‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 86 sur 426 · PRÉFIXE RE · texte numérisé non relu

PRÉFIXE RE

luire, reluire, JaUlir, r^aiUir. SenHfj ratentir. Se 9€ntir^ te ressentir, Épandre^ r^andre. Abaisser, rabaisser. Abattre^ rabattre. Avilir, ravUir. Emplir, remplir. Atsurer, rassurer. Assembler^ rassembler, tf>eUler, réceiller. -Vêtir, revêtir^ Souvenir^ ressounenir. Nom, renom. Eté,

L&panicnlere setrotiTe, en français comme en latin, placée an commencement d'un grand noTnbre de mots composés. Originairement, elle donne l'idée d'un espace parcouru de nouveau , soit en sens inverse , soit dans le même sens ; et de là Tient qu'elle est tantôt adversative ou réactive , coDune dans répugner , résister , réprouver , repousser, et tantôt itérative, comme dans relire, reprendre, revenir, refaire. Le verbe récrire» prend dans les deux significations; car il veut dire, d'un côté, écrire à qui nous a écrit, lui faire réponse écrite , et de Vautre , écrire une seconde , une troisième lettre. .

Par cela seul qu'elle est itérative , cette particule doit être augmentâtîve , c'est-à-dire marquer xms augmentation d'efforts , d'énergie de la part du sujet de l'action, et une augmentation de difficulté de la part de ce qu'il feit. Car , outre que la répétition des actes prouve qu'on tient à arriver au but , qu'on y emploie toutes ses forces , ce qu'on ne tsii qu'à plusieurs reprises offre nécessairement plus de difficulté à vaincre , et quelque chose de plus extraordinaire que ce qui se feit en une seule fois. Ce caractère d'augmentation sert surtout à déterminer le sens des mots dans lesquels re ne désigne pas une succession d'actions, mais une action continuée, comme dans retenir, rabaisser, remplir. Quelquefois, au lieu d'être précisément augmentative , la particule désigne seulement de la part du sujet une intention, et par conséquent une action expressément volontaire , tandis que cette même action apparaît , dans le mot simple , comme spontanée et. naturelle, lyautres fois, au contraire , l'augmentaUon va Jusqu'à l'excès.

De ce que la particule re est itérative , il ne sfensuit pas seulement qu'elle doive être augmentative dans un (prand nombre de cas, mais aussi qu'elle doit marquer souvent une rénovation ou le rétablissement d'un état antérieur. Alors le mot qu'elle conmienee suppose un changement qu'on répare , et le retour à l'état primitif. Ainsi regagner ne signifie pas proprement gagner une seconde fois, ni gagner avec beaucoup d'efforts , mais gagner ce qu'on avait perdu, revenir à la possession d'une chose.

Enfin , une dernière remarque au sujet des mots qû ont cette initiale , comparés aux mots simples qû ne l'ont pas , c'est que les premiers sont d'un u&ige généralement plus étendu , et se disent plus volontiers au sens moral et figuié. Propriété qui ,

du reste, parait appartenir à tous les mots composés qui commencent par une particule. Ainfi nous employons plutôt au figuré entrainer que traîner, attirer que tirer, «On dit plus ordinairement se repaître que se paUre de vent ou de chimères. > Acad. Quand on étale un grand luxe , il semble aux spectateurs « qu'on repaît leurs yeux de ce qui devrait paître leur ventre. » Chakr. Il en est de même de redoubler par rapport à doubler : « La vue des Tarquins parut avoir doublé les forces des Romains en redoublant leur courage. » Roll.

LUIRE, RELUIRE. Eclairer, jeter ou répandre de la lumière; au figuré, briller, paraître.

ILeluire est adversatif ou réactif, et quelquefois augmentatif. Ce qui hrit brille d'une lumière qui lui est propre. «cLa vérité universelle n'a pas besoin de rayons empruntés pdur hUre. » FÉv. Ce qui reluit brille d'une lumière d'emprunt, éclaire par réflexion. « Toutes les surfaces extrêmement polies r«{uûent , et renvoient la lumière. • Acad. Le soleil luit; une glace reluit, lorsqu'elle renvoie la lumière qu'elle reçoit. Dans luire la lumière est égale et continue , parce qu'elle vient de la chose même; dans reluire elle est accidentelle et variable , parce qu'elle dépend des circonstances.

