DEUXIÈME PARTIE
Ce ne sont que des mémairei , et il ne let avait donnés que sur ce pied-là : Commenlarii. Il les composait à la hâte, sans étude, et dans le temps même de ses expéditions, uniquement dans la vue de laisser des matériaux aux écri; , Tains , pour en composer une histoire. * Roll.
Les Commentaires sont les mémoires de César. . « Le dessein de César, en écrirant ses Commen- , tairez, n'avait été que de fournir des m^motref , | des matériaux i c&ux qui voudraient en compo- { ser une histoire en forme. » RoLt. « Depuis les i Commentaires de César, dit M. l'abbé Morellet, que sont tous les mémoires connus, sinon les souvenirs de celui qui les a écrits T » Harm. ~ Par suite, on appelle commentaires les mémoires d'un héros sur ses campagnes et ses exploits. Voltaire dii dans une de ses lettres au roi de Prusse : « Je prévois que Votre Majesté s'amusera quelque jour à faire le récit de ces deux oampagnes. C'est aux Césars à foire leurs commentaires, » Et dans une autre : « César écrivit ses commentaires, et vous écrivez les vôtres; mais où sont les acteurs qui puissent ainsi rendre compte du grand rôle qu'ils ont joué? Le maréchal de Broglie était-il homme à faire des commentaires? Au reste, je suis trop loin d'antrerdans cet horrible et ennuyeux détail de journaux de sièges, de marches, de contre-marches , de tranchées relevées , etc. »
La relation ne concerne qu'un événement, comme un siège , un combat naval , une coqjuration , une fête , un voyage , le séjour d'une personne en un lieu; ou bien elle fait connaître quelque chose d'étranger, car ce mot vient de re- [ ferre , rapporter , faire venir d'an endroit plus ou | moins éloigné dans celui où on est. Les relations ' des missionnaires (Vauv.). « Ceux qui nous ont ' donné des relations de la Chine. » Volt. , Fin. c On fait la satire de ces gens qui s'engagent dans de longs voyages , et qui ne font ni mémoires ni relations, » Labr. « Les Péruviens avaient l'art de composer avec les plumes des oiseaux-mouches des tableaux dont les anciennes relations ne cessent de vanter la beauté. » Bufp. c Les Lestrigons et les Cyclopea sont les premiers habitants de la Sicile aue des relations fabuleuses aient fait connaître aux Grecs. » Cord. «Tibère, sur les relations qui lui venaient de Judée, proposa au sénat d'accorder à Jésus-Christ les honneurs divins. > Boss.
Les anecdotes sont ou contiennent de petits faits curieux et peu connus (&vIx8otoc, inédit). Le vingt-cinquième chapitre du Siècle de Louis IIV a pour titre : Particularités et anecdotes du règne de Louis XIV; et il commence ainsi : c Les anecdotes sont un champ resserré où l'on glane après la vaste moisson de l'histoire : ce sont de petits détails longtemps cachés , et de là vient le nom d^anecdotes; ils intéressent le public quand ils concernent des personnages illustres. » Cet intérêt vient de ce qu'ils servent à éclaircir les mystères de la politique et à développer les ressorts cachés des événements les plus considérables, des résolutions ou des révolutions les plus impor> tantes. « L'ouvrage d'Athénée est , ainsi que celui d'âlien , une espèce d'ana , où l'on trouve sur
Tantiquitè des anecdotes eurieuses qu'on chercha rait inutilement ailleurs. » D'Al. — D'ailleurs anecdote signifie plutôt le lait lui-même que !• récit qu'on en fait ou le recueil qui Le contiezit Aussi dit-on bien qu'on trouve des aneedtoa dans les mémoires , dans les rélaHons et dans ka vies.
La vie ne concerne qu'un homme. Les vies des saints , les vies de Plutarque. « Les Juifs avaieLi plusieurs vies de Moïse très-anciennes. » Volt « Vous vous associez à la gloire d^rasme et ds Grotius, en écrivant si bien leur histoire. Il y a mille anecdotes dans ces deux vies, qui août bien précieuses pour les gens de lettres. « In. « Nous avons deux viss de Pytbagore : Vune écrite par Porphyre, dans le m* siècle de notre ère, et l'autre par Jamblique, dans le iv*. » Coiîd. < Je ne m'arrêterai pas au nom d'Amphilockâus , contemporain de saint Basile , auquel la oie de c« saint est attribuée. » Boss. «La oie que Cornélius Népos a composée de cet illustre chevalier romaii: (Atticus) sent un peu le panégyrique. > Roll. c Rutiliua avait composé une histoire romaÎDe en grec, outre sa propre vie qu'il avait écrite. vraisemblablement, en latin.» In, «On remarque la même aigreur (de la part d*Bunape) dans ses vies des sophistes, principalement contre les moines. » In.
HISTORIEN , HISTORIOGRAPHE. Celui qui écrit l'histoire.
Historien, historieus, est le nom qu'on donne à l'auteur d'un ouvrage historique, flislorio^raphe , teToptOYpdfoc , est un titre conféré par on souverain à un homme qu'il pensionne pour écrire l'histoire. On dit les qualités ou le s\yk d'un historien y ei les appointements, la charge ou la fonction d'historiographe.
c Peut-être, dit Voltaire, à qui nous empruntons presque tout cet article , le propre d'un historiographe est de rassembler les matériaux , et on est historien quand on les met en oeuvre. Le premier peut amasser; le second choisir et arranger. Vhistoriographe tient plus de FaimaUsie simple; et l'^ifforieit semble avoir un champ plus libre pour l'éloquence. » Lui-même fut historiographe de France, et ayant été remplace par Duclos, il écrivit, de Potsdam, au comte d'Argental : « Mon historiographerie est donnée ; Mme de Pompadour, qui me récrit, me mande en même temps que le roi a la bonté de me conserver une ancienne pension de deux mille livres. Je n'ai que des grâces à rendre. Le bien que je dis de ma patrie en sera moins suspect ; n'étant plus historiographe , je n'en serai que n:eilleur historien, »
Il n'y a plus d*historiographe de France. Le premier qu'on cite comme l'ayant été est Alaia Chartier, sous Charles VU. Depuis, il y eut souvent des historiographes de France en titre; e: l'usage fut de leur donner des brevets de conseillers d'État avec les provisions de leur charge. lU étaient conmiensaux de la maison du roi. Chaque souverain choisissait son historiographe, Pellisson fut d'abjrd choisi par Louis XIV , qui lui sutsiitua ei] suite Racine, le plus élégant des poètes, et Boihau, le plus correct.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
A Venise , c'était toujours un noble du sénat qui avait ce titre et cette fonction. A la Chine, les historiographes sont ^argés de recueillir tous les événements et tous les titres originaux sous une dynastie.
HOIOIE DE BIEN , HONNÊTE HOMHE , HOMME DHONNEUR , GALANT HOmiE ; — BBAVE HOMME , BON HOMME. Celui qui tient une conduite louable ou conforme au devoir.
« Je veux qu'on ait une idée particulière de ce qu'on nomme le galant homme^ Vhômme de bien, l'Aoïnme d^ honneur, V honnête homme. » Voilà en quels termes Corbicelli écrivit un jour sous le couvert de Mme de Sévigné, son amie, à Bussy- Rabutin , pour savoir quelles différences il mettait entre ces expressions synonymes. Bussy lui répondit, après avoir consulté Mme de Coligny, sa fille, et rèvèque d'Autan : « L'honnête homme esi un homme poli et qui sait vivre; l'homme de hien regarde la religion; le galant homme est ane qualité particulière qui regarde la franchise et la générosité ; Vhomme d:honneur est un homme de parole, et cela regarde la probité; le Irave homme, dont vous ne parlez pÂs, ne regarde que le courage; le bon homme ^ que vous avez encore oublié , veut dire un sot. >
Ces distinctions ont besoin de rectification ou de développement.
D'abord homme de bten, homme qui UxX le bien, est Texpression générale et la seule qui soit absolue , c'est-à-dire qui ne suppose pas l'homme en relation avec autrui , qui ne se rapporte point aux devoirs de la vie civile. Il est bien vrai qu'autrefois on le disait spécialement de l'homme pieux. Dans le Tartufe, Orgon apostrophe ainsi Tartufe, qui se précipite pour embrasser Elmire:
Tout doux ! vous soivez trop votre imoareuse envie,
Et vous ne devez pas vous tant passionner.
Ahl ab! Vhomme de bien^ vous m'en vouliez donner! Mol.
a Ce médisant vient à mourir; on dit : c'était un homme de bien, un grand serviteur de Dieu. Il est mort dans des sentiments de piété. » Bouan. 1 La conversion de Condè consola les gent de hien , et confondit les impies. » In. Hais homme de hien a toujours signifié pour l'ordinaire et signifie exclusivement a g'ourd'hui l'homme moralement estimable , l'homme vertueux sous tous les rapports, c L'homme de bien est incapable de mollir sur l'article du devoir. » Bourd. « Les gens de hien plaignent ceux qui ont de la grandeur ou de l'esprit, sans nulle vertu. » Labr. <z Protésilas ne pouvait souffrir un homme de hien^ dont la seule vue était un reproche secret de ses crimes. » Fén. « La bonté, la droiture, les mœurs, l'honnèieté, la vertu, voilà ce que le ciel exige et qu'il récompense! Si Dieu juge la foi par les œuvres, c'est croire en lui que d'être homme de bien. » J. J.
V honnête homme, du latin honoe, ornement, bejLuté, d'où honeetum, ce qui convient, ce qui est bienscant, est l'homme comme il faut, l'homme qui est bien relativement aux autres, au monde , à la société ; il se distingue non-seu-
bité. c Cléante est un très-honnête homme, il s'est choisi une femme qui est la meilleure par* sonne du monde, et la plus raisonnable; chacun de sa part Ut tout le plaisir et tout Tagrément des sociétés où il se trouve; l'on ne peut voir ailleurs plus de probité , plus de politesse. » Labr. « Il serait désirable , pour le plaisir des honnêtes gens, qu'un coquin ne le fût pas au point d'être privé de tout sentiment. » lo. « Avec le tabac, on apprend à devenir honnête homme. Ne voyezvous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche ? s Mol. « Ne trouves-tu pas que cette action d'embrasser ma défense sans me connaître est tout à fait d'un honnête homme? » lo. Dans les Folies amoureuses, Crispin se dit. Selon roccasion, Qaélqaefois imméie homme , et qoelqueroia flripon.
