DEUXIÈME PARTIE
LaA. « Dans les monarchies anciennes il y avait pea de lois civiles , parce que en général tout pouTait être réglé par les coutumes des peuples, ou par les usages de chaque tribu, s Gond. « La France était régie par des coutumes non écrites; et les usages particuliers de chaque seigneurie formaient le droit civil. » Montesq. « Les mœurs, les coutumes^ les lois ne permettaient point alors de s'écarter de ces usages (relatifs aux augures et aux oracles); l'éducation, la tradition, les préceptes et l'exemple même des philosophes, rendaient ces pratiques respectables. > Roll. -- La coutume n'est pas seulement plus générale , mais aussi plus vulgaire que Vusage : Tune agit sur les hommes du commun; l'autre guide les hommes éclairés et distingués. « La coutume fait les maçons, les soldats, les couvreurs. » Pasc. Vusage £ait l'homme du monde, l'écrivain pur, l'artiste consommé. Avant d'être policé, un peuple a des coutumes; après, il a des usodres. «Les voyageurs prennent tous les jours une grossière coutume du bas peuple pour un usage de la cour. 9 Volt. « Quintilien rapporte plusieurs coutumes très-communes de son temps, qui ne devaient point être regardées comme des usages, mais comme des abus. On appellera donc usage, conclut-il, en matière de langage, ce qui est reçu par le consentement de ceux qui savent bien parler. » Roti.
Accoutumance et us sont peu usités.
Accoutumance, action de se faire à une chose, de se familiariser avec elle, signifie proprement la formation d'une habitude, surtout d'une habitude passive, un certain travail qui s'opère en nous, et d'où résulte une coutume , une facilité à faire ou plutôt A porter, à supporter, A recevoir ou à souffrir certaines choses. « Un esprit abattu et comme dompté par l'accoutumance au joug. > BoiL. « Que pouvaitH)n attendre de grand et de noble d'hommes abattus et domptés par Yaccoutumance au joug comme étaient les Perses? • RoLi. c L'accottiumance du mal (dans cette peste) avait tellement endurci les esprits et étouffé tout sentiment de compassion, que nonseulement on ne pleurait plus les morts, mais qu'on les laissait sans sépulture. » Id. « L'estomac même reçoit la loi de la volonté , la nature l'ayant fait propre à se laisser plier par l'accoutumance. • Boss. « Il n'y a rien au monde de si fâcheux, que Yaccoutumance ne le rende supportable. » Desc. « La capacité de l'esprit s'étend et se resserre par Yaccoutumance. » P. R. t Peutêtre que Yaccoutumance eflaca à la fin une partie de la laideur de cet esclave (fisope). > Làf. « Vaccoutumance nous rend tout familier. » In. « Il y a deux grands remèdes contre tous maux et adversités : Yaccoustumance pour le vulgaire grossier, et la méditation pour les sages.... Les choses les plus fascheuses se rendent douces par Yaccoustumance. 9 Cbarr. — Accoutumance est un mot précieux et indispensable, parce qu'il est le seul à marquer l'établissement de la disposition représentée par les autres, c Celuy me semble avoir très-bien conceu la force de la eotLStume qui premier forgea ce conte, qu'une femme de village, ayant apprins de caresser et de
porter entre ses bras un veau des rheiire de a
oaissance , et continuant touiours ir-ce (aire, gaigna cela par raceoustumance, que , tout gr^oc bœuf qu'il estait, elle le portait encores. » Hcx- TAiGH. «La eou^me force les règles de uture; tesmoins ceux qui par accoustutnance oat gaigné de se nourrir et vivre de poison , d'anignées, formis, laizards, erapaux. s Charb.
Us ne se dit que dans le langage familier, et presque toujours ironiquement, qu'il soit seiil ou suivi du mot coulumes. « Madame, me dit le procureur , je ne sais point faire l'amour : je me suis toujours tellement appb'qaë i ma profession que cela m'a fait négliger d'apprendre les us et coutumes de la galanterie. » Las. « Chrysalde est admirateur en&ousiaste du grand Ariste, suivant les us et coutumes de la secte ((•hUosoplûque), où chaque maître a toujours son prôneur en titre d'office. » Lab.
liais des pirents l'ordinaire lenleur
Fit que la belle, aytnt fait daiie aoa coeur
Cet bjménée, acheva le mystère
Selon les us de Itle de Cythère. Laf.
