PREMIÈRE PARTIE
mari est un homme qui abuse de la nécessité de la loi pour iuffplëer am agréments qui lui manquent. » MONTBSQ.
Et oes mêmes bienfaits
Auraient dû suppléer k mes làibles attraits. Bâc. Son bien supplée a» défaut de son âge. Lav.
Or ^ ce qu'on supplée , quand on supplée à une chose , n'étant pas du même genre que ce à quoi on supplée , suppléer à est préférable toutes les fois qu'il s'agit de réparer le manque d'une chose entière en la remplaçant par une autre équivalente. Dans des temps de disette on a suppléé au pain par le riz et par les pommes de terre. Au contraire ,^ le supplément , quand on supplée une chose, devant être exactement ce qu'il Caut, et du même genre que ce qui manque, suppléer, à l'actif, doit s'employer principalement quand il s'agit d'un manque partiel dans une chose qu'on complète en ajoutant rigoureusement ce qui lui manque et en même nature que ce qui lui manque. Ce sac doit être de mille francs , et ce qu'il y aura de moins, je le suppléerai, je suppléerai le reste. C'est donc conséquemment à la modification générale imprimée par à aux verbes auxquels il se joint, que suppléer à une chose signifie la remp^er, quand elle manque, par une autre équivalAte; et suppléer une chose, la fournir, quand elle manque, pour faire un tout complet.
CROIRE quelqu'un ou quelque chose , CROIRE A quelqu'un ou A quelque chose.
Croire à dénote une croyance moins directe, moins fenne , moins pleine , ou plus faible et plus molle. En parlant des personnes, on n'emploie cette locution qu'à l'égard de celles en qui on a une sorte de confiance, aux paroles de qui on ajoute foi avec réserve, et en s'en tenant pour ainsi dire encore éloigné : Croire aux astrologues , aux médecins. » Acad. Croire quelqu'un , c'est avoir en ses paroles toute confiance et se conduire en conséquence , suivre ses conseils : « Croire les médecins. » Acad.
De même , croire à quelque chose , b'est y ajouter foi quelque peu , comme de loin , en se tenant comme. à distance, et la croire, c'est en être persuadé, l'admettre comme un dogme, conmie une chose démontrée, lui donner place en sa créance. Nous cro^fons à une chose par une simple adhésion; pour que nous la croyions, il doit y avoir entre elle et nous une sorte d'intimité. « On croU à l'astrologie, à U médecine, au rapport, aux promesses de quelqu'un. » Acad. « Ces reproches n'étaient point fondés; n^eRcroyex pas d ses douleurs , elles la trompent. » J. J. Mais on dira : « Ces philosophes croient l'existence de Dieu , et l'immortalité de l'&me. » J. J. c C'est un aveuglement de vivre mal en croyant Dieu. » Pasg. «Impie , tune croyais pas la religion. a> Fbr. « Les chrétiens croient tout ce que l'Ëglise enseigne. Ils «rotent les mystères, les articles du symbole, la communion des saints. > Acad.
Enfin la différence est la même, quand croire •t erotrs A signifient reconnaître l'existence : « On ûroU aux revenants, aux esprits, aux miracles. » Acad. On croit Dieu : « Si Dieu se découvrait continuellement aux hommes , il n*y aurait point
de mérite à le crotre.» Pasg. « Wiclef croyait le purgatoire. » Boss.
CHASSER le ou U, CHASSER AU ou A la. On dit classer le cerf, le sanglier , le chevreuil , le renard, le lièvre, etc.; chasser aux perdrix, ans bécasses, aux oiseaux, au lièvre.