Reor.
« Tout, est coterie : Vhonnête homme d'une maison est un fripon dans la maison voisine. » J. J. c Le monde croit qu'on peut être fidèle aux hommes sans être fidèle à Dieu; être orné do tontes les vertus que demande la société , sans avoir celles qu'exige l'Bvangile; et, en un mot, être honnête homme sans être chrétien. » Mass. L^homme d'honneur est la fleur des honnêtes gens, l'homme qui observe l'honnêteté même alors qu'il lui en coûte le plus ou qu'il n'y est po'.nt strictement obligé. Pour qu'un honnête homme puisse être appelé homme d'honneur, il faut, suivant Charron, qu'il y ait difficulté, peine ou danger, et que l'action ne soit point d'obligation, mais de surérogation. Vhomme d'honneur r.e se contente pas d'éviter ce qui est incivil ou injuste ; il ne se permet rien de bas ou de honteux, et surtout il ne consent jamais à mentir ou à se parjurer. Il n'est pas seulement ir. réprochable dans sa conduite , mais encore irré- ; réhensible dans ses sentiments. « Des hommes d'une probité et d'une vertu qui se soutient contre tout intérêt, des hommes d'honneur quand il en doit tout coûter pour l'être, des homoaes équitables contre eux-mêmes. 9 Bourd. c Comme sénateur , Socrate avait prêté le serment de dire son avis selon les lois. Il refusa de souscrire à l'arrêt par lequel le peuple avait condamné à mort neuf capitaines , ne croyant pas qn'il convint à un homme d'honneur d'aller contre son serment pour complaire au peuple. » Fijx. « Artaxerxe, voyant qu'il ne pouvait vaincre Datame par la force et par les armes, ne rougit point d'employer l'artifice et la trahison pour s'en défaire; moyens indignes de tout homme d^hon^ neur; combien plus d'un prince! r Roll. La parole suffit (sans qu'il soit besoin de signature) entre des gens d'honneur. Disr.
c n faut que je vous dise cette histoire. C'était une personne d'honneur qui la contait l'autre jour en un lieu où j'étais. > Pasc.
Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur On ne lâche auenn mot qui ne parte du cœur. Alceste. Moi.
Le galant homme a dans les prorédés le carao-
lement par la politesse , mais encore par la pro< ' tère de noblesse que l'homme d'honneur a dans
DEUXIEME PA&Tlfi :
l'âme, il traita les gens d'une manièrt haute en. même temps que gracieuse et aisée, loyalement, aY«c générosité. Dans le Bourgeois gentilhomme , Dosante apprend à U, Jourdain comment il doit s&' conduire pour agir en galatU homme. « If . de Jonville était un honnête et gâtant homme ^ aimable même à^ certains égards. 9 J. J. « Vous êtes galant homme, homme aimable, homme d'esprit, de homme Emilie; Hortense est jeune, belle, sage, d'une Ikmille distinguée, et elle est aussi malheureuse qu'aimable . * Dest. « Néron , ce .tyran, ennemi de la raison, fut èsaex galant homme poiir entendre raillerie^^ur ses vers. » Boil. « Mon médecin sait vivre; il n'est point charlatan : il traite la médecine en galant homme; enfia il m'amuse. > Sév. « Laubanie se conduisit en trèsgtUant homme qu'il était, à. l'égard de Gharost (qu'il avait remplacé comme commandant à Calais) , avec toutes sortes d'égaids et de respects , et se fit un point d'honneur de lui rendre justice, et de détruire les mauvaises impressions que le roi avait prises, s S. S. « Vhonnéte homme et le galant homme sont les mêmes quant au fond; mais le dernier a quelque chose de plus a|p-éable dans les manières K » Coiu).
Brave J^mme et bon homme, dans l'acception où ils se rencontrent ici avec les mots précédents , sont familiers, ce qui suffit pour les en séparer.
Mais brave homme emporte une idée de louange, au lieu qu'il y a toujours dans l'expression de bon homme une légère teinte d'ironie. C'est par résolution et avec courage qu'on est brate homme; il y a à cela du mérite. « Je voulus laisser à l'aubergiste ma veste en gage. Ce brave homme la refusa, et me dît qu'il n'avait jamais dépouillé personne. » J. J. C'est par inclination naturelle, par facilité, quelquerois par débonnaireté ou bénignité , qu'on est bon homme, « Le roi d'Angleterre (Jacques II) est bon homme, et prend part à tous les plaisirs de Versailles. * Sév. « Hors d intérêt, d'Antin était bon homme, et aimait à faire plaisir. » S. S. « Chevry, presque aveugle quand il épousa cette petite veuve, le devint bientôt après tout à fait : il fut doux , bon homme, s'accommoda de tout, eut toutes sortes de complaisances. » lo.
I- HONNÊTE, CIVIL, POU; — 2» AFFABLE, GRACIEUX; — a« GOL'BTOIS. Ces mots expriment
* . Quoi qu'en dise Besuzée d'après Labmjère , Vhahilf homme diffère extrèmemenl des divers personnages dont il est ici quesiion. Sa qualité essentielle n'est pas la vertu , mais le ulcnt ou la capa» cité ; il est propre, non pas à bien fkire, moralement pariant, mais à bien Mre ce qu'il entreprend, ses afliûres, i réussir. C'est un homme de ressenroe, quoique peut-être plein de vice ou de méchanceté. « J'ai assez bonne opiniom de vous- peur être persuadé que vous ferez encore plus de cas de ce qui peut former en vous Vhomme de lien, le bon citoyen, le vertuefix magistrat, que de ce qui peut (bmer lé savant et Vhabile homme. » D*Ac. ce îbui cela (talent, discernement, capaollé, huakves) se trouvait dans Coudé uccoropagné de œs veitus qui font romemeni de le sooiéié civile et qui, par une alliance rare, joigoaient le parfait hanHéte homme ^V habile homme. » fiouao.
tous des qualités relatives aux manièFes, qualités qui ont letir application, qui se dévvtoppeut au sein de la société , et nous étabfisseiit avec nos semblables dana de bons termes ou dsae de bmis rapports.
Bntn.hoMi<te, ct«a et po<«% d*ai» part, 0^- Ue et gracieux^ de Fautre, s» tromre d'abord une grande diflerence. Qui est hamniU , ewil ou poli sait vivre, est homme de bon&e campigfiie: qui est afM» ou greuMMX doit plus i sa natte? qu'à l'usage , est aimé et recherché poar ses qualités propres. Les qualités signifiées par honnéu. civil et poZ» marquent une conformité à des règles qui déterminent comment on doit être dans la société pour y être bien ou eoffime il fkat; !a qualité de l'homme affable ou grocieica lui est particulière, et ne répond point à un genre de procédé commun et qui puisse s'apprendre. Un homme bien élevé suit les règles de Fhonsiélet^, de la eimUté et de la poKtesse ; un homme biei né se montre affable et gracieiut. — Outre cela, honnête , civil et poli s'étendent à fonte la conduite envers autrui : on dira biea, par exemple, faire à quelqu'un une réponse honnêk, dcûeon poUe. Hais affable et gracieux ne se disent que de Tair, que de la manière dont on se montre aux gens , de la mine qu'on leur tûL c On est aujourd'hui civil, honnête, poli,- on a des ain \affaibles , gracieux , insinuants. > Bocnm.
1* BonnUCy civil, poli. Adjectiâ semnt à qualifier un homme de bon ton, qui sait bien son monde , qui n'est point grossier.
Honnête, du latin honos, ornement, beauté. d'où honestum, ce qui est beau, bienséanL Cn est honnête par raison, par respect pour soi même et pour ce qui est bien; et TAoïtA^f^ consiste dans l'observation des bienséances, d'où dépend la conservation des bonnes moeurs. L'homme honnête ne néglige rien de ce qui est dû à l'&ge, au sexe, à l'état et aux diverses supériorités établies par la nature. L'ivoaaétete' fait partie de la morale sociale ainsi que la charité. « 11 vous est ordonné de ne pas blesser envers votre frère les règles de VhonnêuU^ et de lui rendre tous les devoirs que la société nous impose les uns envers les autres. » Mass. • Cest ane action à^honnêleté et de charité , de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie. » Volt. « On peut , par honnêteté et par bienséance, approuver généralement, et à certains égards , ce qu'absolument on improuve. » Boss. La cttnlt^e'et la politesse constituent plutôt des convenances que des devoirs proprement dits : en y manquant , on pèche moins contre les bonnes mœurs que contre les mœurs élégantes et distinguées.
Civil vient du latin civilis , de civis , citoyen. Poli est opposé k rude. La civilité consiste à nous conduire envers chacun selon son rang, sa dignité, sa condition dans la cité ou dans TËtat: elle tient de la cérémonie et de l'étiquette. La politesse, qualité dé l'homme qui a été dégrossi, est plus exquise : elle ne se borne pas à la connaissance de certains termes et à l'observation de certaines pratiques , qui ne supposent pas nécessairement une excellente éducation: elle .se fait
SYN0NT1B5 Â RADICAUX DIVERS
rqiMr psr vb nnrt'dkflRtiement èfes womh nanees--, par vne fiii9 tt éiMoito attentios à entrer dans les éispastf^n» et k s'tecflmmodfeFr aux sHuaftoiiB et auv dénis de eiiaeuii. Aussi tiest-on besaeoap à ]ftuner pourpoKi «Lae«atKld est un désir d^en nwrékr et d'ètra estisné |PoiC. » Iaahocb. « CM' par orguirfl qve nauv loBnBesi po^ 2tf .'noQsnoas sentons flttlé» d'avoir dés manièrev qui prcniveirt qttf& naos naaonmeapai dam It^boa* sesse. » MownssQ. « Le» académies sont aar mm- ▼ersités ce qae Ttge mûr eet à reollmoe, oe que Tare de Irien parler est à la grammaire , ee «foela poUtêite est aux premières leooas de la dmHié, » Volt.