Au figuré se trouve la même différence. iMire se dit de ce qui paraît dans une chose , et relwre de ce qui parait dans une chose, mais comme un reflet. Dans cet exemple de Boileau , Et dès qu^an mot plaisant vient luire à mon esprit, le n'ai point de repos qD*fl ne soit en écrit. Luire fait entendre que le mot plaisant sort de l'esprit même de l'auteur qui l'a trouvé. Hais le caractère contraire se montre bien dans cette phrase de Bossuet : « Où a-t-on pris qu'il n'y ait pas en Dieu une justice dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle?» Et dans cette autre de Pénelon : « c'est la vérité par elle-même qui reluit dans cette vérité particulière et communiquée. » On dit également que l'espérance luit et reluit dans le cœur de quelqu'un : la première expression marque simplement qu'il espère ; et la seconde représente en lui l'espérance comme un efiet dont elle rappelle la cause.

Ensuite, re^utVe a parfois plus de force que luire : ce qui est reluisant est deux ou trois fois luisant, c'est-Ardire très-luisant.

Enfin reluire peut signifier luire' àe nouveau après avoir cessé de luire , revenir àTun état antérieur de lumière ou de clarté. «Que les fidèles travaillent tous à se réformer, afin que l'Église refleurisse , et qu'on voie reluire sur elle la beauté des anciens jours I > Fin,

JAIIXIR, REJAIIXm. ns se disent de Faction d'un liquide qui sort avec impétuosité et s'élance rapidement.

Dans rejaillir la particule re est réactive, <m^ augmentative, ou l'un et l'autre en même temps. « AéjotWr, dit Gondillac, se dit proprement dm

PREMIËHE PARTIE

fluides, qui, ayant jot'Uî contre un corps, réfléchissent et retombent dans des lieux où ils n'étaient pas d'abord dirigés. » L'eau jaillit^ puis, rencontrant un obstacle qui la renvoie , elle rejaMit, Dans rejaillir^ il y a non-seulement jet, éruption, mais aussi répulsion de l'obstacle contre lequel le liquide ya frapper. « C'est le même amour (de Dieu le Père) qui va droit à son fils et rejaillit sur nous, s Boss. « Polyphéme se saisit de deux de mes compagnons et les écrase contre une roche comme de jeunes faons; leur cervelle r^aillit de tous côtés. »FéN.

Le plus souvent rejafUUr signifie , non pas rigoureusementjatUir une seconde fois et en un autre sens , mais jaillir beaucoup de fois et çà et là , en divers sens, de toutes parts, avec force et abondance , jaillir et jaillir encore.

Faites coorir, bondir et rejaillir cette onde. Dn.. * Jaillir^ dit Roubaud, exprime proprement l'action de s'élever avec force , de sortir conmie un trait, de former un jet subit; et rejaillir^ l'action de se répandre à la suite du jaillissement , de suivre des directions différentes, de former par son abondance des jets divers. »

Jaillir se dit plutôt des liquides pour lesquels le mouvement semble être en quelque sorte naturel, et qui ne sont pas jetés fort loin; au lieu que rejaillir convient mieux en parlant de ceux qui s'échappent violemment de l'endroit où ils étaient retenus , et qui sont lancés à une grande distance. «Le tuyau, par lequel l'eau rejaillit^ la contient pour la jeter bien haut au milieu des airs et pour la. verser dans le bassin de marbre qu'on lui a préparé. » Boss.

D'autres fois rejaillir exprime un retour du liquide vers sa source , ou vers le lieu d'où il est parti. De l'eau qui tombe r^aillit. «Les fontaines se souvenant toujours de leurs sources , portent leurs eaux, en r^aillissarU , jusqu'à leur hauteur, qu'elles vont chercher au milieu de l'air.» Boss.