George sans nés, mais non pai saDS connue,
YeDge i rinstant Thonneur de son visage;
Et Jurant Dlen, selon les nobles us
De ses Anglais, d*nn conp de cnneleiTe
Coupe à Denis ce que Jadis saint Pierre,
Certain jeudi, fit tomber à Maldnw.
Voit.
Le digne Hébreu leur prêU galamment Deux mille écus i quarante pour cent.
Selon les us de la race bénite. Ib.
HAINE;— ANTIPATHIE; — ÉLOIGKEUEYr, AVERSION, DÉGOÛT. RÉPUGNANCE; - MAL- VEILLANCE, INIMITIE, ANIMOSITÉ, RESSENTI- MENT, RANCUNE. Eut ou mouvement de l'âme désagréablement affectée et par suite mal disposée ou ixulisposée contre la cause de son déplaisir.
Bainê. — Baine est le mot général, le nom propre de la passion excitée dans l'&me contre ce qui la blesse ou lui fait peine, comme amour est le nom de la passion produite en noos par ce qui nous agrée. La haine est une véritable passioo, et non pas un simple sentiment; c'est pojFguoi on réprouve rarement pour les choses et presque toujours pour les personnes, contre lesquelles elle anime et soulève; c'est pourquoi elle nous tourmente et apporte dans notre &me le trouble, l'agitation et le désordre. « Quelle consolatioQ que celle de la haine ^ c'est-à-dire d'une passioii noire et violente qui déchire le cœur, qui répand le trouble et la tristesse au dedans de nous-mêmes, et qui commence par nous punir et nous rendre malheureux t * Mass. Cicéron définit la haine une colère invétérée, et Voltaire s dit dans ce sens :
La colère d'Hérode, autrefois peu durable. Est enfin devenue une haine implacable.
L'idée commune aux mots de cet article doit s'exprimer par haine toutes les fois qu'on parle d'une manière absolue , sans égard aux nuances particulières, toutes les fois qu'il s'agit de la passion opposée à Yamour. Garantir son cœur de la haine (BaRiH.). « La haine est toujours moins vive quand l'objet n'est pas sous ses
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS. 653
le premier. Si les mots de la seconde clasff ne se disent point en parlant des dispositions de l'âme â l'égard des choses , c'est qu'ils désignent des passions, et que, suivant une remarque de J. J. Rousseau, « on ne se passionne pas pour les êtres insensibles qui ne suivent que l'impulsion qu'on leur donne. » En troisième lieu , les phénomènes de la seconde classe étant des passions véritables , et supposant comme tels qu'on passe effectivement à l'action pour repousser la cause du mal et lui nuire, sont regardés comme étant plus imputables. On ne se reproche point d'éprouver pour une personne de Véloignement , de rat'emon, du dégoût, de la répugnance; on est coupable d'avoir pour elle de la fnalveillance, de Vinimitxéy de Vanimosité, du ressentiment, de la rancune; car c'est lui désirer ou lui vouloir du mal et être prêt à saisir l'occasion de lui en faire.
Éloignement , aversion , — dégoût , repu» gnance.
De ces quatre mots le premier est évidemment le plus faible^ et le second tout aussi évidemment le plus fort.
Véloignement est l'action de se tenir à l'écart pour échapper à ce qui cause de la peine, et avoir de Véloignement pour une personne ou une chose répond à l'expression latine alienusessc àb , être étranger ou indifférent à , éprouver le contraire d'une inclination. « Il ne faut pas s'étonner si quelquefois nous sentons pour les autres au premier abord de Véloignement ou de l'inclination. » Comd. « Dès qu'ils ne nous reviennent pas, et que nous en avons je ne sais quel éloignement, on ne leur passe rien.»BouRD. «Il est d'autres plaisirs qui, n'ayant d'abord éprouvé de notre part que de Véloignement ou de l'indifTérence , attendent pour se faire sentir que l'âme ait été suffisamment ébranlée par leur action. » D'Al. « Se tenir dans les bornes d'une réserve sage et modeste, sans froideur, sans éloignement, » Harm. < Dans sa froide politesse je voyais de Véloignement, » Id.
