DEUXIÈME PARTIE
une lésion , une injure , elle est très-douloureuse ou mortelle.
Un reproche est plutM grave , parce que c'est quelque chose qui donne à réfléchir, qui est à considérer , à quoi il faut prendre garde ; une accusation est plutdt ynéf«, parce que c'est quelque chose qui pèse ou qui grève , une charge, comme on dit fort bien. « Qu'avez-vous donc répondu à une inculpation aussi yrtéve?— Rien.... Dans votre noureau mémoire en réponse au plus grave de mes reproches, tous glissez un paragraphe qui tous peint à merveille. > Beauh.
£n un mot, grave indique Fatteution qu'il faut donner, l'intérêt qu'il faut prendre à la cfaose; et griefs son degré de malice, l'intensité du mal qu'elle contient ou qu'elle produit.
GRÊLE, FLUET. Petit et faible, en parlant d'un homme. ^
Grêle se dit plutôt d'une partie , et /luerdu tout. Taille grêle, voix grêle; homme fluet. Il en est de même à l'égard des animaux. Les échassiers sont des oiseaux à jambes hautes , grêles et flexibles (Buff.); la belette a le corps long et fluet (Laf.).
Outre cela, grêle, du latin gracilis, menu, mince, maigre, qui manque d'embonpoint, qui n'est pas replet, n'indique pas aussi expressément un défaut que /luet , anciennement flou , du latin fluere, être languissant, délicat, tomber en décadence. Les intestins grêles ont moins de diamètre que les autres , mais ne leur sont pas inférieurs sous d'autres rapports. Buflbn dit du traquet qu'il a les pieds noirs et grêles , sans donner à entendre que ce soit une imperfection dans cet oiseau. Une voix grêle manque de Tolume, mais elle n'est pas pour cela absolument mauvaise et défectueuse.* M. d'Alembert, avec sa petite voix grêle, est un excellent lecteur, s Volt. Mais l'homme fluet est maladif et débile, c Les catarrhes et fluxions en un corps flouet et maladif tombent sur les parties plus faibles. » Gharr.
Enfin , quand même grêle s'appliquerait à tout le corps et le représenterait comme faible, la faiblesse qu'il marquerait ne serait pas de l'espèce la plus fâcheuse, savoir celle qui provient de maladie et qui consiste dans la langueur et la défaillance. « Le corps de Philétas de Cos (poSte élégiaque) est si grêle et si faible que , pour se soutenir contre la violence du vent , il est obligé d'attacher à sa chaussure des semelles de plomb ou des boules de ce métal. » Barth. Fluet , au contraire , suppose presque toujours une santé frêle et une complexion chétive. « Je crois qu'il ne faut permettre les exercices à votre fils qu'avec modération ; car il est encore fluet, délicat et d'une santé très-fragile; ce qui pourra bien lui durer toute sa vie. » Fiw.
QROS , ÉPAIS. Ces mots servent à attribuer aux corps beaucoup d'étendue.
Mais une chose est grosse par l'étendue de sa circonférence ou son volume; elle est épaisse par l'une de ses dimensions, sa profondeur ou l'étendue qu'il y a de l'une de ses surfaces à l'autre. Un arbre est gros, une planche est épaisse; tme tour est grosse , un mur est épais; les œufs de la femelle du cygne sont gros , et ils ont la coque
épaisse (Buff.). — Il est difficile d'embrasser ce qui est gros ; ce qui est épais ne se laisse pâs aisément percer, traverser, pénétrer. Un yrof nuage est volumineux; un nuage épais intercepte la lumière du soleil.
GUIDER, CONDUIRE, MENER. Diriger versas lieu.
Guider, de l'allemand weisen , montrer, ou di latin videre, Toir, c'est montrer on faire voirie chemin : on guide un voyageur. Le mot guider diflere bien des deux autres. Il est tout spéculatif, relatif à l'intelligence seule, et marque qu'on l'instruit ; conduire et nœner ont rapport à l'action ou à la volonté qu'on détennine. Guider sent plus le conseil; conduire et «lener sentent plus l'autorité. Si vous guidex mal, vous donnez de fausses indications, vous êtes un ignorant: si vous conduisex ou menex mal, comme vous a^ez eu l'initiative de l'action elle-même, Totre responsabilité est plus grande , vous faites faire ce qui ne convenait pas, vous êtes un imprudent. En industrie, c'est le savant qui ^uide; l'entrepreneur conduit ou mène les travaux. En guidant un apprenti ou un écolier, vous lui apprenez à faire . vous êtes son maître ; en conduisant ou en menant des troupes , des ouvriers , des malades , des clients , vous leur faites faire ou tous faites triz eux, vous êtes leur chef, celui qui les meui. l'âme qui les fait agir.
Tout ce qui peut seulement nous fournir dâ< lumières, le Saint-Esprit, la science, Fart, U règle, les étoiles, la boussole, nous guide , maïs ne nous conduit ni ne nous mène, c H y a une logique secrète qui doit guider toutes les pensées. » Volt.
Yoi conseils ont guidé ma fougueuse jeunesse. To. « La raison est un flambeau divin qui nous guide. » J. J. « Un recueil qui pilt guider ma mémoire dans l'ordre des faits et des temps. > In. c Les lumières qui devaient nous gvider dans U recherche des causes inconnues et cachées. > Buff. « Les Gaulois entrent en action , plutôt emportés par la colère que guidés par la réflexion et par le conseil. » Boll. « Savoir tout, et n'être guidé dans tous ses desseins que de sa propre lumière. » Boss. « Reconnaître le besoin que nous avons d'être guidés, d'être instruits, d*ètre éclairés par le Saint-Esprit, s In.
Cette différence résulte visiblement de Vemplci des mots. On ne guide que les personnes, parce qu'elles seules sont intelligentes; mais on cfmduit et on mène des choses inanimées, une maison, des entreprises, des afiaires, des voitures, qu'on fait aller où et comme on veut. On ne guide pas, mais on conduit ou on mène quelqu'un dans une maison , en l'y faisant venir avec soi. Un chemin ne guide pas, mais conduit ou mène en tel &idroit; un principe ne ^utde pas, mais conduit ou mène , à certaines conséquences.
En un mot, guider, c'est simplement éclairer quelqu'un pour arriver à un but qu'il se propose; conduire et mener , c'est faire aller ou venir quelqu'un vers un but ou une fin qu'on lui propos ou qu'on lui impose.
