‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 74 sur 426 · POUH et AFIN y ÀVBC et PAR · texte numérisé non relu

POUH et AFIN y ÀVBC et PAR

Quand d et de sont synonymes , on peut aisément réduire chacun & son rôle précis et vé« r^^ble en mettant entre eux l'opposition de la généralité à la spécialité. Il en est de même quand d et de se trouvent synonymes , chacun de son côté, des prépositions spécificatives , par^ avec , pour , eto. ; le caractère de la généralité convient aux premières , et aux dernières celui de la spécialité. Hais Uy a plus: les prépositions epécificatives sont-elles elles-mêmes synonymes entre elles, alors leur différence se trouve encore dans cette même opposition : l'une des deux prépositions est plus générale , l'autre plus spéciale. De sorte qu'on peut établir d'une manière presque absolue la règle suivante pour la distinction des prépositions à qui il arrive d'exprimer le même rapport , c'est-à-dire d'être synonymes , c'est que l'une d'elles est pour les cas ordinaires, habituels, communs , l'autre pour les cas extraordinaires , particuliers , remarquables. Après tous les détaib donnés dans ce chapitre et dans les trois qui précèdent, il suffira d'apporter senlement deux exemples pour confirmer cette théorie.

POUR et AFIN signifient l'un et Vautre qu'on fiait une chose ou qu'une chose est faite en vue d'une autre.

En ce sens , pour est , par rapport à à , l'expression spéciale, particulière, remarquable : travailler à s'instruire , travailler pour s'instruire. Hais il devient à son tour l'expression générale, ordinaire , vague, par rapport à afin : trawiiUer ptmr s'instruire , trawniUer afkik de s^instruire. U

marque une to, une intention, moins partictH lière pour l'individu ou pour la circonstance. Toutes les femmes se parent pour aller au bal ; mais , parmi elles , il y en a quelques-unes qui se parent afin de faire des conquêtes. Vous mangez pour vivre , et dans la maladi| vous mangez de préférence de certains aliments afin de rétablir votre santé.— Et i^on-seulement pour exprime plus vaguement ^ plus faiblement l'intention , miais encore il semble être tout ol^ectif et n'avoir rapport qu'au résultat qu'on a en vue de produire ; il pourrait être remplacé par, d V effet de; undis que afin , tout subjectif, annonce expressément le dessein d'arriver à un certain but et se traduirait plutôt par, en vue de. On dit faire ses efibrts, ou s'efforcer pour , quand on ne considère que l'effet qu'on s'efforce de produire, et faire des efforts afin , quand on a surtout égard au dessein , à l'intention , au désir qu'on a d'atteindre un but Hais plus on Ikit d'efforts afin de le bannir, Plus j'en veux employer à le mieux retenir. HoL. (Orgon parlant de Tarture). Dans sa démonstration de Y Existence de Dieu ^ Fénelon , voulant montrer que tout dans l'univers manifeste un dessein , un plan , une intention , dit de chaque chose , elle est arrangée de telle et telle façon, afin que,.. On dira au contraire, pour faire telle chose , il faut , il est nécessaire , il suffit que... , parce qu'alors on considère surtout la pos^ sibilité et la facilité du résultat indépendamment de l'intention où l'on est de produire. Ainsi , o/ln signifie une intention particulière, ou particulièrement l'intention. }1 signifie une fin particulière , une fin qui n'est pas celle qu'a tout le monde en faisant la chose , une fin à soi , secrète , fine , peu commune, détournée, éloignée, en un mot, qui se distingue des fins ordinaires. « Le marchand fait des montres pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire : il a le cati et les faux jours, afin d'en cacher les défauts et qu'elle paraisse bonne ; il la surfait pour la vendre plus cher qu'elle ne vaut; il a des marques fausses et mystérieuses , afin qu'on croie n'en donner que son prix. » Labr. « Nous nous étions hâtés de venir attaquer Saleote pour nous défaire du plus faible de nos ennemis , afin de retourner ensuite nos armes contre cet ennemi plus puissant. * vàv,

AVEC et PAR expriment le rapport de l'instrument ou du moyen employé pour parvenir au but proposé , avec l'agent qui emploie cet instrument ou ce moyen.

Hais avec est l'expression spéciale, et partant il désigne un rapport plus étroit, plus immédiat, un instnunent précis, réel, physique; par est l'expression générale , ce qui fait qu'il aignifie un rapport plus indirect ou plus éloigné , un moyen abstrait, idéal. Blair {Rhétorique , 3* partie , lecture X) , à qui nous empruntons cette distinction, la développe et la justifie de la manière suivante : « On tue Un honune avec une épée, il meurt par violence; un criminel est garrotté a^oee une corde par le bourreau. On trouve , dans un passage de V Histoire df Ecosse, par Robertson, un exemple sensible de la différence qui existe entre ces deux j particules. Un ancien monarque écossais demani dait à ses nobles, par quel droit ils poes^daient

SYNONYMES HUl ONT LE MEME RADICAL.*

leurs terres ; les nobles se levèrent , et tirant leurs épées: «C'est par elles, s'écrièrent-ils, que noua les SYons acquises , c'est acee elles que nous les défendrons. » Par elles indique que leur épée fut un des moyens par lesquels ils acquirent leurs terr^ , lorsqu'ils employèrent la force pour s'en rendre les maîtres, et acec elles signifie que leur èpèe est l'instrument direct et immédiat qu'ils sont prêts à employer pour les défendre.

lO* CONTEE. — COUTRB et À, COSTIŒ et SUBy ETC.