Politette dit plu9 que eiVflUé, préoisément' parce que la poUtesse est plus spéciale que la civilité. Elle regarde , non pas au rang , mais au mérite persomiel; elle ae fônde, non pas sur la considération, mais sur l'estime; ce n'est pas une démonstration extérieure, générale et froide, mais un témoignage particulier des sentiments dont on est animé. La civilité peut être cérémonieuse ou fatigante; la poUtetse , fade ou fausse.
« Je donne à tout le monde un extérieur de civilité. » Boss.
Il ftrnl Men que l'on rende
QndqiiB» dehors etrilr que Ttuage demande. Mol. <c Je la reçus avec toute la civilité, mais àTSc toute la froideur possible. » 9. S. Toilà bien la civiKt^, — Voici pour la politesse^ qu'une fbmme de beauconpd'esprit, au xvni* siècle, définissait ainsi : • La politesse est dans un coeur sensible une expression douce , yraie et volontaire du sentiment de l'estime et de la bieuTeillance. ?> On dit une poh'tme attentive (Kuaïf .). « Féndon arait unepob'ffvse qui, en embrassant tout, était toujoura mesurée et proportionnée, en sorte qu'il semblait à chacun qu'elle n'était que pour lui. » S. S. « Louis XIV avait une politesse de discours qui trouvait toujours à placer ce qu'on aimait le plus à entendre. » Mass.
L'Aonn^fefi^ se pratique à Tégard de tous les membres de Thumanité. «n est évident à toute la terre qu'un bienfait est plus honnête qu'un outrage. » Volt. « Dans les règles de Vhonnéteté^ on ne publie jamais les lettres d'un homme sans sa permission. » In. « Vhonnêteté nous oblige de ne pas refuser nos lumières à notre prochain pour le tirer d'une erreur où il est tombé. » BoiL. Eïïe nous oblige aussi à enseigner la route au voyageur qui s'égare. — La civilité nous prescrit comment nous devons agir extérieurement envers les membres de notre cité^ suivant qu'ils appartiennent à telle ou telle classe, à tel ou tel rang, qui nous devons saluer et comment , à qui nous sommes tenus de rendre visite , quel titre , ou monsieur ou monseigneur , il fhut mettre devant le nom de tel ou tel personnage, quelle personne nous devons honorer en nous levant à son approche, en l'accompagnant ou en la reconduisant, en lui cédant le pas, etc. C'est un cérémonial qui difl^re de pays à pays. « Les législateurs de la Chine voulurent que les hommes se respectassent beaucoup ; que chacun sentit à tous les instants qu'il devait beaucoup aux autres ; qu'il n'y avait point de citoyen qui ne dépendît à
, qaelque- égard d'un aotra citoyen . Ils donnèrent i donc aux règles de la civilité la plus grande I étendue.... On vit les gens de village oëéarrer ' entlie eux dea cérémoniea oomm» tes geaa d'une oondition relevée. » lÊotnmsQ. — La polHmee ^exerea entre membres da sociétés plus parttev^ Hères ou dans les relations privées; et, comme la civilité consiste surtout à saltier , la poUteate s'exprime surtout perdes compliments. Quelquefbis elle demande qu'on se gène pour les autres , qu'on leur cède sa ^tne , quelque chose de ses droits ou de aes avantages, afin de leur témoigner de l'intérêt, de là bienveillance ou de l'estime.
Les règles- de la politesee ne sont pas natuiellea comme celles de Vhennéteté, ni fixes comme celles de la civilité; pour les connaître et savoir les appliquer, il faut avoir l'habitude du beau monde et l'esprit d'un homme de tact.
2"* ÂffahlCy gracieux. Mots significatifs d'une qualité sociale dont on est doué^ dont on n'est point redevable à l'éducation, et en vertu de laquelle, loin d'être rébarbatif, oh se montre favorablement , on fait bonne mine à ceux qu'on rcneontre ou avec qui on entre en relation.
L'homme affable (de fari ad, parler à) est aoces- 8lble.et bon. L'homme gracieux (de gratusy agréable) est agréable et avenant. « Cyros se montrait doux et affable à ceux qui rapprochaient; et quand il faisait des présents, c'était toujours avec un air gracieux et des manières obligeantes qui en relevaient infiniment le prix. » Roll.
L'a/faht'h'r^part plutôt du cœur, et en marque une disposition contraire à la fierté et à la dU' reté. Caractère doux et affable (Acad.). f^Vaffdbi" litéy qui prend sa source dans l'humanité, n'est pas une de ces vertus superficielles qui ne résident que sur' le visage ; c'est un sentiment qui naît de la tendresse et de la bonté du cœur. > Mass. « Vit-on jamais , dans un rang si élevé , et avec tant de supériorité de génie , tant de bonté et d'affabilité? » Id. «^ Cette douceur pleine de charmes dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez , cette bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paraître pour tout le monde. » Mol. « Enfant de saint Louis (le duc de Bourgogne) , imitez votre père : soyez comme lui doux , humain , accessible, affable , compatissant et libéral. » Péa Mais la grdce s'arrête plutôt à la forme qu'elle représente comme riante et pleine d'attrait. Sourire gracieux (Acad.). « Manières gracieuses et insinuantes. » Roll. « Nous salu&mes le comte, et il nous fit de son côté une inclination de tête , accompagnée de regards si gracieux , que je me sentis d'abord gagner l'âme. » Les. « Théognis n'est pas hors de sa maison qu'il a déjà ajusté ses yeux et son visage, afin que ceux qui passent le trouvent déjà gracieux et leur souriant. » Labr. c Gracieux ei payant de raison jusque dans ses refus. » S. S.
Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux:
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux ,
Au cœur tout difTérenF, s'y rendent odieux, tkv.
De plus, on est affable envers ses inCèrieun. gracieux envers tout le monde. >
3» Courtois,
Courtois est un mot à part. « Courtois et fioiirtoisie ont vieilli. » IfAAK. Dans les Chinois de Regnard, Roquillard, gentilhomme campagnard qui parle une langue surannée, emploie ce terme : c Dès mon premier âge, j'ai pourchassé l'accointance de messieurs du théâtre, parce qu'ils sont volontiers courtois et joviaux. » Courtois, de i'italîen cortese , fait du latin eorte, ablatif de cors, cortis^ cour, signifie originairement ce qui convient aux gens de cour. Il se disait autrefois de celui qui respectait les lois de la chevalerie et était plein de galanterie pour les dames. On lit dans Roland ramoureuc , de Lesage : «Le roi Sacripant, le prince de l'Asie le plus courtois^ avait suspendu ses coups à rapproche de la dame pour Técouter. > Et dans la Pucelle de Voltaire, à propos de Dunois :
Des chevaliers (fêtait le plus courtois :
Il eût Toulo de quelque politesse
Payer au moins les soins de son hétesse.
Aujourd'hui , courtois rijeunit. On s'en sert heureusement pour qualifier un homme poli à la façon des anciens chevaliers, c'est-â-dire galant envers les dames , loyal envers tout le monde, et religieux observateur de sa parole.
HONORER, RÉVÉRER, ADORER. Rendre des respects , des hommages, un culte ou une espèce de culte.
D'abord , honorer et révérer difièrent par le degré : le premier de ce mots est moins fort que le second. On honore ce qui a du mérite ou de l'importance, ce qui est grand, considérable, recommandable ; on révère ce qui a beaucoup de mérite ou d'importance, ce qui excelle, ce qui est éminent , parfait , saint ou sacré. « La Grèce a fait éclater pour l'art comique son estime par les prix glorieux et par les superbes théâtres dont elle a voulu Y honorer..,. La médecine est un art proG table, et chacun la révère comme une des plus excellentes choses que nous ayons. » Mol. « Quand même. Marie ne serait dans la gloire que parce qu'elle a été la mère du Rédempteur, 08 serait pour nous une raison de Vhonorer et de la révérer. * Bourd. « Sainte Geneviève fut honorée par les évêques , par les prélats de l'Église, et, après sa mort, le tombeau d'une bergère fut révéré comme un sanctuaire. > Id. Bouleau dit à Racine, à la fin d'une lettre : c Croyez qu'il n'y a personne qui vous honore et vous révère plus que moi. » Et dans une autre au même : c Témoignez de ma part â M. de Puget à quel point je V honore et le révère. » « Le peuple juif honorait les pharisiens; il portait aussi respect aux sadducéens. Les esséniens étaient encore plus révérés que les pharisiens et les sadducéens. » Volt. « Ceux qui possèdent un talent d'administration dans un degré supérieur doivent être honorés et révérés. » Lab. « Sans cesser, dit rinca, d'honorer les vertus de mon père, de révérer sa cendre , je puis désavouer un moment de faiblesse qui lui fit oublier mes droits.* M ARM.— Ensuite, honorer sl rapport aux honneurs qu'on accorde , aux démonstrations , au culte ex-
térieur, et de là vient qu'on dit honcrer qodqu*un de quelque chose. « La magnificence sied bien dans les temples , et c'est honorer Dieu qat de relever sa maison. > Boas. « Qu'on ne viem» pas nous prescrire en maître la manière dont nous devons honorer le maître unÎTcrseL » Volt. Un prince qui honore les lettres (d'Al.)i prot^. favorise, aide ceux qui les cultivent. Révérer^ as contraire, regarde le culte intérieur, le sentimec; dont on est pénétré. « Les mystères sont révérés par les philosophes chrétiens, s Volt. « Il est étrange de quelle sorte on révère les sentiments des anciens. » Pa5C. Révérer une personne q^x'on aime , au point de ne lui dire aucun mot d'amour (Mol.). — Nous avons fait servir la peinture et la sculpture à honorer nos vérités, comme les idolâtres s'en servaient pour honorer leurs erreurs.» Volt. « Vous devriez, mes pères, avoir révéré dans ces paroles de H. Amauld ces sainua vérités. 9 Pasg.