Restent i comparer maintenant conduire et mener.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Conduire, de ewn, avec , ensemble , et de dux , chef, commandant, qui est à la tête, c'est commander, présider à une entreprise, gouverner une suite d'actions : un général conduit une armée, un homme de loi une affaire. Mener, de matfi. c'est faire aller ou venir par la main ou comme par la main, entratner avec soi : on mène un enfant par la main. De là plusieurs différences.
D'abord conduire suppose des soins , de la prudence, de l'habileté, appliqués à des détails que !a particule initiale cum indique. Jfener exprime la simple action de faire aller droit à un but, sans difSculté, lestement. « Le roi, qui savait combien le peuple est difficile & conduire, comprit que l'habitude aux exercices laborieux , qui mènent à la vertu , était plus propre que tous les préceptes pour régler ses mœurs. » Roll. Bien conduire une affoire, c'est la traiter sagement (CoKD., RouB.); la bien mener^ c'est la faire aller vite (Coud.), ou brusquement (Roub.), ou bon train. Tout homme n'est pas capable de conduire un char ou des chevaux, il faut savoir les conduire; il n'est besoin d'aucun taleot pour mener les bêtes aux champs , à l'abreuvoir ou au marché. Quand on parle en général et qu'on a égard à la science et à l'intelligence du chef, on dit conduire des troupes ou une armée; mais dans un cas particulier où il ne s'agit que d'ordonner et d'obéir, on dit mener les soldats au combat, à la boucherie. — Ensuite , conduire désigne une action douce , progressive , qui lait aller pas à pas , et quelquefois par détours; mener, une action brusque, qui maîtrise, qui fait aller au but directement, immédiatement, «c Le démon n'attaque pas d'abord en lion ; c'est un serpent: il ne vous mène pas droit au vice, il vous y conduit par des détours, s Mass. c Tout ce qui peut conduire au péché et à la mort,' que dis- je 7 tout ce qui y mène infailliblement peut-il passer pour léger ? » lo. « Il paraît fort extraordinaire que Dieu, ayant promis si souvent la terre de Chanaan aux Israélites, ne les y mène pas tout droit, mais les conduise par un chemin opposé dans un désert où il n'y a ni eau ni vivres. > Volt. — Enfin , comme mener signifie faire aller droit au but, d'autorité, son idée prédominante est celle du but; au lieu que oon*
duire fait penser à la conduite , à l'action de faire aller pendant qu'elle s'opère , à la direction plus ou moins longue, plus ou moins bonne. On mène paître les troupeaux, on mène boire un cheval, on mène quelqu'un voir im spectacle. Conduire ne s'emploie pas de cette manière. Mener les troupeaux aux champs indique où on les fait aller; les conduire aux champs fait concevoir l'action de les faire aller le long du chemin pendant plus ou moins de temps et en prenant certains soins. « Laissez-vous conduire où on prétend vous': mener. 9 Mol. « Ne soyez point en peine où je vais vous mener; laissez-vous conduire. » Id. « Laissons -nous co«dutr« par cette douce voie, *en quelque endroit qu'elle nous mène, 9 Boss. c Vous êtes le seigneur de Santillane ; c'est vous que j'ai ordre de conduire où je vous mène, » Les.
Conduire quelqu'un dans une maison, c'est seulement lui servir de mentor ou d'introducteur, l'accompagner, l'aider à se présenter. On mène quelqu'un dans une maison sans formalités , en prenant tout sur soi , et comme d'une manière souveraine. Le chemin qui conduit à la ville est long, a des détours, des embranchements qu'il faut savoir reconnaître; celui qui y mène^ y aboutit droit, il n'y a qu'à le suivre. Ou bien , conduire se dit d'un chemin qui tend au bien, à quelque chose d'heureux; tandis que mener convient mieux en parlant d'un chemin qui aboutit à quelque chose de mauvais : « Socraté déclare qu'au sortir de cette vie s'ouvrent deux routes, dont Tune mène à un lieu de supplices étemels les ftmes qui se sont souillées icibas , l'autre conduit à l'heureux séjour des dieux celles qui se sont conservées pures sur la terre. » RoLL. Un principe finit par conduire , pourrait bien conduire , conduit à la lonsue ou assez souvent à telles conséquences ; un principe nous mène à telles conséquences infailliblement, nécessairement, malgré nous.
« L'art guide le médecin; le médecin conduit le malade, et la nature mène le malade à la santé ou à la mort. La boussole guide le navigateur ; le pilote conduit le vaisseau, et les vents le mènent. L'itinéraire guide le cocher; le cocher conduit^ les chevaux ; les chevaux mènent la voiture! 9 ROUB*
f . HABILETÉ, ART. INDUSTRIE. SAVOIR-FAIRE, ADRESSE, DEXTÉRITÉ, ENTREGENT;— II. PO- LITIQUE, SOUPLESSE, FINESSE, FINASSERIE, RAFFINEMENT, SUBTILITÉ, MATOISERIE ; — III. RUSE, ARTIFICE, ASTUCE, PERFIDIE. Tous ces mots donnent l'idée d'une qualité qui rend propre à bien faire quelque chose , à parvenir à certaines fins, à réussir dans ce' qu'on entreprend.
Hs se divisent d'abord en trois classes bien distinctes. La première comprend ceux qui s'entendent toujours ou au moins le plus souvent
dans un sens favorable; la seconde, ceux qui sont pris tantôt en bonne et tantôt en mauvaise part, mais plutôt en mauvaise; et enfin la troisième , ceux qui toujours ou le plus souvent expriment une disposition condamnable , tournée à mal , emportant l'idée de fraude , de tromperie.
I. Habileté y art, industrie ^ savoir-faire, adresse, dextérité, entregent. Ces mots signifient tous un certain talent, sans laisser entendre qu'on l'emploie à de mauvaises fins.
Mais Vhahileié suppose du génie ; l'arl , de l'étude; rindtt«erie, de l'invention dans les moyens;
DEinUËHE PARTIE :
le savoir-faire , de rbabitudi ; Vaànsse et la dex^ térité, de la facilité d«is rexécotsoo.