Chasser le ou la, signifie poursuivre effectivement les animaux dont le nom sert au verbe de régime direct ; et chasser au ou d la , être à la recherche de ces animaux , afin de les poursuivre si, par hasard , on en rencontre. Un chien qui excelle à chasser le lièvre peut ne rien valoir poui* chasser au lièvre; il sera bon coureur et adroit à saisir le gibier, mais il ne saura pas le trouver et ie dépister. «Il y a deux espèces de loups^cerviers; les uns plus grands, qui chassent et attaquent les daims et les cerfs ; les autres plus petits qui ne chassent guère qu'au lièvre. » Boff. L'auteur nous montre le sujet, là, actuellement aux prises avec l'objet, ici, seulement à sa quête. Il y a donc un rapport plus étroit d'un côté que de l'autre , entre le sujet qui agit et la chose qu'il fait, ou sur laquelle il agit; il en est moins éloigné. Il en est de même, quand on dit travailler une chose , la terre , par exemple , et travailler à une chose: la première locution fait voir le second terme du rapport , montre la chose modifiée par le siyet, au lieu que ce même terme disparaît presque dans la seconde locution , pour ne laisser voir que le sujet et son occupation.
On distinguerait semblablement beaucoup d'antres verbes , susceptibles , comme ceux qui précèdent, de prendre et de ne prendre point à de\rant leur régime. Ainsi , on dit , présider une assemblée, en parlant du fait, et présider à une assemblée, en parlant du droit en général; et c'est à cause de l'extension , donnée à ce verbe par la préposition d, qne présider à finit par signifier vaguement, diriger, veiller à : c'est lui qui a présidé à l'exécution de l'entreprise. — Par commander les armées, on entend un fait positif, qui se peut constater physiquement , et de là vient qu'on dit aussi d'une citadelle, qu'elle commande la ville; mais commander aux nations n'implique que l'idée d'une autorité plus indéterminée, d'un commandement sans limites précises , et , si on dit que le capitaine commande à ses soldats , c'est , non pas un fait particulier qu'on rapporte, mais un droit général qu'on énonce.— Appiatidtr et souscrire quelque chose , c'est faire effectivement l'action propre , physique , nettement marquée par ces verbes : applaudir et souscrire à quelque chose , c'est , dans un sens étendu , moral , idéalisé , l'approuver , y adhérer , y* donner son assentiment. — Le rapport est le même entre atteindre et atteindre à , qu'entre toucher et toucher à : atteindre à indique seulement qu'on est près d'arri. ver à un but, qu'on s'eflbrce de parvenir jusqa'à lui : on atteint ce dont on va se rendre maître, on atteint à un modèle. — Le verbe j^en^r, dans, vous pensex nous tromper, présente moins d'incertitude et un objet moins éloigné que ce même verbe suivi d'd, dans, vous pensex à nous tromper, car il signifie, là, vous croyez nous tromper, et ici, vous cherchez à nous tromper. —Ne manquer aucun sermon du carême, c'est les en-
SYNONYMES QUI ONT LE MftiE RADICAL.
tendre et, en quelque sorte, les neevoir tons.
«J'ai arrêté une place pour ne manquer ancun
sermon da carême. > Fkn. Ne manqwr à aucnn
sermon du carême, c'est se taire un devoir ou
remplir le deroir d'assister à tous. «Quand ai-]e
manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à
leur paroisse 7 > Pasc. Manquer une affaire, c'est
la perdre, y écbooer ou la laisser échapper;
wumquer â une afiaire, c*est ne pas y travailler
de tout soB pourofr, c'est s'y rendre coupable de
néigfUgeDce. «Dans ce que f entreprenais , ï^&^'
sais znoinspour ne pas wionquer les affaires que
pour ne pss manquer aux affaires. > Kohtbsq.
sTxoimnB nss trbbbs actifs dort lk atoicB ,
DnHB P4RT^ CST, BT, SS L'AUTaS, H'EST PA« PRÉCÈDE DK LA> PBBPOSiTlOH de,
Approcher quelqu'un, e^ffpracher de quelqu'un. Désirer, espérer obtenir ou faire quelque chose ; désirer, espérer d'obtenir ou de faire quelque chose. Préférer mourir, préférer de mourir. Hériter une chose, h^riler <f une chose. Traiter one matière , ime question ; traiter d'une matière, (fune question. Etc.
