ENTIÈREMENT, EN ENTIER
« Vous désignez par là une exécution parfaite , une consommation totale, un achèvement absolu, une chose à laquelle il ne manque rieç, d'où l'on n'a rien ôté , où il n'y a rien à ajouter. »
« Entièrement modifie le verbe» l'action exprimée par le verbe ; en entier modifie la chose , l'objet sur lequel tombe cette action. Quand vous avez fait entièretnent une chose , la chose est faite en entier; vous n'avez plus rien à y faire , et il n'y a plus rien à y faire. J'ai lu entièrement cet ouvrage, c'est-à-dire que ma lecture est achevée; je l'ai lu en entier , c'est-àrdire que j'ai lu l'ouvrage tout entier. Vous direz entièrement quand il s'agira de marquer l'étendue de votre action , et en entier lorsqu'il faudra proprement déterminer l'étendue de l'effet ou de la chose. Vous avez entièrement compté une somme ; la somme est en entier dans le sac. Vous ne direz point que vous avez compté en entier; et il ne faut pas dire que la somme est entièrement à cette place. Une personne change entièrement d'avis ; on ne dira pas qu'elle change en entier : c'est la personne qui change et non l'avis. La peste a cessé entièrement et non en entier; la peste en elle-même ne se divise pas comme un tout qui a plusieurs parties ; mais son cours ou son action a plus ou moins de force et passe par divers degrés d'affaiblissement jusqu'à son entière cessation. » Roub.
Il y a beaucoup d'autres choses qui , comme la peste, étant abstraites, non divisibles à la manière des corps, et' inappréciables sous le rapport de la quantité, permettent qu'on emploie, quand on en parle, l'adverbe entièrement, mais jamais la phrase adverbiale en entier. « La vie commence à s'éteindre longtemps avant qu'elle s'éteigne entièrement. •Butv. a Ma mémoire est entièrement éteinte. » J. J. « Dieu ne voulut pas que son nom fût entièrement aboli. > Boss. «Puisse la discipline ecclésiastique être entièrement rétablie. » In. Il en est de même à l'égard des personnes , si on les considère quant à leur Ame , et non quant à leur corps : être entièrement à la dévotion de quelqu'un (Laf.) , à la merci de ses gens (J- J.); se livrer entièrement à l'étude (AcAD.); renoncer entièrement au monde (Boss.) , à son salut (Bourd.) ; un roi entièrement tourné à la guerre (Fén.); ignorer entièrement qu'on a une âme (Mal.). Mais on dira en entier quand il sera question de choses composées de parties et qu'on ne voudra marquer aucun rapport à un sujet qui agit ou à son action. « Cette montagne est en entier composée de telle matière. » BoPF. « Le corps de presque tous les animaux quadrupèdes est en entier couvert de poils. • Id. « Il est difficile de lire de suite , et eur core plus de lire en entier vingt volumes. » Lah.
VAINEMENT, EN VAIN, s'emploient en parlant d'une action, d'une tentative qui échoue.
Mais ils représentent l'insuccès, l'un par rapport au sujet qui perd son temps et sa peine, l'autre par rapport au but qui est manqué. C'est la distinction de Girard. « On a travaillé vainement, dit-il, lorsqu'on n'est pas récompensé de son travail, ou qu'il n'est pas agréé; on a travaillé en voin , lorsqu'on n'est pas venu à bout de
PREVIËRE PARTIE :
ce qu'on youlait fidre. » Il y a donc la même différence entre ces deux expressions qu'entre entièrement et en entier. D'après cela , vainement conviendra bien avec les verbes se tourmenter, se fatiguer , s'efforcer , chercher , poursuivre , tenter , parce qu'ils marquent l'empressement, l'attente et l'espoir du sujet dont ils font ressortir d'autant plus la déception.