Adorer^ à son tour , renchérit sur révérer. Ca qu'on aâore n'est pas seulement parfait , éminent, saint ou sacré, mais divin. Ce mot ne se dit proprement que de Dieu ; il vient da latin aiorare^ de a<2 os, è la bouche , à cause que les anciens saluaient les dieux en portant la main à la bouche. « L'homme est porté à adorer Dieu, parce que nous sommes portés naturellement 4 rétértt ce qui est parfait. » Boss. « Les vérités diviaes sont proposées pour être aimées, révérées etodorées par les hommes. » P. R. « Est-ce rendre à Jésus- Christ un vrai respect , en tant qu'il est le pain de vie, que de se contenter seulement de le révérer et de l'adorer, sans le manger f*Bocran. « La croix est respectée, révérée^ adorée pat le premier roi' du monde. » In. « Le» chrétiens n'adorent qu'un seul Dieu, et ne révêrenidens les bienheureux que la vertu m4me de Dieu qui gttdans ses sainte. » Volt. « Comment faisaient ceux qui odoratenl le soleil, ou qui du moins r^l'^ratent dans le soleil l'image du dieu de l'univers T 9 lo. On révère les demi-dieux, les hérœ, les saints , les prophètes , les génies , ce qui leur ressemble ou ce qui en vient; on adore Dieu ou les dieux , les attributs divins , ou ce qu*on prend pour Dieu, une idole. Les sabéens ont adoré les étoiles (Volt.). — Adorer se dit ensuite dars un sens hyperbolique , en parlant d'uoe personne ou d'une chose dont on fait son idole, qu'on traite , qu'on aime comme une divinité. « le sais, puisque l'usage pardonne maintenant ce terme, jusqu'à quel point Condé était adoré dan^ cette province. » Boord. « Qualités qu'on sdorerait dans les princes de la terre, s'ils voulaient s'en prévaloir, et dont le Diea jaloux a souvent permis qu'ils ne fussent pas touché, peut-être afin que l'honneur qu'on leur rendrai: n'allât pas jusqu'à Tidolâtrie. > lo. « Ce grani roi (le roi de Prusse, Frédéric], qui honore et protège les lettres, est béni , célébré^ adoré par elles.» D'Al. «Les charmes du sexe que j'ai toi3jours adoré. 9 J. J. • Il l'adore / C'est encore un de leurs termes, adorer! toujours au déjà d-j vrai. Les honnêtes gens aiment leurs femmes; ceux qui les trompent les adorent, s Bsaux.
HONTE, PITDECR. Sentiment pénible de iris-
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
tesse et d'aversion excité par l'idée d'une chose 1 nous empochent de commettre , l'une , quelque ou d'une action moralement mauvaise. | action mauvaise que ce soit , et l'autre , seulement
Mais d'abord la ftonte regarde plutôt la Conduite celles qui sont contraires à l'honnêteté , aux bien-
I séances, à la modestie. Un homme sans kwite.
passée et touche de près au remords.
AUei, allez mourir de honte et de regret. Mol.
La victoire, Créon , n'est pas toi^oura ai belle ;
La konte et les remords vont souvent après elle.
Rac.
La pudeur , au contraire , a toujours rapport à la conduite future et signifie une certaine retenue , une crainte de mal agir. « Les ornements de votre sexe sont la retenue et la pudeur, » Boord.
Yolre fils me défend de poursuivre. loslroite du respect qu'il veut vous conserver. Je rafOigerais u-op si j'osais achever.
J'imite sa pudeur, et fUis votre présence Pour n'être pas forcée à rompre le silence. Bac.
On a honte d'avoir fait une chose , et la pudeur de ne pas la faire. On éprouve de la honte , on a de la pudeur. On a honte de ses déAuts et de ses fautes; la pudeur empêche de prendre des défauts et de commettre des foutes. On rougit de honte à l'idée de ce qu'on a fait ou dit; on rougit par pudeur à l'idée qu'on offensera peut-être les mœurs. La honte rend confus, humble, repentant; et la pudeur, timide. Voltaire fait dire à une femme déshonorée,» qui écrit i son amie : « De quels termes oserai-je me servir pour t'exprimer mon nouveau malheur? Comment la pudeur pourra-t-elle parler de la honte ?» « Il n'y a que le premier obstacle qui coûte à vaincre la pudeur; on avale après la honte. » Boss. « La pudeur est la crainte de la /tonte , à quoi que ce soit qu'on l'attache.... Un homme qui demande et qu'on re^ fase éprouve de la honte, et une certaine pudeur empêche l'homme bien né de demander. vSoaro.
Cependant honte se dit aussi, comme pudeur, en parlant des actions à faire , et marque aussi une certaine retenue. Mais alors même il garde avec le passé un rapport dont il n'y a pas la moindre idée dans pudeur. La honte nous retient, quand le sentiment de nos fautes ou de nos imperfections nous empêche de nous montrer , de parler ou de faire toute autre démarche ; la pudeur nous retient , quand nous n'osons pas dire ou faire quelque chose de peur de blesser l'honuèleté. « La honte d'un aveu. » J. J. « Certains pauvres sont retenus chez eux par la honte, » Bounn. « Une honte criminelle me retenait encore ; je frémissais dans la seule pensée d'aller révéler mes infamies à un prêtre : pécheur sans pudeur et sans retenue , je me trouvais un pénitent timide et craintif. » Mass. « Philoclès crut que le malheureux Protésilas , plein de honte et de ressentiment , ne voudrait point le voir; mais il se trompait , car les hommes corrompus n'ont aucune pudeur , et ils sont toujours prêts à toute sorte de bassesses. » JPiv.
Enfin , il se peut que la honte , comme la pudeur , soit uniquement excitée par la prévision d'un mal à venir, et indépendante de toute considération du passé . Dans ce cas , elle est plus étendue que la pudeur; c'est un genre dont la pudeur est une espèce. Aussi l'Académie définitelle justement la pudeur une honfe honnête , c'est
éhonté^ non-seulement ne rougit pas de ses fautes et de ses vices, mais encore est prêt, n'hésite pas à selivrer à tous les désordres ; un homme sans pudeur, impudent, est comme les philosophes cyniques, il brave l'honnêteté, les convenances , la décence. Ensuite , la honte suppose plutôt la crainte de se déshonorer aux yeux du public, de perdre l'estime des autres, et c'est pourquoi il y a une mauvaise honte, le respect humain; et pudeur marque plutôt la crainte de s'avilir, de se dégrader, de perdre sa propre estime. L'une nous empêche de rien faire contre l'opinion, et l'autre de rien faire contre l'honneur, contre le sentiment de notre dignité.
Lafontaine a dit à la fin de la fable des Deux Amis :
Qn*on ami véritable est une dêuee chose !
11 cherche vos besoins au fond de votre cœur; Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même.
Voltaire critique dans ce passage l'emploi qui y est fait du mot pudeur, et trouve que, pour la propriété , celui de honte eût été préférable. Rien déplus juste, puisqu'il s'agit ici d'exprimer le sentiment de confusion causé par l'aveu de ses besoins, c'est-à-dire d'un défaut, d'une chose fâcheuse dans l'estime des hommes, et point du tout la crainte de porter atteinte à l'honnêteté. ICais Bossuet, ayant à parler de choses délicates, difficiles à rendre en termes décents , et craignant de blesser inévitablement les oreilles chastes , dit bien à ses auditeurs : « £pargnez-moi la pudeur de repasser sur des choses si pleines d'ignominie. »
1* HONTE, DÉSHONNEUR; — .2« INFAMIE, TURPITUDE, IGNOMINIE, OPPROBRE. Avilisse, ment, flétrissure, diminution ou perte de la ré» putation.
Honte et déehonneur sont les termes ordinaires et les moins expressifs. Infamie , turpitude , ignominie et opprobre signifient une grande honte ou un grand déshonneur. « Un repentir si cuisant ne mène point au remords : et quiconque est si sensible à la honte ne sait point braver Vinfamié, » J. J. « Entraînée du déshonneur à Vinfamie sans trouver de prise pour m'arrêter, d'une amante abusée je devenais une fille perdue. » Id. c La loi maudissait celui qui découvrait la honte et la turpttude de ceux qui lui avaient donné la vie. » Ma8S« « Honte pour ^ion<e, il n'y a pas à balancer sur le choix d'une honte passagère et particulière (celle qu'on éprouve en avouant ses péchés à un confesseur) , pour éviter à la fin des siècles une t^nomtme universelle et étemelle. sBourd.c Un adversaire ardent, avide, haineux , s'efforce de verser sur moi la ^0A(e et l'opprobre. » Beaum. Infamie, turpitude, ignominie et opprobre se mettent volontiers à la suite de honte et de déshonneur, comme y ajoutant, comme enchérissant ou marquant un degré de plus; les mettre avant, serait une faute.
1* Honte, déshonneur. Expressions simples
à-dire relative à l'honnêteté. La honte et la pudeur représentant l'idée commune à son plus bas degré.
KUXIÈaE FAKTIK
c La fconte aait les mauvaises adions . • Adà». Le dùhomn€wr euit les mauTaises aittkmt qui d^gnuleBl k plut dans ropinnn du xnoiide, swoir pour les hommes las lâcfaetée, et pour lei fcmaai tovt ea cpii est eomn» à la piidi- 1 ché.Cequieetfcoiilciiseettamoval, fait rougir; ce qui est désh^nanMt oms aitin le méptu «t l'ayerMOP .
C'ert une bofif» de faire le mal, quel qu'il soie, de ee lifrer & ua Yice queteonqne , i la à la gowmandiee. par exemple.
Leciime fatt U koÊHê^^wm pas rAchefaud.
