‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 75 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

prise conlff U loi étemelle et pour un sacrilège contre la seconde Kajesté. » In.

SnrONTMIB DBS VERBES NEUTRES QUI SE CONJU- GUENT AVEC LES AUXILIAIRES OOOtf ET être.

Àwnr on être pané, monté, descendu, entré, abordé, résuUé, — Avoir on être changé, embelli, disparu. — Avoir ou être échappé, péri, parti. — Avoir cessé, être cessé. — Avoir ou être demeuré, resté, sorti. — Avoir été, être allé.

Pour trouver la règle de distinction , il suffit de bien saisir le rôle des deux auxiliaires, car en eux seuls réside évidemment toute la différence qui puisse exister entre les expressions synonyxniques de ce genre. Or , ils s'emploient pour marquer, le premier, une action et une action passiée, foi aimé; le second, un état et un état présent, je suis aimé. Ils doivent immanquablement garder ces caractères quand ils servent à conjuguer un même verbe neutre. Avoir, l'auxiliaire des verbes actifs , exprimera par conséquent un fait et un fait passé; être , l'auxiliaire des ver- ^bes passifs, un état et un état présent, résultant de ce fait. Ils formeront avec le même participe , auquel ils sont joints , deux expressions légèrement différentes , l'une plutôt historique , pour ainsi dire , ou narrative , l'autre plutôt qualificative ; l'une rappelant plutôt le côté verbal du participe , et l'autre son côté adjectif ; l'une faisant voir le sujet pendant l'action qui a eu lieu , et l'autre dans l'état qui est résulté de cette action; toutes deux relatives au temps , mais celle-là au temps qu'a duré le fait , et ceÙe-ci au temps depuis lequel le sujet se trouve dans tel état par suite de ce fait. A l'application on verra combien le principe est rigoureux , et combien est grande ici la coïncidence entre la logique instinctive du langage et la logique réfléchie de la grammaire.

1* Parmi les verbes neutres susceptibles de se conjuguer avec avoir et être , on eo peut distinguer d'abord un certain nombre qui marquent de la part du sujet l'action de se mettre dans un nouvel état, d'aller d'un lieu à un autre : tels sont passer , monter , descendre , entrer , aborder , résuUer. Ils méritent un examen à part , à cause de l'analogie de leur signification et de la manière spéciale dont la règle générale s'y adapte. Composés avec avoir et être , tous les participes de ces verbes donnent naissance à des locutions qui, prises deux à deux, sont synonymes, à raison de l'identité de leur radical. La synonymie n'est cependant pas absolue , et les verbes dont il est question ne reçoivent pas indifféremment pour auxiliaire avoir ou être. Conjuguez-les avec avoir, vous représentez le sujet pendant qu'il a fait l'action de se rendre d'un lieu à un autre ; si vous le conjuguez avec être , vous montrerez le même sujet comme étant dans tel état par suite de cette action. La procession a pcusé ici , sous mes fenêtres , je l'ai vue ; en parlant ainsi , je songe à l'action de la procession qui passait. La procession est passée , ne l'attendez plus ; c'est ce que je réponds à celui qui me demande s'il vient à temps pour U voir, parce qu'alors je ne pense

plus qu'à l'état. A trente ans , le temps des illusions est passé , et on se plaint généralement qu'il a passé trop vite. La flotte a passé à Cadix à telle époque (Dblaf.); c'est un fait qu'on apprend! Heureusement les conspirations sont passées de mode (Volt.); c'est un état de choses qu'on énonce. A l'idée d'action propre à l'auxiliaire acoir s'en joignent naturellemenf d'autres qui en forment comme le cortège ordinaire , celles des circonstances de temps , de lieu , de manière , de motif, au milieu desquelles l'action s'est produite : quand , par où , comment , pourquoi or-til passé, monté, etc.? Rien de tout cela ne convient à l'auxiliaire être, parce qu'au lieu de marquer l'action , il exprime l'état , la possession d'une qualité , comme on s'en convainc en le traduisant , et on le peut toujours , ^r se trouver. Est-il passé, monté, descendu? Se trout?e-t-il passé, monté, descendu? c'est-à-dire dans l'état d'un homme passé, monté, descendu? et le sujet étant tel, qu'ai-je à faire? où dois-je le chercher?

