est alors qu'il importe de les distinguer l'un de l'autre, et tous deux des mots qui viennent d'être examinés.

Gomme au propre Varc-houtant soutient un mur, une voûte, quelque chose en un mot de collectif, et non pas quelque chose de simple , ce mot au figuré signifie l'appui ou le souUesi d'une entreprise ou d'un parti; mais il a cela de plus particulier encore, qu'on ne s'en sert guère que par dérision ou en mauvaise part, ce Dqn Quichotte était le grand arc-bovtanl de la chevalerie errante. » Les. « Un^ des maîtres de d'Alembert, janséniste fanatique, aurait voulu faire de son disciple un des élèves et peut-être un jour 4n des ares-boutants du parti. » D'Al. Les faux zélés se regardent comme les arcsboutants de la religion et croient rendre service à Dieu en persécutant ses enfants, dès qa*i}s les croient leurs ennemis (Boss.). Les Duillius et les Ici li us étaient les chefs du peuple et, pour ainsi dire , les arcs-&ou(anfo du tribunat ( Vert. ,

Le pivot, en même temps qu'il soutient, sert à faire tourner. Cette seconde idée, celle d'action ou de mouvement autour du soutien , doit toujours se faire sentir au figuré, c Le soleil tournant sur lui-même , mais au reste immobile au milieu de tout , sert en même temps de flambeau , de foyer , de pivot, k toutes les parties de la machine du monde. » Buff. « C'est l'intérêt de ces deux amants qui doit être le pn^ot de la pièce. » Volt, c Les desseins de souveraineté de la reine d'Espagne pour ses enfants ont été le pivot constant sur lequel ont roulé depuis toutes les affaires avec ce royaume, b S. S. Il y a pins; comme une chose qui tourne ainsi a d'ordinaire deux pivots , l'un eu haut , l'autre en bas , il eSi bon que le figuré rappelle aussi cette circonstance.

La sotte vanité jointe avecque l'envie,

Deux piiH>u sur qui roule aujourd'hui notre vie.

Laf.

« Corneille a presque toujours négligé les deux grands pivots du tragique, la terreur et la pitié.» Volt. « La sage conduite rouie sur deux pitH>l5 , le passé et l'avenir. » Labr. « Indulgence pour les autres et sévérité pour soi , voilà les deux grands pivots de la morale d'Horace. » Lab.

SYNONTHES À RADICAUX DIVERS.

4<* Étai , étançon, Véiai est un apfMii ou un soutien mis à une chose, non pas dès le commencement, mais après qu'elle a déjà subsisté plus ou moins longtemps , et non pas parce qu'elle est surchargée, mais parce qu'elle tombe en ruine, ou qu'on veut l'empêcher de tomber en ruine pendant qu'on la reprend en sous-oeuvre. De même au figuré. « Bn temps de réyolution , le vœu de la raison est de raffermir le corps politique le plus têt possible sur de nouvelles bases, et de lui assurer, en attendant , les était dont il a besoin, s Lab. « Plusieurs nohles , peur réparer leurs châteaux qu'ils voyaient tomber en ruine, n'ont pas fait difficulté de se mésallier, la richesse ayant de tout temt» serri d'e'Iai à la noblesse indigente. > Lbs.

Étançon ne se dit qu'au propre et signifie un gros éiai^ une grosse pièce de bois qu'on met sous un mur ou sous des terres minées pour les soutenir. « Pompée avait réduit aux abois la ville de Pallantia. Déjà il en avait miné les murailles , qui n'étaient plus soutenues que par des iiançcms. » RoLL. « Cet homme ressemblait à ces vieux ëtançons de bâtiments ruinés, qui, étant sans écorce et sans racine , sont prêts à tomber au moindre vent. » Volt.

FORCE, ÉNERGIE, VIGUEUR. Faculté d'agir puissamment.

Force exprime en soi la chose dont énergie et vigueur représentent le développement ou la qualité. Un homme qui a beaucoup de force montre dans l'occasion beaucoup &*énergie ou de vigueur; la force d'attraction agit tantôt avec plus et tantôt avec moins ù! énergie, La force est ce à quoi on attribue de Vénergie ou de la vigueur; aussi dit-on bien une force énergique (BoiL.) , et redonner une nouvelle vigueur à ses forces (d'Ag.). Et non-seulement la force peut être considérée comme n'agissant pas actuellement, il est possible aussi qu'elle ne consiste point à agir proprement, mais à être capable de porter ou de résister :, force de reins, force d'inertie. « Les oies vont habiter les eaux ; et, dans une vie aussi approchante de la liberté de la nature , elles en reprennent presque tous les avantages , force de constitution , vigueur et étendue de vol. » Buff. — Du reste , toutes les fois que force se prend dans le sens actif et phénoménal ou qualificatif d'énergie ou de vigueur , il dit moins et se place d'ordinaire avant.

