‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 62 sur 426 · CONTRAINDRE À · texte numérisé non relu

CONTRAINDRE À

«Tâchez de eonUraindire vos ennemis d vous aimer. » Boss. « U a fallu une loi pour régler l'extérieur de l'avocat et le cotitraûidre ainsi d être grave et plus respecté. > Labh.

Elle a, pour premier point.

Exigé qu'un époux ne la contraindrait poiu*

A traîner après eUe un pompeux éqaipage. Rom»

— Conif atfidre de. « Hérode fût cwiUiraiM de se donner au vainqueur, Persée de se livrer entre, les mains de Paul Emile , Maximien de se donner la mort à lui-même. » Boss. « Cerbère que je contraignis de voir la lumière. » Feu. « J'ai été contratnt de m'enAùr presque seul. » Id.

De ces trois verbes , celui qui a le plus d'affinité pour d, c'est obliger y parce que de lui-même il est propre à marquer une influence générale, abstraite, idéale, morale, en même temps que douce, modérée. Plusieurs philologues ont prétendu qu'il était essentiel à ces verbes employés au passif, c'est-àrdire au participe passé , de pren^ dre de plutôt que d. L'usage suivi par nos grands écrivains ne confirme point cette opinion, et, le (ait (tlt-il aussi certain qu'il l'est peu, il s'expliquerait par le besoin d'éviter l'hiatus de forcé d, Migé d, besoin qui est pour les poètes une n^ oessité, mais auquel dédaignent souvent de s'assujettir les plus illustres prosateurs.

SE JOUER À, SB JOUrat DE. Ces deux verbes donnent l'idée d'une entreprise ou d'une attaque contre quelqu'un qu'on devrait respecter.

5e jowr d montre daps l'éloignement et Iç

vague l'objet qui reçoit l'atteinte. C'est une expression qui signifie plutôt une tentative qu'une action proprement dite. De sorte que se jouer à quelqu'un , c'est simplement ne pas craindre de se porter son égal , de se mettre en comparaison ou en lutte arec lui; ce qui n'annonce que de la témérité ou môme de l'étourderie. Se jouer de marque, à la rigueur, une atteinte effective et directe. Se jouer de quelqu'un , c'est se moquer de lui avec intention , l'insulter , vouloir en faire son jouet , sa dupe; c'est témoigner qu'on ne Ui\ de lui aucun cas , qu'on se soucie peu de sa vengeance. Ce n'est plus seulement de l'audace et comme une familiarité inconvenante, un sanslaçon irrespectueux; c'est de l'insolence. Bossuet dit en parlant des pécheurs qui , malgré les grâces obtenues par la pénitence , reviennent toujours à leurs premiers égarements : « 0 jeu fUneste pour nous I qu'une créature impuissante ose ainsi se jouer à Dieu , et , ce qui est bien plus horrible , se jouer de Dieul C'est se jouer de Dieu, que de se jouer de ses dons. »

PRIER À DtNER, PRIER DE dINER.

Les expressions synonymiques , prùr à cUner et prier de dîner , nous montrent â et de jouant le màne rôle que dans les précédentes.

Prier à dîner laisse dans l'esprit quelque chose de vague et d'indéterminé quant au temps du dîner. Prier de diner précise bien davantage , c'est inviter à diner sur-le-champ. Or, comme on est rarement en mesure d'offrir à dîner dans le moment même , 11 s'ensuit que l'expression , prier de dîner , ne doit presque jamais être employée , et que , prier à diner , doit être une expression trèsusuelle. C'est effectivement ce qui a lieu. « Prier de dîner , dit Beauzée , est un terme de rencontre •ou d'occasion. » « Les Sybarites priaient les gens à manger un an avant le Jour du repas, pour avoir le loisir de le fidre aussi délicat qu'ils le voulaient. > Font. « Térence vhit lire l'ilfiéirienne àCéoilius. Il n'eut pas plutôt lu quelques vers que Gécilius le pria de sovper. » Dagisb. c Pria de souper est bien là, ajoute Bouhours, parce que la chose se fit sur-le-champ et par hasard , sans cérémonie et sans dessein prémîédité. > « Mme d'Elbeuf , qui demeure pour quelques jours chez le cardinal de Bouillon, me pria hier de dîner avec eux deux, pour parler die leur affliction. 9 8iv.

S'OCCUPER À, 8'OCGUPBR DE.