La préposition de , du latin de, hors de , ou sur, touchant , marque réduction , l'extraction , la séparation, la distinction, ou le sujet particulier dont on parle , dont on s'occupe , dont il s'agit , et son rôle général, quand elle suit un yerbe, c'est d'en restreindre l'action en la spécifiant , en désignant détermînément son but /en tirant ce but du milieu des antres , en le distinguant , en le mettant à part. Aussi , quand un même verbe peut s'employer taotdt sans , tantôt avec cette préposition, Û exprime y d'un côté, quelque chose de plus généra] , de plus ordinaire et de plus indéterminé , de l'autre quelque chose de plus particulier , de plus singulier et de plus précis. On approche quelqu'un , un prince , par exemple , habituellement, et c'est là une expression tout idéale qui marque l'accès et la faveur dont on jouit auprès de lui; on approche de quelqu'un dans un cas particulier , et cela signifie , au propre et physiquement , avancer et aller se mettre auprès de lui. On dit bien aussi approcher un homme du commun . mais c'est toujours quand il s'agit d^eiprimer l'habitude : il fait le bonheur de tous ceux qui rapprochent; ou bien à l'idée d'aller se placer k côiè de quelqu'un s'en trouve mêlée une autre qui la rend moins précise et moins nette : ne m'approches pas , tous me saliriez.
Ce caractère de spécialité, attaché à la particnle de , la suit dans toutes ses acceptions et dans toutes les locutions où elle entre. On le trouye, par exemple, dans la phrase il ^en faut de beaucoup^ PAT rapport à cette autre. U s'en faut beaucoup. La première suppose une estimation et ne s'emploie guère que quand il s'agit de nombre et de qualité : il s'en faut de beaucoup que tous soyez aussi âgé que votre frère. «La Russie n'est pas peuplée à proportion de son étendue , il s'en feut de beaucoup. » Yolt. La seconde annonce une différence considérable, mais indéterminée et tcat approximative : U s'en faut beaucoup que TOUS soyez aussi sage que TOtre frère. « La Be-
laiian des Indes eê de la Okinê n'att pas mi livra qu'on doive croire sans examen , tli'en faut beaueoup.9 Yolt. — Il en est de même de toutes lea phrases où de se troure placé avant bratieoup : elles particularisent, elles supposent une appré* ciation plus exacte et ne sont pas propres à marquer une simple exagération. On ne dira donc pas indifféremment d'une personne ou d'une chose, qu'elle est beaucoup^ ou^de beaucoup meilleure qu'une autre, supérieure ou préférable à une autre , qu'un homme est beaucoup ou de beaucoup plus savant qu'un autre. On réservera le second tour pour les cas où l'on voudra faire entendre que le degré de prééminence a été mesuré et qu'on pourrait l'indiquer avec quelque rigueur. Girault Duvivier indique à peu près la même différence et la confirme par de nombreux exemples. — On distingue pareillement ii ne i^en faut guère et il ne s'en faut de guère. Il ne ^en faut de guère est bon , dit Yaugelas : quand il s'agit d'une quantité comparée ayec une autre , comme si l'on mesure deux choses et que l'une ne soit qu'un peu plus grande que l'autre, on dira fort bien qu'elle ne la passe de guère.
Une chose à remarquer relatirement aux locutions que -nous prenons pour exemples , c'est que celles où entre de sont pour ta plupart plus rares que celles où il n'entre pas. C'est déjà une preuve que cette préposition s'emploie seulement dans des cas extraordinaires, singuliers, où il est besoin de particulariser. On désire , on eip^e obtenir ou faire ce qu'on obtient ou ce qu'on fait facilement, communément, tous les jours; on désire^ on efpére d'obtenir ou de ùàre quelque chose d'extraordinaire, de difficile, qui demande un bonheur ou des efforts particuliers : ici l'étrangeté et la spécialité du tour ont leur raison dans l'étrangeté et la spécialité de la chose désirée ou espérée. On désire et on eip^e vaguement obtenir ou faire quelque chose; on désire et on espère fort d'obtenir ou de faire quelque chose. Désirer ou espérer obtenir ou faire est la manière habituelle de s'exprimer , et on ne s'en départ que pour marquer un désir ou un espoir qui sort de l'ordre commun , qui suppose des obstacles , que l'on veut mettre en saillie et sur lequel l'esprit doit s'arrêter. On désire^ ou etp^e se promener, voir ou entendre une personne; on désire, on eipére de réussir, de gagner un prooès, de remporter un prix, de plaire à quelqu'un, d'amasser des richesses. «Je crains toigours de perdre ce que je désire si ardemment de conserver. » J. J.
