AVEC
Le même caractère qui distingue à dans les locutions où nous l'avons déjà vu paraître, est propre à le différencier de avec dont il est le sy«
nonyme, quand il signifie l'instrument dont on se sert pour faire quelque chose.
On pêche à la ligne , on mesure A l'aune , on se bat à l'épée , au pistolet ; et , dans ces phrases , on emploie à pour indiquer l'instrument , parce qu'on se sert habituellement de la ligne pour pêcher , de l'aune pour mesurer , et de l'épée ou du pistolet pour se battre. Que si l'instrument qu'on fait agir n'était point généralement employé à cet usage, il faudrait préférer anee : on pêche anec un seau , on mesure aïoec une canne , on ^ bat avec une fourche. La même différence subsiste entre à et aeee , quand ils signifient la manière ou la matière dont on se sert pour faire quelque chose : on charge un fusil à balles , un canon à mitraille : et on charge un fusil avec des pois ou a»ee des lingots , un canon avec des pierres.
Du reste, il se peut qu'on choisisse de pêcher a/cec un seau , de mesurer aoec une canne , de se battre a/eec une fourche, de charger un fusil avec des lingots , etc. Néanmoins il semble que des raisons spéciales et extraordinaires ont dû obliger de faire un pareil choix.
Avec doit être préféré , non-seulement lorsque l'instrument et la matière ne sont pas généralement employés à l'usage auquel on les fût servir, mais encore quand on veut spécifier, dans le genre d'instrument et de matière généralement employés , l'espèce ou l'individu dont on se sert dans le cas particulier dont il s'agit. Nous nous battons ce soir avec des pistolets à piston ; je me suis battu avec l'épée de mon frère ; je pécherai awc ma plus longue ligne ; charger des fùsik avec des balles de fer; j'ai chargé mon fusil onee la seule balle qui me restait.
A et at>ec constituent aussi le seul élément différentiel de plusieurs locutions synonymiques, toutes destinées à marquer entre les personnes on les choses une certaine convenance , comme avoir affaire à et avec quelqu'un; une chose va bien à et amee une autre ; avotr rapport à et avec; comparer, confronter à et a^i>ec; ressembianee à et avec; aUier , mêler , joindre , untr à et af>ec; proportionner^ accommoder à et a/vec; ^accoutumer à et avec , etc. Alors le principe de distinction est toujours le même : à exprime une convenance générale , et avec une convenance spéciale. Cela résulte de la valeur relative de ces deux prépositions , comme on peut s'en convaincre par l'exemple qui suit.
AVOIR AFFAIRE À et AYBG quelqu'un. Se trouver en rapport avec lui.
ii, de ad , vers , marque tendance vers. Avec exprune simultanéité , union , récipfocité. Vous avex affaire à la personne à laquelle vous êtes obligé de vous adresser , mais de telle sorte qu'il n'y a action que de votre part, et qu'il reste entre vous et la personne une distance plus ou moins grande; elle vous est supérieure. Vous aoe$ affaire avec la personne qui a affaire avec vous, avec qui vous entrez en communauté d'affaires ou d'intérêts; elle vous est égale. Vous avef affaire à un mi* nistre dont vous voulez obtenir une grâce ou une faveur, ou bien à un homme quelconque qui est au-dessus de vous. « Ces officiers disent qu'à peine ils ont le temps de respirer ; toujours en l'air , ja-
SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL
UMB deux jonn de lepos : ils ont affain à un homme hî&a vigilant (M. de BoufOers, leur général). > SÉY. « M. de SchouTalof ne me répond pas; il y a bien plus de plaisir à anoir affaire à Votre Haiestè (l'impératrice de Russie) ; elledaigne écrire. « Yolt. ailvoAt-nous affaire à un Dieu f{ai puisse être surpris?» Bodro. cLe misérable est contiaiot de poursuivre une dette comme s'il poursuivait une grâce, parce que c'est à un grand qu'il a affairt. » Id. Yous anet affaire avec votre associé ou même avec plus petit que vous. « Il n'j a lîen de si bon que d'oootr affaire acec des confédérés pour avoir toutes sortes d'avantages.» Sir, K Jfes anges ont terriblement affaire amec leur créature. » Yolt. « Yoilà une alfaire bien malheureuse : elle doit apprendre à toute la noblesse à n'avoir jamais affavte ooee des usuriers , et à ne jamais connaître Mme de la Ressource. » lo.
