PREMIÈRE PARTIE
D^m antre eOté, cts deux expressions iio&t encore à un autre titre, la première générale , la seconde spéciale. Comparer à se dit en parlant d'une comparaison ordinaire , ou de l'action de comparer comme elle se fait à l'ordinaire , c'està-dire sans attention , sans application , sans efforts et sans soin remarquables. C'est une comparaison de première vue , souvent sans exactitude , peu rigoureuse , par laquelle on rapporte une chose à une autre. Mais comparer a^e donne ridée de l'examen détaillé des choses comparées et de leur opposition, point par point; c'est une comparaison réfléchie, expresse, par latjuelle on va d'un objet à un autre , puis de celui-ci au premier , de manière à les ramener sous un seul regard. Il suffit d'ouvrir les yeux, pour que la comparaison des œuvres de la nature aux ouvrages de l'homme fasse reconnaître Dieu. Cest en comparant les ims avec les autres les phénomènes physiques , que l'on parvient à découvrir les lois de la nature. « La plaisante comparaison ^ lui dis-je , des choses du monde à celles de la conscience I » Pasc. « Pour comprendre ce qu'çst son corps , Il &ut que l'homme le compare avec tout ce qui est au-dessus de lui et tout ce qui est au-dessous , afin de reconnattre ses justes bornes. » Id. Les poètes , les hommes d'esprit , les esprits superficiels comparerU les choses les unes aux autres ; les savants et les philosophes les comparent les unes avec les autres. Pour terminer la question de la supériorité littéraire d'un siècle sur un autre, « 11 ne fkut pas, dit Labruyère, se borner à comparer un firôid écrivain de l'un aux plus célèbres de l'autre.» Suivant Condillac, c se faire une idée d'une grandeur, c'est la comparer OMC d'autres qu'on observe , et Juger qu'elle en diffère plus ou moins. »— Après confirontery on emploiera plutôt avec que à , parce que la confirontation est toujours une opération réfléchie , entreprise à dessein , et faite avec quelque soin.
RESSEMBLANCE A et AVEC.
Une chose a quelque ressembUmee^ ou n'a que peu de rettemblance à une autre. «Les pétales de l'asphodèle ont quelque restemblanee à des fers de piques. » J. J. « Qui en voudra croire Pline et Hérodote , il y a des espèces (f hommes qui ont fort peu de retsemblance à la nôtre. * Moiïtaior. Ou bien à sert à marquer une ressemblance apparente, facile à apercevoir, qu'on saisit sans efi'ort , qui frappe à la première vue. Avec annonce dans tous les cas une ressemblance plus forte, plus expressément marquée , à laquelle on ne s'attend pas , qu'on ne peut percevoir qu'avec peine et sur laquelle on insiste davantage.
ALLIER, MÊLER, JOINDRE, UNIR, PROPOR- TIONNER, ACCOMMODER A OU AYEC.
En employant à vous exprimez l'action de produire une convenance ordinaire , apparente , facile , entre choses qui la comportent naturellement ; et de plus , cette convenance est peu étroite , c'est plutôt un simple rapprochement qu'une ftision. Mais vous préférerez avec, s'il s'agit d'une convenance qu'on n'établit qu'avec effort, parce qu'elle suppose une sorte de résistance de la part des deux termes , qui a Ueu de surprendre , ou sur laquelle vous voulez insister particulièrement, ou i^il s^ar
git d'une convenance qui est plus qu'une analogie naturelle , qui est , sinon toujours plus intinae en effet , au moins rendue plus saillante et plus fortement marquée. On aUie la force à la prudence , le courage à la vertu , les maximes de l'Evangile à celles des stoïciens. « On voit la sécurité , la vertu s'alWer , dans son chaste regard, à la douleur et d la sensibilité. » J. 1. Hais on allie les plaisirs OMC les devoirs , les maximes de l'Évangile avec celles du monde; il est difficile d'c«ier le vice avec la vertu. « J'admirais comment tant de marches obliques pouvaient s'aliter avec la droiture. » J, J. Pareillement, vous vous cklliex à une famille dont la condition est en rapport avec la vôtre : vous vous àlliex avec une famille dont vous étiez éloigné par votre état ou votre fortune.— D'autres fois, avec indique une convenance plus intime , et pour un cas plus particulier : une puissance Rallie à une autre poar le commerce , pour un système de douanes «pour les rapports ordinaires qui regardent le droit des gens , et avec une autre avec laquelle elle s'unit étroitement pour combattre de concert tm ennemi commun. D'un côté , il y a seulement accession , tendance d'un terme vers un autre qui reste toujours un peu dans Téloignement ; et d'autre part, il y a rapprochement réciproque et comme fusion des deux termes : on s*allie à une fiimille en Ralliant anec une femme.
On distinguera de même , mikr , joindre , imtr à , de mêler , Joindre , unir avec. « On a toujours été dans l'usage de mékr le chant au plaisir de la table. » Barth. « Rien n'est s! rare que de mêler la charité avec la vérité. » Mass. — « Joindre le crime de la haine d celui de la médisance. • Boss. «Les hommes veulent que noua leur &ssions un Evangile commode qui joigne le monde avec J. G. s In. — « Notre roi unU toujours la bonté d toutes les autres qualités que nous admirons en lui. » Boss. & Par un mélange étonnant, la cour veut toujours tmtr les plaisirs avec les affaires. » In.
