VA, VERS
Que la préposition à ait pour caractère ordinaire la généralité, le vague et l'indétermination, c'est ce que démontre tout ce qui a été dit jusqu'ici dans ce chapitre. Toutefois , ce caractère ne lui convient que quand, élevée au plus haut degré de l'abstraction , elle s'emploie comme une sorte d'auxiliaire à la suite des verbes et des adjectifs qu'elle joint à leur )régime. Hors de là , considérée quant à sa valeur originelle et relativement au rapport qu'elle exprime proprement , elle a un sens précis , et c'est par cette précision même qu'elle se distingue d'autres prépositions, de vers, par exemple.
A et vers servent également à distinguer l'endroit où est une chose ou bien où aboutit une action ; mais vers ne le désigne qu'à peu près. Cette étoile est située vers le nord signifie qu'elle est plutôt dans cette partie du ciel que dans une autre , qu'elle est aux environs du nord. Quand on dit qu'elle est située au nord , le nord est considéré , non plus comme une grande division du ciel, mais comme un point fixe tout près duquel est l'étoile en question. Viens vers moi , veut dire seulement viens de mon côté , et ne va pas d'un autre, approche-toi de moi. Viens d moi, indique la personne qui parle comme un terme ou un point précis sur lequel elle commande de se diriger.
Tes deux prépositions appliquées au temps difièrentde même. Les historiens font remonter sa naissance vers Tannée 1500, c'est-àrdire à peu près d cette année , environ l'année 1500 , conome on disait autrefois. A notre heure dernière, indique un moment trop court et trop bien déterminé pour qu'on puisse y substituer , dans aucun cas , vers notre heure dernière.
A, ad y indique le point, mais le point fixe, précis , circonscrit , où l'on tend. Vers , de venus , tourné du côté de , ou simplement du côté de , exprime plutôt la situation où le côté par rapport à jin autre ou à d'autres côtés qu'il exclut : ce qui est vers l'orient n'est point du côté de l'occident, du midi ni du nord, sans ^ plus de détermination. C'est pourquoi vers s'emploie particulièrement bien quand il s'agit d'un lieu qui , dans l'usage ordinaire , est opposé à d'autres -. vers l'orient, vers l'occident, etc.; voyez ce passage dans tel livre , vers le commencement « vert le milieu. Vers contient toijy ours cette idée d'opposition à d'autres côtés ou à d'autres directions , et d, jamais; celui ci est absolu. Un médecin ou un marchand, en concurrence avec d'autres, dira : Venez vers moi. Mais on dira à un hoomie qui n'a de secours à attendre d'aucune part : Venez à moi; ce qui ne supposera pas , comiQâ
SYNONYMES QUI ONT LR MÊME RADICAL
dans le cas précédent, la. défense d'aller d'autre cdté. Un yaisseau se dirige verf Torient , parce qu'ainsi il arriyera plus tôt an terme de sa course que s'il allait vers Toccident ^ etc. On se dirige à un lien , par des raisons tirées du terme luimême : nn Taissean va au nord , l'autre au midi , parce qu'ils espèrent tirer de plus grands avantages de leur commerce , l'un avec le nord , l'autre avec le midi. On lève les yeux ou les mains vers le ciel toutes les fob qu'on a quelque raison pour ne pas les abaisser vers la terre ; on lève les yeux on les mains au ciel pour implorer l'assistance de Dieu, pour adresser au ciel quelque prière. Après avoir considéré les divers éléments , pour en tirer des preuves de l'existence de Dieu , Fénelon continue en disant : « 11 est temps de lever nos yeux vers le ciel. « « Tout près de là était un homme qui, élevant les yeux au ciel, disait : Dieu bénisse les projets de nos ministres! » MoNTBSQ. c Que de voix plaintives s'élèvent au ciel contre ces hommes ! » Mass.
La distance est si grande entre à et vers dans d la fin et vers la fin , qu'on peut mettre entre deux une autre préposition, sur : sur la fin. Quand on est d la fin de quelque chose, on a fini , on n'a plus rien à faire *, quand on est vers la fin , on est déjà loin du commencement , on a même passé le milieu , mais rien de plus ; quand on est sur la fin , ou va finir , on voit le terme tout près de sol , on y touche , on est presque dessus. Une discussion s'élève vers la fin d'un repas; c'est une vive querelle sur la fin du repas ; et , d la fin du repas c'est une rixe , on sort de t^le pour se battre. « Elle me prie à la fin de son billet de lui renvoyer ce livre , » J. 7. , implique qu'après cette prière le billet ne contient plus rien. < J'avais fait, vers la fin de l'j^mtte , une sortie contre cette cruauté , » J. J. , indique seulement que cette sortie se trouve dans la dernière partie de l'ourrage , et non pas dans la première ni dans celle du milieu. « Vous me reprochez de n'avoir pas fait changer de système à WoZmar sur la fin du roman , * 7. J. , c'est-àdire au moment ou sur le point de le finir , quand le roman approche du terme. — D'ailleurs sur a cela de particulier , qu'il désigne , non pas la situation comme les deux autres, mais l'approximaUon ou l'action d'approcher : il n'est applicable qu'aux choses qui se font et non aux choses qui sont. Ainsi on ne dit pas sur le milieu d'un champ ou du ciel , comme on dit au milieu ou vers le milieu d'un champ ou du ciel, il la fin ou vers la, fin d'un livre se trouve telle cliose; sur la fin d'un livre , l'auteur fait telle chose , l'action change ou se modifie de telle manière. Il est sur son départ, et non à ou vers, son départ, parce qu'il s'agit ici d'une action pure et non d'une chose.