Vhàbiîeté suppose du génie , de rinCeUigence, ime toute eapa:ité. Ce mot est le plus général et. le plus noble. Il se dit dans le grand, mèmn en matière de science eC de epéaulatioD. L'homiae hàbUe répand au. <ro«6f des Grecs : c'est on homme supérieur, qui comaât la naûire des choses, qui conçoit de grandes vues, fiarme des ]^aQs , et s*entead parfaitement à tout ce qui est de sa compétence ou de son état, Û& n'attribue jamais d7i«2»^ef/ aux aatmavx; mais ao dit l'Anhileté d'un général (-Boss. , Voli.) , d'un amibassadeur(RoLL.) on d'un mmistre(S. S.); YhÀhileXé d'an artiste (Acad.) ou des médecins (Id). Ba même temps qu'il se rapporte à la conduite, cérame tous ses synonymes, haibiUti a cela do particulier . qii'il est aussi relatif an aavok théorique; de li vient que /la&i^ passe quelquefois pour synonyme de aavamL c Voms voua piquiez tant à'haiyUetd, et vous en aviez tant pour découvrir le fond de chaque choie, et pour en connaître l'équité ou l'injustice 1 » Dodrb. t Je trouvai cette idée dif^ne d'ua homme qui nous & domié des preuves de .^on haJbikU dans toates ks iciences mathématiques. » BtiFr.
l*an suppose de Tétude. Avec de ^art on a de la méthode , ou a cennaîasaDce de oectaines règles el on s'y coHCoraie. • Les jeono gess doivent apprendre à tailler leurs ptames et i le fahre avec m-t et selon les règles. » Roll. < Vmt merveilleui avec 1c%itm1 ks abeilles eoQitniinnt kurs «el laies. » àca». « Employez-y Vart des plus excellents ouvriers. » Larr. « Gombieit d'art pour rentrer dans la nature f Combies de temps, de règks , d'attention et de travail pour danser avec la même liberté ei la même griee que l'on sait marcher t » Id. « Le général des ennemis a plus d'art , de justesse et de suite que k nôtre. »FÉn. — Ou bien , toujours eonConâéiQeot au sens du mot étude, art exprime surtout le soin, l'application , et c'est pourqudi on dit , Vmn de plaire , Vart des ménagement», l'oirt des précautions (Mas9.), y art de s'iDsiBuer dans les eceurs (Barth). « On proposa sous Auguste la correction de» mœurs et du luxe des femmes. Il est curieux de veir dans Dion avec (|uel a«t il éluda ces demandes importunes des sénateurs^ » Mowtbsq. « Dieu semble ne réjçir pas tant par puissance le cœur humain , qu'il le ménage par art , et qu'il le conduit par industrie. » Boss. — D'ailleurs, le mot art est surtout objectif; il appelle principalement l'altentio:! sur la chose faite, et la représente comme soignée, comme bien et régulièrement travaillée. « Observes sevlement un insecte , une mouche, vous y verrez on ont toftni qu'aucune industrie humaiee ne peut imiter. » Tolt. « Oh ne peut nier qu'il »'y ait de Vmt dans là nture. » Boss.
' IndutHie exprime de rinventiwi dans les moyens, une htibiUté suhaUeme, oa une partie de Vhabileté qui cousiste à trooversaas peine des expédients, k découvrir ce tpâ peut être utikà l'action. C'est le sens qui'a ce mot dana ks expressions : vivre d^indusfrig, et, chevalier d'induatrie. .La3r btevcu d'ioventlea sont la. séeempens* de
j ceux qui se distinguent par kur Mdustrte. « il y I a dans ce qu'on appelk nature un art et une ùî^ diMlne supérieure doot rinvention. humaine D'est i que l'ombre. » F£m. « Les complaisances de Protésikaet son industrie inépuisabk pourm'inTe&ter de nouveaux plaisirs. » lo. « J'étais un étranger; iottt était contre moi; je n'avaiJ de ressoax? I que dans mou industrie. > Mazarin. Fis. « 0: appelle parmi nous un grand ministre celui qui { est homme d'industrie , et qui trouve ce qaxi ' appelle des expédients. » Montes<7. ^ Dan:» Cc ! monde, il faut vivre d'adresse, et aux peI^naâ^ comme moi le ciel na donné d'autres rentes qo- ; l'intrigue et que rtndustrtô. «(Frosine, femm^ d'intriguer dans l'Jlrare). Vol. <c Newton. i*Archimède de notre temps par la force de son génie industrietiA ei inventif dans la pratique. » Koll. < DercylUdas était surnommé Sisyphe à cause de son indtt«irtf à trouver des ressources, et de son habileté k inventer des machines de guerre et 2 en faire usage. » In. « Quant aux animaux, en connaStHHi dont les travaux, les mœun, le» bahitudës , montrent plus d'industrie, plus de sa^ cité , phiA d'invention que les castor* et lis fûinmisi 9 Lah.
UljBse, CRapparence approuvent hits èîicears. De ce premier torreni laissa paeser le cour&i Mais bLeDt5t sappelanl sa cruelle indmstrie.^.
Smoir-ftùre suppose de Thabitode^une certaine lacilité acquise par l'expérienee. Il a plus ds rapport avec le mot i'indttstrie qu'avec tout autre ; car k $M/toir-faire consiste aussi à être capabk de se tirer d'embarras; mais il dénote moin^ d'orij? inalité que de routine. Au reak,n'4ta:i! pas d'orîgiae ktine, comme tmiustrû, m^' fonné de deux mots français , ce terme a moi^s de noblesse, convient nùeux au discours familier , et se dit plutôt en parlant des choses pei rekvée» ou de peu d'imp(xtance. « II n'y a pas grand stktoir-fairB à tuer et ^ être tué pour sa sens par jour. » Volx. t Ceux qui n^ont qu'uDf ressource se rendent toujours très>savants dam l'art qui leur est nécessaire. Les autres peuples deviennent volontairement tributaires d'un jaroirfair^ qui kur manque. » In. « Qu'une personne consacrée à Dku renonce même aux avantage» qu'elle peut tirer de son talent et de son sovoirfaire. » Fék. « Je veux vous régaler ce soir d'un ciyet de lapereau de ma façon ; vous verrez si î'û tort de vanter mon savoir-faire. » Les. « Toal le savoir-faire de Mlle de Chausseraye auprès dî roi , était de faire l'idiote , l'ignorante , rîndiîerente à tout, et de lui procurer le bien-aiscd enti«-e supériorité d'esprit sur elle. » S. S^ — CesX surtout quand il s'agit de raequisition des biens deU fortune qu'an emplok aatoir-faire^ Daas Lafo-ntaine, un trafiquant sur noer s'étanteniicM, ae croit redevabk de ses richesses i asti sa4?oir-/aira. «Être riche par son satair-fairt- > Labr. « J'aurais bien pu me remonter , je commençab même à comprendre que , pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir.» Bbaum. « Ména^ parle d'un honnête ecclésiastique qui avait eu plus de cinquante bénéfices. C'était un prêtre gascon ou provençal qu'on appelait.
SYNORYMES A RADICAUX DIVERS.
pour son savoit-faire , Yàbbé" des expédients, » D'Aï.