Toutefois Roubaud propose un nouvel aperçu qui complète le précédent plutôt qu'il ne le contredit; car il a conmie celui-ci son fondement dans le caractère verbal de l'adverbe. Suivant lui, vainement reganle l'ouvrage et en vain l'objet; le premier marqne l'inutilité du travail , et le second l'inutilité de la chose à laquelle on a travaillé. Quand je n'ai pu faire ma tâche , j'ai travaillé va tn^mertt; quand j'ai fait ma tâche, mais que ce qui en résulte n'est pas bon , avantageux, profitable, j'ai travaillé en vain. Vainement est qualificatif d'un fait , en vain qualificatif d'un objet, d'une chose faite, étant telle ou telle. Quand on travaille vainement , il n'y a pas d'effet produit; quand on travaille en vain, l'effet produit n'est pas ce qu'il devrait être. Dans Girard vainement est subjectif, car il fait songer au sujet qui échoue; eti vain est objectif, car il rappelle essentiellement l'objet qui reste inachevé, inaccompli : ce sont les deux faces d'une même chose. Dans Roubaud vainement est subjectif, ou , si l'on veut , verbal, car il appelle l'attention sur l'ouvrage ou la tâche du moment , sur ce qui est de fait , effectif, sur ce qui dépend de l'action du sujet; en vain est objectif, car il se rapporte À ce qui résulte de l'ouvrage , à la partie qui ne dépend pas de l'action et a en soi , au fond , telle ou telle qua- Uté.
Mais bornons-nous à considérer la théorie de Roubaud seule. Vous parlez vainement à un sourd , TOUS ne pouvez vous en faire entendre. Vous ne parlez pas vainemsnt , mais en vain , à un obstiné , car vous vous en faites bien entendre, mais les choses que vous lui dites sont inefScaces , impuissantes & le persuader. Au contraire , im père réprimande vainement , mais non pas en vain son fils, qu'il veut tout d'un coup flaire renoncer à des liaisons dangereuses, quand ce fils, sans y renoncer en effet, songe au moins à les rendre moins étroites et plus choisies. Qu'on agisse vainement ou en vain, il y a toujours déception. Mais , d'une part , la déception provient de l'impuissance de l'effort relativement à un acte spécial, à un effet immédiat; de l'autre, elle résulte de l'insuffisance de Taction par rapport à un but ultérieur. Vous travaillez vainement k une chose , quand vous ne pouvez venir à bout de la faire ; TOUS y travaillez en t7atn, si cette chose, après qu'elle aura été faite , ne doit servir de rien à un but éloigné que vous vous proposez. Là, vous échouez dans votre action; ici, dans votre dessein. Là, vous êtes déçu comme agent, et ici en raison de la qualité de l'objet ou de la chose faite, c Si le Seigneur n'élève pas l'édifice , ceux qui rélèvent auront travaillé en vain, in vanum, comme dit le texte , et non vainement. Ils n'auront pas travaillé vatnefnent , car ils auront élevé l'édifice ; ils auront travaillé en vain , car ils n'au-
ront fait qu'un vain édifice qui ne mibsisten pas. » RocB. a Celui qui ne fait que des choseï vides de sens, de raison, de vertu, consume tjainement le temps; celui qujTait des choses utiles, mais inutilement, ou sans qu'on en profite , remploie en vain. » In. Fatnement se dit de ce qui manque d'arriver; et en vain de ce qui est arrivé, mais sans fruit. Vous demandez vainement la grâce, vous ne pouvez l'obtenir, malgré vos prières; vous la recevez en vain (Boss.), vou« l'avez obtenue, mais vous n'en profitez pas. Des assiégés tentent vainement de fermer les portes, ils ne peuvent y réussir; ils les ferment en «otn (Volt.) , si cette fermeture n'empêche pas les ennemis de pénétrer dans la place. Quand vous agissez vainement , ce qui est vain , c'est votre action, elle échoue; quand vous agissez en ram, ce qui est vain , c'est votre œuvre , la chose faite, elle n'est pas bonne ou utile.
SECRÈTEMENT, KN SECRKT servent à qualifier des actions qui ne sont pas sues ou aperçues. Mais en disant secrètement , vous présentes comme secrète l'action , quant à la manière dont elle se passe, et en employant en secret, vous la présentez connue secrète en elle-même. Secrètement signifie, à la rigueur, de manière à n'être pas vu , de peur d'être vu faisant l'action , et ce mot suppose presque toujours l'intention , le soin d'échapper aux regards; en secret, à part, sans être vu , qualifie ce qui est, et non ce qui se fait, l'action comme étant de telle ou telle sorte. Ce que vous dites ou faites secrètement , vous en faites un secret ; ce que vous dites ou faites en secret est secret. Dans Molière , Lubin dit à Georges Dandin : a On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vtt. Je suis bien aise de faire les choses secrètement , connue on m'a recommandé.» Et un peu plus loin : a Vous êtes donc un causeur, et vous allez redire ce que l'on vous dit « secret. » Ce que l'on vous dit en secret , c'est-à-dire les choses en elles-mêmes secrètes qu'on vous dit flc Voêt accusait Descartes d'être un athée , et même d'enseigner finement et secrètement l'athéisme. « Mal.