Soccuper à se distingue ou par im oaraetère de généralité, ou par un caractère de douceur, on par tous les deux en même temps. S^oeeuper à faire une chose , c'est en faire son occupation habituelle, y travailler de temps en temps, sans détermination précise de l'époque. « Un grand nombre de dames étaient occupées à la servir. » FÉN. « Las enlknts t'oceiipeftf à mille petits ouvrages. 9 Labe.

n vaut mieux éoùmjper k Jouer qu'à médire. Boil.

ÂTtfAXa.

Mais tout ee peuple, entemé dans ee Ura,

A qaoi#'aM»p«.|-Uf

JOA«.

U loue, il bénit Dieu. Raq.

Ou bien, ^oeevper à marque peu d'application et

n'annonce qufun trsvafl léger , ou même un amusement.

Une nuit que chacun yootapait eu semmeil. Lat. « A présent que je n'ai que des objets tristes , je m'occupe à lire des romans. » Momtesq.

S'occuper de est plus spécial; c'est, tout à U fois, penser ou chercher, seulement dans un moment précis , À faire une action bien déterminée , et y penser sérieusement. « Nous sommes (yj^pés de vous bien recevoir. » Siv. Ne le troublez point; il ^occupe de préparer son examen.

MANQUER i, MANQUER DE.

On manque à faire ce qu'on doit faire ordinairement , ce qui constitue un devoir général.

▲ eause qu'elle manque k parler Yaugelas. Uou « Je serai fidèle au roi que les dieux m'ont donné; j'aimerais mieux quil me ftt mourir que de maaquer à le défendra. » FiN. — * On manque dé &in une action préeise , unique , qu'on oublie ou qu'on omet effectivement de faire à telle époque déte^ minée. < Ne manques pas de vous trouver au radez-vous.» ACAD.

« Périandre commanda à quatre Jeunes gens de se promener par un certain chemin détourné, et de ne pas manquer à tuer l'homme qu'ils rencontreraient; lui-même ne m/onqua pas de s'y trouver à l'heure qu'il fallait. » Vin,

Autrefois , on disait oublier à et oublier de; aujourd'hui , on n'emploie plus guère que le dernier. Mais la différence qui existe entre cas deux expressions n'en subsiste pas moins, et elle est absolument la même que celle qui se trouve dans les expressions synonymiques du même genre. On OfàUe à faire des séries entières d'actions dontOD avait l'habitude : on oublie à chanter , à danser; c'est le contraire d'apprendre d. « Prions afin que les peuples oublient à faire U guerre. » Fâv. « Celi me fait presque résoudre d'ouMier tout à lait d écrire et de n'étudier jamais plus que pour moimôme. > Dbsg. On oubUe de faire une action unique et bien précise. « Tous avea oublié de venir ce mitin. J'avais ouUitf de vous dire teUe chose. » Acàn. c Je vous prie de m'excuser , j'ai oublié de donner une commission à mon valet; Je reviens tout i l'heure. » Mol. « J'oubliais de vous parler de Cornélie. » YoLT. « Il ouiblie de boire pendant tout le dîner. » Labr. — « Ou&iier d , perdre une facilité acquise; oublier de, omettre par oubli.» Hakk.

On dit également prit à et prêt de ^ et ces deux expressions , comparées l'une à l'autre , nous montrent toujours , quoiqu'il s'agisse ici d'un adjectif, les deux prépositions d et de imprimant au mot qu'elles suivent U même modification. On est prêt à faire ce qu'on est disposé à faire, sans que le temps où l'on fera et celui où l'on finira de foire soit nullement spécifié. On est prêt de faire ce qu'on est sur le point de faire , ce qu'on va faire à l'instant. Mme de Sévigné dit que , quand on apprit à la cour la m6rt de Turenne, on était prit d'aller se divertir à Fontainebleau. Aujourd'hui, au lieu de prêt de, on écrit près de. Cependant, pr^ de pourrait être conservé avec un sens propre qui participerait de celui de prêt à et de celui de près de , conformément à la valeur des deux prépositions. Il signifierait une disposition comme pr^d, mais une disposition plus décidée et plus

5TlfOKTME$ QUI ONT LE HÈR RADICAL.

jsoeha&iey qid ert instante ou prêt de se réaliser. Cest ce qui semble résulter des phrases suivantes : <II n'y aTait point de serrices que les peuples et les rois ne fussent pr^tf de rendre pour obtenir le titre de leurs alliés. » Mohtbsq.

h me tens prêt, sil mt^ de loi donner la fie. Biuo. Loin de bUmer tw plean. Je loii frâr de pleurer.