Adresse et dextirité expriment de la facilité dans f exécution , une certaine habileté de main. La ressemblance est très-grande entre ces deux hkMs. Vadresse et la dextérité emploient les moyens fournis par Vindustrie ou le savoir-faire , et agissent conformément aux vues , aux idées de YhabiUté et aux règles de Vart, Elles consistent à bien opérer, soit au propre, soit au figuré. C'est un talent tout relatif à Taction , et non pas à la théorie, à des règles, à Tinvenlion des moyens. Un prestidigitateur , un archer , un praticien j un négociateur doivent montrer de Vadresse ou de la dextérité.
Adresse et adroit viennent de d^-ot^f. Adroit, c'est-à-dire droit d, qui va droit au but, qui ne tournoie pas, qui ne s'égare ou ne s'écarte pas. Dextérité vient de dextra , la main droite , et rappelle la supériorité de la main droite sur la gauche. L'idée propre de Vadresse, c'est la justesse, c'est de faire comme, où et quand il faut, c'est c de n'employer que la quantité dé force et de mouvement nécessaire. » Conn. « Vadresse est une juste dispensatîon des forces que l'on a. * Mo>-TESQ. L'idée propre de la dextérité , c'est la prestesse , l'aisance et la délicatesse avec lesquelles on agit. Sans adresse, on se remue beaucoup pour faire peu de chose , on tracasse, on agit mal à propos, on gaspille ses moyens, on gâte sa matière; sans dextérité, on agit gauchement, sans grâce , d'un air lourd et embarrassé. « Il s'agit moins ici de grands efTorls que d'une certaine adressé, t» î. J. « Cyrus s'avance gravement, et, tenant la coupe , il la présente avec une grâce et une dextérité merveilleuse. » RotL. « On venait à Paris pour toutes les cures et pour toutes les opérations qui demandaient une dextérité non commune. » Volt. — D'ailleurs, l'adrw^e est plus générale que la dextérité : elle regarde tous les mouvements de toutes les parties du corps; elle se développe dans tous les jeux d'exercice , le billard , la paume , la course , les sauts , la danse, «nfait tout avec adresse; il a beaucoup d'adres** dans tous les exercices du corps. » Acad. La dextérité se borne strictement à la main. « L'homme a des mains dont la dextérité surpasse , pour se taire des armes, tout ce que la nature a donné aux animaux. » Féir. « Un médecin assez industrieux pour manier dextrement une partie et si malade et si délicate. » Boss. «Le phoque se sert de ses mains avec tant de dextérité , qu'il monte assez promptement sur un rivage élevé , sur un rocher et même sur un glaçon , quoique rapide et glissant. » Bupr.
Au figuré , mêmes différences. D'abord , adresse est d'un usage plus étendu : il se dit de toutes les manières d'agir , même les plus abstraites , les plus ébignées de rappeler l'opération de la main.
Remarqao avec adresse Avec quel foin NSron fktt garder la princesse.
Rac.
Je vois qufft l*lezcufer votre adresse est extrême.
ID
« La comtesse de Soîssons régnait k la cour par
son esprit et par son emresse. » S. S. Dextérité, au contraire, ne s'emploie qu'en parlant de négociations ou (f aflairës qu'on manie , qu'on traite , auxquelles on met la main , et ce mot exprime alors une habileté demain ou d'action plus expéditive , plus délicate et plus exquise , pour ainsi dire. « M. Meuron a agi avec tant de dextérité, qu'il a ramené tout le conseil d'Ëtat à son avis. La mam'ère dont il s'est tiré de cette aflaire prouve qu'il est très en état d'en manier de plus grandes. » J. J. « Périclès avait une grande habileté et une dextérité merveilleuse à manier les esprits. » Roll. « Par sa beauté , par ses grâces et surtout par son adresse et sa dextérité infinie , Cïéopâtre allait devenir toute- puissante auprès d'Antoine. » In. « La dextérité avec laquelle Henri IV né^jocia la reddition de Paris, de Rouen , de Reiras, marquait l'esprit le plus souple et le plus exercé dans les affaires. » Volt.
Une autre différence est que, comme dans quelques exercices du corps , la lutte et l'escrime, par exemple, l'essentiel est, pour le moins, au-
, tant d'échapper aux coups que d'en donner;
' adresse se prend plutôt dans le sens négatif, pour indiquer qu'on esquive , qu'on évite les difficultés et les obstacles , qu'on se défend. « H. de Cambrai sait bien d'autres détours , et il est temps de découvrir plus à fond toutes ses adresses. » Boss. c Le bon père s'en échappa adroitement.m Pasc. «Si par éloquence et par adresse vous pouvez détourner ce coup. » Laf. « On s'affranchît des lois par la puissance, on s'y soustrait par le crédit, on les élude par adresse. » Doci. Dextérité, au contraire , est toujours positif et suppose Fattaque. « Un sanglier passait son chemin; mais la princesse a voulu égayer sa dextérité , et 4e son dard lui a fait au-dessus de l'oreille une assez petite blessure. » Mol.
A ces mots Condîllac joint celui à*entregent, qui a une idée propre bien distinctive : il n'est d'usage que par rapport à la société. Ventregent, entre gens, est le savoir-vivre, tout différent du savoir-faire ; c'est la manière adroite de se conduire dans le monde pour se rendre les personnes favorables. « Je n'avais pas laissé , malgré mon peu d*entregent, de faire dans cette maison quelques connaissances. » J. J. « Le comte de Roucy avait, avec toute sa bêtise, un entregent de cour que l'usage du grand monde lui arait donné. 9 S. S. «L'abbé Fleury, discret, doux, liant , respectueux , modeste , circonspect ,• eut la fortune et Ventregent d'être d'abord souffert , puis admis dans les meilleures compagnies de la cour, et de s'y faire des protecteurs et des amis. » In.
Elle n'avait pour tout bien qu'une flUe»
Jeune, ingénue, agréable et genlille^
Peu d'entregent, beaucoup d'honnêteté. Lav.
Je ne saurais pas bien mon monde,*
Et je manquerais ù! entregent^
Si.... SCMUL.