De produit la même modification de sens dans préférer de mourir, comparé à préférer mourir. On dira préférer mourir toutes les fois qu'à mourir ne se trouveront pas ajoutés des* mots accessoires qui le déterminent : Je préfère mourir plutôt que de trahir un ami. Mais , quand le genre de mort sera spécifié de quelque manière , il fiau« dra se servir de préférer de : Je préfère de mourir dans les tourments, de la mort des criminels , plutôt que de trahir un ami. Je préfère mourir se dit absolument, et équivaut à, je préfère la mort; je préfère de mourir annonce et doit amener des circonstances particulières. Dans cette phrase de Buffon : « Il préfère de périr avec eux plutôt que
PEEMlfiRE PARTIE
d« las abMideim«r , • ovm mmp Justifle l'emploi da d$ après il prïÊfèrê. Dans eetU autre du même •utauruOn préfin d'élarer des aigles mâles pour la ohaase^» laa moto) du aigUt mdie« pour la chauê , donnent au rerbe élever une signiacation précise qui ftlt que préférer doit être suiTi de da.
HÉRirn une chose, OÉERITSE d'une chose.
L'obtenir par succession.
Le premier tour est usité quand il s^agit d'une chose peu ou point spécifiée. Il n'a rien hérité ; Toilà tout ce qu'il a hérité; U a hérité de grands biens ; la yertu est le seul bien qu'il ait hérité de son père. Kais on hérite d'une maison, d'une bibliothèque.
Dû Totre injuste haine Q n*i point hérité. Bac.
Du reste, la règle souffre ici de nombreuses exceptions, parce que, dans tous les cas où la personne dont on a hérité se troure indiquée, comme de la précède toujours, l'harmonie exige qu*on ne répète point cette particule devant le nom de U chose.
Voui avei kénié ce non d* Twaleoi. Cour. «Le père de Flècbier a^t hériié de ses ancêtres une petite terre qu'il cultivait lui-même. »D'Al.
nuOTER* nAITER DB.
Suivant le grammairien Féraud, on dit indifiétemment, imiter une matière, une question , et tntitfr d'une matière , dTune question ; cependant , quand on spécifie U matière, la question, il faut dira traiter de, « Dans son ounage, U traite des pUntes, des métaux, de réconomie. » « Gomme fai déjà trcùé de cette matière dans ma ix* salira, il est bon d> renvoyer mon lecteur.» Boil. « Cette bistoira des oisaeaux serait trop volumineuse . si j^eusse tntité de chaque espèce en particulier. » Brw. Un auteur frotte des moyens , et non les mcvww 4X\hiierrhistoiro.— Mais on dira d'une fAç<>n t«it* jjf^nérale : «Les livres qui fraitfiif si ^notr?y>Ar,t l^s plus hautes sciences sonttb des «^lr,^i^»^>«>* purement fortuites?» Féw.
t>e r^rl^ r*4«vr. avec et sans de, s'emploie au$si dAm )^ M^M à% négocier, de travailler à I jKwwitrt^ *^**>t d*une afiliire. On dit, traiter «1^ A'^v, -^ . <V)^iHl ceux qui travaillent à la régler <mi Vhsi'v^^ de la traiter, quand elle est du n,Nn\Ni^ ^ ^^<* <I^'i^s négocient d'ordinaire: l^x AmNA^^eurs Iratient la paix et la guerre. <^\ n^ «^t^^ ^ra de traiter de , quand il sera question d>i(^ «^(V^ktre extraordinaire, soit en elle-même, s^Mt «kt^ukiiient pour ceux qui en sont chargés , soit )>Af 1^ oirvoustances rares qui s'y trouvent réunies , iKMt \^t les obstacles qui s'opposent à sa conclufUwu On ne dira pas, en parlant d'un notaire oci^w^ d'une simple affaire de sa compétence : c'est \\\\ i|Ul fraite de cette aflUra; mais bien : c'est lui ^\\\ mMl# cette aifaire.
f Ant.KK AFFArnSS. MUSIQUE, PBlUTUllE, POytlV^t'K, GBA88B, GHICANB, semblent équivaloir à }Mrler é^ affaires ^ de matiqyie, etc.