Au figuré, même diflérence. Les idées, les expressions jaillissent d'un esprit fécond, d'une bouche éloquente. Bejaillir marque le contrecoup, le retour, l'action de retomber de l'un sur l'autre : la gloire des grands hommes rejaillit sur les princes qui savent les employer.

SENTIR , RESSENTIR. Eprouver quelque chose d'agréable ou de désagréable.

Bessentir , c'est sentir par réflexion , par contrecoup. On sent ses propres maux, on ressent ceux des autres. « Ressentir les maux du prochain. » Boss. «Voyait-il un membre affligé, Û ressentait toute sa douleur. » In. « Dans toutes les épreuves de l'Eglise et dans toutes ses douleurs , elle ne sent rien que je ne ressente avec elle. » Bourd.

Sentir marque quelque chose d'intime, de subjectif; ressenHr est relatif à une cause étrangère dont bn reçoit l'action. Ainsi, l'&me, distincte du corps , sent ses maux , et ressent ceux du oorps. « L'âme, 4it Pascal, ressent les passions du corps: » « Le premier homme , dit Mal»branche, ressentait du plaisir dans ce qui perfectionnait son corps, comme il en sentait dans ce qui perfectionnait son &me. » On doit se servir de sentir toutes les fois que l'on veut simplement

exprimer l'afTection de Tftme , forte ou faible; et au contraire , de ressentir quand on veut faire entendre qu'elle est la suite ou l'effet de telle ou telle chose. On sent les atteintes de la goutte, quand on commence à en souffrir; à la suite d'un excès de table, on ressent les atteintes de la goutte. On ressent plutôt qu'on ne sent les effets de la haine ou de la libéralité de quelqu'un. Labruyère dit que nous ressentons de la colère contre ceux* qui nous raillent; et dans cette phrase senltr serait impropre , parce que la colère est ici clairement l'effet de la raillerie. Quelquefois ressentir signifie sentir bien après l'impression , à une époque qui en est éloignée : les femmes de la Chine auxquelles on casse les pieds , pour les rendre petits, * ressentent cette douleur pendant toute leur vie. » BoFF. « Damon ressent la perte de son ami dans ce moment , tout comme il la sentaU au moment de ses funérailles. » Marm .

Se SENTIR , se RESSENTIR. Eprouver quelque reste d'un mal qu'on a eu , les suites d'un malheur, ou l'influence, soit heureuse, soit funeste de quelque chose.

Nous nous sentons de ce qui vient de nousmêmes, de notre bonne ou de notre mauvaise conduite ; nous nous ressentons de ce qui vient des autres, des fautes de nos parents, par exemple.

Ensuite, on se ressent longtemps après, ou i une grande distance : Quiconque a négligé son éducation s'en ressent toujours. « Ce n'est pas que mon cœur se ressente encore de ses anciennes blessures. » J. J. Dans la hiérarchie administrative , si l'un des employés principaux obtient de l'avancement, le moindre commis peut quelquefois s'en ressentir, « De cette autre mienne vie qai loge en la connaissance de mes amis , je sais biea que je n'en sens fruit ni jouissance que par la vanité d'une opinion fantastiqxie : et, quand je serai mort, je m'en ressentira* encore beaucoup moins, s Montaigne.

ÉPANDRE, RÉPANDRE. Laisser tomber, jeter çà et là, en plusieurs endroits.

Bépandre enchérit sur épandre; il marque plus d'impétuosité dans l'action , une plus grande dispersion de la chose versée. On épand un liquide en l'étendant, en l'étalant doucement; onler^ pand, en le jetant de tous côtés avec force ou de haut. Montaigne dit, pour marquer que les princes doivent être modérés dans leurs libéralités, qu'il faut épandre le grain, non pas le répanàre» Epandre est d'un usage très -borné, et se dit principalement en parlant d'un fleuve dont les eaux se déploient paisiblement sur un espace plus ou moins étendu. « Ce fut alors , dit Fléchier, que la charité, comme un fleuve, rompit ses bords et s*épandit sur tant de terres arides. » « La lame affaiblie qui vient s'é^ndre sur la rive basse en un léger réseau. » Bufp. « Un embrasement qui, poussé par les vents, s*épand au loin dans une forêt. 9 Labr.