LkkmÊÊt vil&am le eiiae, etnonfaM le
VOBÎU
« Le monde , qui antoriae to«t oe qm «Mduit an dérèglement, couvre toijovrs de htmâe la dMglement lui-même. » Mam. « Xa vam, pour cacher la honfi dae passioai, ie mcade faitpreeqae à l'homme de bien une honU de la vertu.... Quelle hrniêÊ^ lorsque œux qui sont èlahlis pour régler las passioas de la muhituda^ deviement eux-mêmes les vils joueta de leurs passioas propres 1 » ID. — Mais c'est un déshônnewr de souffrir un.agta»t, daikir dans le combat, de faite quelque chose qui aoit au-éeasoos éaisa dignité , de son raag, da déroger; c'est ua pour une feauns, ainsi «pM pour d^Étre ahnaée. « Ijuaser impuas aoa défi c'est 7 coaaanlir. • J. J. « fl n'est à mm qu'un lâche que je tiendraia à ééthmmàiw d'avoir pour amL ■ In. Saiiaiit le wieiL fila^ qui a fui devant ies trois Ganaees, a caasé le ddiJboisneur de aa fjwilie (Coati. , VAl.). « A la bataille de Bovines, â eût été aiséà Raasttd, coma de BanLogna, de se ssisvbt en fuyant; mais il aima miaiK êtes pria que de reoevoir un tel êiMhomnewr, » Boas. « Thiiiot s'imagins qu'il y a du d^jlioMiSHr à loi à ètse aeoréuire nfe IL la doc de Riohebau dans son ambassade. » Volt. « Ces femmes perfides (infidèles à leurs mana), metlseit l'effronterie à k place de la fouQchise , et se vantent de leur éétkmmewrn • J. J« Amphitryon, cos^aincu qu'un imposteur a trompé sa femme , s'écrie :
Jié déskêmnmir est sÉr, mon malheur m'est visible.
IfOL.
2" Ja/iimte, twi^itade,— ijn«mtnte , opfnro^. Geande honte ou grand déshonneur.
D'abord infamie et turpctude diffèrent cansiiiérablement d'i^mommie et d'opprobre. Les.doitt premiers mots sont aoêifa, les deux derniers passifs. Les ia/bniMs et les tarptiudet d'une personne soit les actions inlUnes on honteuses qu'elle commet ; ses s^aminsef et ses opprobres sont les traitements ignominieux, outragsanls, (p'elle reçoit : les tnfomter et les Jurpitudet de TMièn (Volt.), des dieux du paganbme (ILàui.); las afaoniinies et les epfirobraf de Jésus-Christ (BDum)., Bois.), c'eat-àr-dire las indignités qu'il asouffertes dans sa passion, c On se couvre soimaaae d'«i/tomts, parce qu'on fait tout oe qu'il fant pour ae pwdre de réputation ; an aat couvert par laa autrea d'i^nomâMe , paxoe qnlla font tout ee qu'ils peuvent pour nous avilhr aux peux «fai monda. Cahii qui fait des
tafaniMS cmiws aa famifa d'^pnaiaji. au par tnfomie on cntead taofti aelioa qù ]iêS de réputaetion , et par i^esaiiaie tout iftei qui tend à niinar te. lépalttîML, à coonir k honU, On 4it dea tafaaiiCT , <^€rt44iw da bjures qui déahonorent plas calai qui ks dit fg celui qui laa reçoit; oa &itdaiifmMwi,c*esà-dtre dea affronts , que celui qui eo est To^'. peut n'avoir paa mérités.» Com. Tbésée^ao^^ Hippolyte coupable d*oa attoutil iisatnm, ha reproche aon tnfianiîe, et as plaint de fcpipnbr qui en a rejailli aur lin-mèmt. cTacoBrenaa adversaire du dernier opproèi» ai pabliaot les prouvée da aon imfawit. » BeàmOa déleste od homme à cauae derniftaaiii«dilal«fttede de sa conduite; dans tfiairc, XaMe, réduit à
< mourir dans Topproère «t dm Tignaime • (VoLT.\ B'eBKited'aulresemiBMlfttttbndeh pitié. On dit une conduits, aae lOioi.mtalc imfàme , dea Assura ta|fdaMi; tt, utoitaiiEt. un sappliee tfNomtataaa , aae ont i^ ftieuae.
InfiniMa, liirpsMdk. Gcands badeMgnal déshonneiur proVeaant de la BHDiêadfBlan se conduit.
L'tfiAïaMa, ta négatif, ^ fM ^'"^^ regarde la naamèn d'agir paUi^ n Rbtm aux autrea: auaai l*«afîaMt tAéki^^^ déclarée par la hii. < Cetta peîMCBiaitettfsmû. > Acan. € L'adulatioD pdiii^ ««^ rtfi^Mie du ariM priiUc • lUs. «Genetiu uae-hoittoJii une faule à on jaaakaan.f d'épouser une femme avaooée a Ift 1W«m eal de ae jouar de sa bieoâûiriceptrHt»temento indignes.» LàBi. < ki feanûRf '^^ prodigué l'or, lasmancaoTm Y^^^^T^ famies de toute eapèce poar calhiier ie ]«» honnête homme qui ait ]«■■"» *^*jîjT-f fmanoes. » D'Al. « Vinios it am *7*' j premières armes aoua CaUiaius Sakaw'^^ « Vous sentez que, rompant ifec IL n'^' après avoir découvert sas trahis». P»?^ vaia aaaa infamie aacqUer des bienfâiui!»» venaient par lui. » la. « Ouoil l'»»'»J ■ gloire, ce noble aantimaat, pw««*^r l'âme dea forfaits l U prendiait, ^l^' la route de rtfir4Mm«/ • la. - "»^*t^ de l-rpû, laid, vilain ^J^^ porte, au contraire . i U vie I»*»^.?! ,, « JroMtaur, chagrin de l'oisiw fs^f laiaaait le wi, aon frère, s'anfoifewç* turptlude et le scandale da ses «««fj f^
< Xénocrate se mit à parler sur 1*^^ et la sobriété, dont U fit valoir tow w^ Uges , en leur oppasant la honte et U WF^ dea vicea oppoaés À ces vartufc » »^^ Ur^Uudee abominables (obsccnilés iepi«^ Tibère) ne sont guère dans la ^^^^ J. l. Houaaeaa prétenfl qu«.<I*ni*',^*2 j-,i.
< fi a dit souvent le mal dans toute a r liiéa. . ~ En génénl, la «uiyua* J^"^ tiona aecrètas , dérobées aux ^Jl^ et c'est pour cetai qu'on dit Î^^T^ montrer (Jlion4, ^^^\\^J^^ (BouRD.), dévoiler (Bw«J.)^^ K,i quelqu'un ou de qualqw choie. « «»
SYNONYMES k lADlGAUX BIYEUS.
I peu, Nonotte, quelle est Vinfamit de tes pro- : cédés : ta fais d'abord...; et quand ta ttcfae turpitude est découverte , tu oses dire que le libraire est un coquin. » Volt.
Ignominie , opprobre. Gnnde honte ou ^rend : déshonneur provenant de la manière dont tm «st i traité.
Ignominie, t^momima,^ négatif on privatif, et ftomen, nom , sans nom , ezintme un état, et se dit plutôt au singulier qu'au pluriel. Opprobre, opprobrtum, opprobre, injure, de la même famille qa'ejDprebmrttb, reprodM , indique un trait , et s'emploée au pispiel de préttNiioe pour désigner des injwfee , des dértékms , des rebuffades , qui ont pour eflbt^'ctttrer le'méfpr». Jésus-Christ mourut dans Vignemime et nasasiè d'epprtobrer • J. J. Rousesau se Mpséseate m. f^oagé dans un ahfane d'i^nommie, et «ans dédommagement des opprdbf>esq«e kii fsiit«ssuyer «es persécuteups.* L'Aeadéime dit assc nûson : Chargé d*oppi«« bref et d't^nemàite. • C'est pane que <ypre hre signifie quelque «hose de particnlier, de concret, qu'il se dit <en parlant d'-me personne qoi est pour d'autres un sujet de gramde honte : c On regardait Sucafane oomme l'opprobfw d'Israël. » ICass. «- D'autre part, kigmmimiê s'attache une idée-^'idnissement, et à opprobre une idée de mortification. Dans V ignominie on est bira ravalé, on voit son iiom terni, on perd de sa noblesse ou de sa 'dignité; le mot d'ignominie fait presque toujours penser à un état antérieur ou opposé d'élévatisn. c Tous dépeuiliec Jésus- Christ de ce vêtement de gloire peur le reFrétir encore d'une cobA de poucpse et d't^nomtnte. j> Mass. « La mort que lésus-Ghrist endure encore sur l'autel par les mains du pécheur sacrilège est un mystère tout d'ignominie pour lui : rien n'y relève sa grandeur et sa majesté. » Id. « La honte et les malheurs vont succéder ici-bas à la gloire des succès de l'impie : on le verra peut-être traîner une vieillesse triste et déshonorée; il finira par l'ignominie. » In. c Jamais homme n'a eu tant d'éclat que Jésus-Christ ; jamais homme n'a eu plus d'ignominie. » Pasc. « Le cardinal de Rohan voulut bien se charger de Vignominie du sacre de l'abbé Dubois. » Maric. a Les censeurs exclurent Cornélius Bnfinusdu sénat.... Sa Camille se ressentit longtemps de cette ignominie , et ne s'en releva parfaitement qu'en la personne de Sylla. s Boll. « L'épée de l'officier qui avait rendu la place , fut rompue , t^nominte inutile pour les officiers français. » Volt. De ce honteux repos fuyons Vignominie.
(Henri IV à Montai dans la Hmriade), Id. Mais on est blessé d'un opprobre , comme d'une injure , comme d'un coup , on en souffre. « La religion n'offre d'abord que les o^pfreibree et les soufirances de la croix. » Mass. c Telles avaient été les amertumes et les epprobrar qui anraient aeeompagné les passions et les désordres de la pécheresse. • Id. c lerémie avait à souffrir mille indignités, et il disait : Il livrera sa joue aux coups , il sera rassasié d'opprobrss. » Boas. « De tous les maux de la vie {lumaine , l'opprobre et les affronts sont les seuls auxquels l'honnête homme n'est point préparé. » J. J. «Les injures et les
op^olres sont beaucoup pins sensibles que les louanges et les applaudissements. » Mal. a H n'y a point de duretés, point de mauvais traitements, point d'opprobres que les créanciers ne fissent souffrir aux débiteurs. » Roll.