O0))DiHlant , la phrase sans la préposition sert à
«)in|u«r Tespèce d'entretien d'une manière géné-
1^)0 , r0Mpèce d'occupation , le mode, la forme in-
j^p^ndamment de û matière ou des sujets sur
'1 discours. Dans certaines réunions
«mueiOBe ou «hoise. Avec de, la
même phrase devient prédae et déteiminatiTe. Tout le monde peut parler muMiqué^ mais non pas de mvfiqtie. D'ailleurs parler de mungu^ a rapport au fond , à ce qu'on dit de la musique. « A entendre les Français parler de mutique , on croirait que c'est dans leun opéras que la musiqua peint de grands tableaux et de grandes pas* sions. » J. J. Je ne suis pas géomètre : on jxirle géùmétrie dans un groupe , je m'en éloigne. ICaia si je suis géomètre et que j'entende parler de géométrie , je m'y intéresse et je m'approche. «Ces deux princes se mettaient en un coin à parler sciences. 9 S. S. < C'est à Newton à parler de mathématiques. » Volt. Parler chasse, c'est parler en général de choses de chasse , de choses relatives à la chasse. Parler de chasse, c'est parler d'une certaine chasse ou de certaines chasses qui ont eu ou auront lieu. De même , parler affaires n'indique nullement de quelles affaires il peut être question : c'est parler de choses sérieuses; parler ^affaires , c'est parler de certaines affaires , déterminées par la condition, les rapports des interlocuteurs. « Le dissimulé n'a pour ceux qui lui parlent éPaffaires que cette seule réponse : fy penserai. > Labh. Aussi ne peut-on Jamais ajouter de déterminations à parler affaires , comme on en ajoute à parler d^ affaires, parler Saiffairet importantes politiques, qui demandent des connaissances , eto.
STNCRTM» nsa VBRBB8 ACTIFS UOBT M BiOIllS
BST PBÉGinii, n'mfB part, ob la pb^ositioh
d, DB L'aUTBB, DB la PRéPOSITIOH de.
Commencer d et de. Continuer d et de. S'empresser d et de. Essayer, s'efforcer, tâcher d et de. Obliger, forcer, contraindre d et de. Se jouer à quelqu'un, se jouer de quelqu'un. Prier à et de dîner. S'occuper d et de. Manquer d et de. Oublier d et de. Prêt d , prêt de. C'est à vous à , c'est à vous de. Ne servir d rien, ne servir de rien. Etc.
Tel est le résultat des deux chapitres précédents. Interposées entre im verbe et son régime, les prépositions d et de produisent un eiTet directement contraire. L'une en étend et en généralise la signification , l'autre la détermine et la spécifie. Autant l'une est indéfinie, vague et abstraite, autant l'autre est distinctive, précise et délimitative. L'une modifie l'action du verbe qu'elle suit de manière à la montrer comme tendant à un but éloigné, incertain et hors de la portée , et l'autre de manière à la montrer conune atteignant un but présent , prochain et bien mar^ que. La première fait prendre le verbe antécédent dans xm sens large , général , et comme expressif d'une suite indéterminée d'actions, ou d'une action indéfinie ; l'autre le fait prendre dans un sens rigoureux , strict , particulier et comme significatif d'une action unique, bien délimitée, bien circonscrite. Cette valeur relative des deux prépositions n'est-elle pas conforme à leur origine? Ad signifie vers, le point où l'on va, où l'on tend , où l'on cherche à aller , où l'on ne sait pas si on arrivera; de, de, hors de, le point précis, certain, fixe du départ. D'ailleurs, qu'on
SYNOimES QUI ONT LE MÊME RADICAL.