AVOIR RÉSULTÉ, ÊTRE RÉSULTÉ. Être devenu le résultat ou la conséquence.

Avoir résulté présente comme événement et comme s'opérant dans le temps passé ce que être résulté' signifie comme chose présentement existante. Vous avez été témoin de leurs querelles, et vous avez vu comment il en a résulté un procès ; moi qui n'y étais point , je sais qu'il en est résulté un procès. Les physiciens , qui suivent les actions les plus cachées de la nature , peuv^ent dire que tels ou tels effets en ont résulté; ils en sont résultés pour le vulgaire. Buffon décrivant^ la formation de la terre dit : « De la combinaison du mouvement de rotation et de celui de l'attraction des parties il a résulté une figure sphéroïde. 9 Et ailleurs rappelant im résultat qull considère en lui-même et non relativement à son mode de production : « Whiston a si étrangement mêlé la science divine avec nos sciences humaines qu'il en est résulté la chose la plus extraordinire du monde, qui est le système que nous venons d'exposer. »

2* Une seconde espèce de verbes neutres prenant tantôt l'auxiliaire a/voir , tantôt l'auxiliaire être , est celle de ceux qui signifient que le sujet est mis dans un certain état , qu'il devient tel ou tel : a^oir et être changé , embelli , etc. Quand ils prennent avoir , ils rappellent l'action ou l'opération qui a mené à cet état ; et s'ils se conjuguent avec être , ils se rapportent tout à l'état et nullement au fait. Les propositions dans lesquelles entre avoir sont propres à représenter le sujet comme étant devenu dans et pendant tel temps, successivement, progressivement, de telle manière et par tel moyen , ce qu'il est. Celles où le même participe est composé avec être sont simplement énonciatives d'une qualité , et signifient simplement que le sujet est ou se trouve ce qu'il est , sans autre indication , si ce n'est quelquefois celle du degré. — « Vous avex disparu comme un éclair. » J. J. « Maintenant ma première âme est disparue, et je suis animé de celle que tu m'as donnée. * In. — « Les mœurs et l'état de tout le corps de la nation ont changé

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

d'âge en âge.» Vèk. « Quand notre langue tera ekangée , le dietionnaîre servira à faire entendre les livres dignes de la postérité. > In. « Cet homme eti changé à ne pas le reconnaître.' Acad. — c Depuis qu'il a perdu son libertin de fils aîné , tu sais comment tout a changé pour nous.» Beaum. On dirait : tu sais comme ou combien (Marm. ) cette personne ou cette chose est changée.

On pourrait aisément appliquer la règle à chaque exemple en particulier, et la justifier par de nombreux passages des écrivains les plus scrupuleux sur le choix des mots ; mais la facilité même de ce travail nous l'interdit. L'inteUigence du lecteur saura bien y suppléer.

3* Cette distinction conduit à une remarque importante qui n'a encore été faite par aucun grammaÎTien. Si T action qu'exprime le verbe est telle qu'elle anéantisse le siget . celui-ci ne pouvant plus être qualifié après l'action qui le détruit , le verbe ne devra s'employer qu'avec avoir. Si . au contraire , l'action est très-courte , instantanée , ou que l'état du sujet , après l'éirénement , soit de nature à préoccuper, on se servira plus volontiers d'être que d'ovotr. Les trois exemples qui suivent rendront la chose évidente.

AVOIR ÉCHAPPÉ, ÊTRE ÉCHAPPÉ. On dit également d'un cerf, qui s'est mis hors de la portée des chiens : il a échappé , et il eff échappé aux chieng,

11 leur o éthaippé peint le fait, l'événement; il leur est ëchop^ signifie l'état où la bête se trouve en conséquence. 11 leur a échappé , c'està-dire que, par ses ruses, par ses détours, par la l^èreté de sa course, en un mot par son action , il a évité d'être pris ou saisi par eux ; il leur est échappé, c'est-à-dire que, grâce à l'action qui l'a soustrait à leur poursuite , il est dans un état à ne plus craindre cette poursuite. En agissant il a échappé ^ et, depuis qu'il a écluxppé , il est échappé. Il en est de même de celui qui a échappé relativement à celui qui est ichappé k la mort. Il tenait mal sa canne , elle Im a échappé; elle a fait l'action de choir : sa caone . dont il a besoin , lui est échappée , ramassez-la-lui; elle est dans Vétat postérieur à la chute.