II. Politiqw, souplesse, finesse, finasserie, raffinement, subtilité y matoiserie.
On peut appliquer à la qualité marquée par chacun de ces mots ce que Labruyère dit de la finesse seule : « Elle n'est ni une trop bonne ni une trop mauvaise qualité; elle flotte entre Uvide
OEUXIËME PARTIE :
et la vertu. » Cependant toutes ces qualités semblent incliner plus vers le vice que vers la vertu; mais c'est vers un vice qui est pIutAt bas qu'odieux , car il a moins pour principe la malice ou la méchanceté, le plaisir qu'on prend à nuire aux autres, que Tintérêt ou le désir de sortir d'embarras , de se soustraire à quelque chose de fâcheux. ^ Du reste, ce caractère mitoyen et neutre, pour ainsi dire, pourrait se démontrer par des citations de nos meilleurs écrivains. D'une part , Voltaire dit de la finesse : c Bile peut quelquefois subsister sans habileté. » Et Fénelon : « Gardez-vous de persuader aux enfants que c'est être habile que d'être fin. > • Suppléer à Vhabileté par la finesse. » Acad. « Les finesses et les tnîiisons ne viennent que du manque à*hàbileté,9 Laroch. D'autre part, Saint-Simon dit de M. de Pomponne : « Il avait une finesse , une souplesse sans ruse , qui savait parvenir à ses fins sans irriter. » Et Bossuet, au sujet des ministres protestants : « Voilà les subtilités, pour ne pas dire les artifices , où ils sont réduits pour se donner des prédécesseurs. »
Mais la politique .est particulièrement distinguée par la dissimiilation , c'est Topposé de la franchise ; et, comme il y a une franchise blâmable , parce qu'elle est excessive, il y a aussi une politique légitime et même louable. La souplesse est caractérisée par une grande facilité à se plier à tout et à tous ; elle se rapporte à la complaisance et est opposée à la hauteur, à la fierté* Finesse, finasserie , raffinement et subtilité difièrent bien des précédents et ont entre eux la plus grande ressemblance. Ils expriment tous un esprit de ressource , mais en petit , un esprit capable de trouver de petits moyens , des tours ou des détours.
Un vieux hôte des bois, Beoard^A , tuùtil et matait, Lap.
C'est la qualité opposée à un esprit grossier , pesant.
La politique est une espèce de tactique qui a pour but de ne pas laisser apercevoir ses intentions, de ne pas se laisser pénétrer, de garder toujours une arrière-pensée ; apparemment parce que la politique proprement dite, l'art de gouverner les États, demande surtout qu'on s'applique à cacher ses projets et à découvrir ceux des autres. « Auguste ne pardonna à Cinna que malgré lui, vaincu par les raisons ou par les importunités de Livie. Ce ne fut que par politiqtie , et non par générosité qu'on le vit une fois exercer la clémence. « Volt. « Une mère , préoccupée de son directeur, est mécontente de sa fille , jusqu'à ce qu'elle prenne sa direction; et la fille le fait par politique contre son goût. » Féif. « Si j'ai dit que je voulais corriger ma conduite, c'est un dessein que j'ai formé par pure politique ^ un stratagème utile, une grimace nécessaire pour ménager un père dont j'ai besoin. » Don Juan. HoL. « Une fine et habile politique pénètre dans les desseins les plus cachés des autres, sans jamais laisser entrevoir les siens. » Boll.
Celle feinte douceur, celle ombre d'amitié.
Vient de \ai politique , et non de ta pitié, CoaH.
•Quoique tous les Guzmans eussent une haine
mortelle pour ce Jeo&e seigneur de fraîche date, ils la dissimulèrent par poîtli^ue. • Lbs. — D'auleurs politique est le seul de ces mots qui désigne tout un art, un plan de conduite , et non oa acte, un tour particulier; et c'est pourquoi il est le seul qui ne se prenne jamais au p\j|rieL ç Vous qui conduisez des âmes« ne suirez pas les règles de la politique du monde. » Boss.
La souplesse est humble, docile, soumise, rampante. L'homme «ouple se fait petit , cède à propos, s'insinue et se faufile en se prêtant à tout; il se garde bien de résister à ceux dont il veut tirer parti ou qu'il a intérêt de ménager. Tel est le courtisan. < La souplesse courtisane de Voltaire. » J. J. « On opposa rinflexibtiité â la. souplesse. 9 Volt.
La richesse permet une juste fierté ;
Mais il faut être stmpU avec la pauvreté. Boil. « Ils sont intraitables : ni hauteur, ni souplesse ne les peuvent dompter. > Labr. « Gens humbles et souples jusqu'à la bassesse. » Boubd. « L'esprït du mOnde n'est qu'un commerce de souplesse, d'égards , de complaisances , d'aUeniions , de ménagements. Il faut n'avoir point de senument à soi. » Mass. c La fortune exige des soins. Il faut être souple, amusant, cabaler, n'offenser personne , plaire aux femmes et aux hommes en ' place. » Vauv. « Béatrix , qui avait l'esprit souple et liant , s'insinua sans peine dans les bonnes grâces de sa nouvelle maîtresse et gagna sa confiance. » Lbs. c Cette souplesse était le caractère dominant d'Alcibiade : véritable caméléon , il ne lui coûtait rien de prendre toutes sortes de couleurs et de formes pour se concilier ceux avec qui il avait à vivre. » Roll.
Ftnesie, finasserie ^ raffinement y subtilité : talent ou façon d'agir d'un homme ingénieux pour les petits moyens , les petites inventions , les petites excuses, les tours ou les détours.
Finasserie est familier et signifie une mauvaise petite finesse (voy. I'* partie , p. 22S).
Raffinement est augmentatif et volontaire : il marque une grande finesse , et une finesse recherchée , fruit d'efforts et d'une certaine application, c Un homme qui sait la cour est maître de son geste , de ses yeux et de son visage ; il contraiot son humeur, déguise ses passions, dément «on cœur. Tout ce grand raffinement n'est qu'un vice quelquefois inutile. » Labb. « Toutes les vues du plénipotentiaire, toutes ses maximes, tous les raffinements de sa politique tendent à une seule fin , qui est de n'âtre point trompé et de tromper les autres. » In. « Épuiser ses forces pour trouver quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. » Boss. « Des raffinements de critique. » In. Un courtisan raffiné (Boss. , S. S.) est un courtisan ivés-fin , et qui a acquis sa finesse à force d'étude et d'expérience.