les considère , non plus étymologiqnement , mais comme déclinatives , on les concevra nécessairement de la même manière. A nous sert à expriiDer le datif des Grecs et des Latins , et de leur génitif. Or , soÎTant la 'Uiéorie la plus haute et la plus Tiaîsemblable, les flexions données aux noms par les langues qur'OQt des cas désignent prânitiTement, quant à l'espace, des rapports analogues à ceux qui sont marqua par les temps essentiels des rerbes quant à la durée. Il n'y a que trok cas piincipaux , le nominatif, le génitif et le dàtiî, comme il n'y a que trois temps prindpam, le présent, le passé et le futur , et ils se corre^ndent chacun à chacun. De sorte que le gém'tif est an datif, et par conséquent de k à comme Le passé est au futur, c'est-à-dire comme le certain , le fixe , le déterminé , le précis , à Tincertain , à l'indéfini et au Tague.
GOHHERCER A, CÙMMEKCEaL JOL On commence â faire une action, on une suite d'actions qui n'a pas de terme , qui n'est pas renfermée dans des limites précises , qu'on continuera ou qui se oontLonera indéfiniment. On commence de tûre une action unique, circonscrite, qui constitoe une œuTre fixe , une t&che qui s'achève en plus on moins de temps , qui a un commencement, un milieu et une fin. C'est ainsi que l'ont entendu et pratiqué nos meilleurs écrivains.
BossuET. 1* < Les choses commencèrent à changer de face. On commença à s'apercevoir que.... Je commeace à regretter les homes étroites de oe lieu. On commença assez tard à les (ces évèques) appeler archevêques. La terre eommenceà se remplir, et la vertn oommaice dès lors à être persécutée. Sou3 Je régne d'ûzîas les prophètes com' meneiretU d publier leurs prophéties par écrit. » 2** « Yen le temps oà notre Seigneur commença <f exercer son ministère. > — Labbutère. i* c II a commencé de boime heure à se mettre dans les voies de la fortune. Quand le sot meurt , il commence à vivre.' 2" « Le même conte qu'il a commencé de faire à quelqu'un , il l'achève à celui qui prend sa place. > — J. J. Rousseau. 1** « Laissez former le corps jusqu'à ce que la raison commence à poindre. Quand on commença à ouvrir des écol» publiques, la Grèce avait déjà reumcé à sa vertu. > 2* <t L'année qui commencera bientôt de courir. » —Pascal. !• « Dès lors votre dispute commenta à me devenir indifférente. Je commenfai à me défier que vous agissiez avec passion. 3e commence à espérer que vous me tiendrez parole. Commencer à l&cher pied. » 2* c Combien était-il important de taire entendre qui TOUS êtes 1 Cest ce que f ai commencé de faire ici ; mais il fani bien du temps pour achever. > — La-
TOHTAm. 1*
Ce discours un peu fort, Doit eomimaaeer a vous déplaire.
La lanon camumençaû pourtant k s'ennuyer. 2» « Là-dessus Je commençai de leur raconter oe qui m'était arrivé. » Bans l'analyse du Songe de^Vassx, où chaque partie est renfermée dans des bornes précises , il dit : < A peine les songes caicommencé de me représenter Vaux , que , eto. • — MoHTESouiBU. 1* « Bn Russie on a commencé d coamaltre les lois. On commence dans cet État
à être plus frappé des inconvénients particuliers que de la liberté des sujets, s 2* < Epaminondas, la dernière année de sa vie, disait, écoutait, voyait, faisait les mêmes choses que dans r&ge où il avait commencé d'être instruit. Un eunuque vint me faire signer cet ordre.... J'avais commencé d'écrire , et je m'arrêtai... Enfin ma main tremblante ou rapide traça les funestes caractères. » — FAuclor. !• « Nous avons commence à être ce que nous n'étions pas. Faire que ce qui n'était pas commence à être. » Et , 2*, con* sidérant la ne comme un tout réglé, comme une action unique, il dit dans le Télémaquej oc Le pays où j'ai commencé de voir le jour en naissant. »
Un enfant commence à parler; un orateur commence de parler. Un enfant commence à marcher , quand il fait à peine quelques pas; un voyageur commence d'aller, lorsqu'il se met en route. On commence à dîner ou d jouer, quand on doit continuer indéfiniment; de dîner ou de jouer, quand le dîner et le jeu doivent durer un temps déterminé.