Malebranche parle de la légèreté « avec laquelle l'esprit considère les objets qui sont proportionnés à sa capacité : » proportion générale; et le même écrivain dit que c ceux qui s'appliquent à trop de sciences à la fois ont une manière d'étudier qui n'est pas proporltann^c arec la capacité de leur esprit : » proportion ou plutôt défaut de proportion spéciale. — Ensuite , oq a moins de jf^ilité et on met plus de soin à proportionner , tout comme à accommoder aivec , qu'à proportionner et à accommoder d, et presque toujours la convenance établie dans le premier cas est plus intime , en même temps que plus extraordinaire, a Cette manière d'expliquer la création est accommodée d notre manière de concevoir les choses. » Mal. c Nous sommes comme surpris de voir que les phénomènes des corps célestes s*aecommodent parfaitement avec ce qu'on vient de dire. » In. « Il s'est trouvé des princes et des rois astronomes. La grandeur des astres semblait t^accommoder o/cee la grandeur de leur dignité. » In.
Même différence entre ajuster à et ajuster wcec. « On retranche de la loi de Dieu , on y ijoute , on
SYNONYMES QUI ONT LB MÊME RADICAL
fBjwsie à Phumeur , à l'Age , à l'état. » Mass. « Rejeter tout ce qui ne i'afutte pas è la loi de Dieu. s Id. «Mais celle réputation de yaleur, eorame&t Vetjtufer avec U douceur et l'humilité chrétieime? » lu. « Un prédicateur détourne insensiblement la matière pour ajuster son style CMKC son sermon. ^ Fis,
On Ke ou on «wcse ses idées les unes aud? autres en Tertu de rapports accidentels , Tari&bles , qui se présentent d'eux-mêmes à l'esprit; on les Ite, ou on les aisocie les unes avec les autres en ▼ertu de rapports constants et que l'esprit ne décourre qu'avec effort , qu'après les avoir cherchés.
ncCOOTUlCBR A et AYBC.
S'acanOumer à est général et se dit d'une aocoutumance qui regarde tout un genre d'actions à taire ou de maux i supporter. !?acc(mtumer arec est spécial et n'a rapport qu'à un objet avec lequel on se ftmiliaixse; c'est pourquoi on dit plutdl s'aeeouhsmer aoec les personnes. Mais en outre, on f'acwtffttme à ce qui ne cause pas trop de répugnance d'abord; et on tfaccour tume avec ce qui était d'abord antipathique, anc ce qui offrait une sorte de résistance et demandait des efforts pour qu'on s^f fit. « J'admire comme on sTaecoiifiiifie (xmx maux et aux incommodités. 9 Sftv. c Les maux les plus pénibles qu'on voit venir de loin nous accoutumée peu à peu ai?ec eux. » Fén. — On dit plutôt acemUvmer et s'accoutumer d, et, an contraire, appriwMer et ^apprivoiser «race. La raison en est toute simple. Par eux-mêmes ces deux verbes supposent, l'un, savoir accoutumer, un médiocre éloignement pour la chose ou U personne dont on se rapproche, et l'autre, savoir apprivoiser, une grande aversion , et par conséquent une grande difficulté à sympathiser avec cette chose ou cette personne. Cependant on trouve quelquefois avec k la suite dTacooufumer, et d se met aussi quelquefois à la suite d'oppriiwûer : c'est , d'une part , quand occoi^mer a un sens bien voisin de celui d'appricoiser, et, d'autre part, quand cpprwoi- $er ne signiûe guère plus qu'aceoufumer. « il faut t^appriwiser au risque même pour apprendre à D£ pas ^en troubler. » J. J. « On apprivoUera le public d cette union des Alberti de Florence avec ceux desquels vous descendez, s F^n.
La diSërence entre d et avec est sensiblement analogue à la précédente dans à peine et avec peine, A ptxM . latin vis , est une locution absolue et trèsgénérale , dans laquelle ridée de petne s'est tellement afialblie et idéalisée , qu'il n'en rsste point de trace. A peine signifie presque pas , ou presque pas encore : cela est d petne esquissé, à peine le soleil est-ii levé. Mus avec peine , en latin âBgrè , est une expression spécificative dans laquelle le mot peme conserve toute sa valeur originelle. Arec peine , c'est-à-dire avec fatigue , douleur ou souffrance : enfanter avec peine , séparer des combattants ou repousser des ennemis avec peine , voir, sacrifier, accorder ou céder quelque chose owc pe^fie. « Mme de Sévigné écrit sans effort ces bagatelles , mieux que Voiture ne les écrivait ûcec peme. » Volt. — Toutefois on emploie aussi à peûM dans le sens de difficilement : à peine vnit-en à se conduire. Vais alors même cette lo*
eution rappelle très-falblemeal lidéa de petat, reproduite à la rigueur par avec peine. A peine , c'est-Mire difficilement, relativement aux objets et aux obstacles qui en naissent; avec peine, c'est-à-dire avec douleur ou souffrance du sujet, selon la signification essentiellement subjective de peine. On peut à peine marcher dans un mauvais chemin; on marche avec peine, quand on ne marche pas sans peine, sans eflbrt, sans iàtigus et douleur , et ce peut être par faiblesse ou parce qu'on a les jambes mauvaises.