‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 87 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

APETISSSR, RAPETISSER. Rendre Ott devenir plus petit.

Bapetisser enchérit sur apetitser, et signifie apetisser d'une manière réitérée ; il exprime une action plus forte et un effet plus grand. Les jours apetissent quand la diminution est presque insensible ; ils rapetiuent quand elle est considérable. Bapetisser marque même quelquefois une diminution ezcessiye. « L'espèce humaine paratt agreste, contrefaite et rapetisses dans les climats glacés du Nord. » Bufp. « Les Lapons, les Samoièdes , etc. , sont des hommes d'une nature ror peiisséey dégénérée. » In.

Ou bien encore rapetisser est adyersatif comme rabaisser f par exemple : il indique une réaction, un effort pour réprimer ce qui tend à s'agrandir, c Vous tendez au grand par la pente de Totre cœur, et par l'habitude d'y tendre; mais Dieu veut TOUS rabaisser et tous rapetisser dans sa main. » FéN.

D'ailleurs, apetisser marque une diminution subite , en un seul coup , et rapetisser une diminution qui se fait lentement, successiTement, par progrès. Une étoffe mise à l'eau une seule fois a*apetisse; elle se rapetisse quand la diminution a lieu à la suite de pinceurs immersions. ^ « Dans la diastole le cœur s'enfle et s'arrondit ; dans la systole il s^apetisse et s'allonge. » Boss. Un Tieillard rapetiue , parce que la diminution de taille qu'il subit s'opère par degrés. Boileau dit que la serritude est une espèce de prison où rime décroît et se rapetisse^ en quelque sorte.

.AGCODR€IR, RACœURGIR. Rendre ou dcTonir plus court,

Àccourdr exprime une action modérée et un effet peu considérable. « Voulez-Tous accourcir l'opération, ne l'interrompez pas. » FéN. « Il faut lui accourcir un peu le temps de l'étude. » Id. La ciguë accourdt de quelques jours la yie de Socrate (Volt.). Sous ces deux rapports roecoumr enchérit sur le Tcrbe simple. « Télémaque et Hippias sont aux prises : ils se raccowrcissefU y ils s'allongent, ils s'abaissent, ils se relèTent, ils s'élanèent. » FiN. « La nature divine , sans bornes et sans limites, s'est comme raccourcie dans l'incarnation. » Boss. « Mon censeur assure que notre vie est fort raccourcie en comparaison de celle des corbeaux et des cerfs. » Volt.

Ensuite accourcir signifie plutôt réduire à de Justes bornes. « Une phrase heureusement aecour' eie, » Volt. « Je prie M. de Grignan de prendre soin à*accourcir les lignes que je veux de tous. » Siv. Au contraire, raccourcir ^ c'est non-seulement accourcir beaucoup , mais souTent aussi accourcir trop, c Bien loin d'aToir augmenté sans nécessité la durée du temp», je l'ai peut-être beaucoup trop raccourcie, » Buff. « Les lunettes qui grossissent rétablissent peut-être la Téritable grandeur des. objets que la figure de notre œil avait changée et raccourcie, » Pasc. — Buffon dit en parlant du roitelet que les Grecs appelaient d'un nom qui signifie sabot ou toupie : « Cette dénomination est analogue à la forme de son corps ûecowrei et ramassé, s Et ailleurs, au sujet d'un colibri représenté dans une planche enluminée : fL Le corps de l'oiseau y paraît un ppu trop rac-

courci, » — De même Voltaire dit i un jeune homme qui aTait traduit une partie de V Iliade : « Je vous sais bon gré surtout d'avoir accowci. > Et dans son Essai sur la poésie épique , citant un passage de l'Iliade , il s'indigne contre Lamotte-Houdard qui , dans sa traduction , «e étrangle ce beau passage et le raccourcit en deux vers. »

Enfin on accourcit plutôt tout d'un coup. Les Parques , en faisant mourir un homme , accoweisseiU le fil de ses jours (Féh.). ICais raccourcir est plus propre à marquer une action successive. « L'esprit de l'homme s'étend et se raccourcit suivant l'application ou l'inapplication où il vit.» FÉN. « L'air froid raccourcit le fer. » Hontesq.

ÉTRÉGIR , RÉTRÉCIR. Rendre ou devenir plus étroit.