Thésée, avec Hélène tmi secrètement.
Fit succéder l'hymen i son enlèvement. Bao.
Mon cœur, Je l'arouerai, lui pardonne tn gterei, I0. Ce qui, dans ce dernier exemple, est secret, ce n'est pas le fait du pardon , mais le pardon en luimême.
« Vous faites en secret beaucoup d'actions naturelles et légitimes , que la bienséance ne permet pas de faire devant tout le monde ; vous ne les faites pas secrètement^ car vous ne vous en cachez pas, et tout le monde peut savoir ce que vous faites. Vous trameriez secrètement un complot : vous faites en secret une confidence. Au milieu d'un cercle , vous parlez à une personne en particulier et tout bas ; vous ne lui parlez pas se* crètement, car on voit que vous lui parlez : vous lui parlez en secret ou à part, car on n'entend pas ce que vous lui dites. » Rodb.
On dira secrètement , en parlant des actions susceptibles de n'être pas aperçues , en tant qu'elles ne sont pas aperçues, et dont leur auteur veut qu'elles ne soient pas aperçues pendant qu'elle»
SYNONYMES QUI ONT LE MfillE RADICAL.
ftcGompUaseai ; et en teeret , en pariant des choses secrètes ezi elles-mêmes.
Qu'on dise i Josabel Qae MaUisn reot id loi parler en secret, Rac» Hathan se soucie peu qu'on le voie causer avec Josabet; ce n'est pas le fait de l'entretien qui est qualifié, mais l'entretien lui-même, les choses qui doivent en faire le si^et. Pardonner, désirer, soupirer, pleurer en Hcr^^ ce n'est point fiûre ces actions de manière à n'être pas vu les faisant , c'est les £ûre sans qu'elles soient sues ou connues.
PUBLIQUIOIENT, BN PUBUG. Bennt toat le monde.
Publiquement , de manière A être vu on entendu de tout le monde ; en public , de manière qu'on est vu ou entendu de tout le monde. En public exprime une circonstance objective , indépendante du sujet , considérée en elle-même , et TpvJbliqaement , une circonstance toute relative au sujet. Aussi le premier s'emploie-t-îl dans deç locutions absolues, et le second dans des locutions particulières et déterminées : paraître ou parler en puhlic^ faire ou dire telle ou telle chose publiquement. Quand on dit de quelqu'un qu'U a parlé ou paru en public , la proposition a un sens complet, 86 suffit A elle-même, vous n'en demandez pas davantage. Si on rapporte qu'il a fait ou dit telle ou telle chose publiquement, vous n'êtes pas satisfait , vous voulez savoir pourquoi il n'a pas CTSiint d'agir ainsi , vous songez aux raisons qui l'ont porté à ne point se cacher. On ne &it point en particulier ce qu'on fait en ptibite, ni en cachette ce qu'on fait publiquement.
DÉFINinVEMEFIT, Bf OÉFINinTB. Par jugement définitif.
L'un caractérise la chose comme événement, comme ayant lieu. On a Jugé une affaire d^/lntltcement tel jour, en présence de telles personnes , après avoir longtemps différé. L'autre caractérise la chose en soi : une affaire jugée en définitive ne peut plus être remise en question. Une affaire n'est point encore jugée d//înttivement quand on doit faire de nouveau l'action de l'examiner, de la discuter; elle n'est point encore jugée en définitive ^ quand la sentence déjè rendue n'a pas en elle-même la force d'arrêter toute enquête, toute décision ultérieure. Ainsi l'adverbe est phénoménal et extrinsèque; la phrase adverbiale est essentielle et intrinsèque.
GÈTIÊRALEKEIfT , Elf GÉNÉRAL. A peu d'exceptions près.
