XIV INTRODUCTION
GirsrA oûnçot Fidée tf^ii Mre Tobjet d'an traité «pteial; et , ijail ait <m non connu les quelques mots échappés en passant «dk in^ammairiens de son époque et les obser^tions plus étendues des auteurs latins , ou même , si l'on veut, le traité d'Ammonius, c'est à bon droit qtt'U passe pour le eréaleur de cette branche de la philologie dai» les temps modernes. «Je n'ai copié personne, dit-il lui-même; je ne crois pas même qu'il y ait encore eu personne ^copier sur cette matière; de sorte que si cet ouvrage n*a pas le mérile de la perfection^ il a du moins celui de la nouveauté» • 11 expose et soutienl par des raisons solides l'opinion qui sert de principe à cette étude, savoir qu'une langue cultivée, comme est la nôtre depuis le siècle de Louis XIV , ne renferme point de mots parfaitement synonymes ; il donne dans sa théorie l'idée k plus juste de ce qui fait la richesse d'une langue ; sa manière est à lui ; ses explications sont originales; il répand sur toutes les matières qtfîl touche un charme et unintértt extrêmes; et, ce qui n'est pas moins dèdsif , 3 a donné le ton, au moins pendant longtemps, à tous les essais postérieurs du même genre, soit en France, sott à l'étranger ^
1. Avant Girard, ua ami de Mme de Sévigaé, un phîlesopke cartéaien, Gorbinelli, avait formé le projet de déterminer par comparaison rexacte signification des mots. Cette idée lui Vint à propos d'une maxime de La Rochefoucauld qui lui sembla contenir des termes équivoques. Il annonça donc à Bussy-Rabutin Fintention de refaire les définitions des dlctioimaireB «t commença à lui demander des distkGtions , oelbs, par exonplè , ifnli Jàat mettte «ntm ia boimeçrûce «t le hm air, entre le bon sens, le jugement y la r«ûoii, etc. « Me tous amusez pas, ajoute-t-il, à me dire que ce sont la plupart des synonymes; c'est le langage ou des paresseux ou des ignorants. Je suis après à définir tout, bien ou mal, il n'importe. Faites la même chose, je vous en prie. » Le comte de Bussy-Rabutin, de concert avec sa fiUe, Vme de Goligny, et Tévêque d'Autun, M. de Roquette, se mit à distinguer les synonymes proposés par Corbinelli. Leurs distinctions tout an moins très-eutieuses n'ont point été connues de Beauzée ni d'aucun autre synonymiste. Ce sont enoore des richesses qui ont manqué à mes piédéeesieurs, et que j'ai jointes à tant d'autres dimt ils nfoat pas pu ou su tirer profit.
Corbinelli reçut les distinctions de Bussy et lui en demanda de nouvelles. « Je me suis mis dans la tête, dit-il , d'avoir des idées fixes et claires d'un grand nombre de choses dont on parle sans les entendre.' Je ne puis souffrir qu'on dise qu'un tel est honnête homme, et que l'un conçoive sous ce terme une chose, et l'autre une- autre; je veux qu'on ait une idée particulière de ce qu'on nomme le galant homme, Vhommede bien, Vhomme d^honneur, Vhonnéte homme ^ qu'on sache ce que c'est que le goiU, le bon sens ^ le jugement, le discernement^ Vesprit^ la raûon, la déUcatesse; Vhontiéleté, la politesse et la civilité. Or, de la façon dont vous vous y prenez , vous êtes mon honmie , et Mme de Coligny est celle qu'il me faut. Ne vous amusez pas à former vos définitions sur l'usage de parler; car la plupart des termes deviennent synonymes par U. Les conversations ne permettent pas qu'on soit fort exact ni fort régulier dans le choix des paroles. Ce serait une contrainte pédante; mais je prétends qu'on soit rigoureux quand il est question de définir au vrai. Je définis enrûgement y peut-être bien, peut-être mal : mais enfin je veux fixer mes idées. Vous verrez tout cela, et vous m'en direz , s'il vous plaît , votre sentiment. »
Les nouvelles distinctions du comte de Bussy ne se firent pas attendre; mais Corbinelli ne lui proposa plus d'autres synonymes i examiner. Il s'occupa exclusivement, à ce qu'il paraît, d'un procès qu'eut une de ses parentes, et le projet des synonymes fut sans doute abandonné. Mme de Sévigné, écrivant ensuite k Bussy, lui dit au sujet de Corbinelli : c N'attendez pas si tôt les définitions que vous lui avez demandées : depuis trois mois il n'a lu que le code de Cujas. » Nous ne croyons même pas que jamais Corbinelli ait fait depuis des synonymes l'objet de recherches sui-
nrrRODUcno!!. x?