HTDROrOTE, ABSTBME. Buveur d*«att ; ^ui ne fait pas usage de vin.
Deux mots fort peu usités. Fydropofe n'a jamais parii^dans le Dictionnaire de l'Académie, et •belhne n'y a été admis que depuis t702. L'un est pris du grec -OîpawotTjî , c'est-à-dire qui boit de l'eau , et fautre reproduit exactement le latin abstemffur , c'est-à-dire qui s^aa)stient:de vin.
En eenséquence de celte diversité d'origine, fcydropote est un -terme scientifique qui ne saurait trouver place ailleurs que dans le langage de la médecine et des médecins. (hû-Ptttin écrivait à un autre mcdeein : « Je ne sais pas -pourquoi vous me tenez -pour axn^sfdropace; je bois un peu de vin, mais le pins sobrement qui! m'est possible. » db^lémexonvient mieux dans le style de la théologie et -dans e^ui de la jurisprudence, et 9 répugne moins à passer dans la langue conmiune. « La nécessité de communier sous les deux «espèces reçoit (nivaivt les ministres calvinistes) des exceptions fondées sur des nécessités absolues, telles que celle des ahstèmesy qui ne peuvent boire de vin. s Boss. La loi romaine ordonnait aux femmes d'être ià>ttèiMs. ff Quiconque a vécu jusqu'à vingt ans sans goûter de liqueurs fermentées ne peut plus s'y accoutumer ; nous serions tous dbstèmee , si l'on ne nous eût donné du vin dans nos jeunes ans. » J. J.
HYPOCRITE, TOÈVOT, BÉAT, BIQOT, GAGOT, CAFARD, TARTUFE. Tons ces mots se disent d'un homme qui abuse de la religion , qui est pieux «n apparence seulement.
Bypooriie est le plus général de tous. Vhypo^ crite a de l'hypocrisie , et r/ii/poorine est le nom du vice commnn au di^o^ au béai, au bt^ot, au «igoty au oo/hrdetau iariufe. Seul du style noble, ^fpomle, du grec Onoxpiti^ç, comédien, qui jj^ue la comédie, qui met un masque , est aussi le seul dont la signification ne soit pas bornée au point de vue religieux : l'affectation de la piété n'est qu'une espèce d'hypocrisie. « Quand je parle de l'hypocrisie, ne pensez pas que je IS borne à cette espèce particulière qui consiste dans l'abus de la piété, et qui fait les £mu dévots.... J'appelle hypoeriie quiconque, sous de spécieuses apparences, a le secret de cacher les désordres/ d'une vie criminelle. > Boobd. Il y a donc des hypocrites en tout genre de sentiments honnêtes ou de vertus , comme il y a des hypocrites de religion. Larochefoucauld a dit , par exemple : c II y a dans les afflictions diverses sortes d'kypoorisie : dans l'une , sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes, nous pleurons la diminution de notre bien.... Il y aune autre hypocrisie qui n'est pas si innocente , parce qu'elle impose à tout le monde', c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. » Et ailleurs : « Vhypoerieie est un hommage que le vioe fend à la vertu. »
OEUXI&HE PAIITIE :
Dévot, ^u\ a de la dévotion, qui est dévoué au service de Diea , qui fait profession de piété , ne s'emploie dans l'acception d'hypocrite que quand on parle d'une manière équivoque et détournée. A la différence de tous ses synonymea, qui par eux-mêmes expriment de &ux dévots , dévot ne se prend pas toujours et essentiellement en mauvaise part. « On se persuade dans le monde que toutes les personnes dévotes tendent à leurs fins...; jusquelà que ce qui devrait être un éloge est devenu, par la plus triste décadence, un reproche; et que le terme d'homme dévot, de femme dévote. qui dans sa propre signification exprime ce qu'il y a dans le christianisme de plus respectable , porte présentement avec soi comme une tache qui en obscurcit tout l'éclat et le ternit » Bourd. «Ceux que saint Paul appelle les parfaits sont les mêmes que saint Clément a appelés les gnostiques , et que nous appelions naturellement les dévots y avant que ce mot eût été tourné en ridicule. » Boss. < La cabale des dévots a lait supprimer VEncycîopëdie. • Volt. « Je me suis trouvé à Paris un objet de persécution pour les dévots, » Id.
Moi dévoie/ qui moi? m'écriai-Je à mon tonr^ L'esprit blessé d*un terme employé d'ordinaire Lorsque d'un hjrpocrite on parle avec détour....
DÉSH.
Le béat est un hypocrite qui a un air de béatttttde ou l'air d'un saint , d'un homme tout confit en dévotion , qui semble jouir d'une sorte de vision béaiifique et de félicité céleste. Béat est le seul de ces mots qui soit relatif au degré du sentiment dont tous expriment l'affectation, et le seul qui peigne surtout l'air. Bossuet appelle la mystique Mme Guyon une fausse béate, «Visions dont tant de saints personnages ont été favorisés ou tourmentés, que tant d'imbéciles ont cru avoir , et avec lesquelles tant de fripons et de friponnes ont attrapé le monde , pour se faire une réputation de béats ou de béates, » Volt. « Pariez un peu à M. d'Argental des saintes calomnies du béat Rousseau. » Id. c Tu as un air de béat , tu feras fort bien l'inquisiteur. » Les. < L'abbé de Saint- Aignan parut un parfait séminariste. Jamais rien de si gauche, de si plat , de si béat. Je proposai de lui donner un maître à danser, pour lui apprendre au moins à faire la révérence et à entrer dans une chambre. » S. S.
Par ce mot (de vertu), expliquons-nous, de grâee , Je n'eniends point l'exlaUque grimace D'an fAux béat, qui, le front vers les cieus. Aux chérubins fait partout les doux yeux; Et presque sûr d'être le saint qu'il joue , Ne parle i Dieu qu*en lui faisant la moue. J. B. Rouss.
Bigot , quelle qu'en soit l'étymologie , annonce un hypocrite dont le caractère est la sottise ou la faiblesse d'esprit, qui est puérilement attaché aux moindres pratiques extérieures du culte, a Que ma nièce choisisse (pour mari) un honnête homme qui. surtout ne soit point &iyo(... , qui ne sache pas ce que c'est que la constitution.... Je ne veux point laisser mon bien à un sot. » Volt. «. La main des sots et des bigots a voulu m'écraser. » Id. a Traiter la simplicité de sottise,
et k sincère piété de bigoterie. » Boss. « L'abbé Auger avait des mœurs religieuses , quoique sans petitesse et sans bigotisme, » Lab. « Une &t>cterie universelle abattit les courages et eogoordit tout l'empire (d'Orient).... La différence est lotale entre une armée fanatique et une armée bigote. On le vit dans nos temps modernes, daoi une révolution fameuse, lorsque Tarmée as Cromwell était comme celle des Arabes, et Is armées d'Irlande et d'ficosBe comme celle des Grecs. » Mohtbsq.
Cagot et cafard sont des tsmesinjurieiix , dont le second renchérit sur le premier. Le coré de Saint-Sulpice et le cardinal de Noailles refusaient les sacrements i Mme la duchesse de Berry, dangereusement malade, à moins qu'elle ne se séparât de Riom et de Mme de Mouchy.... La Mouchy, indignée, c le prit sur le haut ton, dit ce qu'il lui plut sur son mérite et sur VaSront que des cagots entreprenaient de lui faire et à Mme la duchesse de Berry. » Kme la duchesse l'ayant appris elle-même, c se mit en furie, re- : pondit des emportements contre ces cafards qui abusaient de son état et de leur caractère pour la déshonorer par un éclat inouL > S. S.
Mais quelle idée £aut-il se faire précisément du eagot^ et en quoi difi)ère-t-eUe de celle du cafard?
Cagot t dans Rabekis, se dit des moines, de ceux qui portent la cagoule on le capuce, et particulièrement des moines mendiants; en sorte qu'un co^ot est, en fait d'hypocrites, ou on moine ou un gueux.
L'on dit qu'il faut en diligence
Aller musacrer les cogou/
L*antre dit qu'il faut de fagots
Les entourer dans leur repaire.
Et brûler gens et monastère. Laf.
Tout simplement donc Je vous dis ^ ; -
Que dans ces Jours de Dieu bénis ».
Où tout moine et tout cagot mange
Harengs sanrets et salsifis..^ Tour.
c Le duc de Grammont employa des barbes sales de Saint-Sulpice et de ces co^ou abrutis de baibichets des Missions , pour faire goûter ce grand acte. » S. S. < On voulut m'envoyer faire pénitence dans le plus crasseux et le plus cagot des séminaires. > Marm. Dans Molière, Damis appelle Tartufe
Un cagot de critique , et presque aussitôt Dorine le traite
De gueux qui, quand il vint, n'avait pas de toeliera.
Et dont l'habit entier valait bien six deniers.
Le cafard^ que ce inot vienne de l'hébreu esp/iar, cacher, couvrir, ou du turc eafar, un renégat , n'est pas tant vil que fourbe et méchant. C'est un persoimage sombre , d'une hypocrisie profonde et redoutable. « Dieu fasse paii & tous les honnêtes cafards qui suirent Tintoiérance dn prophète de la Mecque , toiyours prêt à massacrer saintement le genre humain ! 9 J. J. Voltaire dépeignant des gens de police, vencs chez lui pour l'appréhender et le conduire i h Bastille, dit:
L'on près de moi s'approche en sycophaaie :
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Un maitttten dons, une démarehe leote , Un Ion cafard^ un eompUmenl flatteur.
Cachant le fiel qui loi ronge le cœur....