L'un se dît dans Tordre des faits, des événements ; il est empirique : l'autre s'emploie dans Tordre des idées; il est ontologique et logique. Opinion généralement reçue , bruit généralement répandu; homme généralement estimé; on remarque assez généralement que.... Il est vrai en général que.... Généralement parlant , les hommes à systèmes sont obstinés : on en rencontre peu qui ne le soient pas. Quand on soutient que telle tonne de gouvernement conviendrait mieux aux peuples parvenus A tel degré de civilisation, on parle en général , on ne prétend pas que cela soit ^Tai absolument, soas tous les rapports, dans toales les circonstances.
PARTICULIÈREMENT, EN FARTIGULIER. Spécialement. Il aime tous les arts en général et por- U'eu/terem4*nt la peinture, ou, et U peinture en particulier.
En particulier signifii simplement, entra autres; parficttjtéremeni entraîne toujours, si légère qu'elle soit, une certaine idée de préférence, de prédilection de la part du sujet, 1*quelle détermine celui qui parle à choisir cet art parmi les autres pour le citer. C'est pourquoi on dirait bien : Il aime tous les arts en itérai, mais particulièrement la peinture, etnon, wuiéê la peinture en parUeulier.
PLEINEMENT, EN PLEIN. Complètement, non à moitié, à demi, jusqu'à un certain point.
L'adverbe n'est usité que pour exprimer dee états subjectifs de Tftme humaine : être plein&» ment convaincu ou justifié. En plein ne s'emploie qu'objectivement, en parlant d'objets matériels. Le soleil donnait en pietn sur nous. Donner en p2etn dans un piège.
GRANDEMENT, EN iSRANII. On pense, on agit grandement ou en granél , c'est-à-dire d'une manière grande.
^andemenl annonce une grandeur propre an sujet , et en grand une grandeur établie en dehon et indépendamment de lui , à laquelle il se conforme. L'un le caractérise lui-même en tant que pensant et agissant, l'autre caractérise la nature de ses pensées et de ses actions* Celui qui pense et agit grandement^ répugne à s'occuper de détails ; les pensées et les actions de celui qui pense et agit en ^rand, n'ont rien de. mesquin ni de futile. Ensuite , grandement se dit plutôt en parlant du foit, de la manifestation, de TappareU extérieur , et en grand du fond même , de la réalité. H peut y avoir de Tostentation , de fenflure dans celui qui agit grandement; agir en grand suppose toujours une grandeur, une noblsHe, une élévation effectives»
S m. Adverbe et ph^rûte odosrWole mbitanfie»-
quaUficative.
Sagement^ en sagef opeugUmetU^ en oMugUs Ueh^ mentj en Uckeg hérciquement , en hérots pkUoso» phi^Mtemeni^ en pfdlosûfheg /ratemeUmunt ^ em frère i amicalement, en ami; saintement^ en sainte sottement, en sot; cavalièrement, en canHiUeri etc.
Toutes les phrases adverbiales ci-dessus examinées diffèrent de l'adverbe par un caractère d'objectivité. Ainsi se conduire avec fo^effM fait penser à la sapesse de la conduite , des entreprises et des démarches; au lieu que se conduire tapement place la sagesse dans Tagent et la montre comme lui étant inhérente. De même agir à ^aveugle, c'est agir n'étant pas éclairé ou selon un mode constitué hors du sujet, à la manière aveugle; et agir a/oeuglément , c'est agir en aveugle qu'on est , en s'aveuglent.
Hais voici une sorte de phrase adverbiale qui est subjective comme Tadverbe lui-même , c*est-à- 4ire modiûcative de l'action avec rapport à une quïdité du sujet : en soi^e , en «oeiigXe , en 2dc/M , eto. Est-ce donc à dire qu'il y ait alors complète identité entre Tadverbe et aon ex|4ieâ«ioii, «ntre ««•»
PREKIËRE PARTIE :
ment et en tagê , wmgléfMnX et en aoeaigU , et ainsi deMiutres?