ABAISSER, RÀRAISSER. Ils expriment l'actioa de flaire passer de haut en bas, de diminuer la hauteur, la valeur, le prix, la dignité, lem^ rite , la réputation. ,

Abaisser marque une dépression modérée. L action de rolniâser est plus forte; car rabaisser ^

SYNONYMES QUI ONT LE KfiMK RiU>lGAL.

iOO

c'est àbaistir eneore davantage , de plus en plus , grec effort ou redoublement d'action. On abaisse le mérite par un mot, un propos, en passant; on s'acharne à le rebaisser. Bàbaisser emporte plus de force non-seulement dans l'action, mais aussi dans rintentiou, dans la volonté; il suppose or> dinûrement de Vanimosité.

De plus , raibaisser donne l'idée d'un état antérieur au-dessus duquel on s'est élevé et auquel ramène celui qui rabaisse; c'est pourquoi Ton dit plutôt rabaisser qu'obaitter les prétentions de quelqu'un, le caquet, le ton d'une personne, Toigneil, l'arrogance, la présomption et tous les vices qui font qu'on se met à une hauteur démesarée ou illégitime. On se rabaisse pour rentrer dans un état au-dessus duquel on avait voulu s'élever.

Quelquefois ràbofisser est réactif; il exprime que des personnes abaissées par d'autres font ensuite et réciproquement subir à celles-ci le même sort: « Les reUgieuz, qui avaient été abaissés par les jésuites, les rabaissèrent k leur tour. »

TOLT

ABATTEE, RABATTUS. Ces deux mots se disent en parlant de l'orgueil, de la fierté, de l'arrogance qu'on f^X tomber ou qu'on rabaisse.

ÀbaUre e^rime cette idée sans aucun accessoire.

Set malheDrs n'avaient point abauu sa fierté. Rac. Aibottre , c*esl abattre avec force. « L'arrogance des princes , dit Bossuet, est fortement rabaUue par le spectacle de la suite des empires. » — « Ce sont les pieds du paon qui abattent son orgueil. » MoHTAiGR. « La fortune, qui prend plaisir à rabattre notre présomption, n'ayant pu faire les malhabiles sages, eûeles fait heureux, à l'envi de la vertu. » lo.

Bailleurs, presque toujours rabattre suppose que le sujet de l'action s'anime et fait de grands efforts , tandis que celui contre qui il agit résiste avec plus ou moins d'opiniâtreté.

Qu^il soit brave guerrier, qu'il soit grand capitaine , Je saurai bien raiattn une humeur si hautaine. Couf . On ne dit pas plus odollre qu'abatiser le caquet; il faut dire le rabattre ou le ro^aûter.

AVan, RAYILIB. Abaisser de manière Prendre vil, méprisable, à couvrir de honte*, d'opprobre , d'infamie.

Ba«tHr est augmentatif, c'est oviZtr à plusieurs reprises, avec redoublement d'action : le métier d'espion ravt7tl. c Une puissance ennemie , dit Bossuet au sujet du culte païen , avait entrepris de ramUr le nom sacré de Dieu. » « Jean- Baptiste n'est ries de ce qu'on pense : il n'est point Slie, il n'est point prophète; et bien loin d'être le Messie , il n'est pas digne , dit-il , de lui délier ses souliers : car il se sert même de cette expression basse, afin de se ranilir tout à fait. » Id.

lUs/cHir marque souvent aussi le rétablissement d'un état antérieur : l'éclat et la renommée avaient ennobli les beaux-arts ; la pauvreté les rovtice. « Tout est à nous p ar Jésus-Christ, dit encore Bossuet; il n'y a rien au-dessus de nous, pourvu seulement que nous ne nous rcmiiisions pas Bous-mémes. »

JEimiR, RKSPtlB. Bendre un vase pl^in.

mettre dans un vaisseau jusqu'à ce qu'il soit plein.