Ailleurs , il înyeettYe en homme qui s'y connaît contre le jésuite Paulian, qni Tayait insulté dans un écrit : c'est, dit-il, un cafard^ un de ces maroufles d'espèce méchante et sotte qui font des libelles pour gagner du pain, qui crient Dieu, Dieu, Dieu^ religion j religion, pour attraper quelque petit bénéfice , et dont le zèle est regardé comme un mélange aflreux de friponnerie et de fanatisme.
Tartufe est le nom de Thypoerite mis sur la scène par MoKère. II a été depuis adopté dans toutes les langues de TEurope pour représenter sous une Ikce particulière le vice en question. U le représente d'abord quand il est fait allusion à la pièce de VoUère, qui lui-même s'en sert dans ses placets à Louis XIY en faveur de son immortel ouvrage, c II est très-assu^, sire , qu'il ne fiiut plus que je songe à faire des comédies, si les lartti/S» ont l'avantage.... Les tartufes ^ sous
imain , sire , ont eu l'adresse de trouver grâce au* près de Votre Majesté ; et les originaux enfin ont fait supprimer la copie. » « Tous les tartufet se déchaînèrent contre Molière jusqu'à sa mort. » Volt. « Si chaque siècle abonde en tartufes, chaque siècle n'a pas un Molière. » D'Al. — Et quant au sens précis du mot , dans le langage commun, entre les hypocrites le tartufe a cela de propre , qu'il prétend diriger les autres dans la voie du bien, c'est l'hypocrite qui prêche U vertu. « Je ne vois aucun moraliste parmi nous , aucun de nos loquaces prédicateurs , aucun même de nos tartufes, qui ait fait la moindre réflexion sur cette habitude affreuse. » Volt. « Cette mère , dévote outrée , et dirigée par je ne sais quel abbé tartufe, en usait très-mal avec le cadet de ses enfants. » J. J. «Mes écrits, où le cœur qui les dicte est empreint à chaque page, passeront pour les déclamations d'un tar» tufe , gui ne cherchait qu'à tromper le public. » In. c S'il s'enflamme en parlant de la vertu , c'est un tartufe, » 1d.
ICI, LÀ. Adverbes servant à indiquer un point de l'espace ou du temps à l'égard de la personne qui parle.
Ici marque le point même où elle est, et id un point plus ou moins éloigné où elle n'^t pas. Venes ici, allez <d; approchez, voua serez mieux tct que là; ait là il doit revenir ici; d'tc» là , j'aurai arrangé votre afl'aire.
Tci signifie un point précis, spécifie l'endroit ou l'époque par l'idée de la personne.
Lea biens sont loin de nous, et les maux sont ici.
Volt.
£d est plus vague; il a besoin, pour être entendu, d'être accompagné d'un signe de l'œil ou de la main, ou d'avoir été déterminé auparavant dans le discours. Vous dites , en montrant une partie de votre corps : j'ai mal là, « Dans un mémoire imprimé à Cambrai, et qui nous est venu de là, on Ut ces mots sur la fin. » Boss.
IDÉE, TÈTE. Dans Vidée ^ dans la tête, c'est^ à-dire dans l'esprit.
Idée a rapport à l'intelligence , tête à la volonté. On a dans Vidée ce qu'on pense, et dans la tête ce qu'on projette. C'est parce qu'on a d^ns Vidée qu'une chose réussira , qu'on se met dans la tête de là faire, — Ce qu'on a dans Vidée est une opinion. « J'ai dans Vidée qu'il ne viendra pas. » AciD. Ce qu'on a dans la iéte est im dessein , un plan, quelque chose qui regarde la pratique ou la conduite. « Tout l'art de la montre est dans la tête de l'horloger. » Fin. « Ces paroles font voir que Gicéron avait déjà dans la tête tout le plan et tout l'arrangement de la conduite qu'il devait tenir par rapport aux conjurés. » Roll. Une femme ne (ait que rêver à l'homme qu'elle a dans Vidée; une jeune fille se propose d'épouser l'homme qu'elle s'est înis dans la t^te * « Ma fille est une opiniâtre , qui s'est allée mettre dans la
iTK. FRAÎÏÇ.
tête un certain Cléante ; et elle jure de n'épouser personne que celui-là. >» Mol. — « Les courtisans se mettent aisément dans l'td^e que le prince doit faire leur fortune; mais il en est peu qui se mettent dans la tête de le mériter par des services marqués au coin de la vertu. » Gir. c Le philosophe curieux, au défaut du vrai, où il ne peut p&étrer, se forme dans Vidée un système, du moins vraisemblable, sur la nature, l'économie et la durée de l'univers. Le politique ambitieux, incapable de goûter le repos, ne cesse d'avoir dans la (^^e des projets d'agrandissement et d'élévation. • Id.
D'un autre côté , ce qu'on a dans la tête y est plus ferme, on y tient davantage, , en homme têtu ou en(^t^. On a dans l'idée des idées, des imaginations, des fantaisies, quelque chose à quoi on n'adhère pas très -fortement; mais on a dans la tête des sentiments bien arrêtés auxquels on' s'attache avec obstination : « Dès que notre vice- roi s'était mis une opinion dans la tête, c'était en quelque façon battre l'eau que de vouloir la lui ôter. s Les. Bourdaloue parle d'une femme qui n'aime que le jeu , qui du matin au soir n'a dans l'idée que son jeu; et le chevalier de Grammont dit de lui-même : « J'avais tellement le jeu dans la tête, que le précepteur et les rég;ents perdaient leur latin en me le voulant apprendre. » Ham .
f IDÉE, NOTION, CONNAISSANCE; - 2« IMA- GINATION , CONCEPTION , RÉFLEXION , PENSÉE. Résultat de l'action de notre intelligence.
Vidée , la notion et la connaissance s'acquièrent et sont d'un être capable de se représenter les choses et de savoir; Vimagination, la conception ^ la réflexion et la pensée sont formées en nous et par nous, elles sont plutôt d'un être qui combine, crée , invente , tire de son propre fonds
fifEUXlËkS PA*Tfi ]
Leà ptem\è>tei Buppo^efit nûô i^litlôn à«tii6tl«^ ment éublie entre nôtfe^ inteTUgerfe^éff lés^dbjélifr sur lesquels elle a prise-, leJdernîèfés Is rtïppô* sent fécondée sans doute antérfeufeititftft , iftaft actuellement renTefmée en elle-mém« et eombf-' nant oii produisint en vertu d^âne én«r^fê ^1 lui est propre. Les une<t appàrflemiént à toti^ eeuÉ qui veulent s'en emparer; les tniîtéA nbtfft sont plus personnelles, on ne p«^t neus les ravir sans plagiat. « Vous devez plus à Dieu qu'un nxt* tre, vous qui avez acquis beaucoup de eohndi^ tances très-utiles , et qui avez l'esprit eierté attt féftesiùns les plus sérieuse^?. 9 Tilt. * Alors lef» hommes ne peuvent mutuellement Sér fatrtft connaître' leurs pmsé€i que par le moyen def iâéti qui sont communes & tous. » Cofrb.
1* Idée y notion , connaissiince^ Idée y dé ISfttv , voir , Uéa , image , est trfte ftipté^ senfAtion pure et simple des choses, une appfé< bension dénuée d'affirmation et de négiatiMt. Ainsi, quand nous assistons à nt spectacle et qtlë nous ne songeons point à juger dé la Vérité ûu Aë la fausseté de ce qui se passe sous nos yeux , nous recevons par la vue un grand nombre à*idéet. Les idées ont encore cet autre caractère de nous advenir sans travail, sans application de notre part ; souvent même elles nous obsèdent. Or, comme c'est principalement pendant le rêve et la rêrerie que nous nôuS abstebons dé juger expressément et voléntairement de la Vérité et de la fausseté des choses qui nôdS préoccupent , et que nous abaQdonnons nôtre intelligence à élléméme, l'idée est surtout d'uii rêveur : 1& rêverie se repatt â*tdées riantes , lègèf eë 1 capricieuses. tSdée a même étéprise pour la rêverie elle-même, pour un rien , une chimère, tfattre Xacqties dit & âarpagon, sur les chevaux que celui-ci laissé mourir de faim : c Ce ne sont plus rien que des idées on des fantômes , des façons de chevaux. » Mol.
Hais, direz- vous, ce triotophe héfcnirie N* est qu'âne idée, un s<mge platonique.
i. B. Roirar.
Le toi n'est qu'oite idée, et n'a de scvii po»voir Que Oe que par piiié vous lot laisiei «voir. Coaii. Dieu, dont jusqu^ra tombeau leur âme possédée FH aen seul sUmeat, n'esl-ee rien qu'une idée?
LàMàMTOlK..
c On me dira que ces prétentions , ces espéràncea, ces désirs n'ont rien de réel , que ce sont de simples idéss^ et communément de vaines chimères. » Boubd. « Cotte sentence n'est donc qu'une pure idés^ le songe d'un homme qui veiUe , lo jen ou l'égarement d'un esprit qui bAtit en l'air. » Basa.
La nolton et la ûennéissancê , outre une simple appréhension , impliquent une croyance ou un jugement. Nous les acquérons plutôt qu'elles ne nous adviennent, et si le mot td^e sa dit surtout quand il s'agit d'images et de rêveries ^ notion et confMtsMftee se disent en matière de science et d'érudition. L'idée , c'est ce qu'on se représente : elle est olaire ou obscure , 'distincte ou confuse , et s'exprime par un mot. La notion et la connaissance , c'est ce qu'on sait : elles sont nombreuses, superficielles, étendues, etc. , et s'expriment par des propositions.