«• DE et AVEC, DE et POITJl, DE et SVK.
Comparativement l'une à l'autre , les deux prépositions d et de sont , celle-ci plus déterminative, celle-là plus générale. Mais à l'égard des prépositions spécificatives proprement dites , c'està-dire de toutes les autres, elles ont un sens paiement vague et indéfini. Ainsi , d et de sont dans le même rapport relativement à par; et
la même différence trouvée entre d et avec, entre d et ipeur , entre d et «ur , se retrouve entre de et avec , entre de et Tp(mr , entre de et sur. Quelques exemples suffiront pour le démontrer.
De et a/wc , comme d et a^oec , désignent également l'instrument ou la matière dont on se sert pour faire quelque chose. Frapper du pied ou avec le pied , lancer de la main ou avec la main , payer de ses deniers ou avec ses deniers , combler un fossé de pierres ou ofoee des pierres. De est pour l'ordinaire, l'habituel; avec, pour les cas particuliers, singuliers, remarquables : on frappe du pied la terre , et acec le pied un objet qu'on rencontre, une bète venimeuse, le haut d'une chaise ou d'une table-, on comble uh fossé de pierres, de décombres, et quelquefois, pendant la guerre , on comble les fossés acee des cadavres. Ou bien encore on se sert d'ooec pour spécifier , dans le genre d'instrument et de matière généralement employés, l'espèce ou l'individu qu'on emploie dans un cas particulier, c S'il avait eu une fronde , le sauvage lancerait-il de la main une pierre avec tant de roideur f » J, J. Nous lançons mieux des pierres aiTecla main droite qnooec la main gauche. On paye de ses deniers , et avec les premiers deniers de sa recette. On distingue les choses les unes de« autres , conune on les compare les unes aux autres , sans grand effort, sans attention, sans difficulté, à première vue ; et on les distingue les unes d'avec les autres expressément , en démêlant , en déterminant , en marquant fortement leurs traits caractéristiques; c'est la différence de l'homme qui voit et représente aux autres ses perceptions , à l'honmie qui regarde et rend compte aux antres de ses observations. •
D'un autre côté, de et pewTy dans moyen de parvenir et moyen pcwr parvenir , sont entre eux comme d et pour , dans les expressions synonymiques ci-dessus examinées. Vous direz d'une manière toute générale : il ne néglige aucun moyen de parvenir ; et d'une manièit particulière : c'est là un excellent moyen pour parvenir. On trouve im moyen de parvenir, on cherche un moyen pour parvenir. Les mêmes nuances peuvent servir à distinguer occasion de et occasion pour , soin de et soin pour : le soin que prennent tous les peintres de placer leurs tableaux dans un jour avantageux ne contribue pas peu à les faire valoir; Gicéron propose , à l'imitation de l'historien , pour la disposition des faits , « le soin qu'un homme de bon godt prend pour placer de bons tableaux dans un jour avantageux. » FÂir.
En conversation on parle, on discourt de choses et d'autres , de nouvelles , de modes , de voyages : un orateur parle , discourt , sur tel ou tel sujet, un savant sur des matières plus ou moins difficiles. Faire un traité d'horticulture et un traité sur la culture du dahlia. « Tous ceux qui se sont mêlés d'écrire ou de la religion ou de la philosophie se sont servis d'Homère et de ses ' livres.» Montaion. Pour bien écrire eur la religion et sur la philosophie, il faut de longues études, une rare application et comme une vocation particulière. — Une assemblée est instituée pour délibérer de tellei ou telles choses, ou elle déli-
niV. FBÂHÇ.
PREHIEILE PÀRTIK ;
bère de telles oa telles choses d'ordinaire , suivaDt le cours naturel des affaires; elle délibère twr une chose dans un cas particulier , ou sur une chose qu'on spécifie ou qui est remarquable sous quelque rapport, imprévue, importante, capable de causer de longs débats. •— On félicite quelqu'un d'avantages communs, qui lui sont advenus , qui n'ont pas dépendu de son mérite propre , et, par exemple, (fun changement de fortune par suite de succession (Lbs.). <t. Je vous félicite du plaisir que vous avez eu de faire le voyage avec H. le comte d'Egmont. » Montesq. On félioite quelqu'un sur ses qualités , sur ses talents et sur ce qu'ils lui ont valu ou attiré d'heureux , sur le succès de ses travaux (Fén.) , de ses sermons (Lbs.), sur son goût (Volt.), sur l'agrément et sur la politesse de son langage (Labr.). -— CongrcUuUf s'employait aussi autrefois de la même manière , c'est-à-dire avec de dans les cas ordinaires, qui ne méritaient pas qu'on insistât, lorsqu'il s'agissait d'un pur bonheur. « Quand on îongriUuiiaii Tite d'une conquête si glorieuse (celle de la Judée) : Non, non, disait-il, ce n'est pas moi qui ai dompté les Juifs ; je n'ai fait que prêter mon bras à Dieu , qui était irrité contre eux. 9 Boss. Hais eongra^ler sur était une expression de choix , réservée pour les cas où il fallait louer la personne elle-même , ses mérites ou son habileté. « Un flatteur cmgra/tuU Théodème 9ur un discours qu'il n'a point entendu , et dont personne n'a pu encore lui rendre compte. » Labr.