‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 49 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ques pour la distinction desquelles une règle générale est nécessaire, afin d'éviter les redites et de confirmer les déterminations par le rapprochement des exemples.

Le verbe neutre , ainsi que le verbe pronominal, exprime qu'un phénomène ou un fait a lieu par lequel le sujet passe d*un état à un autre. En cela consiste la synonymie des deux verbes; mais elle ne s'étend pas au delà. Leur différence résulte de leurs noms mêmes. ' .

Le verbe neutre n'est ni actif ni passif, mais simplement énonciatifl II ne présente point d'agent , de cause ; il ne rappelle ni la manière d'agir , ni les degrés , ni les progrès de l'action. Ce n'est point une action qu'il marque, mais un acte abstrait, inqualifiable, sans durée, et indépendant de toute circonstance. Le verbe pronominal, au contraire, acquiert par le pronom une signification qui tient de celle du verbe actif : au lieu d'énoncer le fait simplement , en lui-même, il le montre s'accomplissant ; il le représente dans toute son étendue, dans ses détails , dans sa manière , ses degrés , ses circonstances. Il est concret, descriptif, représentatif, analytique, circonstanciel; il fait voir la chose ou la personne occupée à devenir ce qu'elle doit être , pendant qu'elle va ou est en train d'aller à un état nouveau. Il peint l'opération successive , le travail , les efforts , la révolution qui doit amener cet état , l'action reçue et les changements éprouvés par le sujet dans le temps de l'épreuve.

Purement énonciatifs ou qualificatifs, synthétiques et abstraits , leurs synonymes ayant des caractères tout opposés, les verbes neutres se distinguent encore des pronominaux en ce qu'ils conviennent dans les propositions absolues et générales , leurs synonymes n'étant de mise que dans les propositions relatives et particulières. On dit bien , tout passe et tout meurt ici- bas ; on ne cnrait point, tout se passe et tout se meurt. L'homme meurt , c'est-à-dire est mortel , proposition absolue et générale ; et il en est de même de beaucoup d'autres dans lesquelles entre le verbe neutre : la beauté ou le temps passe. Mais en disant d'une personne qu'elle se meurt ou que sa beauté se passe , j'applique le fait général à un cas particulier. Et lors même que les deux verbes Xont partie de propositions particulières , le verbe neutre conserve toujours quelque chose de son caractère de généralité. Un honune meurt , pâme , 4wanUy c'est-à-dire que le phénomène de la mort, de la pâmoison et de l'avancement a lieu en lui comme il a lieu chez les autres , comme il arrive d'ordinaire. Si on dit qu'il se meurt , qu'il se pâme ou s*a/i>ance , alors , les verbes étant relatifs à la manière font concevoir le fait comme ayant dans le sujet où il se passe quelque chose de spécial.

PASSER, SE PASSER. Se perdre, s'écouler, ne pas continuer à demeurer dans le même état, avoir une existence bornée.

En disant qu'une chose passe ^ vous énoncez simplement, d'une manière abstraite et synthétique , qu'elle est passagère , qu'elle a une courte durée ; c'est sa qualité ou son sort de finir bientôt. En disant qu'elle se passe , vous la représen-

tez d'une manière analytique et concrète , allant à sa fin , pendant sa décadence ou sa dégradation. Les fleurs et les fruits , les plaisirs , les biens de ce monde, la beauté, le temps, les couleurs, les saisons , les modes passent , c'est-à-dire , en général et sans fixer l'attention sur la manière et la durée de l'opération ou du changement, que toutes ces choses ont pour qualité de s'en aller, de finir, de cesser d'être. Quand on dit qu'elles se passent , on les montre pendant leur déclin , en train de s'en aller, se flétrissant, s'effaçant, perdant leur lustre , leur forme , en un mot faisant l'action ou subissant les épreuves qui doivent amener leur fin. Avec le terme ahsirûi passer , qui fait abstraction de la durée , on emploie souvent les adverbes promptement , rapidement ; et , au contraire , se passer faisant voir la chose pendant sa dégradation , comporte d'autres modifications , comme insensiblement et peu à peu. La vaine joie passe comme un éclair; la peine se passe avec le temps et la réflexion. « Il y a , dit Bouhours , des maux qui passent et des maux qui durent ; les maux qui durent se passent à la longue. a> « Les plaisirs pa^^ent bien vite, passent en un moment. » Boss. a Un court délai nous semble long quand il se passe. » Id.