Étrécir signifie cette action simplement ;r^Nctr l'exprime avec une idée particulière d'intention , de réitération , de persévérance ou de force; car rétrécir^ c'est étrécir et étrécir encore.— «Ce n'est point un paradoxe de dire que, dans l'état religieux , plus on élargit la route , plus on Vitrêctl. > BouRD. On peut donc ^(r^ctr même sans le savoir ni le vouloir, c Ce chemin étroit qui mène au ciel parut encore trop large à sainte Thérèse, et toute sa vie elle s'étudia à le rétrécir autant qu'il lui Ait possible. » Bourd.— Malebranche et Buffon disent que la pfunelle de l'œil s'étrédt sous l'impression des rayons du soleil ; c'est une action douce et faible. Mais « les muscles , en se resserrant excessivement, rétrécissent la peau, font dresser les cheveux et causent ce mouvement qu'on appelle horreur. > Boss.

D'autre part, rétrécir marque plus proprement ou plus fortement l'excès. Si on ôte à un habit ce qu'il a de trop en largenr > on Vétrécit ; on le rétrécit en le rendant si étroit qu'il n'est plus possible de le mettre : Bagotin , dans la comédie de Lafontaine qui porte ce nom , essaye vainement de mettre l'habit que La Rancune a eu la malice de lui rétrécir pendant son sonuneil :

Mais que vois-Je? aurait-on réirédi mon pourpoint? Bétrécir l'esprit dit plus que Vétrécir, de toutes les manières.

TARDER, RETARDER. Remettre à faire en un temps plus éloigné ce qu'on devrait faire sur-lechamp.

Mais ta^â/er ne désigne que le fait de ne pas exécuter assez tôt; retarder annonce une résolution de la volonté. Pour tarder k partir, il suffit de ne pas partir, et, pour retarder son départ, il faut volontairement et sciemment le fixer à une époque postérieure à celle où il avait été fixé d'abord.— De là une seconde différence. Retarder suppose quelque difficulté survenue , qui force de contrevenir à ce qui avait été réglé, déterminé; de manière que celui qui tarde n'agit pas en temps convenable et que celui qui retarde n'agit pas en temps convenu. Un paresseux tarde à partir ; un homme qui n'avait pas prévu la longueur de certaines affaires, se voit contraint de changer sa résolution et retarde son départ.

D'ailleurs tarder s'emploie toujours avec d ou de suivi d'un infinitif, au lieu que retarder veut toujours après lui un substantif sans préposition : tarder à on de Caire une ch<Me; retardfT

SYNONYMES QVl ONT LE MÊME RADICAL.

son départ, son mariage, la conclusion d'une a&ire. « On retarde autant ToeuTre de Dieu, qu'on tarde k se mettre dans cette disposition. » Boss.

AMOLLIE, BAHOLLIR. Rendre mou ou moins dur, au propre et au figuré.

On amollît ce qui est dur; on ramollit ce qui est trop ou très-dur. La chaleur du soleil amollit la dre ; le feu ramoUit le fer. — « La langue humecte et amoUit les rândes. » Boes. « Les cailloux les

ilus dars se décomposent à l'air : peu à peu toute

or substance se ramollit et se convertit en terre MigUmise. » Buff. « Dieu touche le cœur du péchearpour le romoUtr , parce qu'il est dur comme Je marbre. > Boss.

Au figuré , ramollir exprime plutM un excès. itmoUtr les cœurs ou les &mes , c'est les porter A la douceur. « Roideur de caractère que rien n'omoUtt. V ]. J. « ÂmolUr l'humeur d'un homme d'œprit, le rendre plus doux et plus sociable. » Labb.

Aux aeeenfs donl Orpbée emplit les monts de Thnce, Les Ijgres amoUis dépouillaient leur audace. Boa.. BamoUir les cœurs ou les âmes , c'est les énerver. «Cette musique, qu'il fait mépriser comme capable de rawolliT les courages , était sans doute cette musique molle et efTéminée , qui n'inspire que les {daisirs et une fausse tendresse. » Boss. — Quand les deux mots marquent un défiiut ou un excès , il est plus grand exprimé par ramollir , ou présenté en of^position arec un état antérieur d'où ce verbe annonce qu'on a été tiré. « Les Toscans étaient amoUta par leurs richesses et par leur luxe. » MouTBSQ. «Le&Mèdes, autrefois si laborieux et si guerriers, mais à la fin ramollii par leur abondance. » Boss.'

ADOGCm, JUDOUOR. Rendre doux, au propre et au figuré.