Mais natiui^enient k p^remier qui entra dans la carrière n'en mesora point tonte retendue. H recueillit comme des singularités dignes de remarque, coHune des d^cuUés à résoudre , tous les synonymes qui se présentèrent à son esprit, ne se doutant pas qu'ils fussent si nombreux. Dans sa première édition , Gérard âil naïvement que peut-être il en a oublié quelques-uns. De plus, son Vme manque de plan. CTest un composé de pièces détachées entre lesquelles rauteur ne soupçonne aucun enchaînement possible, ni pour la forme, ni pour le fond, zD pour la méftiode, ni poiu* les idées. « On n*a, dit-fl, qu*à ouvrir mon ouvrage an hasard, on tombera toujours sur quelque chose d'entier. » Ses articles , en effet, forment des tous isolés; mais, quoi qu'il en dise, ils ne sont déjà pas à tel point indépendants que Beauzée n'ait pu, dans tes éditions suivantes, ks ranger d'après Vanalogie des objets ou des idées dont ils traitent. Avant qu'on pût et pour qu'on pût envisager le sujet d'une manière large , en concevoir la méthode et l'unité et y opérer des divisions régulières en rapprochant les articles liés par la communauté de leur idée générale , il fallait qu'on connût et qu'on eût déjà distingué une grande quantité de synonymes. Par sa position seule , Girard dut être exclusivement occupé de détails; il ne faut pas s'attendre à trouver au point de départ des sciences, ni de vastes théories, ni des conceptions encyclopédiques. Uabbé Girard avait dédié son livre à une dame, la duchesse de Berry. D n'aspirait, disait-il, qu'à l'avantage de lui plaire, se félicitant d'être à son service et de pouvoir se produire dans le public sous une teUe protection. En tète de l'onvragese trouvait représenté le Sahit-Espritavec cette épigraphe, SpiratSpirihtêvld vuU^ l'esprit se MX sentir où il veut : emblème parfaitement approprié au sujet ; car l'auteur a su rendre généralement intéressantes, par l'esprit qu'il y amis, des recherches, de leur nature abstraites et peu propres à séduire le conunun des . lecteurs. Aussi le goût s'en répandit promptement et les femmes surtout s'y adonnèrent avec passion. Hais ce n'était pas une tâche à laquelle on travaillât de concert, mesurant ce qui restait à faire par ce qui avait été fait ; c'était une sorte d'escrime dans laquelle chacun voulait s'essayer, un exercice au moyen duquel on cherchait à développer et à faire briller le tact et la finesse dont on était doné. On se proposait des synonymes à distinguer comme des énigmes à résoudre : c'était moins une occupation laborieuse devant produire des résultats utiles et durables qu^tm amusement de société qui parfois dégénérait en jeux de mots. Lorsque l'empereur d'Allemagne , Joseph H , visita l'Académie française en 1777, le secrétaire perpétuel , d'Alembert , ne trouva rien de mieux à faire que de Ure en sa présence « quelques synonymes dans le goût de ceux de l'abbé Girard; et parmi ces^synonymes était celui de Simplicité^ modestie^ qui ânlssait
lies, dn moins, à en Juger par les lettres de Urne de Sévigné , où il n'y a plus trace desyBonymes li allnsion i Tentreprise primitife de son ami. C'était un honme de loisir , un amateur ou un bel Bpritdans l'acception fovorable de cas mots, et il voyait la meilleure société, Bossuet, Boileau, Bourdaloue. Hais il avait dans Fesprit plus d'ardeur que de constance : il devint de synoDymiste ^ste, et se jeta plus tard dans la mysticité, (Lettres de Mme de Sévigné, éd. Ledentu, II. Lettre 656 el suit.).