Il est à remarquer d'abord que Vadverbe , quoiqu'il soit de la même famille que le substantif de la pbrase adverbiale , aipassé par Tadjectif dont il a dû prendre les nuances. Gela est évident pour les adverbes héroûmemeni^ ^hUoi&phiqaMMnt ^ fraternellement , amicctlement , comparés aux substantifs des pbrases adverbiales, en héros ^ en philosophe , en frère , en ami. Quelquefois , il est vrai , et Tadverbe et le substantif paraissent venir ou plutôt viennent réellement de Tadjectif qui leur correspond. Exemples : Sagement^ en sage; saintement y en saint; anetiglément , en aveugle; lâchement y en lâche. Alors, comme toujours, il y a dans la signification de Fadverbe quelque chose qui rappelle son origine ; ce qui n'a pas lieu pour le substantif. En général, Tadverbe n'existe pas par lui-même, mais en rapport nécessaire avec îadjectif donttoijgours il dérive. Il n'en est pas de même du substantif, partie du discours de sa nature indépendante. De là il suit que l'adverbe n'a pas la même plénitude de signification que la locution adverbiale , parce qu'il a subi l'influence ordinairement atténuative de l'adijectif. En héros , en sage y en sot^ signifient, comme le héros, le sage, le sot, comme le type accompli de l'héroïsme, delà sagesse, de la sottise, c'est-à-dire héroïquement, sagement, sottement, d'une manière pleine et absolue. Mais héroïquement , sagement , sottement reviennent à, d'une manière qui tient de l'héroïsme, de la sagesse, de la sottise, qui y a rapport, qui en donne simplement l'idée. Se conduire ca/f)alièrement , c'est se conduire d'une manière cavalière , qui tient du cavalier, lequel estquelquefois , et sous certains rapports , brusque et hautain : c'est là, en effet , le sens de l'adjectif. En cawUier suggère l'idée du cavalier tout entier , telle qu'elle est exprimée par le substantif, et non une idée partielle, relative, approximative, comme celle que désigne l'adjectif. Ainsi, le sens de l'adverbe correspond exactement à celui de l'adjectif qui l'engendre , et de plus , comme l'adjectif a la propriété de se placer avant le substantif, l'adverbe, en cela différent delà phrase adverbiale , a celle de se placer avant le verbe , ce qui modifie et l'adjectif et l'adverbe de telle sorte qu'ils deviennent des expressions plus indéterminées , plus éloignées de la signification native et rigoureuse , expressions qu'on emploie sans conséquence et sans en bien peser la valeur '.
D'autre part , il importe de considérer dans l'adverbe un des caractères qu'il tient de son rapport avec le verbe , c'est-à-dire , non pas celui de 'la subjectivité dont il ne peut être question ici, puisqu'il lui est commun avec la phrase adverbiale substantive-qualificative, mais celui de la
4. La phrase adverbiale substintive ressemUe sous ce rapport i la phrase adverbiale substantirequaliflcalive. La locution avec sagesse^ par exemple, diffère aussi de sagement par la rigueur et la précision arec lesquelles elle rappelle l'idée radicale. Mais la locotion en sage, outce qu'elle est subjective, ce qui la distingue déji d'avec tagesse , exprime la qualité dans le sujet, non pas seulement i la rigueur, mais pleinemeiit Se coodoire tagêmêm^ c'est
phénoménalité ou de la contingence. A celui qui ^ se conduit sagement, aneugUm^nit , sùttemenX, il arrive de se conduire ainsi ; c'est un fait , quelque chose d'accidentel et de passager : celui qui se conduit en sage , en aveugle , en sot, est un sage , un aveugle , un sot ; c'est en lui une qualité portée au plus haut point et permanente. « Ge médecin suivait en cmeugle les règles des anciens. > Ltis. « Catinat reçut cette mortification en philosophe y et fit admirer sa modération et sa vertu. > S. S.
Donc enfin ce qui distingue dans tous les cas la phrase adverbiale substantive-qualificative , c'est la plénitude et la constance de la qualité qu'elle représente comme possédée par le sujet.
STNONTKIB DBS EXPRESSIONS QUI NE DIFFÈUERT QUE PAR l'ordre des MOTS.
Savant homme, homme savant. Habile ouvrier^ ouvrier habile. Véritable ami , • ami véritabk. Tendres regards, regards tendres. Etc. Maltraiter, traiter mal. Mal parler, parler mal. Mal interpréter, interpréter mal. Mal mener, mener mal. Bien ou mal faire, faire Menou mal. Surveiller , veiUer swr.