Jlempitr a deux nuances distinctives. D'abord, il désigne une réparation, le complément d'un ride partiel, une réitération de l'action de verser; de sorte qu'il signifie ajouter ce qui manque pour que la chose soit tout à lait pleine. On emplit tout d'un coup et ordinairement un petit espace , un objet ou un vase de médiocre capacité , sa main (Boss.) , ses poches (Docl.), un verre ou une bouteille (Acad.), une cuiller (Labb.), une cruche (Laf.)* « Il prend la grande cuiller, la plonge dans le plat, Remplit, la porte à sa bouche. > Labb. Psyché, heureusement parvenue à la fontaine de Jouvence, « emplit sa cruche. » Lap. Quand l'âne , chargé d'épongés , s'est jeté à l'eau , L'éponge devint si pesante.

Et de tant d'eau n'emplit d'abord.

Que l'âne succombant ne put gagner le bord. Lav. Mais un étang se remplit d'eau par des crues suc- . cessives.

Le second caractère de remplir tient au premier. Emplir se prend ordinairement à la rigueur, de manière que le vase n'est empli que quand il n'y reste point de ride; et, au figuré, il exprime de même une plénitude absolue. Montaigne dit, en parlant de l'immuable éternité de Dieu : c Par un seul maintenant il emplit le toujours. » Dieu ne pourrait entièrement emplir aucun espace par un certain nombre de petites boules ; car les boules qui se touchent laissant un espace triangulaire , il faut pour Yemplir autre chose que des boules (Mal.). Au contraire , rempUr marquant succession , action partielle , se prend souf ent dans un sens relâché. pour désigner seulement l'abondance ou la multitude. De là rient qu'il est d'un usage beaucoup plus étendu au propre , et surtout au figuré. Emplir se dit proprement des vases, des vaisseaux, des choses destinées à contenir de certaines matières ; remplir se dit indifféremment de toute place occupée par la multitude ou par la quantité. Vous emplissexxoie cruche d'eaii, un verre de vin, un sac de blé, vos poches de fruits, une bourse d'argent; vous remplissesi une rue de gravois, une basse-cour de fumier, un pays de mendiants, un bois de voleurs, et, de quelque matière que ce soit, des trous, des interstices, des fondrières , des vides qu'il faut boucher. — Dans le sens figuré, on se sert toujours de remplir : remplir une charge, un emploi •; une tète remplie de pensées, d'affaires. « L'imagination grossit les plus petits objets jusqu'à en remplir notre âme.» Pasg. C'est avec raison que Laharpe reproche à Voltaire d'avoir mis emplir au lieu de remplir dans ce vers de Mérope :

L'horreur et la vengeance empliront tous les cœurs.

ASSUBER, RASSURER. Au propre, ces deux mots signifient affermir, rendre stable; et, au figuré, tranquilliser, donner de l'assurance.

Au propre , on osrtire contre un danger possible ou éventuel, et on rassure ce qui est près de tomber , ce qui menace ruine. « Si loin que vous étendiez votre prévoyance , jamais vous n'égalerez les bizarreries de la fortune : vous aurez tout asp/fé aux enrirons , l'édifice fondra tout à coup

iiO

PREHIfiRE PAKTIK

par le fondemsat. » B08É. c 61 Ton n'oMur « le fondement, on ne peut anwrer Tédifice. » Pà8C. ' Basïïwrer exprime qu'il y a plus à craindre , et que la chose a déjà été endommagée ou ébranlée. « Il faut rauwrer cette muraille , elle menace ruine. » AcAn. « Télémaque luttant contre Hippias le presse et l'atuque ; U Vébnmle , 11 ne lui laisse aucun moment pour se rcustirer. » FAn.

Au figuré , il en est à peu près de Même. On auure le faible , et on mttuf e le peureul : on (u* sure celui qui n'est pas ferme y résolu , qui manque de confiance ; on roiêwré celui qui est déjà troublé, intimidé, en proie à la crainte ou à la terreur. Un homme Ta subir une opération , tous Vassureit en lui donnant de la confiance ; quand arrlTe le moment, et qu'il tremble à la Tue des instruments et des apprêts , vous le rasturez. Il faut, bien entendu, pour rauwer^ plus d'efforts et plus de soins.

