‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 9 sur 426 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

par une application légère et indirecte à ce prince , et qu'il parut sentir avec plaisir ^ » Dans les brillantes réunions du xyiii* siècle» ce siècle de l'analyse et de l'esprit philosophique , où les femmes les plus célèbres dans Fart de la conversation attiraient autour d'elles l'élite des gens de lettres > les synonymes étaient tout à la fois un siqet d'étude, comme condition de succès, et un sujet d'entretien, comme matière où l'on pouvait le mieqx faire preuve et montre de sagacité. Mais il parait que le lieu où on s'en occupa avec le plus de sérieux et de suite fut le salon de Mlle de L'Espinasse, rendez-vous ordinaire de tout le parti philotopbique. Cette femme , qui exerça une si merveilleuse influence sur tout son entourage et sur' d'Alerabert particulièrement , se faisait remarquer entre tous par le don précieux du mot propre, et le seul écrit de nature à être publié qu'elle ait produit était un traité des synonymes. Il n'a point été perdu, comme je l'avais pensé d'abord ; mais il se trouve recueilli en entier ou en grande partie dans le Dictionnaire des synonymes de M. Guizot, à qui il avait été transmis par Mme de Meulan , sa beUe-mère. En y ajoutant ce que contient de synonymes le dictionnaire inédit de Gondillac avec ceux que d'Âlembert et Diderot ont insérés dans l'Encyclopédie, j'ai réuni tout ce qui a été pensé et dit de plus notable sur cette matière dans la société de Mlle de L'Espinasse et même pendant tout le xvm* siècle, de Girard jusqu'à Roubaud.

On y avait employé beaucoup d'activité d'esprit; le public s'était familiarisé avec ces recherches ; le nombre des synonymes s'était considérablement accru : les dernières éditions de Girard en renfermaient plus que les premières , et à la mort de l|t habile maître on trouva parmi ses papiers une liste d'articles à traiter, restes de la tâche qu'il s'était imposée. Cependant tous ces efforts n'amenèrent pas de grands résultats , non-seulement parce qu'ils étaient partiels et manquaient d'ensemble, mais encore parce que toutes les distmctions synonymiques, celles de Girard y comprises, étaient autant de décisions arbitraires, sans contrôle, sans preuve, et par conséquent sans autre garantie de certitude qu'une autorité toujours exposée à être combattue et renversée par une autre de valeur égale ou supérieure. Double vice qui demandait une double réforme. Bcauzée et Roubaud en accomplirent une partie chacun.

Beauzée était un érûdit. Outre qu'il rechercha curieusement et signala ce que les auteurs latins avaient dit de plus important sur la synonymie des mots, il connut et mit la même attention à recueillir tous les synonymes français expliqués jusqu'à lui par d'autres écrivains que Girard, notamment ceux qui se trouvaient disséminés dans l'Encyclopédie; et y mêlant quelques articles de sa composition, il forma du tout un volume qu'il joignit à celui de Girard, lui-même considérablement augmenté par ses soins. Qu'il ait pour sa part rendu des services à la synonymie française , qu'il se soit acquis des droits à la reconnaissance nationale en rassemblant des travaux auparavant perdus pour le public, ce n'est point en cela que consiste, à notre avis, son principal mérite. En même

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