Acee désigne donc un rapport tout à la fois plus précis et plus étroit; plus précis, car, au lieu de n'avoir égard qu'à un seul terme, la personne qui est le sujet, il représente les deux termes comme se mêlant , se pénétrant, agissant l'un sur l'autre; plus étroit, car il exprime non pas une accession , un rapprochement , une relation , une affinité, une tendaitce, mais une coexistence, une coïncidence , une conjonction , union ou connexion des deux personnes ou des deux choses. Une chose co bien d un objet principal , auquel elle sert d'accessoire, par exemple, une garniture à une robe : rapport partiel, incomplet, éloigné , d'une seule part Deux choses vont bien l'une Œcec l'autre, quand eUes se correspondent, quand elles sont faites l'une pour l'autre , quand elles forment ensemble un tout convenable : rapport complet, réciproque, qui ne laisse plus de distance entre les deux termes et les montre en quelque sorte fondus l'un dans l'autre.
Une autre raison doit laire attribuer à d un caractère de généralité et à aoec un caractère de spécialité. Les verbes insuliet^ satisfaire ^ suppléer , quand ils prennent à devant leur régime , se disent plutdt des choses que des personnes, et c'est pourquoi ils expriment quelque chose de plus vague, de moins spécial, de moins remarquable. Or , d , dans le sens où nous considérons ici cette préposition relativement à a/oec s'emploie plus volontiers en parlant des choses, tandis qu'ocee se dit plutôt à l'égard des personnes. On s^accoutume au travail , et avec un maître impatient ; on accommode ses paroles à la circonstance , et une personne avec son ennemi ; on allie l'argent au cuivre, et sa famille avec une autre par un mariage.
De toute façon, donc, à doit donner l'idée d'une convenance générale , et avec celle d'une convenance spéciale. Distinction qui demande à être développée et appliquée , car elle n'est pas simple , elle implique deux vues de l'esprit , suivant I^ deux sens attachés aux mots général et spécial. A indique une convenance générale ^ c*estrà-dire vague , peu ou point précise , déterminée, définie; et il indique une convenance générale ^ c'est-à-dire ordinaire, naturelle, à laqvuûHe On s'attend bien. Au contraire, avec exprime une convenance spéciale , qui n'a lieu
que sons tels rapports ptrtieolien, circbntorits et décrits, et spéciale encore, à cet autre titre, qu'elle se fait remarquer par sa rareté , ou par la difficulté de l'établir ou de la concevoir, ou par la force avec laquelle on y insiste.
RAPPORT i, RAPPORT AYEG. Une chose a rapport à ou oom une autre, quand elle ne lui est pas étrangère, qu'elle y tient, qu'elle s'en rapproche par quelque côté.
Avoir rapport à est vague, peu précis; il ne montre pas les deux termes en présence , mais à distance l'un de l'autre; il signifie donc un rapport étendu , lâche , peu étroit : avoir rapport avec est précis et déterminé; il convient pour un rapport bien marqué, exprès, sur lequel on insiste. Ce qui a rapport à nous , nous regarde ; ce qui a rapport avec nous , nous touche particulièrement, c Le commun des hommes doit être dans une ignorance très-grossière à l'égard même des choses qui ont quelque rapport à eux... ; et ils sont dans un aveuglement inconcevable à l'égard de toutes les vérités abstraites, et qui n'ont point de rapport sensible avec eux. » Mal.
'De plus, les rapports des choses qui ont rop* port l'une à l'autre sont ordinaires, communs, paraissent au premier coup d'oeil, n'ont rien de frappant et ne demandent aucun effort pour être aperçus; c'est tout le contraire pou^ ceux des choses qui ont rapport l'une avec l'autre. « Quelque rapport qu'il paraisse de la jalousie d l'émulation , il y a entre elles le même éloignement que celui qui se trouve entre le vice et la vertu. » Laba. « Nous n'approuvons les autres que par les rapports que nous sentons qu'ils ont avec nous-mêmes. > In. — « Concevoir le mode et en même temps le rapport qu'il a d la substance. » P. R. « Il y a dans votre situation des rapports frappants avec celle d'une autre personne. » J. J. L'homme qui se contente d'une première vue , qui n'analyse ni n'approfondit , aperçoit en gros et décrit de même les rapports généraux que les choses ont les unes aux autres , rapports peu dé* terminés , peu caractérisés. L'homme qui examine , réfléchit et se rend compte de ce qu'il voit, découvre et expose aux autres avec netteté et d'une manière bien arrêtée les rapports que les choses ont les unes avec les autres.