Du reste, astufer^ dans le second sens, n'est guère employé que par les poètes.

Princesse, assurez-^uif Je les prends sous ma garde.

Bac.

O bonté qui m*atêutê antuit qu'elle m*honore«

Etther k Aâtuénu, Id.

Occupé seulement de l'âpre Jalousie , Rien ne peut Pasturer , de tout il se défie. Lav.

Et encore à propos de ces deuxTers de Corneille : Un oracle m^atturê , un songe me IraTaiUe.

(Dans Horaeè,) Et tâchons tPasfunr la reine qui te craint.

{DiM Nieomède.)

Voltaire déclare expressément que le Terbe atturer n'est pas français dans cette acception. Il est certain qu'il Ta été autrefois. « La compagnio'of * sure Jusques aux enfants. » Movtaion. « La gloire de mourir aTec fermeté, l'espérance d'être regretté, etc., font, pour nous asturer, ce qu'une simple haie fait souyent à la guerre pour a^mrer ceux qui doivent approcher d'un lieu d'où l'on tire. » LAROca. c Mlle de Saldagne tremblait comme la feuille; Yerville n'était guère plus assuré. » ScARR. c Je Tois bien ce que c'est; tous Toulez assurer les maris « afin que , n'ayant point de soupçon de tous , ils tous laissent faire tos recherches en toute liberté. » Malh. « Il ne faut pas tant de discours pour conduire les &mes selon les Toies de Dieu. Quand vous m'avez exposé les choses , mon silence même tous assure. » Boss.

ASSEMBLER, RASSEMBLER. Mettre ensemble , réunir des personnes ou des choses auparaTant isolées.

Èassewhlér suppose plus de difficulté, dans ce sens que les choses auxquelles il s'applique sont plus éloignées , plus disséminées , plus éparses , en plus grand nombre , et qu'elles ne sont pas accoutumées à se trouTvr réunies , à aller ensemble. De sorte que, d'un côté, nous assemblons les choses ou les personnes qui ne sont pas éloignées de nous , que nous aTons sous la main , que nous saTonsoù trouTer; tandis que nons rassemblons celles qui ne sont pas près de nous, que nous sommes obligés de faire venir de loin et à grand'peine. L'éloquence tonsiste à persuader des hommes assemblés (J. J.); c'est la poésie qui a rês- Semblé Uê hommes dM fbréto où ils étaient épm

et errants (FiN.). Rollin dit que, pendant que Antoine était allé à Brindes, OctaTC assembla \m oorps de troupes , et , dans un autre endroit , qu'un général surpris n'eut pas le temps de rassembler . ses soldats , qui étaient dispersés çà et là dans uns parfaite sécurité. Ou bien nous assemblons des choses analogues , et rassemblons des choses dissemblables, c Selon Aristote, dit Malebranche, le feu est un élément chaud et sec qui assemble les choses de même nature ; l'eau est un élément froid et humide qui rassemîble les choses de même et de différente nature. »

D'un autre côté, assembler^ en parlant des personnes, marque quelque chose d'ordinaire et qui se fait dans un lieu destiné à cet effet; tandis que rauembltr désigne une réunion irrégulière , inaccoutumée, improvisée. A la nouvelle de la fuite de Louis XVI , les membres de la Convention , qui s'étaient assemblés le matin , se rassemblèrera à once heures du soir. Un prince qui assemble souvent ses troupes pour contempler ses forces, les rassemblé quelquefois pour marcher contre l'ennemi. — Ce que rassembler exprime d'extraordinaire ne porte pas seulement sur le fait de la réunion, mais aussi sur son objet, comme on le voit par les deux exemples précédents. «E Constant assemblait tous les jours de nouveaux conciles pour réformer les symboles, v Boss. <K Par combien de subtilités, de détours et d'équivoques les protestants ont tâché de rassembler les membres épars de leur réforme désunie. > In.

ÉVEILLER, RÉVEILLER. Tirer du sommeil.