Jiadoueir se dit de choses plus rudes, ou plus ûgres , ou plus dures : « on raàoueit les métaux par une fonte réitérée » Agad. ; ou bien des choses qui , étant douces, ont été changées et qu'on ramène à leur état primitif de douceur : «la pluie a radouH le temps. » Acad. Mais , on dira d'une manière générale avec l'Académie, la pluie adovcfl le temps.

Il en est de même au moral. On radouctl un homme qui est fort en colère.— Ensuite , on odoudt Vhumeur de celui qui l'a naturellement rude , et on Tadxmcà l'humeur de celui qui l'ayant naturellement douce , en a changé tout à coup.

ENCHÉRIR, RENCHÉRIR. C'est figurément , par rapport A une chose , A ce qu'on a lait ou dit , y ig'oater, fidre on dire plus.

Mais renehirir marque un en^MriMtfmeiU difficile ou extraordinaire , parce que la chose était déjà forte ou portée à un haut degré. Aussi dit-<m ftnehérir encore (J. J. , S. S.), renchérir même (Mass.).

On enchérit sur quelque chose d'ordinaire , de bible , de simple , de naturel. « M. Vemes enf^érit partout sur le sens naturel des mots pour me rendre plus coupable. » J. J. « Une simple légèreté dans la bouche d'un souverain va faire de nouveaux impies; on croit plaire, en enchéris- Mitf , et des nôUeries deviennent des b^asphè*

«ni. rpAsç.

mes. » Mass. « En fait de style , toute répétition qui n^enchérit pas doit être évitée. ^Yolt.^ Mais on renchérit i on renchérit encore sur quelque chose qui est déjà fort, violent ou excessif. « Renchérir sur l'indignation ou sur le zèle de quelqu'un. » J. J, , Boss. «i Renchérir sur l'énergie dé la poésie par celle de l'harmonie et du chant. » J. J. « Des ministres de J. G. non-seulement imitent les mœurs et les excès des mondains , mais renchéristent même sur eux. » Mass. « Dans les accusations de Cicéron contre Verres, on voit le crime renchérir sur le crime. » Marm. «Diogène perfectionna le cynisme, c'est-à-dire qu'il renchérit sur les excès de son maître. » Coifo. « Ne rougissez-vous pas de renchérir en fait d'intérêt sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers? » Mol.

Au propre , la différence est à peu près la même.

ENFERMER, RENFERMER. Mettre une chose ou une personne dans un endroit clos.

Laveaux prétend avec raison que renfermer se dit d'une clôture plus étroite qu'enfermer. Le premier mot indique plus de précautions , et plus de danger que la chose ou la personne n'échappe ou qu'on n'arrive jusqu'à elle.

Enfermer^ c'est simplement ne pas laisser aller librement dehors ou même seulement ne pas laisser dehors. « La petite maison de la Vierge Marie, transportée de Nazareth à Loretto, fut enfermée dans une église superbe, s Volt. « Que servirait , dit Montesquieu , d'enfermer les femmes dans nos pays du Nord où leurs mœurs sont naturellement bonnes? » Mais il dit ailleurs : « Dans les £tats despotiques, les princes ont plusieurs femmes et mille considérations les obligent de les renfermer, »

En ettelj tous ces soins sont des choses infâmes : Sommes-nous ehes les Turcs pour renfermer les

featuDes ? Mou

« Il renferma sa femme avec tant de sévérité , qu'elle n'eut permission de voir qui que ce fût. >• S. S. Harpagon , qui a peur d'être volé , « renferme toutes choses, et fait sentinelle jour et nuit.» Mol. Dans le Dépit amoureux ^ Mascarille pour échapper à la poursuite des ennemis de son maître , lui dit :

Ne nous obstloons plus à rester dans la me ;

Allons nous renfermer. MOL.

On est enfermé dans sa loge au spectacle , dans sa chambre à la ville ; on est renfermé dans une prison.

Renfermer désigne toujours une action volontaire, et ne pourrait, par conséquent, se substituer à enfermer dans une phrase telle que celleci : < Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, » Pasc.

Enfin renfermer peut aussi exprimer quelque chose de difficile. « Il n'y a qu'une profonde sagesse qui ait pu renfermer toute une grande plante dans une si petite graine. » Boss.

AMASSER, RAMASSER. Faire un amas, un assemblage, réunir.