Mais en fait de sentiments Vaversion est ce qu'il y a de plus prononcé , de plus énergique : elle est voisine de l'horreur et de l'indignation. «La comédie doit être l'objet de notre aversion et de notre horreur. » Nie. a Par aversion pour Fimbria, dont la scélératesse lui faisait horreur, Lucullus refusa d'entrer dans ce projet. » Roll. « Il est impossible que nous soyons préparés aux in- I jures , tandis que nous en conservons une aver-^ ] sion et une horreur volontaire. » Bourd. « Je vous demande s'il est rien qui doive plus attirer 1 notre aversion et notre indignation. » in. . ' Le dégoût et la répugnance n'ont rien de re- I marquable sous le rapport du degré. Mais ce qui *, Cette difitinction capitale se trouve très-nette- ' les caractérise encore mieux, relativement à ment indiquée dans le passage suivant des Dialogues j Véloignement et à Vaversion , c'est qu'ils sont de J. J. Rousseau. « La haine qae les bons ont pour ' pratiques, et non pas théoriques. On a de Véloi' les méchants est une haine de répugnance et dWoi- ; gng^ent , de Vaversion , pour ce qu'on fuit , pour j/..««r«r , d'hon-eur même et d'effroi, mais non pas ^ ^^nt l'âme se détourne; on a du dégoût, de la
t'antmosite : elle fuit «on objet, en détourne ic» . . . 1^ ♦«u^*;^,^* «^„« ^^
jeox, dédaigne de s'en occuper. Mais la haine con- répugnance pour ce dont on sabst ent, pour ce ire Jean-Jacques est active, ardente, infaUgable ; dont on n'use pas. Vous faites certames choses, loin de fuir son objet, elle le cherche avec empres- i non pas avec éloignement ou auersj'on, mais avec sèment pour en faire à son plaisir. » | dégoût ou répugnance. On a de Véloignement , de
eux*. 3» Lab. « L'envie est plus irréconciliable ne la haine, » Laroch.
^ ntipathie, — antipathie a cela de commun vec sympathie et apathie, qui ont même radial , le grec nàOè; , souffrance , émotion , passion, u'îl désigne quelque chose qui tient au tempé- 2LTxient. Vantipathie est une haine fatale et 1 on raisonnée , qui empêche tout rapprochement tntre des natures, des humeurs ou des carac- :ères incompatibles. « Combien de haines invétérées et depuis longtemps entretenues, qu'ils traitent d*antipathies naturelles et involontaires. > BouRD. « Les hommes ont bien su mettre en œuvre cette antipathie invincible que la nature a établie entre un coq et un coq : ils ont cultivé cette haine innée avec tant d'art ,
que » BuFF. c Vantipathie que l'on dit avoir
élè entre Jacob et Esaû dès le ventre de leur mère. » Scarr. < Souvent on conçoit de l'envie et de l'inimitié par fantaisie, ^r antipathie. On lie sait pourquoi. > Boss. « Il ne parait pas qu'aucun animal fasse naturellement la guerre â l'iiomme ni témoigne contre lui de ces violentes antipathies qui semblent annoncer qu'une C5i>èce est destinée par la nature à servir de pâture à l'autre. > J. J.
Tous les mots suivants, savoir, d'une part, éloignement » aversion , dégoût et répugnance, et, de Vautre, malveillance , inimitié , animosité^ ressentiment et rancune f se divisent en deux classes bien distinctes. En effet, d'abord, ils marquent une disposition fâcheuse ou défavorable de l'âme , les quatre premiers à l'égard des choses et des personnes indifféremment, et les cinq derniers k regard des personnes seules. Ensuite , considérés psychologiquement, ils expriment des phénomènes essentiellement divers , les uns des mouvements de l'âme solitaires, immanents, intransitifs, de simples sentiments en un mot, les autres des mouvements répulsifs, c'est-à-dire proprement des passions. Par les uns notre âme , active , sans doute , mais d'une activité qui ne dépasse point les bornes de ia conscience , se contente de rentrer, de se replier en elle-même, de fuir , en se concentrant , la cause de son mal ; au lieu de tendre à l'écarter , elle tend à s'en écarter-, les autres, au contraire, impliquent Vidée de poursuite et d'hostilité ; par eux notre âme irritée sort d'elle-même et se porte à la rencontre des personnes qui l'ont blessée pour | les repous.ser, leur nuire, en tirer vengeance, j et les détruire même s'il est possible '. On peut éprouver pour une personne de Véloignement , de \ Vaversion, du dégoût ou de la répugnance, et être fâché pourtant qu'il lui arrive aucun mal. Ce caractère, du reste , est en parfait accord avec
D£UXl£BI£ PARTIE
VavÊiion pour ane personne avec laquelle on ne sympathise pas, qu'on est loin de porter dans son cœur; on a du dégoûi^ de la répugnance pour celle dont on ne reut pas se servir, avec laquelle on ne peut se résoudre à agir, à traiter, à s'allier.