Dans certaines langues, l'adjectif occupe, par rapport au substantif, une place invariable. En allemand et en anglais , par exemple , il se met toujours avant. TX n'en est pas de même en français : des adjectifs y précèdent constamment les noms qu'ils qualifient, tandis que d'autres, et ce sont les plus nombreux , doivent les suivre dans tous les cas. Ainsi nous disons : habile avocat ^ cher ami , bonne personne , hautes pensées , dure nécessité, etc.; d'un autre côté, lettre anonyme, habit rotige , xone torride , homme altier , intrépide, inébranlable, absurde; affaire grave, lieu charmant. Auxquels convient-il d'accorder la première place et auxquels la seconde? Il faut consulter , pour le savoir , l'usage , l'oreille et les dictionnaires ; ceux-ci , quand ils sont bien faits et remplis d'exemples choisis avec discernement, peuvent fournir sur ce point d'utiles instructions.
Mais , outre ces adjectifs qui n'ont qu'une place déterminée , les uns avant , les autres après leurs substantifs , il en existe dans notre langue toute une classe qui ont le privilège de se mettre tantôt avant , tantôt après. Nous disons également : savant homme, homme savant; habile ouvrier, ouvrier habile; véritable ami, ami véritable; tendres regards , regards tendres; suprême intelligence, intelligence suprême ; profond saA)oir, savoir profond; malheurewe affaire , affaire malheure%ue; magnifique appartement, appartement magnifique; absurde système, système absurde; accablante nouoeUe , nouvelle, accablante; âlar-
se conduire d'une manière sage , d'une manière qui tient de la sagesse ; se conduire cu^ec sagesse et en sage, c'est faire preuve d'une Téritable sagesse. Toutefois avec sagesse fait considérer cette qualité dans les efl'ets , dans les œuvres , et en sage la représente dans l'agent; ensuite, si en sage ne reproduit pas mieux , avec plus de force, l'idée de sagesse, il la reproduit à un plus haut degré , il l'exprime dans le sujet comme étant parCiite, accomplie.
SYNONYMES QUI OffT LE KfillE RADICAL.
dmis àMn^ dm déikt afrdent$; UlMU bonttf, hotdi céUsU , etc. Or, ]a position de ces adjectif devant ou après les substantifs importe si fort, qu'elle produit quelquefois d«)iz sens , deux locutions tout à foit différentes, comme crosse femme et femme grosse , grand homme et homme grand , «nique tableem et tableau imt'que; c'est naturellement aux dictionnaires à signaler ces variations considérables dans la valeur des termes suivant leur place respective. Mais d'autres fois, comme on a pa déjà le remarquer par les exemples, homme savatU, savant homme; habile ouvrier^ ouvrier habile , etc. , la manière de placer l'adjectif paraît indifférente , tant est légère et peu apparente la modification qu'elle apporte dans l'idée concurremment exprimée par l'adjectif et par le nom auquel il est joint. C'est alors aux synonymistes à indiquer en quoi consiste cette modification , à la faire sentir , à la mettre en lumière , et à établir une règle générale qui guide sûrement dans le choix du rang qu'il convient de donner à l'adjectif dans telle on telle circonstance. C'est ce que nous allons essayer de faire en nous aidant des observations de Roubaud.
4* L'adjeaif préposé esq^rime une qmaUfieaHon etsmtielie, caractéristique i c^est uiu épùkÀts de noturc. lÀadieetif postposé exprime mne qualification accessoire j aceidaUeilei c'est une épithète de dr"
En mettant l'adjectif avant le substantif, nous les unissons si étroitement, qu'ils s'identifient en quelque sorte et deviennent comme inséparables, la chose ne se concevant plus sans sa qualité. Dans le sawuu homme , vous considérez surtout et vous présentez l'homme conmie saM)ant; sa science (ail corps avec lui , fait partie de sa substance. Au contraire, l'adjectif postposé n'est jamais au substantif que comme l'accident à l'égard de la substance; son idée n'est que secondaire , indicative. Dans rhomm^ sowuU , vous remarquez et faites remarquer la science comme un fait, et non «oiame une qualité inhérente à sa personne. Le soïïtatUhomme est constitué savant, l'homme sovant est reconnu savant; un savant homme est un saTant , un homme savant n'est que savant.