Mais voici une autre diflerence essentielle. Quand vous parlerez d'une chose dite ou faite par imprudence , par indiscrétion , par mégarde , par négligence', servez-vous toujours du verbe ître , parce que la chose dite ou faite , subsistant après l'action, est propre à être qualifiée en railon de cette action.

Ce mol m'est échappé. Tolt.

I n vous eti échappé deux cruelles lignes contre Bayle. » Id.

Peat-être, si la voix ne m'eût été coupée , L'afl^ose Tenté me serait Mtappée, Rac.

Que si vous voulez faire entendre , au contraire , qu'une chose n'a pas été dite ou faite, quelle qu'en soit la cause , il faudra toujours préférer orotr, parce que la chose non dite ou non faite ne sulsistant pas après l'oubli ou l'omission , ou plutôt De subsistant pas , sa production n'ayant /a> eu lieu , ne peut pas recevoir de qualification

qui supposerait son existence. Pour être tel ou tel , dans tel ou tel état, il faut d'abord être. J'ai retenu le chant, les vert m'ont échappé. I. B. Roif8Ui.u.

« Le véritable sens avait échappé à tous les traducteurs. » ACAD. «Jamais il ne m'a échappé une seule parole qui pût découvrir le moindre secret. » Fén .

AVOIR PÉRI, ÊTRE PÉRI. Être mort, avoir succombé à une cause de destruction .

Régulièrement, avoir péri donne l'idée de l'événement, du fait qui a amené la cessation de l'existence , de l'époque de ce fait , de sa manière et de ses moyens. « Louis II , roi de Hongrie , aoatt p^rtdans les plaines de Mohatz, lorsqu'en IS26, Soliman II couvrait ces plaines de morts. » Volt. Être péri indique l'état qui résulte de l'action de périr , l'état de ce qui a été et n'est plus. Toutefois, et malgré l'exemple de Pascal, de Bossuet, de Lafontaine , de Mme de Sévigné , de Boileau , deFénelon, de J. J. Rousseau, l'Académie ne paraît point admettre être péri , pas plus que être expiré dans le sens de Racine , « ce héros expiré , » et tout homme de goût répugne à l'employer. La raison en est qu'on a bien de la peine ^ à considérer une chose comme étant telle ou telle , dans tel ou tel état , quand elle n'est plus, quand elle a péri. — On peut expliquer de même , mais en sens opposé , pourquoi , au contraire , on conjugue toigours le verbe tomber avec être. L'état de la chose , après la chute , est trop important pour ne pas nous préoccuper tout entiers : la chute, d'ordinaire instantanée, n'intéresse qu'en raison de l'effet qui en résulte. L'attention se porte d'abord et exclusivement sur la chose qui est là , aflectée de telle ou telle manière : il âiudrait , pour la considérer à son point de départ et pendant le chemin qu'elle parcourt si vite, une liberté d'esprit dont on est incapable; on ne la voit qu'à son terme , et telle que l'action l'a faite.

AVOIR PARTI, ÊTRE PARTI. Avoir quitté un lieu , être allé ailleurs.

On dit pins volontiers , il est parti , parce qu'on songe presque toujours à l'état de la personne partie , absente , et aux conséquences de son départ : il ert porft , il ne se trouve plus ici , je ne le reverrai plus , il habite un lieu éloigné , il va peut-être tomber malade , etc. Mais on dira bien d'un lièvre , il est parti , et il a partt : il est parti , c'est-àrdire , il n'est plus ici , ne le cherchez plus ici ; il a parti , c'est-à-dire qu'il a pris la Aiite , qu'il s'est soustrait aux poursuites , et qu'il est perdu pour le chasseur; ce qui doit empêcher de le qualifier par la phrase , il est parti. En parlant de la décharge d'une arme à feu , on dira tou< jours , le coup a parti. •'Le fusil awtit parti sans que le chasseur y pensât. » S. 9. Si on disait le coup est parti , cela signifierait le coup subsiste, se trouve étant parti; mais on ne peut pas la considérer comme ayant telle ou telle qualité , comme étant dans tel ou tel état , après qu'il a été anéanti par le départ.

4* Une autre conséquence résulte de la distine- I tion générale. Avec avoir le verbe neutre décrit , I raconte, c'estpA-dire exprime quelque chose de

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