Le dégoût n'est pourtant pas la même chose que la répugnance. On a du dégoût pour ce dont on se dégoûte, pour ce dont on se déshabitue; c'est un détachement, un renoncement qui suppose un usage déjà existant. La répugnance^ au contraire , a pour objet qtielque chose qu'on n'a pas encore goûté, qui n'a pas encore été éprouvé, dont on ne s'est pas encore servi. On dit le degoût de la vie , et avoir de la répugnance pour un mariage proposé. Certaines maladies donnent du dégoût pour des aliments dont on se nourrissait volontiers jusque-là ; les sauvages témoignent de la répugnance quand ils commencent à user de nos aliments. A un certain âge la lecture des romans n'inspire plus que dégoût; parmi les enfants auxquels on apprend à lire, il s'en trouve qui ont de la répugnance pour la lecture. Un employé quitte son emploi par dégoût; on refuse un emploi par répugnance. Un roi prend du dégoût de son ministre et le renvoie (Boss.); c Louis XIV n'aimait pas Fénelon.... Mme de Maintenon détermina ce prince, malgré sa répugnance , à le choisir pour précepteur de son petit-fils. » D'Al.
MaheilUuiu , inimitié ^ animoeité, — ressentiment , rancune.
La malveillance est une haine cachée; rtnimitiéy une haine ouverte; et Vanimosité^ une haine ardente.
La malveillance y le contraire de la bienveillance ^ est une simple disposition à vouloir du mal, une passion honteuse comme l'envie, à laquelle elle ressemble beaucoup, et cherchant comme elle à se satisfaire par des moyens détournés et de sourdes menées. « Juste Lipse reprochant à Dion sa makeillanu contre Sénèque, reconnaît une disposition tout opposée dans Tacite , dont la bienveillance, dit-il, favorise partout Sénèque. > Lab. « Il se contint pour ne pas lui attirer la malveillance des envieux. » Uàmm. « On attribue cet incendie à la malveillance, » ACAn.
Vinimitié , le contraire de Famitié {in amieus , non ami , ennemi) , est déclarée , publique ; c'est en quelque sorte la haine considérée sous le point de vue social , produisant des démêlés , des injustices, des divisions, se manifestant par des attaques en plein air, par des guerres ou des procès. « Ce fut en ce temps qu'éclatèrent les inimitiés qui avaient commencé depuis longtemps entre Boniface VIII et Philippe le Bel. » Boss. c Sous le consulat de Sylla, Vinimitié entre lui et Uarius fut portée aux derniers excès, et devint une guerre en forme. » Roll. « De quoi entendons-nous parler plus ordinairement que de procès, de contestations, d'inimitiés ^ de calomnies, de fourberies, d'impostures, d'injustices, de vexations? » Bourd. — Du reste, comme Vinimitié prend sa source dans des oppositions d'intérêts, ell« n'empêche pas de rendre
I justice à ceux qui en sont l'objet, de les estimer ! même tout en cherchant ou en saisissant Toci casion de les combattre et de leur nuire. « Les ' grands fiommes du siècle de Louis XIV se respectaient mutuellement, malgré la concurrence, et même malgré Vinimitié. » Lah.