Ramasser a pour nuance de marquer èes soins , la peine qu'on a eue à rassembler des cbbses diverses ou éparses. Amasser n'est relatif qu'à Tidée exprimée par le radical»

PREMIËRE PARTIE :

Boileau dit , en parlant d'antenn en courroux : Yons les Terrei bientôt , féconds en Impostures , Amasser contre tous des Tolomes d'injures. « Mithridate fuit de ses fitats , et ramassant dans son chemin ce qu'il trouve de barbares ,'il parut dans le Bosphore, s Montbsq. Dans le premier exemple , amasser rappelle Vidée pure du radical , celle d'une grande quantité ; dans le second , ramasser rappelle l'idée des efforts de Mithridate pour réunir sous ses drapeaux des barbares dis* perses, c En Egypte , faute de bois , on ramassB soigneusement les excréments de tous les animaux.» Bopp. «Il s'applique à ronuwser tout ce que les anciens ont dit de plus curieux sur cette matière. » Acad. — Les mômes caractères distinctifs sont peut-être encore plus visibles dans les substantifs amas et ramas.

Amasser de l'argent, c'est en acquérir, s'en former une certaine somme ; en ramasser , c'est en recueillir ou en amasser péniblement ou de toutes parts. « Pleinœuf entra dans les vivres et les hôpitaux des armées où il amassa tant de trésors.... Les trésors immenses que sa femme ramassa de toutes, parts fut le moindre mal qu'elle fit. » S. S.

POSER, REPOSER. £tre appuyé, porter sur quelque chose.

Reposer est augmentatif et marque plus particulièrement la solidité. Poser se borne à indiquer l'objet qui sert d'appui. « L'esprit de Dieu était porté sur les eaux , ou posait sur elles. » Boss. Une colonne pose sur son piédestal , et repose sur ses fondements. Une poutre pose sur une traverse , et repose sur le mur.

Au figuré , comme on veut exprimer généralement la solidité , la force , le crédit qu'une chose tient d'une autre , on préfère reposer : telle vérité repose sur tel principe. Cependant Montesquieu a dit que la grande distinction de la puissance ecclésiastique et de la puissance séculière est la base sur laquelle pose la tranquillité des peuples; c'est qu'il a voulu faire connaître simplement ce qui assure cette tranquillité, plutôt qu'exprimer avec quelle solidité elle se trouve maintenue et garantie.

ABÊTIR , RABÉTIR. Rendre ou devenir bote , stupide.

Éabétir indique une action plus forte , de la résistance à vaincre dans le sujet. Un maître abêtit l'enfant qui lui est confié , quand il laisse ses facultés se développer sans direction-, il le rahétit^ ri , toutes les fois que la raison de l'enfant fait quelques progrès , il en comprime , en déprave , en interrompt l'exercice naturel. D'une part, les dispositions ne peuvent prospérer, faute d'être placées dans des circonstances favorables; de l'autre , elles sont combattues et repoussées aussitôt qu'elles prennent quelque développement. On aJbétit peu à peu , lentement , par une action insensible. <c Un jésuite m'ènquinauda; je fus novice, on ïol abêtit pendant deux ans, et ensuite on me fit régenter. > Volt. On rahêtit en relançant, en rabrouant dans l'occasion toutes les fois qu'on essaye de montrer de l'esprit. « A qui cbnfierai-je mes faiblesses (les faibles tragédies de sa vieillesse) plutôt qu'à mon doyen , s'il dai-

gnait m'encourager , au lieu de me rahêtir , comme il fait toujours? » Volt. «M. de Richelieu l'entendit un moment autrefois (un acteur) , et n'en jugea pas très-favorablement. Ce pauvre homme en fut tout rdbiti, » In.

Forte comme elle l'est, l'action deràbiUr ne peut être faite que par les personnes. Mais oxi dit très-bien des choses qu'elles abêtissent.* Trop et trop peu d'instruction abêtissent l'esprit, a» Pasc. c Gela vous fera croire et vous abêtira, a Id.

CONCILIER , RÉCONCILIER. Faire que des choses opposées cessent de l'être, aillent bien ensemble.

Réconcilier ne suppose pas seulement opposition , mais lutte , mais guerre ouverte , tendance réciproque à se renverser , et c'est pourquoi primitivement ce mot ne se dit bien qu'en parlant des personnes. C'est en les personnifiant et en les considérant comme des ennemis que l'on dit rtfconcilier la morale et la politique , le théâtre avec la religion. «Imaginer une morale de bon goût, qui réconcilie J. G. avec Bélial. » Mass. « Récon^ cilier l'ambition avec la volupté, la grandeur avec rafTabilité , la vérité avec les préjugés et les passions. » In. « Un Néron , un Domitien : leur attirer de la gloire, réconcilier l'honneur avec eux , c'est une entreprise impossible. » Boss.