Lorsque les consuls romains avaient eu des succès, leurs soldats les saluaient empereurs; et si le sénat leur confirmait ce titre, ils pouvaient se flatter d'obtenir le triomphe. Mais dès qu'ils avaient triomphé, ils perdaient le titre d'^mpereur ainsi que le conunandement. Or ce titre , qui n'était que passager dans les consuls , devint perpétuel dans César, et on y ajouta, pour prérogative , qu'il disposerait de toutes les armées avec un pouvoir absolu. Pour étendre ainsi la signification du mot , on lé mit devant et non plus après le nom du prince , et on dit : Imperotor C. J. Cxsor, au lieu de dire, comme on avait fait jusqu'alors , C. J. Casar imperaior (Coud.). La science du savant homme tient à lui , est incorporée à lui , parce que , dans le langage , l'adjecUf savon/, placé avant homme, se fond avec loi et devient partie de lui-même; ce n'est plus ^'JD seul mot composé. En effet, comment se
sont formés tant de mots composés d'un adjectif et d'un substantif, encore bien distingués l'un de l'autre , tels que pelti-moflre , gentilhomme , sagefemme , si ce n'est parce que la position des adjectifs les rendait caractéastiques et singulièrement propres à faire corps avec le substantif? Bt n'est-ce pas à cause de l'union intime établie par la seule position de l'adjectif entre lui et le sub* stantif , qu'on se permet de les envisager et de les traiter comme une seule expression complexe en les taisant précéder ou suivre d'un nouvel affectif : parfait honnête homme (Rac); l'honneur qu'on nous rend pour de véritables actions vertueu^ (Boss.) ; le vrai honnête homme (Laroch.) ; cepaykvre honnête homme , infortuné grand homme (Volt.) ; ce grand homme see , un savant homsne aimable? Au contraire , la science de l'homme savant ne lui est qu'ajoutée ; c'est une qualité particulière qui s'en détache aisément, et qui n'indique pas l'idée principale et prédominante qu'on se fait de lui.
Si , dans le courant d'un discours, je veux caractériser d'un seul mot Démosthène , je l'appelle un éloquent orateur; je l'appellerai orateur éloquent , si mon dessein est de détailler ses qualités particulières , si son éloquence est l'une des faces sous lesquelles je le présente successivement. — On est habile homme en général, absolument, sous tous les rapports. « On dit que le président de Novion est habile homme, » Fin, « Aristote fut le premier philosophe de son temps et le plus habile homme qui ait jamais été. » Roll. Dans l'occasion on agit en homme habile, c Octave se conduisit avec Gicéron en homme habile : il le flatta, le loua, le consulta.» Moktbsq. «Molière se conduisit en homme habile (pour dEÙre jouer avec succès le Misanthrope), » Lab.
Dites d'un homme que c'est un savant homme , d'un ouvrage que c'est un excellent ouvrage^ d'un chrétien que c'est un parfait chrétien , vous n'avez plus rien à ajouter , et en effet on ajoute rare;nent d'autres qualifications à celles-là , parce qu'on a déjà fait connaître du sujet sa qualité essentielle et fondamentale. Mais on dira bien , c'est un homme savant, généreux, poli : c'est un ouvrage excellent, profond, lumineux : c'est un chrétien parfait , tolérant , sociable , instruit.
2« L'aJjeetif préposé exprime une qualification déjà établie, connue, incontestée / U est analytique. Postposé, il exprime une qualification nouvelle, une union d'idées faite à l'instant mdmcf il ut sjmthétique.
Les connaissances que nous possédons et les jugements que nous portons sont de deux sortes, les uns analytiques , les autres synthétiques , les uns par lesquels nous développons ce que nous savons , nous tirons d'un concept ce qui y est contenu , les autres par lesquels nous ajoutons à ce que nous savons ce que nous apprenons; ou bien , en considérant la chose , non pas relativement à nous, mais relatitement à ceux à qui nous parlons, les uns par lesquels nous énonçons ce qui est su ou connu , nous nous exprimons en gens qui savent, s'adressant à des gens qui savent, et