A et de sont les seules prépositions dont nous ayons longuement détenniné la valeur en les considérant, dans des chapitres distincts, à la suite de verbes qui s'emploient aussi sans préposition. Exemples : prétendre, toucher, suppléer, croire quelque chose; prétendre, toucher, supplëeT, croire à quelque chose : désirer, espérer, préférer faire une chose et de faire une chose , hériter une chose et d'une chose , traiter un sujet et d'un sujet. On pourrait faire le même travail sur d'autres prépositions , sur contre , par exemple : on dit également combattre quelqu'un ou quelque chose , et combattre contre quelqu'un ou quelque chose. Après quoi , le sens de la préposition étant bien constaté , il serait facile de la distinguer soit de d et de de, soit de celles des pr^sitions qui sont spécificatives. Ainsi on apercevrait plus aisément la différence d'attenter contre par rapport à attenter d et à attenter sur, celle d'entreprendre contre par ra^pport à entreprendre sur, et ainsi des autres exemples, s'il y en a.

COMBATTRE quelqu'un ou quelque chose, GOMBATTRE CONTEE quelqu'un ou quelque chose.

Contre marque opposition : combattre contre se doit donc dire, quand il s'agit d'exprimer une opposition forte, extraordinaire, acharnée, la lutte d'un homme qui combat le sachant et le voulant, d'une manière ouverte et déclarée, qui ne craint pas de s'élever et de se porter contre. Cette expression dénote naturellement de la part du sujet une grande hardiesse ou de l'audace , et de la part de la personne ou de la chose combattue une grande résistance et la difficulté de la vaincre. Les Titans combattirent contre Jupiter, a Suivant les traditions de l'antiquité, les premiers héros com^o^ltrent contre les lions et contre les sangliers avec des massues. 9 Volt. « Par ces flèches tu seras invincible , conune je l'ai été, dit Hercule à Philoctète, et aucun mortel n'osera combattre contre toi. » Fér. c Semblable à un rocher €on<r; lequel les vents combattent en vain , Philoclès demeurait immobile, s In. c Conibattre contre un plus puissant que soi. 9 Mal.

ATTENTER A , ATTENTER SUR , ATTENTER CONTRE. Commettre un attentat.

A est une préposition générale, indéterminée, rague ; au lieu que sur et contre sont des prépositions spécificatives. Attenter à sera donc l'expression générale , affaiblie , idéale , abstraite : attenter à l'honneur, à la probité, à la pudeur, à la liberté, mais non pas attenter à une personne. D'autant que , suivant l'étymologie de la prépositmi, attenter à doit désigner une tentative avec an plus ou moins grand éloignement du but. At- . ttskf d la vie de quelqu'un représente l'attentat

sous le poîntMe vue moral , comme une violation; attenter sur ou contre la vie de quelqu'un signifie physiquement et rigoureusement porter la main , sur lui, ou du moins c'est le sens propre d'o^ tenter sur, et, de son côté, attenter contre se distingue par un caractère tout particulier. ^ On attente sur et contre les personnes; et qoand on attenu sur et contre les choses, eeU •'entend d'une manière plutôt physique et réelle qne m»rale et abstraite.

Voici maintenant la différence d'ottcnler sur et d'attenter contre. Attenter sur, prendre sur, empiéter sur, est d'un usurpateur, d'un homme injuste ; attenter contre , s'élever et marcher contre , sans crainte ou sans respect , est d'un audacieux ou d'un sacrilège. On attenU proprement sur les droits, c Attenter sur la bourse du prochain. » Les.

Amour m'a fidt défense Xy attenter tut des jours qui sont en sa puissance.

(Psyché.) Lâv.

oc Ozia^ attenta sur les droits sacrés du sacerdoce.» Boss. On attente proprement contre ce qu'il y a de plus élevé et de plus vénérable, et cette expression donne l'idée de marcher contre, ouvertement, hardiment, malgré les obs- • tacles , l'opposition ou le caractère d'inviolabilité. • Attenter contre l'État^ contre son roi, contre Dieu, s Boss. « Richelieu fit accuser les conspirateurs de vouloir attenter contre le roi même. » Volt. « Si un prêtre osait parmi nous attenter quelque chose de semblable à l'action de Joad contre les personnes du sang royal , il serait condamné au dernier supplice. » Id. c Ceux qui s'emparaient des droits régaliens voulurent épouvanter par le supplice de la roue quiconque oserait at^ tenter contre eux.» In. « Garde-toi bien, dit l'Amour à Psyché , d'attenter contre ta vie I » Laf.

ENTREPRENDRE SUR, et ENTREPRENDRE CONTRE diffèrent absolument comme attenter sur et attenter contre»

Entreprendre sur exprime une simple usurpation ; c'est , sans aucun titre et violemment , s'arroger un droit ou une autorité. « En jugeant du prochain nous attentons sur l'autorité de Dieu , nous entreprenons sur ses droits , nous nous donnons ou nous prétendons nous donner un pouvoir qu'il s'est réservé, et qui lui est propre.» BooHD. oc L'adultère entreprend sur la femme de son prochain sans autre titre que sa convoitise. » Boss. c Chez les Grecs l'homme civil n'était autre chose qu'un bon citoyen qui se laisse conduire par les lois , et conspire avec elles au bien public sans rien entreprendre sur personne. » In. i^ntreprendre contre se dit en parlant d'une entreprife ou d'une usurpation indigne , audacieuse , insolente. « La puissance des démons les rend superbes et audacieux : ils entreprennent contre le fils de Dieu même; peut-on voir une audace plus emportée? » Boss. « L'homme , ver de terre , croit que le presser tant soit peu du pied , c'est un attentat énorme, pendant qu'il compte pour rien ce qu'il entreprend hautement contre la souveraine majesté de Dieu et contre les droits de son empire l » In. c Ce prétendu attentat d'un soldat chrétien contre Julien eût passé pour une entre-

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