En second lieu, passer convient mieux dans les propositions générales , et se passer dans les propositions particulières ; la beauté passe bien vite , et la beauté de cette femme commence à se passer. Les maux passent , et votre mal se passe; le temps passe , et le temps de semer ou de te- CMeillÏT se passe.

Enfin , la relativité de se passer apparaît avec évidence quand on se sert de cette expression en parlant du temps. Si on veut seulement exprimer la rapidité avec laquelle il s'échappe , on dit le temps passe , les jours , les années passent ; mais on dit qu'il se passe , quand on en parle avec rapport à Tusage que nous en faisons. La vie passe comme un songe , et pour la plupart la vie se passe à former des projets de bonheur , ou elle se passe laborieusement et longuement dans Tennul. a Le temps passe , le temps s'écoule ; le tetnps se passe , le temps s'emploie , se consume. » Marm.

MOURIR, SE MOURIR. Subir l'événemeat de la mort.

L'un exprime cet événement d'une manière générale et comme un acte abstrait ; l'autre peint l'action de mourir avec tout ce qui l'accompagne ; il fait assister , en quelque sorte , à l'agoaie du mourant ; il retrace l'image de ses mouvements , de ses efforts, de la lutte qu'il soutient poui échapper. Un homme que la foudre ou un boulet prive tout d'un coup de la vie meurt , et ne se meurt pas. Un phthisique qu'on voit et qui se voit approcher, chaque jour, du terme fatal, se meurt. Mes filles, soutenez votre reine éperdue. Je me meurt. (Eslher). Rac.

a Je me meurs tout doucement. » Volt. « L'amour profane est toujours plaintif : il dit toujours qu'il languit et qu'il se meurt. » Boss. « L'abbé de Fovx se meurt ; il agonise , cela est pitoyable. » Sév.

PAVER , SE PAVER. Tomber en pâmoison.

Pâmer est énonciatif et abstrait , se pâmer concret et descriptif. L'un sert à exprimer <iue le

SYNONYMES QUI ONT LE MfiME RADICAL.

&n a liea , mais sans indication de la manière et d» circonstances *, Tautre fait qu'on est témoin d'une scène; il montre la crise dans son cours, dans ses progrès, il représente le sujet se débattant, pour ainsi dire, avant de tomber.

Sire, on pdmte de joie linsi que de tristeue. Goah. « Ezèchiel , au travers des ailes des chérubins , Toit je ne sais quoi de merveilleux : il s'étonne , il se pâme, U tombe sur sa face. » Boss. « Voyez les choses bien exactement telles qu'elles sont, et songez dans quel état pouvait être la tête d'uû homme qui se pâme de plaisir en vous disant de pareilles choses. » Lah.

FilUCHER, SEPANACHEB.

c Les fleurs , des oiseaux panachenl ; c'est leur propriété que de prendre les couleurs ou les formes d'un panache. « Les lemelles de ces pigeons ne ponachenl point. » Boff. « Les oiseaux , les fleurs se ftanacheni, lorsque, par le développement et l'énergie de cette propriété , ils prennent en eflet ces couleurs ou ces formes. » Roub.

KoacoL, ffî ifoiRcni.

c Les choses sujettes à devenir noires notrcûsenl : le teint noircit au soleil. Les choses se notrdsseni lorsqu'elles perdent leur blancheur et qu'elles deviennent noires : le temps se noireit à mesure qu'il se couvre de nuages épais et sombres. Un objet pourrait noircir tout d'un coup; il ne se motrcit que par degrés. » RouB.

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