‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 88 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sera non-seulemeift élwé , mais sublime. » Puff. A la place d^élevé, dans ce dernier exemple , relevé serait visiblement impropre.— Quelquefois même releté annonce ou est tout près d'annoncer un excès. « Ne cherchons pas toujours des points de méditation si relevés et si subtils.*» Bodrd. < Le mystère de la Trinité est ce qu'il y a de plus re- Iwé et de plus difficile à croire. » Id. c Cela est peut-être un peu relevé; mais tâchons de le rendre sensible par un exemple. > Boss. c Expressions abstraites et relevéet, telles que sont à peu près celles des mystiques. » Rac.

D'autre part, relevé est parfois relatif à un état de bassesse d'où on a été tiré , ou bien d'où on s'est tiré. On naît dans une condition élevée; dans une condition relevée on est un parvenu , à part ce que ce dernier mot a de défavorable, c Voyex-vous , dirait-on , cette madame la marquise? C'est la fille de M. Jourdain. Elle n'a pas toujours été si relevée que la voilà; et ses deux grands-pères vendaient du drap auprès de la porte Saint-Innocent. » Mol.

Mêmes différences entre ItBs verbes élever et relever pris dans le sens de louer ou de vanter. Belever est augmentatif, quelquefois même exagératif , par rapport au simple élever; aussi l'emploie-t-on plus fréquemment. « Quand une décision nous est favorable , on n'a point de termes assez forts pour en relever la sagesse et l'équité. » BouRD. D'autres fois l'action de relever suppose un état d'abaissement d'où on est tiré par cette action. « Nous laissons languir la gloire de Dieu et ne daignons relever son nom ni son ouvrage.» Laf.— Du reste , élever , dans cette acception » est plus rare sans doute , mais non pas inusité , comme on pourrait le croire d'après les dictionnaires. « La charité du Samaritain mérite les plus grands éloges , et nous ne pouvons assez l'élever. 9 Bourd.

Simonide avait entrepris L'éloge d'un athlète....

11 se jette à côté, se met sur le propos De Castor et Pollux; ne manque pts d'écrire Que leur exemple était aux lutteurs glorieux; Élève leurs combats.... Iat.

« La folle éloquence du siècle , quand elle veut élever quelque généreux conquérant, dit qu'il a parcouru les provinces, moins par ses pas que par ses victoires. » Boss.

Les couples de synonymes qui n'ont d'autre élément de différence que l'initiale re sont trèsnombreux. Nous en avons multiplié, mais non pas épuisé les exemples. En voici d'autres qu'on aurait pu tout aussi bien citer.

Coin et recoin signifient un endroit retiré; mais le second enchérit sur le premier, c'en est un augmentatif: le recoin est plus retiré, plus écarté que le coin. « Il n'y a cotn et recoin où l'on n'ait cherché. » Agad.

Je l'aperçus hier Dans un recoin du bois ed nul ne se retire. Mol. « Chercher dans les recoint les plus cachés. » Labr. « L'homme est comme égaré dans ce recoin de l'univers. » Pasc. D'ailleurs recoin se dit seul au figuré : les recoins du coeur (Acad.), de la conscience (Acad.) , de la mémoire (1£al.. Roll.), des sciences {P. R. , ifOL,) , de la vie (J. J.).

La différence est la même entre pli et repli : le répit est un pli doublé. Que si pli se prend aussi quelquefois au figuré dans le sens de recoin , c'est toujours avec et avant repli pour marquer ua premier degré ou un degré plus faible : sonder les plis et les replis du cœur (Acad.) < Dans son dernier jugement , Dieu démêlera tous les plis et tous les replis de nos âmes. » Bourd.

Ce qui est recourbé est plusieurs fois courbé^ ou courbé en rond de manière k former plusieurs courbes , conmie une crosse; ou bien ce qui est recourbé est courbé dans le sens contraire à une première courbure : « Les défenses de ce sanglier sont courbées et recourbées k peu près comme les cornes d'un taureau. » Buff.

Rechercher marque plus de soin , plus de zèle , plus d'ardeur que chercher, « Je n'eusse pas eu la peine de rechercher avec tant de soin la source de tous les défauts de raisonnement. » Pasc. « Votre ami ne voyait point la vérité , parce qu'il ne la cherchait pas; mais il l'a reconnue, parce qu'il l'a désirée ; et il l'a reconnue avec plaisir , s'il l'a recherchée avec empressement. » Mal. On cherche quelquefois sans le savoir; on recherche toujours expressément : c On croit rechercher la gloire de Dieu , en cherchant , en effet , la sienne. » Pasc. Rechercher peut même aller jusqu'à marquer un excès : rechercher l'esprit. « Les bons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qu'il en faut , et ne le recherchent jamais. » Volt. Recherché signifie affecté.

Receler, c'est, de même, ceZer, c'est-à-dire cacher ou taire , avec soin , de manière à échapper à tous les regards : a Le pécheur couvre soigneusement tous les vestiges de son crime , il recèle profondément ses desseins. » Boss.

On dit faire repaître un cheval plutôt que le faire paiire , quand on le considère comme ayant besoin de se refaire ou de réparer ses forces par la nourriture.

Accommodement et raccommodement désignent des actes qui ont pour effet de faire cesser la division entre des personnes. Mais raccommodement exprime un retour, un rapprochement; en sorte que le raccommodement a lieu entre personnes précédemment unies par les liens de la parenté ou de l'amitié. « Partout des brus et des bellesmères , des maris -et des femmes , des divorces , des ruptures et de mauvais raccommodements, » Labr. « Raccommodement entre le père et le fîls.» S. S. Vaccomm^idement ne se rapporte pas ainsi à un état antérieur de liaison ; il s'opère entre personnes qui sont en procès et qui avant cela étaient étrangères et indifférentes l'une à l'autre. Les personnes raccommodées redeviennent amies; les personnes accommodées cessent d'être en contestation.

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