La nolt'M, à Mif HMf , flivdlBlIngpaitf aiaiaaaBt (^ la connaitiftHCt. (TéSC Qxf slMiple âpcnPÇu, vflavae générale él somfflainr. une eônittÊineaue eaieloppé» , élemës(ai>rv, sépefficMlv et qui par eiaséqnent d«MaMè po«r en* aaqfdlaa paa daftiM v«iK Lés acieoéaa tfonftent des iwHmSM préKaâxftires avaitt tfr ddntcr ém- comwtfwwrtr» Os n'a qtfdffe légère nMm d'âne attire amnt étm pféÂfre tdMiaissêneê. « Je ft*ti p«s uma am^ parftite de cela^, fê ifm ai it^wa mî4tfn, (tti*ftne fkifcle imkm. » Amsah. « Lea Ramains ne nous donnent dee Gaaio» et ém ISerxftaiM qifef dé» nMkfnt trta iBjiitffeilaB, • Roix. On a qtkélquesneilaMf eti cAiMie, en piHfaaapfcic» étf «lafhêaiatlquas; Lee iieaMaa d» Uwa cc dm béatt, IM iM$om dtiseaaiuia—i tes g^Aérale» rehtivaa m Me», 1 auxquelles totttea las intiflliganeta arrivent, et desqaetlef le travail et leralaatt*ettaMtpaafaat faire sortir des emmisiakmgr
La etmmiita$ae en efht aat «a gpwna 4aae ia fUfHon, et il fM, pmr Pe* linf , éahhtir et développer la notion par l'étade. Nul n'a de eonnaissances qui n*aif cherché ezpreasément i les acquérir, qui ne se soit familiarisé avec leur objet. Les connaissances sont d'ailleurs systématisées ou susceptibles de l'être. Tonte science est un système de connaissances. Enfin, les connais' ÈOttt» sont considérèse ceninie fliiaa dans rstaténdMMbt d'mM manière diii^ibie ai t facmut un recueil. On enrichit son esprit de eoaaaiisf^tet. Lés eonnaiimmeeg^ d*im hnnanss, c'est tout ceqn'i! a appris , tout eè qvTil sait. Kmpiojé dana certainéa phr«M» en 1» séas alMote. le mot connaitscfHté etprime fou)<tfiTB ea ifoe fan sait bien , dans tous les détaib : prendra camwtiiBacf d'une ailalM , jvgef en eoaiMitetfiiea 4^ cnm , se trouver en pays de colinaissiooe.
î'^/niofififttftion, cefiesyiidit , ^ réfêmtm , pensée.
Vimagination et la coiieé)»t<efi aatit la pradait du travail de l'intelligence snr les Mdé«, clesUdire des combinaisons telles que oellaa da vision^ naire on da peintre, de l'artiste» da Phaayae qoi compose dans nn genre quetceo^e; 1a réfltsim et la penrëé sont le produit dn tratall de riateh ligence sur les noUons et lea «mtiaftsewrta, e'aatà-dire des comblnassoss tellea que oaBaa des penseitn, des philosophes et des aatMita. De plus, il n'y a pas dans la produetun daapre> mières, bien qu'émanant aussi du travail intime de l'esprit, autant d'attenthm expf«sM, d'appfication volontaire; elles penvest atoir qnâp» chose de spontané , d'inspiré.
Imej^natioli, eoneepHon,
VimaginaUon est la concspCtMi dm téfwr. Site a toujours quelque chose d'irrégnliar, de bizarre, de fortuit; c'est une ftuitasiaagerie. la effet, on dit des imaginoHons élraatea, fiaiies. vaines, creuses, grotesques, extnvagantas; se repaître d'tma^innttoR^. La cone^^liion est l'taïaginaiion du poSte , c'est-à-dire nne tnui^taofioa conforme aux règles du goAt. Nons ne gouvernons pas nos imaginations : elles ne aapponat en nous ({ue des idées et la capaoité de les associer involontairement. Mais nons surreiHoosy si
SYNONY.MSS À KAOIGAUX DIVERS.
nous Btt gooteiw»» pv, m supposent que nous pouvons combiner des idées de manière à produire cartains eSt^^ VUittêÊ et 1 J^fi^tde sont de belles coiwfiMtoaf. On dit de rares, de hriUssIee, de riches emapHam. « Ces T>hilo8ophés ont cru concevoir des choses qui n'étaient que dans tenr tm&gvmUon» w Coh».
Jl^^lesteii, pmsée.
La réfieanon est beuiooiip plus relatÎTe que la p«iit^e. Slle marque le résultat d'un eiamea de certaines connaissances déterminées. Oa fait d» réflsnomg sur un a^^et dooié ou ev une action qu'on va faire. On dit bien lea|MMAs de Passai; on ne éindt gttèro les r^fbsioas de Pascal à moins d'ajouter sur quoi eUesiaulsnl. « M. Nieole a donné au publia deux tomes de véfkxiom sur les éptireset ssr lesévangiles. » Bas. «C'estosqne i'ai dit dans quelques petites répemoiu sur Pascal. » Volt. « Louis Basina dit dims aes réflêsritmâ sur la poéeie qu'Horace et Virgile, gâtèrent Auguste.» In^ — Les rifiianoûu d'ailhrara semblent être plus amesées par le siqet, et partant moins onginales; ce sont desréealtatsde oon^Mimisons, des combinaisons pbiiflt que des créations; la peruég est plus nôtre, parce qu'ettc est plus indépendante. « Que ces paroles sont dignes d'être méditées , et qu'elles peuvent servir de matière à de belles r^lnnbfif / » Boas.
Le motpéaf^e, de pensare, peser, est donc le terme qui eiprime de la façon la idua générale Tosuvre de notre intelligence sous la direction expresse de notre foloolé. Voilà pourquoi de tous les actes de l'esprit ou de TinteUigNioa la pentée seule nous e^ imputable; pourquoi on la dit bonne oa mauTaise, noble, sublime ou basse, Tertaeaae oa coupable. C'est aussi pourquoi ce mot s'emploie généralement pour exprimer tout acte de l'intelligence qui demande attention, méditation, grand examen, comme nos projets, nos desseins, nos résolutions. Voilà pourquoi enfin dans les systèmes philosepbiques qui, comme celui de Descartes, riq»portent à la seule puissance de l'esprit à peu près tout oe que nous serons, le mot pensés se dit de tous les actes et de tous les produits de notre intelligence; an lieu que dans ceux qui, comme celui de Condillao, font Tenir de l'extérieur tout ce que possède notre intelligence, c'est le mot idée qui jouit de ce privilège. Mais, quoique conservant encore des traces de cette grande généralité attribuée par les philosophes aux deux mots idée et pentée, le langage commun dans les cas où il est besoin d'une grande précision, maintient entre eux et entre tous ceux qui les accompagnent dans cet aitiole les distinctions que nous avons signalées.
11 suffit d'avoir un entendement pour acquérir des «d^er , et de pouvcnr les lier pour former des tmagtnaftotts. Les animaux paraissent capables de l'un et de l'autre. L'homme le plus ordinaire est apte à recevoir des notione , et , pourvu qu'il travaille, un grand nombre de cùnnaiuances scientifiques. Il faut avoir reçu de la nature quelque souffle inspirateur pour fonner des coneeptteaf brillantes; un esprit doué de justesse et de rectitude pour faire ds bonnes ré'
fktBimUy et du génie pour produire dv peneéet. neuves.
1LUJ8I01V, CBODOUS. Idées fausses «erionées, sans fondement, dont l'esprit est pénétré, et pro» venant d'apparences trompeuses ou de vainec imaginations. On se repaît dUlluiions et de chimàres; un homme est plain dHllusUmt , et il aU tête remplie de ditmèret.
llhuion » du verbe latin iUttden , se jouer > ao moquer, marque l'action des objets sur nous, et l'effet qui en résulte* Villusion a un double ca* ractère : d'abord elle n'est pas toute gratuite, elle suppose au dehors des ol^eta qui agissent sur nous de manière à ooss tromper, qui se font voir antremeat qu'iU ne sont; et ensuite elle est «uW jeetive, c'està^ire qu'elle fiùt considérer l'er* reuff par rapport à son efliBt sur nous. La ehimèrêy an ncntraiie, est tout entière le produit de Vinuginatioa^ nomme le monatre fabuleux qu'elle signifie primitivement, et» de plus, elle se considère ol^setivement, en soi, comme étant heUa« extravagante, léalisahle, pes&ible ou impoesibls. -- Deux difféoenoti q^i demandent à éH» développées.
ViUtuion suppose des choses existantes, tt at rapporta à la manière dont elles se montrant à nous on à hi aumière dont nous les voyons; eUe est le fait de l'esprit qui se laisse abuser ou f\\d embellit, exagère; elle est contraire à la vérité K tombe dans le domaine de la logique. « Les sophistes n'éblouissaient que la multitude; les sagee se garantissaient de Yillusion, » Barxbu La chtmére est une pure invention, une pure création; elle r^réMute des choses qui n'existent pas et ne sauraient exister; elle se rapporte à l'existence et non aux couleurs, à la forme de la chose ; elle est contraire à la réalité et tombe dans le domaine de l'ontologie. « Ceux qui ont la fièvre chaude, ceux qui dorment ne voienMls pas des chifeUree de toutes façons qui ne furent jamais?» IUl. Un homme à illusions est un homme prévenu, passionné, qui est le jouet des choses ou de son imagination : il ne voit pas ce qui est cooune il est liais un homme à chimères est un homme à projets extravagants , qui a un grain de folie, qui se crée des fuitdmes, qui voit ce qui n'est pas. Chimère enchérit donc snr tUusûm. C'est ainsi que l'entendent nos meilleurs écrivains. « Les vérités abstraites n'agissant presque jamais sur nos sens, on les prend pour des tÛtinoa# et pour des chimères. » Hal. « Sciences imaginaires qui laissent à ceux qui les embrassent ce caractère de folie qui fait qu'on prend plaisir à se repaître àHUusions et de chimères. » Idw c Quoique tout cela fût autant d'illusions et de chimères,... » Bouan. « Voilà dans quel esprit on jouit ; tout le reste n'est qM'iliusion , chimère , sotte vanité. » J. J.
lUusion, d'erigine verbale, exprime un fait et son rapport à nous qui en sommes le but : on se fait Uhuion comme on se fait mal, honneur, justice. Chimère, d'origine nominale, signifie l'ol^et même sur lequel porte l'erreur, et n'a pas de rapport à nous : on se met des chimères en tête et non des illusions ; on ne se fait pas chimère, on se crée une ou des chimères. Villusion ,