Qa*on rmeUe mon fils : qall vienne me parler. Je snte/rd de J'enlendre.

Bac. (Tliéile, dans PAà^v). •

« 021 cavalier qui se sent bien monté et bien armé cAprét de tout entreprendre. » Mal. «Condé reçoit la nouTelle de sa mort conmie un ordre du ciel, auquel il est prél d'obéir.» Bourd. a Seigneur 3 TOUS ranimâtes autrefob des os arides pour en former nue armée toute prête de combattre pour votre gloire. > Xass. «Mon père est Tprét de m'accorder , > dit une jeune fiUa dans Lafontaine; et, par ces mots y elle exprime tout à la fois que son père consent , est disposé à l'accorder , et qu'il va réaliser cette disposition.

C£ST A r<XS A, C'EST A TOUS DE.

C'est à vous de parler signifie , suivant l'Académie et tous les grammairiens qui ont examiné cette locution , c'est à vous qu'il appartient , qu'il convient de parler; et c'ext à v(ms à parler veut dire , votre tour de parler est venu.

Cette explication ne saurait être plus fausse; nous mettrons quelque soin à le démontrer.

ly abord , c^esl à vous à ne signifie pas c'est votre tour de y car on Ut dans l'Académie : « c'esl au ju^e d prononcer, c^est au juge qu'appartient le droit de prononcer,» et, «c'est à vous à voir qu'il ne lui mangue rien, vous devez veiller à ce qu'il ne lui manque rien. » Pourquoi ne pas tra* duire «es deux pluases par : c'est le tour du juge Y c'est votre tour de? Le véritable sens à donner à ces deux locutions synonymiques dépend de la valeur constante des deux prépositions det de.

Cest à voue à indique une convenance générale, absolue, essenti^e, un dcfvoir, une attribution légale ou naturelle; c'eft à wnu de, une oonTenance de fût, relative, un rôle particulier, un tour , une part, en opposition à ce qui est réservé à d'autres ou à ce que d'autres font. Cest à voua d , c'estrà^re il vous convient ou appartient eu sol y sans condition , sans rapport , sans opposition avec ee qui appartient à un autre ou à d'autres. Cest à wus de, c'est-à-dire telle cbose ayant été &ite , ou telles personnes fBiisant , ayant lait, ou devant faire telle cbose, vous, de votre côtéj ares telle chose à faire. A cet égard, l'usage impartiajemeot consulté ne peut laisser subsister Pombre d'un doute.

c Cea# ams femmes à décider des modes.» Mal. c Ceei ottf jovouls ft au» doeteun à produire leurs pensées et à s'expliquer.» Bourd. « C'est une parole digne de Caln que de dire : Ce n'est pas d mai d garder mon frère.» Boss. « 0 monde ù frsgile et insensé 1 Est-ce à toi à t'en faire aoeraire ? » Fixf . < Quant à l'éducation de votre fille , l'en à 90US à gouTemer et d rectifier ; c'est votre defotr. » SdT.

£tf-ce mue raie A garder cette lente jastice 7 Rag.

« CestUen àwnUy infime que vous Mes, A vt»^ loir faire l'homme d'importance! » Mol. « Cest au conquérant à réparer une partie des maux qu'il a bits. » MoRTBSQ. « Ce n'est pas à nous à donner à Dieu les attributs humains. » Votr. < Cest aum époux à s'assortir. » J. J. « Cesi au poète à tsua de la poésie , et au musicien à fUre de la mu« sique.» In. « En cas de partage , (tétait à Varehe^ véque à décider l'élection. » Mabm. « Est-ce à Vamour à se mêler d'un mariage de convenance r » In.