Vanimosité (du latin animosusy animé , ardent, impétueux) est quant à la force le comlle de la haine, la haine active, persécutrice, furieuse ou acharnée^ Aussi dit-on bien Vaninuuite de la haine (Bonan.). « Il ne s'agît pas seulement de haine, il s'agit d*animosité : U s'agit d'un concours très-actif de tous à rexécution du projet. » J. J. » Son innocence reoonnne ne sentirait qu'à transformer en rage Vommmté dont il est l'objet. » In. c II ne pouvait surmonter Tammositi des esprits , extraordinairement échauffés, s Boss. c Les deux partis s'affaiblirent réciproquement sans rien relficher de leur aittmositë et de leur fureur. » Vskt. « On reproche à Philippe le Bel une animosité peut-être trop acharnée contre Boniface YIU et contre sa mémoire. > Volt, c ils en sont venus aux mains avec une animoisité et un acharnement aussi gruid que s'ils combattaient contre les Carthaginois. »
Le ressentiment et la rancune sont des passions qui diffèrent des trois précédentes en ce qu'elles sont beaucoup plus déterminées quant à leur origine et quant à leur objet. RUes ont pour cause un fait particulier, une offense personnelle, et tendent à un but bien précis, à rendre la pareille, à tirer vengeance de ce seul fait, au lieu d*en vouloir à toute la personne pour toutes sortes de motifs et de chercher à lui nuire de toutes les façons. « Esprit de ressentimetU : on vous a o^ fensé , c'est une action particulière qui fous a indisposé contre celui qui l'a commise. » Boss. « Esprit de ressentisnent et de vengeance. » Id. « Telle est l'offense , tel doit être le ressentiment. » Les.
Ressentiment remonte par l'étymologie au verbe latin sentire; rancune paratt venir d'un mot de la basse latinité, rancor. C'est pourquoi ressentiment convient à tous les styles , même au plus noble, tandis que rancune» d'où a été formé rancumer, est une expression lamilière. « Mancune est banni du style noble. » Marx. On lit dans une tragédie de Voltaire : « Point de ressentiment. * Et dans une comédie de Deslouches' <t Point de rancune, mon enfant. » Pour ce qui regarde l'idée propre de chacun de ces termes, le ressentiment a aussi quelque chose de plus noble , de plus généreux , de plus franc , de plos impétueux, qui éclate d'abord. «Il faut (pooi intéresser dans la tragédie) qu'un grand crime soit nécessaire, il faut qu'il soit commis dans la chaleur du ressentiment» » Volt. La rancune est plus durable, plus dépendante du fond du caractère , plus couvée , plus sournoise , et par conséquent plus basse. « Les gens flegmatiques et froids , en dedans , sont haineux , vindicatife, implacables; ils savent conserver, déguiser, nourrir leur rancune jusqu'à ce que le moment de l'assouvir se présente. » J. J. On dit un vif ressentiment (Roll.), et une vieille rancune
ceciime?
r» , Dbst-); un fier ressentiment (Volt.), et petite rancune (Lab.).
A.iR, DÉTESTER, ABHORRER. Avoir ea aver-
aîf est moins fort que détester, qui se met dlnaire après. « Dieu dit au pécheur : Je te erai éternellement à te considérer de la sorte , que tu te haïsses et que tu te détestes éterement toi-même. » Bourd. « Dans les fables :>hèJre, les crimes sont représentés sous d*afises couleurs qui leur attirent le mépris , la ne ^ la détestation publique. » Roll. « Il tble prendre à tâche de faire hair et détester [omication. > lo.
Baissez , détestez Tépoux,
J'y consens, et vous T^andonne. Hol.
?s rois sont craints comme ils veulent l'être; s ils sont \ia\Sy détestés. » Fên. « Rieti t plus affreux que ce qui arrive chez vous Angleterre) ; de tout temps j*ai ha% le peuple , Durd'hui jele déteste. » Dudefp.
jyéteste-mol : c'est peu de me haïr, Lat. Tatr paraît aussi exprimer une aversion moins nde qu'abhorrer. « L'âme, dans Tenfer, peni à ce péché qu'elle haïra , qu'elle abhorrera , une la source irrémédiable de son malheur. »
eux- m Clarice encor? — Je la Mû, Je ViMorre.
Deit.
Utn
Il m*a désespéré , 1 m'accable d'effiroi ; Je le hais, je Vabhorre.
Volt.
)ue si d^terter et ahhorrer diffèrent l'un et Litre de haïr par le degré , ils diflOèrent Tun de utre par l'espèce : on déteste par raison ; c'est
goût, la nature sensible ou le cœur qui
icrre.
)n déteste ce qu'on ne peut estimer, ce que
1 condamne , ce qu'on juge très-mauvais , dé-
tahle. c Bien loin de détester les auteurs de
maxnnes , vous avez de l'estime pour eux. • se. < Montaigne parle de ses vices pour les re connaître , et non pour les faire détester : il prétend pas qu'on l'en doive moins estimer. » R. c Ces philosophes pratiquaient ce quHls idamnaient, adoraient ce qu'ils méprisaient, :>fessaient ce qu'ils détestaient, • Bodrd. Oui, j'esiinie en Minos le guerrier politique; . If aïs je déteste en loi le mtllre tyranniqoe.