La /inesse diflère de la subtilité. Fin et su'M signifient pritnitivement petit, délié, menu, et propre par sa ténuité à échapper ou à pénétrer. Mais subtil semble rappeler subit , dont la racine est peut-être la même, subire^ aller dessous, se glisser, éclater, survenir; si bien que ce mot exprime la soudaineté , l'instantanéité. Avec de h finesse , on se tire d'aflistire, mais ce peut êinJ
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
la longae; avec de la niMt'Kl^, on s'en tire prestement et de manière que personne n*y voit rien , ainsi que Tescamoteur <u6(t{, qui fait disparaître les objets comme par enchantement. Finesse désigne quelque chose qui peut avoir de l'étendue | et da la suite; subtilité ^ quelque chose de res- , treint, de passager. « On a une conduite fine, dit Voltaire ; on joue un tour subtiL * La finesse , pouvant procéder lentement et avec mesure, marque de la prudence. « Si vous ne formez Tesprit des jeunes fiUes à la vraie prudence, elles \ s'attacheront à la fausse, qui est la finesse. » FÉn. c On appelle prudence une si indigne finesse. t» RoLL. La subtilité dénote plutôt de la vivacité et de la présence d'esprit. « Esope faisait tous les jours de nouvelles pièces à son maître , et tous les jours se sauvait du châtiment par quelque trait de subtilité. » Làf. « On tend un piège avec finesse ; on en échappe avec subtilité, s Volt. « Xa défiance rend fin; T envié de réussir, jointe à la présence d'esprit, rend subtil. » Gir.
La ressemblance est peut-être encore plus grande entre le raffinement et la subtilité. Car l'Académie définît le raffinement^ une eitrême Tublilité; et pour subtilité elle renvoie à subtil^ qu'elle définit par trop raffiné. De plus , raffiner et subtiliser sont synonymes dans le sens d'alambiquer, de chercher beaucoup de finesse dans une question , dans une afiaire.
Hais raffinement rappelle le verbe raffiner^ d'où il vient; il est subjectif, c'est-à-dire qu'il se rapporte à un sujet qui agit et aux qualités qu'il doit avoir. Subtilité , qui ne vient pas du verbe correspondant subtiliser , et qui , au contraire , sert à le former, est objectif, c'est-à-dire significatif d'une chose qu'il fait considérer en ellemême , selon sa nature. « Désabusez les enfants des mauvaises subtilités par lesquelles on veut faire en sorte que le prochain se trompe snns qu'on puisse se reprocher de l'avoir trompé; il y a encore plus de bassesse et de supercherie dans ces raffinements que dans les finesses communes.» Fé5. Raffiné se dit bien des personnes : c D'autres personnes qui se croient plus raffinées vous diront....» Boss. Subtilisé s'applique seulement aux choses : des excuses subtilisées (FéN.); des amours trop subtilisées. (Mol.). On se raffine , on ne se suX>tilise pas. — Quant au sens qui résulte des radicaux de ces deux termes, subtilité semble enchérir sur raffinement. « Ces théologiens n'ont que des sens théologiques , opposés au sens littéral, et pleins de raffinement et de subtilité. » Boss. Dans raffinement et raffiner l'excès de finesse va seulement jusqu'à la recherche et à l'affectation; dans subtilité et subtiliser y il est porté jusqu'à l'abstraction, à l'anéantissement, et comme à l'escamotage de la chose, jusqu'au ridicule et à l'erreur. Il y a des degrés dans le raffinement ; on raffine plus ou moins : on subtilise sans mesure. « Pourquoi subtilisex-Yons sans mesure? Aimer ses ennemis.*... (Vous voulez expliquer ce précepte).... Raffinements ridicules! Aimer , c'est-à-dire aimer. Pourquoi raffiner da- Tantage?» Boss.
Matoiserie est un terme familier qui exprime une finesse de vieux routier , une aptitude à avoir
toujours des expédients tout prêts , aptitude acquise par une longue expérience.
Sur la branche d'un arbre était en sentinelle Un vieux coq adroit et matois. Laf.
C'est un mot du style badin et enjoué; le talent qu'il signifie ne tire pas à conséquence , est peu capable de nuire.
Mais d'où vient qu*aa renard Ésope accorde un point y
C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie. Lav. On le dit aussi des hommes. « Je soupçonne ces femmes d'être deux matoises d'autant plus raffinées qu'elles affectent plus de simplicité. » Les. Matoise j mijaurée!
Fille pressée, ftme dénaturée 1 Volt.
Il b'j connaît. Ne vous y fiez pas !
C'est un matois; il fait le bon apôtre.
J. B. Rouss.
in. Ruse , artifice , — astuce , perfidie.
Ces mots signifient une disposition essentiellement mauvaise, un penchant au mal. « Les sérails d'Orient, où Yartifice^ la méchanceté, la rusSj règneht dans le silence. » Mortesq. A la rigueur, un honnête homme peut être souple , /In, et même subtil; mais il ne peut être rusé^ artificieux y astucieux ^ ni perfide. Les qualités exprimées par ces derniers mots sont moralement répréhensibles. Cependant elles ne le sont pas toutes aussi absolument : on psut quelquefois se permettre la ruse ou V artifice , mais jamais l'astuce ni la perfidie. Il y a des ruses innocentes, et des artifices nécessaires.
En amour comme en guerre une ruse est permise.
Volt.
oc Le sénat voulait vaincre les ennemis par la force ouverte , sans y employer les ruses ou les artifices, même ceux qui sont permis à la guerre.» Boss. « Il n'est pas d'un galant homme de se servir de ruse , excepté en cas de représailles et en fait de guerre. On est quelquefois obligé d'user à' artifice y pour ménager les gens épineux, ou pour ramener au point de la vérité des personnes fortement prévenues. » Gir,
Ruse , artifice. »
La ruse ressemble beaucoup à la finesse , si ce n'est qu'elle est plus ordinairement mauvaise ou employée à mal; elle suppose de l'esprit, une imagination ingénieuse.
Qu'on a sous cet habit et d'esprit et de ruse/ (Grispin dans le Légataire). Regx.
L'invention est belle
J'admire ton adresse i trouver cette ruse» Coair.
a Nous voyons les animaux imaginer» ruser même» et ce qui est plus fin encore, prévenir les finesses.rt Boss. c Cette lecture n'est pas propre à cette sorte de gens d'esprit , qui n'ont que de la ruse , et qui ne sont fins que pour pénétrer le mal. » J. J. « Le violement ouvert des traités, ou de petites finesses et d'indignes ruses pour en éluder l'exécution. » Roll. « L'honneur permet la ruse^ lorsqu'elle est jointe à l'idée de la grandeur de l'esprit ou de la grandeur des affaires, comme dans la politique , dont les finesses ne l'ofTensent pas. 9 MoRTBSQ. En général , la ruse a pour but et pour efl'et la tromperie; c'est la faculté de j tromper ou l'emploi de certaines finesses pour I tromper. « Les ruses du malin. > Laf»
DEIJXIÊIIE PARTIE :
Ce qall ( le démon] ne peot de force, Il l'entreprend de ruse. Coma.
« Les rusn de la mauyaise foi. « Barth.