CONTINUER A, œNTINUER DE.
On continue à faire ce qu'on a commencé à fkîre , c'est-à-dire une série , un genre d'actions qui n'a pas de bornes , pas de terme , qui ne finira pas ou n'est pas considéré comme devant finir. On continue de faire ce qu'on a commencé de faire , c'est-à-dire une action unique , une tftche , une entreprise , un ouvrage , un cours d'études^ un discours, un récit, en \m mot, quelque chose qui a une longueur déterminée.
BossuET. 1* < Les Lacédémoniens oontinuaicTU à attaquer l'empire des Perses , Home d se faire des citoyens de ses ennemis. 9 2* Bans l'Oraùon funèbre iAnne de Gonxague , l'orateur ayant un instant interrompu le récit du songe dans lequel Bien instruisit la princesse , il reprend : « Bien continuera de l'instruire , comme il a fait Joseph etSalomon. v — Yoltairb. 1* « Continuex à remplir votre belle âme de toutes les vertus et de tous les 9iT\s.y>{LettreàHelvétiusy 2* «Poquelin continua de s'instruire sous Gassendi. » (Vie de Molière.) — J. J. Rousseau. !• « Si vous voulez que je contir nue à vous écrire , ne montrez plus mes lettres à personne. > 2* « Quand je pense combien je suis coupable , la plume me tombe des mains , et je n'ai plus le front de continuer d'écrire (ma lettre). » — ÎUcine. !•
Qii*importe que César continue k nous croire ? Pensez -vous que Calchas eontinue k se taire 7 2* « Continu*;? d'écrire, » dit Léandre à l'Intimé, qui , remplissant le rôle d'huissier dans Us Tlaideurs, dresse un procès -verbal. — Pascal. 1* « Puisqu'il est si important de publier vos maximes , vous devez continuer à m'en instruire. » 2* « Continuex d'endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de votre passion , que vous achevez dans vos membres. j> {Prière à Jésus-Chriit.)
Continuer à jouer, c'est ne pas quitter l'habî*
tude du jeu ; continuer de jouer , c'est ne pas
quitter une partie commencée. L'Académie, ou
plutôt Harmontel , dont elle adopte l'avis sur ce
j point, bien mal à propos, décide précisément le
I contraire. Mais ici aucune autorité ne saurait
PHEMIÈKE PARTIE :
prévaloir contre la logique et Tusage. D'ailleurs, en pareille matière, c'est Thonune le plus compétent, savoir Roubaud, qu'il fallait consulter, c On continue à faire , dit celui-ci , ce qu'on fait d'habitude , ce qu'on a coutume de faire , tant qu'on n'y renonce pas ; on continue de faire ce qu'on fait actuellement, ce après quoi l'on est, tant qu'on ne discontinue pas. On continue d jouer tant qu'on est adonné au jeu; on continue de jouer tant qu'on reste au jeu. »
Il est à remarquer que la vie pouvant être considérée, ou comme une série d'actes partiels dont la fin est indéterminée , ou comme une action unique d'une durée fixe et constante, on peut dire également commencer ou continuer à vivre , et commencer ou continuer de vivre. « Pourquoi continuer à vivre pour être chagrin de tout? » FÉN. Bans cette phrase , aucun tenue n'est posé ni supposé À la vie , comme dans cette autre du Télémaque ; « Le pays où j'ai commencé de voir le jour en naissant; » comme dans cette autre de Labruyère : « J'ai commencé et je continue (f être par quelque chose qui est hors de moi. » En parlant de la vie future , on ne peut se servir que de la locution commencer à vivre. « Quand le sot meurt , il commence à vivre. » Labr. < Les fidèles morts en la grâce de Dieu commencent à vivre. » Pasc.
S'EBfPRBSSER À, S'EMPRESSER DE.