YOLI. ^
Bientôt il (oe roi) fut hai, méprisé, détesté. » r. « Je condamne et je déteste tous les sens xes qu'on a voulu donner k oet ouvrage. » In. ette espérance (d'une récompense étemelle) ne l-^lle pas me faire mépriser, détester le ode ? > Mass. « Ce prince philosophe détestait anatisme de ces prêtres séditieux et méprisait is querelles. » D'Al.
>ti abhorre ce qu'on ne peut souffrir, ce pour )i (a éprouve une grande antipathie, un sentent de dégoût ou de répugnance insurmonta. . K Un gTtod aime le Champagne, abhorre le î-^. s Labr. Ilariane dit à Oiigon , qui veut aire épousar Tartufe :
Sauvez-moi du tonnnent d'être à ce qw ^'abhorre.
Mol.
« Obligez-moi à tout ce que mes sens et mon amour -propre 4ibhorrent le plus. » Bourd. « L'âme chrétienne abhorrait comme un monstre le péché. » In. « Oui , je le soutiens , que je me hais souvent.... Quand je me trouve amolli..., je me trouve presque semblable aux méchants, je me fais mon procès, je m'ab/iorre , je ne puis me supporter. » Timon. F4n. « Dès que le duc d'Orléans paraissait , il se faisait à l'instant même un vide autour de lui.... Le roi voyait son neveu abhorré comme un parricide. » Mabic.
C'est le propre d'un esprit vrai de détester les erreurs, les hérésies, les mensonges, tout ce qui est contraire aux principes, aux règles, à ce qui est légitime. C'est le propre d'une âme bien née d'abhorrer la cruauté, l'ingratitude, la lâcheté, la bassesse , tout, ce qui révolte nos sentiments d'humanité ou d'honneur.
HALEINE, SOUFFLE. L'air rejeté par la respiration.
L'haleine est cet air tel qu'il sort de la bouche naturellement et sans effort ; le souffle est ce même air tel qu'il sort de la bouche , volontûiremcnt poussé et modifié en conséquence. V?ia* leine s'échappe en s'exhalant doucement par le jeu spontané des organes ; le souffle est chassé par quelqu'un qui souffle , qui lance son haleine en contractant la bouche de manière à n'y laisser qu'une étroite ouverture. C'est une différence considérable; car, suivant l'un ou l'autre mode d'éfmission , l'air sorti des poumons produit des effets tout autres. Votre haleine échauffe, vous refroidissez avec votre souffle; le souffle a perdu, par la pression des lèvres, la chaleur de l'/ioleine.
On retient son haleine : c^est quelque chose qui va ou part de soi-même. Mais le souffle est quelque chose qui n'existe que par nous ou dirigé par nous : d'un souffle nous renversons un objet (Font.); tel souffle, et non telle haleine^ est nécessaire pour iU'ticuler telle lettre ou tel mot (Marm.).
Tons les vents aUenlifs reliecnent leurs haleines. Le seul Zéphire est libre, el d*un souffle amoureux Il caresse Vénus , se joue à ses cheveux. Lat. Vhaleine, épandue de son propre mouvement, sans aucune participation de la volonté , est nécessairement plus faible et moins sensible que le souffle , qui par la contrainte et l'impulsion acquiert un degré de force remarquable. Quand vous êtes placé devant une bougie , votre haleine la fait* vaciller; avec votre souffle vous l'éteignez. On dit Vhcàeine du printemps (Buff.), les douces haleines des zéphyrs (J. B. Rouss.}; et le souffle impétueux des vents (àcad.), un souffle impétueux et violent (Roll.) , le souffle de la colère de Dieu (Harm.).
Les oiseaux sont sans voix, les zéphyrs sans haleine.
Et les ruisseaux dans leurs cours arrêtés. Les aquilons fougueux régnent seuls sur la terre.... Bu trtt>m que la mer reçoit de nos fonlaineSy Indignéfl et jaloux , leur souffle mutiné
Tient les fleuves chargés de chaînes, £t soidéve contre eux TOcéan déchaîné.
(Cantate contre l'hiver). J. B. Rouss.
OtiÙ