On r^^Us difficilement, brusquement, à uns heure inaccoutumée , quand on n'a pas dormi suffisamment, d'un profcmd et pénible sommeil, a Réveiller , dit Marmontel , est plus Tif et plus prompt. » Ce retbe n^arque redoublement d'effort et de résistance. « Le lendemain , à l'heure marquée , il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. » Boss. « On remarque que le prince (de Condé) ayant tout réglé le soir, veille de la bataille (de Rocroi), s'endormit si profondément qu'il fallut le r^eilier pour combattre. On conte la même chose d'Alexandre.» Volt. Condé ayant battu le maréchal d'Hocquinoourt à Blénau , « le cardinal Mazarin, efiVayé, courut à Gien, au milieu de la nuit , réveiller le roi qui dormait, pour lui apprendre cet^ nouTelle. * Volt.

Pour éveiller celui qui a le sommeil tendre, le moindre bruit suffit. Quant à celui qui a le sommeil dur, il fkut le réveiUer^ c'est-à-dire s'y prendre à plusieurs fois, en le sollicitant, en le secouant. On réveiUe et on n* éveille pas un mort, ou quelqu'un de sa léthargie, de son assoupissement, on %* éveille tard, et on se réveiUe en su^ saut. Dans les Euménides d'Eschyle, Apollon est venu à bout d'endormir les Furies , cet leur som* meil est bien dur, car il se passe beaucoup de temps avant que Glytemnestre parrienne à les réveiller» » Lah. c Ceux des Stoliens qui 4or« maient eurent bien de la peine à se rA)eilUr, > RoLL. On dit plutôt Réveiller ^ et être réveillé ou révMler les autres, car le réToil spontané est presque toujours fkcile, doux, naturel; au lieu qoe le lireil produit par d'autres ou sur d'autres

STNONTIIES QUI ONT LK MtMZ RADICAL.

art MMidaiii et ptna <ra moins Tiolent. < Il ^u$ ^eiil^ , et m'a réveUU^ criant an meurtre. »

SCAKk.

On éveille et on s'éveille à Theare ordinaira, ({uaad il est déjà grand jour, c Je m*éve%lU le ma* tin aYeo une joie secrète de TOir la lumière.»

MOHTBSQ.

B «al, çuMea, grand jour. Déji de leor ramage \jt» coqi ont éveilU tout notre Toisinage. IUok. Maia on féveilU et on se réveille au milieu ou au commencement de son sommeil , ou bien de grand matin. « Le ftcheux , entrant dans la chambre de son ami qui commence à l 'endormir , le réveille pour rentretenir de Tains discours. » Labr. « Je ne sais pas quel plmsir tous prenez à me réveiller si matin, s Moi..

Halebraache distingue différentes sortes de sens&tioDS, les nnes fortes et vives, qui, dit-il, étonnent Vesprtt et le réveiUenl avec force , comme lui étant fort agréables ou fort incommodes; d'autres faibles et languissantes, qui touchent peu rame, et qui par conséquent VéveiUefU à peine, ne loi étant ni fort agréables ni fort incommodes.

Ensuite, réveiller marque le rétablissement (Pun état instantanément changé, c'est-à-dire qu'il suppose qu'on s'était éveillé déjà une fois, puis rendormi : ceux qui s'étant éveillés n'ont pas soin de se lever, courent risque de se rémller fort tard. Ce caractère a bien plus d'importance au figuré qu'au propre. On éveille coomie on anime le courage, la haine, la colère, en les excitant dans le coeur d'un homme qui ne les a pas ', on les réveille , comme on les romme , en les renouvelant dans le cœur d'un honme qui les a perdus ou qui les perd.

TÉTIR , KEYÊTIR. Ils se disent en parlant des habits dont on se couvre.

On revél ce dont on se couvre en second lieu, après s'être velu , des habits qui se superposent aux vêtements. On est vêtu de ses habits ordinaires , de ceux qui sont faits pour le besoin et la conunodité ; on est revêtu d'habillements extraordinaires par-dessus les premiers, comme, par exemple , d'une armure , des Insignes de la royauté, de la pourpre impériale, et en général des habillements faits pour distinguer Im honneurs et les dignités.