LÂCHER , RELÂCHER. Détendre , desserrer quelque chose, ou bien, laisser aller, laisser échapper quelqu'un , un prisonnier.

On lâche ce qui est tendu; on reldehê ce qui est trop ou très-tendu. Relâcher^ c'est réparer un excès , rétablir une chose en la lâchant un peu ; c'est , non pas détruire , mais seulement diminuer la tension. Quand on lâche la bride, elle flotte; quand on lâche prise ou pied , quand on lâche un coup de fusil, toute tension, toute action cesse; mais, quand on relâche une corde, elle est seulement moins tendue.

En parlant des prisonniers qu'on laisse aller, les lâcher, c'est leur donner la liberté: les relâcher , c'est la leur rendre. Lâcher marque simplement qu'on ne les retient plus, et reldcher qu'on les rétablit dans un état où ils étaient , et dans lequel ils rentrent. On lâche un oiseau qui a toujours vécu en cage, et on relâehe celui qu'on avait pris et privé de sa liberté.

CONFORTER, RECONFORTER. Fortifier, corroborer.

Ce qui réconforte donne plus de force, produit un effet plus considérable que ce qui conforte simplement. Ou bien ce qui réconforte rétablit des forces qu'on avait perdues. Le vin conforte l'estomac ; et , quand par le travail on s'est affaibli l'estomac , le vin le réconforte. — «Le flai rement réjouit le cerveau , le délecte et conforte. » Cbarb. oc -Je me réconforte dans mes disgrâces en buvant de meilleur vin que le bon homme Loth. » Volt. — «Le Seigneur sera auprès de moi, dans moi pour me seconder et me conforter. 9 Bourd. « Je lui dis que son état ne devait pas lui faire de peine, et j[e me mis doucement à le réconforter. » 8. 3.

ECHAPPER , RÉCHAPPER. Se sauver de qudque péril.

Réchapper ne se dit qu'en parlant d'un grand péril et presque toujours d'un cas de mort. « Je

SYNONYMES QUI ONT LE M£ME RADICAL

un

me dédis de ma parole si ta réchappet , » dit GéroDte à Scapin à qui il pardonne et qu'on croit blessé mortellement. « Notre chat est f^luipp^ depuis peu d^ln saut qu'il fit du ^aut de la maison dans la rue. » Mol. On échappe , au contraire , à toute sorte de dangers. Les compagnons. d'Ulysse furent changés en animaux par Gircé; le seul Ulysse en échappa , dit Lafontaino.

On dit ordinairement réchapper d*nno maladie, d'une maladie mortelle. On aura tort néanmoins de vouloir arec Boubour^ réduire le mot à cette unique application : il convient toutes les fois qu'il s'agit d'un péril de mort, c GIotIs, étant dans un grand danger à la bataille de Tolbiac . fît Tœu , dit-on, de se faire chrétien s'il en réchappait. » Volt.

LEVEE , 1l£LEVER. Mettre haut ou plus haut, ou simplement dans une position verticale.

Beleier marque un rétablissement, le rétablissement de l'état antérieur convenable ou naturel. On relèw ses bas qui tombent; on relève la tête quand on l'a trop baissée op trop inclinée , tandis qu'on lève la tête pour contempler le ciel, par exemple. On Uve un enfant qu'on met sur pied au lieu de le laisser couché , seconde position naturelle pour lui comme la première; on le relève lorsqu'il tombe. On lève un pont-levis; dire qu'on le relève^ ce serait supposer que sa destination n'est pas d'être abaissé.

TEOUSSEX., 11ETE0C9SER. Replier, relever.

Aetrouuer, c'est trouver beaucoup, relever bien haut ou avec vivacité. « Un palefrenier tenant don Quichotte serré entre ses bras, quelques pages retrotasèrent sa chemise jusque sur sa tête et lui appliquèrent plus de mille claques. 9 Lbs.

Hais, en outre, retnmsser marquant une action plus forte que l'ordinaire , se dit seul aussi des choses qu'on n'a pas coutume de trouster, comme la moustache, les cheveux, le chapeau, les manches.

