‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 83 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à la vérité; de Tautre, on se représente celui qui est Tobjet de Faccusation comme éprouvant un tort, comme l)lessé dans son honneur ou dans ses biens. Le calomniateur accuse faussement ; l'innocent est accusé à faux. L'adverbe a plus rapport au fait, et la phrase adverbiale au droit. Aussi d /aud?, et non pas foAtssemefU, peut s'employer dans des cas où il n'est pas question d'action ni d'agent, d'accusation ni d'accusateur. « Ce n'est pas un ministre de J. C. , c'est un usurpateur qui porte à faux ce titre honorable. 9 Mass.

ÉTROITEMEM*, À L'ÉTROIT. De manière à avoir peu de place et de liberté.

Étroitement exprime cet état en rapport avec une action ou un agent qui 7 met. « Son père la mit en un de ses châteaux , gardée étroitement par des gens du duc d'Hanovre. » S. S. « Les deux princes furent enlevés et conduits à Leipsick où on les enferma étroitement, s Volt, à V étroit déngne le même état, mais absolument : être à Véfroit (Laf. , Dbst.) , être logé (Acad.)ou assis (Les.) à Vétroit. — On dit bien cependant, selon l'Académie , être logé étroitement et à Vétroit, Mais où vous êtes étroitement logé eu égard à vous , vous êtes logé à Vétroit eu égard au local. Quand vous êtes étroitement logé, vous souffrez, vous êtes gêné, mal à l'aise, votre condition et vos goûts sont contrariés ; quand vous êtes logé à Vétroit , le lieu que vous habitez est trop resserré , il faut ou le quitter ou l'agrandir. On est , on se trouve à Vétroit , comme on est , comme on se trouve au large , et ces deux expressions sont moins relatives aux sentiments éprouvés dans les états qu'elles rappellent , qu'à la constitution des choses qui produit ces états.

ORDINAIREMENT, A L'ORDINAIRE , se disent en parlant de ce qui a souvent lieu.

Mais ordinairement se borne à exprimer que l'action marquée par le verbe se passe ou arrive souvent; à Vordinaire, selon la manière ordinaire , rappelle une habitude établie , qui a déjà une existence indépendante du fait dont on parle et conformément à laquelle il a lieu. Ordinairement est purement phénoménal et fixe toute l'attention sur l'action dont il s'agit; à V ordinaire se rapporte à quelque chose d'objectif, à une habitude , à une règle déjà constituée antérieurement. Dire qu'on fait une chose ordinairement , c'est dire qu'on la fait fréquemment , qu'on a coutume de la faire ; dire qu'on fait une chose à VordiruUre , c'est dire qu'on fait dans un cas particulier une chose qu'on a coutume de faire et comme on a coutume de la faire. Ce qui arrive ordinairement-^, coutume d'arriver (soUt) : ce qui arrive à Vordinaire arrive à la manière accoutumée {ut solet).

Ici se présente l'occasion naturelle de vérifier ce que nous avons plusieurs fois supposé , savoir que le sens particulier de la préposition ne fait rien au rapport de l'adverbe à la phrase adverbiale, et qu'on peut n'en tenir aucun compte dans la détermination de ce rapport. Si cela est, comme nous l'avons cru et admis jusqu'à présent , il faut que nous découvrions la même différence, par exemple, entre ordinairement et à f ordinaire, entre ordinairement et d'ordinaire,

. et entre ordinairement et pour Pordtnatre, c'est- ' à-dire celle qui résulte du caractère verbal de l'adverbe. T a-t-il donc la ipême opposition entre ordinairement et chacune de ses trois prétendues explications , à Vordinaire , d^ordinaire et pour Vordinaire ? Examinons attentivement.

Ordinairement est seul phénoménal; il signifie seul ce qui arrive et ne signifie que cela. Les trois phrases adverbiales, au contraire, représentent, non ce qui se passe ou a lieu effectivement, mais ce. qui est en soi, de droit, dans le vrai ; elles se disent dans l'ordre des idées et non dans l'ordre des faits. Quand vous dites, les femmes sont ordinairement inconstantes, vous racontez ; mais quand vous dites , telle femme est inconstante à Vordinaire , ou bien , d'ordinaire ou pour Vordinaire les femmes sont inconstantes, vous rappelez ou vous énoncez théoriquement, didactiquement une règle ou an principe. Là vous êtes historien , vous faites le récit de ce qui se passe et se voit réellement; ici vous êtes dogmatiste, vous prononcez une sentence ou une maxime : là vous rapportez une observation , ici vous exprimez une idée. Les ambitieux hantent ordtnairem.ent la cour, c'est-à-dire que c'est Sk ce qui arrive et ce qui se voit :' cVordinaire ou pour Vordinaire les ambitieux hantent la cour , c'està-dire, règle générale, indépendamment des temps et des lieux et abstraction faite de la réalité, c'est une vérité, une loi que les ambitieux hantent la cour. Quand je dis, tous les états violents ne sont pas éVordinaire (ou pour Vordinaire) de longue durée (P. R.) » Je ne fais allusioQ à rien d'effectif, à rien qui se soit passé , j'affirme que cela est dans le vrai , idéalement , et que , si par hasard il vient à se trouver des états violents, ils ne seront pas de longue durée. Aussi les phrases adverbiales se prennent-elles d'mie manière absolue pour indiquer , non pas ce qui arrive ou est arrivé, mais ce qui doit ou devrait, ce qui peut ou pourrait arriver. « Il donne l'assurance de n'agir point iff ordinaire sans consulter. » FÉK.