J'ai reçu mon argent : regarde, Je te prie , Des blllels que je liens \n, force et Vénergie, Rsoh. ,8 Un jeune homme orgueilleux de sa force et de •a vigueur, » SÉv.

Force et énergie^ dans une de leurs applications les plus importantes , savoir en parlant du discours ou des ouvrages de l'esprit , diflèrent de la manière qui vient d'être indiquée. Force a rapport aux pensées, à leur enchaînement, au fond, et énergie à l'expression , au style , à la forme. « On peut dire d'un orateur qu'il joint la force du raisonnement à Vénergie des expressions. » D'Al. « Les orateurs du premier âge avaient beaucoup de foru dans les preuves , de solidité dans les pensées, à' énergie dans les expressions.» HoLL. c Faire sentir l'^nerpte du langage des

passions et toute la force de l'art de persuader. * J. J. Laharpe dit , en parlant d'une scène de Mahomet : « Vénergie du style est égale à la force de la situation. 3> — Ou bien énergie enchérit sur force, « Autrefois, saint Paul, prêchant cette matière , la traitait avec tant de force et tant d'énergie, que,... » Bourd. « Ripert vous porte un troisième petit tome des Essais de morale : je n'ai jamais vu une force et une énergie comme il y en a dans le style de ces gens-là. > SÉv.

Énergie et vigueur sont séparés par une difierence qui provient de celle de leur étymologie.

Énergie, grec hépytia , efficacité, vertu, opération , se dit proprement de ce qui opère ou produit de l'efiet, et, par exemple, d'un remède ou d'un agent naturel, d'un acide, etc. Vigueur, latin vigor, de vigere , vivre , être jeune et florissant , ne s'emploie qu'en parlant des animaux et des plantes. — Lorsque les deux termes signifient une qualité de l'homme, auquel cas leur synonymie est assez étroite, énergie se rapporte diavantage à l'âme , et vigueur au corps : avec de Vénergie , on est courageux , hardi ; avec de la vigueur^ vigoureux, robuste, plein de vie et de nerf. On dit bien vigueur d'esprit, vigueur de l'âme ; mais l'addition nécessaire des mots esprit et dme prouve assez que cet usage de vigueur est métaphorique et détourné. Qui agit avec énergie suit froidement une résolution ferme; qui agit avec vigueur se livre à toute la vivacité , à toute l'ardeur de son tempérament. C'est-à-dire que vigueur a cela de particulier, qu'il rappelle toujours le corps ou quelque chose du corps, l'organisation , le sang. « La grâce de l'imposition des mains nous inspire je ne sais quoi , qui fait couler dyis nos veines , avec l'onction sainte , ce courage , cette vigueur sacerdotale , ce sang apostoliiiue, que nous avons hérité de nos prédécesseurs dans le ministère. » Mass.

FORME, FIGURE; — CONFORMATION, CONFI- GURATION ; — FAÇON. Ce qui détermine les corps , ou la manière dont ils sont déterminés.

Forme et figwe se. ressemblent extrêmement et demandent à être distingués d'abord avec le plus grand soin.

1* La forme est nécessairement en rapport avec la matière ou avec le fond ; c'est quelque chose . de concret. La figure , au contraire , est plus indépendante des objets , se conçoit à part ; c'est quelque chose d'abstrait. On ne dit pas absolument des formes, mais bien des figures. Vous apercevez sur le rivage des formes de pas, et des figures. Quelqu'un critique la forme de votre chapeau; un enfant dessine sur la muraille des figures de chapeau. Une chose revêt toutes sortes de formes, et non pas de figures; mais en mathématiques on fait des figures, et non pas des formes. Le sutudire donne des formes au marbre , il travaille une matière ; le dessinateur , le mathématicien , le peintre font des figures, c'est-à-dire quelque chose d'idéal. Un écrivain varie les formes de son style; les figures sont des formes de langage générales , qui n'appartiennent à aucun écrivain ni à aucun sujet en particulier. On forme en disposant ou en arrangeant de la matière ; on figure en

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