Bien rusé qui pourra m'attrapcr ror ce point. Mol. — V artifice tient de la ruse et de Y art; c'est une ruse préparée > arrangée, conduite méthodiquement, arte facta. On dresse un artifice (Mol.) et non pas une ruse. « Vardfxce de Téloquence. » Rac. a Les artificieuses fictions de l'éloquence. » Boss. c Manœuvres artifircieuses. » J. J. Ruse et rusé annoncent des ressources dans l'esprit, de l'Invention; artifice et arlificisux supposent de V habileté dans la disposition, dans la combinaison et la conduite des moyens : ik donnenUmoins l'idée d'un tour que d'une intrigue, d'une machination.
C'est cet ambassadear, c'est loi dont Vartifice
Sous les pas des Romains creosaii ub ptécipke.
You.
« La rouille de l'envie , Vartifice des intrigues , le poison de la calomnie , l'assassinat de la satire déshonorent une- profession (celle des gens de lettrea) qui par elle-même a quelque chose de divin. » ID. a Les artifices de votre politique. » Pjlsg. «Les arti^ces d'une coquette j» Montisq. « Octave se conduisit avec Cicéron en homme habik. Il le flatta, le loua, le consulta, et employa tous ces ortt/îéef dont la ranité ne se défie jamais. » Id.
Aussi orti/lee* est-il propre à enchérir sur ruse, « La renommée peint les Parisiennes frivoles, nuées , artificieusps, » J. J. « Le riche, par mille ruses et mille artifices, s'est insensiblement pratiqué une infinité de moyens d'usurper. » Mon- TESQ. « Il avait été amené à leur point à force de ruses, d'artifices, de circonventions. » S. S. « Ce que Marcius et Atilius firent valoir surtout tat la ruse et Vartifice avec lequel ils avaient trompé Persée. » Boll. « Il faut bannir du commerce des hommes toutes sortes de ruses et d'ar» tifices, et proscrire cette habileté maligne qui se couvre et se pare du nom de prudence, s Id.
Astuce, perfidie. •
V astuce est méchante et profondément dissimulée. Parmi les qualités précédentes , c'est à la politique qu'elle ressemble le plus. (Astuce vient d'ooTu, ville, et politique de icéXiç, ville.) Mais elle se plaît à faire le mal ; elle le médite saïis cesse et y tend sournoisement par des vQÎes cachées. < L'indigeste composition de tout le nouveau gouvernement fut due à l'ambitien, à Vastuee et aux persévérantes adresses du dac de Noailles. s S. S. « Vous voulez qu'un hypocrite adroit qui ne marche à ses fins qu'à force de ruse et d'astuce aille étourdiment se livrer à l'impétuosité de l'indignation contre tous les états, tous les partis? » J. J. « La mère de Thérèse faisait le bel esprit, voulait diriger le sien, et gâtait, par son astuce, la simplicité de notre commerce. » Id. « Aller par astuce à des fins qu'on cache avec soin. > In. « Mon indignation de Vastuee avec laqnelle on l'a fait agir, sans qu'il s'en aperçût liù-mdme. » îd^
Fin coôrtisan , plein é'ojiuce pf»r«nAe ,
Le moine, enfin, le plus moine du monde. yei.T. c Kqnarquez dans ce peu de lignes tous les moyens d'octuse sophistique qui sont les proGédés
ordinaires de la secte que nous combattcst. el qui doivent la rendre à jamais exécrable. > Ue. « Votre indignation 8*est mêlée à la mienae c voyant l'astuce perfide avec laquelle le miùÉSi a su m'éloigner de Paris. » Bkadh.
I Outre que la perfidie a rapport à des c^ûes ! de plus grande conséquence , elle ajoute i i «• iuee un degré de phts de noirceur ou d^atnt::ie ; elle implique un abus de coofiance; elle yod pour victimes des personnes pleines de bonce (ti, : qui comptent et ont le droit de oempter qu'si sera bon pour elles , qu'on ne les tralirra foifil C'est une déloyauté, la Tiohtii» de q^eiqne chou qui lie, comme une parole donaée. an txaité conclu , un engagement , la parenté, les liens de l'amitié ou de la recoBnussance. Voiture cite plusieurs perfidiee rapportées dans la ftibk, et, entre autres, celle de Moïse, qui em^rante les meubles des Egyptiens po«r s^en Mis , éit-i\ , s> crifier dans le désert; celles d'Ace et de inàù; celles du patriarche Jacob envers sob bou-pèrs et son feère ; celle de David enrers le bniniDitô XIriah , tt celle de Salomon qui ft mssaem son frère Adonias , i^rès avoir ja.'é et ki eoaserver la rie.
Je ponrrab des Français punir rirfiiMiilwir, Qui , m'osant outrager, i ma foi m ttoàt. Plus d'un ni s'est vengé par uBi|Mr^. V01.7. c Piles, n'eut pas honte de ronfle a opitoUtion. Les catholiques crièrent Sftc nism i U per^diê. » B08& « Colomb s'est dégrsdè pai qls trahison; Certes, par une perfidie plasBoireet plus inâme encore; et c'est lui qu'ont âetri les fers dont il a cbargé Montezumu. > Vibil Cœ perfidie aussi cruelle que I&che est ctUe toBomains envers les Carthaginois (Goiid.). (ki fui promis aux aonbassadeiirs de ceux-ci qa'oo lect accorderait la liberté, leurs hns et Jean terres. & condition qu'ils remettraient trois cents otage et qu'ils feraient ce qui leur senil ordoimè ^^ les coBSulsw Les otages ayant été livre, et ts armes ainsi que les machines de guerre apportés conformément à l'ordre des consuis, oa sigtiëi aux Gartbi^inois qu'ils eussent à sortir de Crtfaage et que le sénat avait résolu de la dèfiw; HABITANT, BOURGEOIS, CITOVET. Ces mois servent à désigner un homme par resdnfft où il a sa demeure : un habOant, un beefgeeù, un citoyeu, ou les babitontt, les ïeerfeeày les à toyens de telle ville.