Tu sais que d'ordinaire.

Quand l'amour vent parier, la raison doit se taire.

Rn».

« Voici la conduite que pour Vordinaire tu dois tenir.» Mal. «Il faut que le monde prédestiné serve et gémisse pour Vordinaire sous l'oppression des méchants. » Boss.

Ordinairement désigne quelque chose qui se fait; d'ordinaire et pour Vordinaire' signifient quelque chose qui est. Je vais ordinairement dans une maison où je vais souvent, où il n'est pas rare de me voir , où vous avez pu me rencontrer; d^ordinaire ou pour Vordinaire je dîne ou passe mes soirées dûis une maison, c'est-à-dire que c'est pour moi une habitude formée, un pli pris, une loi. Ce que j'exprime par ordinairement , c'est l'action, le phénomène et la fréquence du phénomène ; ce que j'exprime par (Vordinaire et pour Vordinaire , c'est l'habitude en soi , et non sa manifestation , la chose et non le fait.

Donc les trois phrases adverbiales, malgré la diversité de leurs prépositions, sont dans le même rapport d'opposition à l'égard de l'adverbe.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

Némmoixu cette même diversité leur donne à chacune , quand on les considère entre elles , une nuance propre et caractéristique ; en sorte que , après les avoir séparées toutes trois de Tadverbe , sans tenir compte du sens particulier des prépositions , lien, ne nous empêche de les distinguer à présent entre elles en cherchant avec soin les légères modifications de sens attachées à d , à de et à pour. C'est même, aie bien prendre , une digression indispensable.

A Vcrdinaire rappelle vaguement une habitude établie, con/ormément à laquelle on agit; ^or* dinain et peur Vordinaire déterminent précisément que c'est une habitude de faire telles choses. Bans d Tordinaire , à produit un effet tel , que l'idée de l'habitude vous frappe peu ; dans éCordinaire et pour rordinatre , de et pour énoncent , font remarquer , apprennent que c'est une habitude de faire telle espèce d'actions. Avec à V ordinaire on fait allusion à ce qui est généralement su ; avec et ordinaire et pour Vordinaire on déclare spécialement, particulièrement , que la coutume est de faire ceci ou cela.

Le pasteur était i côté.

Et i^tait, à Vordinaire^

Maintes dérotes oraisons. Lav.

Le galant donc investit Lucrèce Qui ne manqoa de Csire la tigresse A Vcrdinaire. Id.

« Riez , Zélie , soyez badine et folâtre à votre ordinaire, s Labb.

D'autre part, pour rordtfioire est plus rigoureux que cTordtfiatre , conformément à la différence générale des prépositions de et pour; et ce qui le prouTe encore, c'est que powr^ et non pas de, nécessite l'emploi de l'article. Fofur V ordinaire désigne une coutume passée en loi , une habitude devenue règle générale ; c'est une expression de légiste et de formaliste qui nie plus positivement les exceptions, a La diversité des temps est pour V ordinaire commune à tous les verbes. > P. R. c Tour Vordinaire , les noms latins terminés en us , s'ils ne sont que de deux syllabes . on ne les change point , comme Cyrae , Crésue , Fon».> Yaug. Bossnet dit en parlant de la milice romaine : « Tour Vordinaire on ne comptait plus les prisonniers parmi les citoyens et on les laissait aux ennemis. »

s* La phrase adferbi&le étant composée d'mi adjectif pris SQbslaniiYement et de la préposition en. Entièrement , en entier ; vainement , en vain ; secrète" mumt , en secret: publi^aement, en publie; etc.

Entre l'adverbe et la phrase adverbiale adjective la différence est toujours la même , quelle que soit la préposition qui , dans la phrase adverbiale , précède le substantif. En consâ^uence de ce qui vient d'être démontré , que cette préposition soit d ou en ou toute autre , il n'importe : la phrase adverbiale adjective est toujours à l'égard de l'adverbe dans le rapport de l'objectif au subjectif, de Vètie au phénomène , de ce qui est à ce qui se fait ou arrive ; et c'est là seulement ce qu'il faut considérer, si on veut arriver à saisir en quoi , dans le cas dont il s'agit, l'adverbe se distingue de son explication.

S7M. FltAHÇ.

Page 1