PREMIÈRE PARTIE
Tadverbe et de la phrase adTeilviale; car celle-ci contient cet adjectif lui-même pris substantivement : légèrement y à la légère; définitivemerU , en définitive , etc. Il n'y a donc plus , pour obtenir quelque indication , qu'une seule chose k considérer, c'est le caractère de contingence et de subjectivité communiqué à Tadverbe par le verbe ; et il était nécessaire de rassembler dans une catégorie à part tous les exemples où l'adverbe se trouve opposé à une phrase adverbiale renfermant sous forme substantive l'adjectif même qui a servi à former l'adverbe.
AYEUGLÉHENT, ÀL'AYEDGLB. ÉTOURBIMENT, À L'ÉTOURDIE. AlIIABLEMENT, À L'AMIABLE.
LÉGÈREMENT, À LA LÉGÈRE. Ces synonymes se réunissent naturellement en un même groupe , à cause de leur commune analogie.
Tous servent à modifier une action avec rapport aune qualité de l'agent. Hais l'adverbe néaixmoinsne le fait pas absolument de la même façon que la phrase adverbiale. Il représente comme propre et inhérente au sujet, comme concentrée en lui , la qualité qui apparaît dans la phrase adverbiale comme quelque chose de constitué hors , du sujet , comme une mode & laquelle il participe de loin. L'adverbe et la phrase adverbiale modifient l'action en montrant l'agent , l'un sous l'empire d'une qualité fondamentsJe , dont il est pénétré, l'autre sous l'influence d'une qualité d'emprunt, qui n'est en lui que superficielle.
AVEUGLÉMENT, À L'AVEUGLE. N'y voyant pas.
Hais aoeuglément exprime une disposition du g^jet, et à Vaveuglê un état de l'objet. Qui agit aveuglément s'aveugla, ferme les yeux, est dans la résolution de n'y point voir; qui agit à Vaveuglê n'y voit pas, manque de lumière, se trouve placé en fkce d'un^bjet qui n'est pas dans un assez grand Jour.
Ouand quelqu'un agit aM)euglément^ c'est toujours à lui qu'il faut s'en prendre. « Que de démarches il avait faites pour les convaincre de son amitié , jusqu'à se porter cweuglément à tout ce qu'ils avaient voulu 1 » S. S. « La soumission absolue et aveugle en toute rigueur était inexcusable : je ne pouvais, en matière de foi, me soumettre a/oeuglément , contre ma persuasion , aux décisions de deux hommes capables d& me tromper. 3B FÉN. « Soyons toujours aveuglément soumis eux ordres de Dieu , et mettons là toute notre sagesse. » Boas. « Richelieu entendait par esprit de suite la soumission qui suit aœugùment les ordres d'un supérieur. 9 Volt. « Je te mets le fer à la main... J'écris à mes femmes de t'obéir aveuglement; elles tomberont devant tes regards.» HoNTBSQ. — Quand quelqu'un agit à Vaveuglê , la faute en est souvent à l'objet seul, qui n'est pas assez éclairé. « En tout ceci je marche à Vaœugle et à tâtons ^ car je ne sais ni ne soupçonne sur qui cette critique peut tomber. » FÉN. « Jésus veut prendre des hommes dans le monde; mais quoique cette eau soit troublé, il n'y pèche pas à VaveugU. 3» Boss. a La nature du feu n'étant pas connue, on travaille à Vaœugle , et l'on ne peut arriver qu'à des résultats obscurs.» B'jFr. c On Jugeait de ces choses à Vaveugk;
on ne savùt trop ce qu'on devait permettre ou défendre. > Cond.
Toutefois la difi'érence n'est pas toujours aussi grande , et à Vaceugle peut n'être pas dénué de tout caractère de subjectivité; mais la subjectivité dont il est capable ne ressemble point à celle qui est propre à l'adverbe aoeuglém>ent et ne s'élève jamais au même degré. Aveuglément équivaut presque à en aveugle ; à Vaveuglê , à la manière aveugle, signifie proprement, à la manière des gens aveugles. Qui agit aveuglément agit en aveugle qu'il est; qui agit à Vaveuglê agit à la manière des gens aveugles, comme s'il était aveugle : l'im ne veut point voir , l'autre ne regarde point assez pour y voir. C'est, d'une part, un défaut qui tient à l'Ame, et, de l'autre, une simple faute de réflexion oui d'examen, a Quelqu'un qui, libre de choisir entre deux partis, aime mieux qu'on le détermine que dé délibérer lui-même , se laisse aveuglément mener : quelqu'un qui, pressé de s'en aller, reçoit sans exameu h marchandise qu'on lui présente, la prend à Vaveuglê, » RouB. — Aveuglément annonce un renoncement à sa propre volonté et se dit surtout avec obéir (Hontesq., Cond.) , se soumettre (Boss., FÉN.), s'abandonner (Fén.), exécuter (Montksq.) ou suivre (Volt.) des ordres ; à Va^^eugle ne marque que de l'inattention et convient particulièrement avec croire (Bo^.) et juger (Fbn. , S. S. , Cohd.).
ÉTOURDIMENT et À L'ÉTOURDIE diffèrent absolument de même ; tout détail serait superflu.
AMIABLEHENT, À L'AMUBLB. Avec douceur.
Amiablement s'emploie avec les adverbes de comparaison pour désigner une manière d'agir propre à l'agent et qui implique un fond de douceur plus ou moins grand, «i^lanchton manda à Bacon qu'il trouvait Luther plus traitable, et qu'il commençait à parler pluai amiahlenïetii de lui. » Boss. « On lui enfonce lo trait dans l'âme d'autant plus avant et plus sensiblement, qu'on paraît le faire plus charitablement et plus amiablement. » ID. « J'avais traité si amiablement avec lui des raisons de réprouver ces ouvragés. » Id. «Elle a toujours écouté fort amiablement les propositions que je lui ai faites.» Dbst. A Vamiabk se dit absolument pour exprimer une manière ordinaire d'arranger les choses, à laquelle l'agent se conforme comme tout le monde , mais sans que la douceur s'étende au delà du procédé. « Lutiier dénonçait de terribles jugements de Dieu aux deux partis, s'ils ne convenaient à VamiahU.* Boss. « Il y eut des troubles entre les débiteurs et les créanciers; Selon fut élu pour terminer toutes choses à Vamiahle. 3» Fân. « A cette époque les disputes entre les patriciens et les plébéieni se pacifiaient à V amiable. » Roll. « Veuillez encore arranger à V amiable ma rente , mon dû et les arrérages avec l'intendant de M. de Richelieu. 9 Volt. — On termine une affaire amiablement etd V amiable : amiablement, en vertu d'un esprit particulier de bienveillance et de conciliation; à VamiabUy c'est-à-dire par voie de douceur et de conciliation, comme cela se pratique conunun^ ment dans les aflaires où l'on ne plaide pas, où on n'en vient pas aux armes.
litfiKBKlIBWT, À LA LÉGÈRE. Ces expressions