c Cest'à Dieu d'ordonner, et d nous dTobéir. • BouRD. "F&v. « Dieu seul sait le secret des mys* tare»; et c^est à nous de les rendre utiles et salutaires pour nous.» Boss. « Ces personnes s'imaginent être des âmes privilégiées; elles prétendent que c'est à elles seules de pénétrer les mystères du royaume de Dieu. » Feu. « Je vous ai donné un voyage, c'eel à vous de le placer. » Siv. «Que les impies pleurent , (fest à nous de chanter. » Rac. flc Le ciel nous oflre ici l'occasion de nous venger; c'est à nous d'en profiter. » Mol. < Comme vous devez rendre compte de votre état , c'est à i>ous dé le choisir. » Montesq. (Lettre à son fils dans laquelle il se défend de lui imposer un état). « Cesf d vous de juger, et à moi dé me taire. » Yolt. «Vous attaque-t-on sur le style, ne répondez pas ; <fest à votre ouvrage de répondre » In. « Je vous ai dit mes raisons de douter et de croire; maintenant <^est à vous de juger. » J. J. « Cest à moi de répondre à ces deux rivaux ; mais c'est à toi de dicter mes réponses. » Mark, c Demeurez, (^ett à moi de m'éloigner. » Les. « On tira au sert pour savoir en quel rang elles parleraient : ee fut à Palaticme de haranguer la première. » Laf.

Cest à vous à se dit donc d'une manière absolue; et c'est à vous de, d'une manière relative. Cest à vous à parler ou d jouer signifie , c'est votre devoir ou votre droit de parier ou de jouer, la parole ou le jeu vous appartient dans la règle. L'Académie le dit elle-même : « Dans la règle, c'est d lui à vous prévenir. » Cest à vous de par* 1er ou de jouer est , au contraire , la seule phrase qui convienne , quand il s'agit de marquer votre tour ou votre part, c'est-à-dire votre droit ou votre devoir par rapport à ce que d'autres ont dit ou fait , disent ou font , doivent dire ou faire.

lŒ SERVIR A RIEN , NE SERVIR DE RIEN.

Ne servir à rien nie que l'objet soit bon à quelque ohose , capable de recevoir aucune destination. Ne servir de rien nie qu'il soit d'aucun secours , d'aucune ressource , qu'on puisse s'en servir comme d'un instrument pour un but qu'on se propose. La première locution est plus générale et marque l'inutilité, la vanité, la futilité; la seconde est plus particulière et dénote l'inefficacité.

a Faute de savoir demander ce qu'ils ne savent pas, les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions Ineptes qui ne servent à rien. » J. J. « En Dieu une intelligence destituée de volonté , comme le conçoit Spinosa , serait une chose absurde, parce que cette intelligence ne servirait à rien. » Volt. « Les coupables furent condamnés aux travaux publics , attendu que les morts ne servent à rien. » lo. c /I ne sert à rien de craindre Dieu , si nous ne le craignons pas

PAEMlfiRE PARTIE

préfénblement à tout. » Bovbd. «Dangeau donna à Pompadour sa place de menln de Monseigneur , qui ne lui servait àrien. » S. S. « Le cochon a des parties dont il ne peut faire usage, des doigts dont tous les os sont parfaitement formés , et qui eependant ne lui servent à rien, » Buff. « La plume des moineaui ne sert à rien , et leur chair n*est pas bonne à manger. » Ib.

Mais dans les phrases suivantes ne se trouve plus que l'idée d'inutilité relative, d'inefficacité; et ce qui le prouve déjà, c'est que, au lieu que ne servir à rien se dit absolument, sans addition d'aucim déterminatif , on dit bien qu^in objet ne sert de rien à ou pour telle chose. « Un tel, discours ne servirait de rien à la bonté de cette cause. » Volt. « Les chœurs chez les Grecs ne servaient de mn à l'action. » Làh. c Cela ne sert de ri&fi à faire entendre comment Dieu connaît les choses particulières; cela, ne sert de rien pour expliquer la presciencfe divine. » Boss. « Il était jaloux à l'excès : Une me servait de rien , pour m'accommoder à sa faiblesse , de me contraindre jusqu'à n'oser envisager un homme. > Les. A une personne qui pleure la mort d'un parent , vous direz : Il ne sert de rien , et non il ne sert à rien , de pleurer; car pleurer peut servir, sinon à fiûre revivre les morts, du moins à fléchir un ennemi, à implorer un pardon, à soulager la douleur.

Ce qui fie sert à rien ne peut être employé à rien, ne vaut rien du tout; telle est la plume des moineaux , telle semble la vie à ceux qui souffrent beaucoup. Ce qui ne sert de rien n'est d'aucun secours pour un but spécial, ne vaut rien pour telle ou telle chose : tels étaient les chœurs par rapport à l'action dans la tragédie grecque, et telles sont les complaisances d'une fenune pour tranquilliser un mari jaloux.

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