Un èvêque officiant est vêtu de sa soutane, et revêtu des habillements pontificaux, «e L'évoque est à l'église avec son clergé, et ils sont déjà reritut, » Boss. « Le grend prêtre Jaddus s'était avancé, rev&u de ses habits pontificaux, au-devant d'Alexandre, avec tous les autres prêtres, revêtus aussi de leure habits de cérémonies, et tous les lévites vêtus de blanc » Roll.

SOUYBflR» RESSOUYEIIUL Idée précédemment wquise, puis oubliée, et ramenée enfin devant les yeux de Tesprit.

Ce dont on se reMOUviM est d'mi temps éloigné, et n'a laissé dans l'esprit que des traces obscures, qui ne peuvent être retrouvées qu'à forte de recherches et d'efforts. < On se reffou- «ienl des choses passées et éloignées. » YAUdb < Ta lettre noua a liait rettouventr d'une brouilitneàonton avait perdu la mémoire, tant elle

est absolument passée. » Pasg. < Dieu enfin se restouvint de tant de sanglante décrete du sénat contre les fidèles. » Boss.

« Le retsouvenir^ dit fort bien Roubaud, est le souvenir renouvelé d'une chose plus ou moins éloignée, du moins de notre esprit, et difficile, soit à retrouver, soit à reconnaître. Le souvenir est plutôt d'une chose plus ou moins présente à l'esprit « plus ou moins facile à rappeler , plus ou moins fidèlement représentée; le reMouvenir est plutôt d'une chose plus ou moins oubliée , plus ou moins difficile à retrouver, plus ou moins imparfaitement retracée. »

« Cypsèle avait tout oublié; mais Périandre le pressa tant, qu'à la fin Cypsèle se ressouvint des dernières paroles que Proclée leur avait dites. » FiN. « Télémaque croyait même se ressouvenir conAisément d'avoir vu en Ulysse des traits de cette ressemblance. » In.

NOM, RENOM. Grande réputation.

Il y a dans renom l'idée de la répétition du nom , lequel s'est étendu en passant de bouche en bouche; de sorte que renom est le superlatif de fioiii. Par le nom on est connu , distingué , tiré de l'obscurité; par le renom on fait du bruit, on a de la vogue , on jette de l'éclat. Avec un grand nom on est estimé; avec un grand renom^ on est célèbre , on occupe les cent bouches de la renommée.

On se fait un nom^ un grand nom en littérature, dans la critique, au barreau, même dans les arts industriels; leretiom, comme la- gloire, s'acquiert surtout par les armes. « Des chevaliers de haut renom, » Les. Don Sanche , à qui Chimène confie sa vengeance , est un guerrier sans renom ; ses mains n'ont point été rendues glorieuses par • des exploite fameux. Lafontaine a dit au siget de Richelieu :

Oae la nuit d'aoenn temps ne borne la carrière

D.e ce renom ti beau, si grand, si giorieux.

EMPORTER, REMPORTER. Ils se disent tous deux pour exprimer l'action d'obtenir un prix.

On emporte le prix qui n'est pas disputé; on remporte celui qui est mis au concours. Pour emporter l'un, il suffit d'être fort; pour remporter l'autre, il faut être pins fort que les autres, il faut triompher de ses concurrente. La Fontaine dit au Dauphin, en lui dédiant ses fibles, qu'il emportera le prix de son travail, s'il parvient à lui plaire. Le Cid, vainqueur de don Sanche, remporte le prix du combat; et ce prix est Ghimène.

Emporter le prix, quoiqu'on le dise rarement, est néanmoins la seule expression convenable quand il ne s'agit pas d*un prix proposé à des concurrente et destiné à celui qui surpassera les autres, mais d'un avantage quelconque auquel on aspire. Gharost voulait être fait duo et pair; le roi s'y refusait; Gharost insista, et à la fin c il smpiorta le prix de sa persévérance. » S. S. « La sainteté est une vaste carrière où il y a toujoun à courir pour emfiorter le prix. » Bourb. «On en voit qui portent assez bien la croix d'abord et qui se relâchent ensuite : ce n'est point à eux que la couronne est promise , et ce n'est point ainsi qu'on emporte le prix. » In»

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