On f^empresse à plaire à quelqu'un ou à le ■ecourir, partout et to^jours; c'est un genre de conduite, une habitude. « Toutes les religieuses à l'envi t' empressaient à divertir l'abbesse par leurs talents. » Las. < La nature a donné à l'enfant une figure si douce et un air si touchant afin que tout ce qui l'approche s'intéresse à sa faiblesse et ^empresse à le secourir. » J. J. On ^empresse de plaire à quelqu'un ou de le secourir dans une occasion -unique ; c'est un fait, un accident, c Au bruit de son arrivée , les principaux de la nation s^ empressèrent de se rendre auprès du héros. a> Barth. « Le vieillard tomba en faiblesse et il expira dans les bras de ses amis qui s'empressaient en vain de le secourir. » Les.
ESSAYER, S'EFFORCER, TÂCHER A et DE.
Après commencer et continuer on met et on trouve plus souvent à que de. Les verbes essayer , if efforcer et tâcher^ au contraire, sont plus ordinairement suivis de la préposition de. La raison de ce fait s'aperçoit sans peine. Commencer et eonltntier se disent en parlant de toutes sortes d'actions , naturelles ou humaines , fatales ou volontaires, qui tendent ou ne tendent pas à un but, à une fin déterminée. Essayer^ s^ efforcer, tâcher , signifient en eux-mêmes une action humaine et volontaire par laquelle on cherche à atteindre un but .fixe qu'on s'est proposé. C'est pourquoi , rigoureusement , ils ne devraient prendre après eux d'autres prépositions que de; mais, comme l'usage leur adjoint quelquefois d , il s'agit de savoir dans quel cas il le fait et doit le faire.
 éloigne le but, de le rapproche. On essaie, on ^efforce , on tâche à taire une action ou plutôt one suite d'actes dont la fin est éloignée et indéterminée , ou bien à atteindre un but auquel on tend , sans qu'on sache si et quand on y arrivera.
On essaie, on ^efforce, on tâche de faire une action unique , particulière , qui est de nature à se terminer à l'instant ou bientôt. « Si vous tâchex d être plaisant, vous ne le serez pas; si vous tâches de l'être, vous ne Têtes pas.» Roub. A montre le sujet appliqué , travaillant à une tâche d'une assez grande étendue; de le représente exécutant un acte qui s'accomplit tout entier dans le moment.
Cette distinction conforme ou plutôt identique à celle qui est établie ci-dessus, se pourrait confirmer, s'il en était besoin , par l'observation 8ui< vante. Ces verbes ont pour synonymes tenter, lequel ne s'emploie jamais qu'avec de, et la raison en est qu'il exprime toujours un fait unique, une entreprise restreinte , d'un moment , un coup de main : on ne tenu pas de bien vivre , par exemple. Si , au contraire , tâcher a plus d'affinité pour à que ses synonymes , il le doit à ce qu'il signifie par lui-même une action qui a de la longueur et de la durée , à ce qu'il suppose une entreprise qui se prolonge. De même , si on dit avec le pronom , Ressayer à , et non ^eesaiyer de , c'est que s*eisayer indique , non pas un acte particulier à faire, mais une habitude à prendre.
Tremble y son bras t*essaU i firapper ses victimes.
VotT.
Enfin la pratique de nos écrivains les plus illustres fournit de cette règle une justification facile et concluante.
ESSAYER À et DE.
Montaigne parle de « discours qui eseaieiA d montrer la prochaine ressemblance de nous aux animaux, v « J'essaie , dit-il aussi , d corriger ce vice , mais l'arracher je ne puis. » Clitandre conjure Armande , dans les Femmes soMuUes y De ne point essayer k rappeler son cœur, a Baba-Hassan essaie à se faire aimer d'Elvire par toutes sortes de voies. » Regn. Et ces exemples donnent l'idée de toute une entreprise , non d'un fait simple , et d'une entreprise dont l'eatier accomplissement ne peut être qu'éloigné. — C'est le contraire dans les passages suivants : c £paminondas fût frappé d'un trait, et essaya de l'arracher. » MONTAIGH.
Essayons de conier la (kble (celte tsHble) avec saccés.
Laf.
a Psyché essaya inutilement d'efiacer cette noirceur avec l'onde. » In. « Télémaque essaie trois fois de bander cet arc. > F^n.