SabUanty qui habite, qui occupe, niwâe uniquement le lieu quel qu'il soit eâ (ta i^ d'ordinaire, ville, village, chàteaa ou w»^ Bour^eoie^ de bawrg , gros village oa petite ville , indique séjour (kns une ville , et par coattqaest un rang intermédiaire entre celui du ^V'^ ^^ celui du noble : on oppose très-bien leskNir^l ami paysans ou aux gens de la campagne (Tolt.). « Les haUritemts de la camp^^ne et les bsieyfff de la viUe prifont les armes pour défewhe Icar temple. » Roll. Citoyen, qui &it partie «fctf cité, représente un membre d'une société àtBi. On peut être habitant de la campegne: en ^ bourgeois d'une ville; et etioyes d'un EttL
Les habitanU se considèrent sous le pfUDiàs vueporemexà local; lefrboufFM^^sonslepoiatde
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
vue de la condition , les diofens sous le point de vue politique. Vhàbitant d*un pays y est domicilié; le bourgeois d'une yille y fait partie de la classe moyenne; le citoyen d'on pays ou d'une ville y jouit de certains droits ou est animé envers sa patrie de tels ou tels sentiments. l>ans une ville assiégée, les habitants souffrent de la faim , les bourgeois , ainsi que les artisans , se joignent aux soldats pour défendre la place , les citoyens s'assemblent pour délibérer sur les intérêts communs ou se conduisent avec plus ou moins de déyouement.
Les hommes sont habitants de la terre; les hourgeois sont de riches particuliers qui ont andessus d'eux les princes , les seigneurs , les hauts dignitaires , et au-dessous les ouvriers et les pauvres ; les citoyen* s'intéressent ou prennent part aux affaires du pays. « Sous Charles I*' d'Angleterre , on logea des gens de guerre chez les bourgeois qui neToalurent pas prêter.,.. Un nouveau parlement fst convoqué, mais c'était assembler des citoyens irrités. Ils ne songeaient qu'à rétablir les droits de la nation et du parlement. » .Volt.
Habitant est général et comprend tous les hommes> qui sont dans le même lieu. « L'effroyable circonvallation que Tite fit autour de la ville de Jérusalem ne laissait plus d'espéranee à ses habitants. » Boss. Bourgeois n'est applicable qu'à ceux qui ne sont ni au premier ni au dernier degré de l'échelle sociale. « Pour contenter les Parisiens , Louis XI appela dans son conseil six bourgeois^ six conseillers du parlement, et six personnes de l'Université. » Boss. Pour être citoyen , il faut n'être point esclave , ou étranger au pays , ou indifférent à ce qui le touche. « Nous avons vu les Juifs se répandre dans tonte la Grèce et y jouir des mêmes droits que les autres citoyens, comme ils faisaient dans Alexandrie et dans Antioche» v Boss. « Citoyens et étrangers pouvaient prétendre à la couronne de Pologne. » Volt,
Par extension, bowrgeôit se dit d'tm homme aisé, ayant l'smour du confortable, mais avec peu de générosité dans rame, peu de patriotisme, selon la manière actudie de parler. En ce sens, on l'oppose souvent à citoyen, « On sut pins mauvais gré k Coibeit de la suppression de quelques rentes sur Yhàtél de vilke et du décri des billets de l'épargne, qu'on ne fut sensible au bien général qu'il faisait. IT y avait plus de dotfr^eois que de citoyens. » Volt. « L*amour du bien publie est une chimère chez nous : nous ne sommes pas des citoyens, nous ne sommes que des bourgeois. » Id. « Ne suis-je pas à présent mot-mème un habitant de Paris?... Peut -être, au bout d'un an, ne serais je plus qu'un bourgeois, si pour être digne de toi je ne gardais Fâme d'un homme libre et les moeurs d'un citoyen. ■ J. J.
HABITUDE , COUTIIHE , USAOB , ACCOCTIT- SEANCE , US. Ces mots donnent l'idée de quelque chose qui se fait d'ordinaire ou souvent, et à quoi la volonté est soumise comme à une loi
des dVne personne , de Tesprit , et la coutume ou Vtêsage , les coutumes ou les usages d'un peuple. En obéissant à Vhàbiîtif^e , je cède à une impulsion naturelle, car V habitude, comme on dit, est une seconde nature ; en obéissant à la coutume on à Vusage, je défère à l'autorité et à l'opinion. Dans le premier cas , je suis un principe intérieur et personnel d'action : dans le second, je me conforme à un principe d'action extérieur et commun. La force de Vhabitude dépend de ma faiblesse , et me fait agir comme j'ai toujours agi; la force de la coutume ou .de Vusage dépend de la puissance de l'exemple , et me fait agir comme les autres, comme tout le monde. Avec beaucoup d'empire sur soi-même on triomphe de Vhabitude : « Priez pour obtenir le courage et la force qui vous manquent pour vaincre votre goût et votre longue habitude. > FÉN. Avec beaucoup d'indépendance on résiste à la coutuwio : « Charles XII avait fait la guerre d'une manière nouvelle, il ne se laissait conduire en rien par la coutume. » Volt. — La psychologie traite des habitudes , et non des coutumes et des usages : elle recherche comment nous les contractons, et fait voir la manière de combattre même les plus invétérées , les plus enracinées , épithètes inapplicables aux coutumes et aux usages. — Les habitudes seules intéressent la morale, parce qu'elles seules ont de l'empire sur l'âme , dont elles restreignent la liberté. C'est l'office de Phistoire de signaler les coutuTMs et les usages.
On dit bien toutefbis en parlant d'un homme , c'est sa c&uturme , et peut-être dit-^on aussi , c'est son usage de.... Mais alors même coutume et usage n'expriment pas , comme habitude , une^ inclination ou un penchant vers la chose dont il s'agit. <c Qu'est-ce autre chose qu'une habitude, siuon une forte inclination? v Boss. Avoir Vhabitude an café ou du tabac, marque un besoin; avoir coutume d'en prendre , indique simplement le fait extérieur. On a Vhabitude de faire ce qu'on est poussé à faire ; on a coutume de faire , et plutôt encore de souffrir, ce qu'on fait et ce qu'on souffre fréquemment, que ce soit ou non vokmtiers.
Tu peux avoir raison; c'est contre ta coutume.
RseR.
< Personne n'est venu nous rendre visite, et nous avons été seules tout aujourd'hui.... Cela m'étonne; car ce n'est guère notre coutumCj. 9 Mol.
Coutume et uscfge diffèrent aussi, même sensiblement.
La coutume est une manière d'agir très-générale , qu'on trouve partout , comme une mode. Vusage est quelque chose de plus particulier, conune une pratique. C'est pourquoi 00 dira plutôt, la coutwme simplement, et Vusage de quelque chose , ou des mages. « On dit la coutume du pays , et les usages d'un corps. » D'Al. «La ville est partagée en diverses sociétés, qui ont leurs lois, leurs uta^ef, leur jargon. L'homme
VhcMtude a cela de tout particulier , qu'elle t que le hasard a porté au milieu d'eux se trouve est subjective, c'est-à-dire relative au sujet ou à ' là comme dans un pays lointain, dont il ne coni'âme. Aussi dit- on mieux l'fto&âvde, les habitu* naît ni la famguef ni les moeurs, ni la coiihime. »