D'antre part, trousser est pour l'habituel, et retrousser pour les cas particuliers et remarquables, a Je savais tmusser ma soutane et mon manteau de façon que je laissais voir ma jambe. » Les. «t m. de Nantes parut la soutane retroussée sous le bras gauche et l'épée nue à la main droite. » SAv. — « Les robes de nos Indiennes , inventées pour être trofussées , marquent un génie bien supérieur. 9 Volt. « Dans la fameuse procession de la Ligne on vit le prieur des chartreux , suiyi de tous ses moines, l'habit retroussé^ un casque en téte.i» In. — On dit un nez retroussé^ la queue retroussée d'un chien , parce que ce n'est pas l'ordinaire de ces choses d'être tournées ainsi. < Il y a une sorte de perdrix qui retrousse la queue en courant. » Buff.

TIBER, RETIBER. Oter, OU faire sortir une personne de quelque endroit , l'éloigner de quelque chose.

Jielirer marque un rétablissement, indique que Von avait été mis dans une position où l'on ne doit plus rester. On reine un enfant du collège , une garnison d'une place , des papiers de chez un avoué, et on. le Cait par précaution , 'avec soin. On diia , an contraire , sans ces idées accessoires :

on ne saurait tirer cet homme le son eabinet; oa l'a tiré de la charrue pour le mettre à cetta place éminente. On ttre un homme d'un danger quelconque; on le retire d'un grand péril dans lequel il est beaucoup engagé , ou dans lequel on l'a mis soi-même. « Si Dieu a livré les gentils i l'aveuglement de leur c<Bur, s'ensuit-il qu'il y livre encore tes églises qu'il en a retirées avec tant de soint» Boss. Si les dangers sont de peu d'importance , on se sert da tirer seulement : It'rer d'inquiétude , de souci , d'erreur. Tirer un homme de prison , c'est l'en faire sortir; l'en retirer marque plus de soin , plus d'empressement et aussi plus de difficultés. « Après avoir fait tant d'efforts pour retirer J. G. des mains de ses eimemis , Pilate enfin le livre aux Juifs. » Bourd.

Tirer et retirer signifient aussi tous deux , recueillir, en parlant du profit ou des avantages qui reviennent d'une place , d'une propriété , etc. Retirer marque un calcul antérieur , quelque chose de prévu, des avantages qu'on s'était proposés, et tirer est dépouillé de cette nuance. On retire de forts intérêts de l'argent que l'on place , et l'on tire de grands services ,d'un ami , une grande instruction de Vhistoire, beaucoup de fruit de ses fautes. Théotime : « S'imaginer cela , c'est priver le Créateur de la gloire qu'il tirera éternellement de ses créatures. «Ariste : < Comment , Théotime? Est-ce que Dieu a créé le monde à cause de la gloire qu'il en devait r«ftrér?> Mal.

TENIR , RETENIR. Faire demeurer en un cer» tain état.

Retenir suppose on un danger ou de la résistance , et par conséquent dans le sujet de l'action plus d'eflbrt. On timt Téchelle à celui qui monte, de peur d'accident; (m retient l'échelle qui branle ou qui va tomber. On fient dans l'obéissance un peuple qu'on gouverne paisiblement; on retient dans l'obéissance celui qui remue, qui fait effort pour secouer le joug. « Des lois simplement écrites et en petit nombre tenaient les peuples dans le devoir. » Boss. « Les Espagnols désespérant de retenir les nations vaincues dans la fidélité , prirent le parti de les exterminer. > Mon- TBSQ. « On craignait que les Cretois et les Tarentins ne combattissent les uns contre les autres; on avait bien de la peine à les retenir au dedans du camp , où ils étaient gardés de près. »

PÉW.

ÉLEVÉ et RELEVÉ sont des épithètes également applicables à plusieurs choses dont elles servent à exprimer la grandeur ou la noblesse : condition, fonctions , expressions élevées , ou relevées; emploi, esprit, sentiments élevés ou relevés.

HeXsrelevé est par rapport à élefoé un superlatif, il marque un degpé de plus d'élévation, il approche plus de sïiblime. « On ne peut disconvenir que J. C. n'eût un esprit très-grand et très-r«lei?^. » Pasg. « Sofal est le phénix des esprits relevés, s Boil. a Le ministère des âmes est celui de tous le plus délicat et le plus sublime; et ils se croient nés pour un emploi si releoé^ si difficile! » Labm. « Ce langage si relevé et si sublime. » Bourd. « Ce qu'il y a dans le christianisme de plus sublimé et de plus relevé. » In. « La sainteté de Marie , cette sainteté sublime ai fsieoéê. » Id. « Alors le ton*

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