‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 109 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tions «En approchant du bosquet, j'aperçus... En y entrant, je vis avec surprise ta cousine s'approcher de moi, et, d'un air plaisamment suppliant , me demander un baiser. » J. J. En approchant énonce un fait accessoire , sur lequel on n'insiste point ; je vis s'approcher , exprime un fait principal qu'on fait voir s'effectuant , dont on veut représenter la manière. « Une mort lente et qui s'est approchée comme par degrés.» D'Ag. « Germanicus prenait le soin de s'approcher secrètement des tentes pendant la nuit , et de prêter l'oreille aux discours de ses soldats. » Bourd- D'ailleurs, approcher est général, s'approcher particulier : la mort approche pour tous et s'approche pour chacun ; l'un est absolu , et l'autre relatif : je l'ai prié d'approcher , et il n'a pas osé s'approcher. — On distinguerait à peu près de même arrêter et s'arrêter.

AVANCER , S'AVANCER. Aller en avant.

J' avance énonce le fait-, je m'avance le montre s'accomplissant. Avancer exprime en elle-même , dans son essence , une action inqualifiable par cela même, si ce n'est sous le rapport du plus ou du moins. S'avancer emporte relation à la manière , aux progrès, aux obstacles, et à toutes les circonstances ; il reçoit par conséquent beaucoup de modifications ; on s'avance avec noblesse , lentement, avec peine, rapidement, au travers des périls, contre l'ennemi, etc.— S'avancer, d'ailleurs, présente le sujet se portant en avant , agissant sur soi-même pour se mettre en mouvement, prenant sur soi d'aller vers. « Le duc de Rohan se mit à la porte du cabinet. Comme le roi approcha , il s'avança. » S. S.

MONTER , SE MONTER , s'emploient également pour marquer qu'un nombre, une somme, une dette, une créance va ou s'élève jusqu'à tant.

La seule différence qu'il y ait entre les deux expressions , c'est que la seconde est relative au détail, à l'addition : vous me devez telle somme; en y joignant telle et telle autre, le tout se monte à mille francs. Quand on voudra seulement exprimer un total, on se servira du verbe neutre monter. « La succession de mon frère monte à des sommes immenses. » Dest. « Les dettes de Louis XIV , à sa mort , montaient à deux milliards six cents millions. » Volt. Mais il faudra préférer le verbe pronominal, se monter, si on rappelle un calcul ou l'opération qui a servi à établir le total.

Un après un le seigneur fait le compte (des aulx) : Puis quand il voit que son calcul se monte À la trentaine, il les met dans un plat. Laf. ce Le stupide ayant calculé avec des jetons une certaine somme , demande à ceux qui le regardent faire à quoi elle se monte. » Labr.

ÉCHAPPER , S'ÉCHAPPER. S'évader , s'esquiver , quitter en toute bâte un lieu où l'on est pour se mettie en sûreté.

On ëchaupê et l'on s'échappe des mains de quelqu'un. Mais le premier de ces verbes énonce ce que le second dépeint. Dans s'échapper on voit le sujet en action, faisant effort, cherchant le moyen de fuir. On échappe par bonheur , parce qu'on n'est point aperçu; on s'échappe par adresse. «Titus ferma de si près les avenues de

Jérusalem , qu'il n'y avait plus moyen de s'échapper. » Boss.

Pour s'échapper de nous Dieu sait s'il est allègre.

Rac.

Racine dit encore dans Esther qu'on peut surprendre la justice des plus grands rois : « ils ont peineàs'ee/iapper, dit-il, des pièges de l'artifice.» Il y a beaucoup de dangers dont on ne peut échapper qu'en s' échappant. — Ces deux verbes se disent encore tous deux , au figuré , dans le sens de s'évanouir , se dissiper. Il arrive un moment où le dernier espoir échappe ou s'échappe. Le second verbe semble marquer une succession , et non une action faite tout d'un coup. On dirait que l'espoir ne s'échappe que peu à peu et malgré des efforts pour le retenir. « Sentant déjà la vie qui s'échappe , je cherche à la ressaisir par ses commencements. » J. J.— Ils se disent enfin de certaines choses qui d'ellesmêmes sortent d'un lieu qui les contient ou les renfermer Mais échapper convient pour une sortie brusque , instantanée , et s'échapper s'il est question de choses qui sortent par une action successive. Un bâton échappe de la main ; une idée de la mémoire; des pleurs s'échappent des yeux, des flammes d'un volcan, ce Quand une chose que nous tenons échappe de nos mains, nous sentons parce moyen en quelque façon qu'elle se meut. » Boss. On ne peut jamais dire d'aucune chose avec justesse , qu'elle commence à échapper.

AUGMENTER , S'AUGMENTER. Croître , devenir plus grand ou plus fort.

Augmenter est un terme abstrait, mathématique , propre à énoncer ou à signifier l'espèce et le degré de changement, ce La chaleur augmentait. » J. J. ce Les effets du raisonnement augmentent sans cqsse. » Pasc. ce On reçut si bien les sœurs de Psyché que leur déplaisir en augmenta de moitié. » Laf. S'augmenter est une expression qui dépeint, fait image et représente la chose en progrès, ce L'Église ne cessait de s'augmenter tous les jours sous le fer et dans le feu. » Boss. ce La naissance des choses, elle est imparfaite; elles s'augmentent, se fortifient par l'accroissance. » Montaign.

Une chose à remarquer , c'est que la différence est à peu près la même , quand le second verbe est réciproque, et non pas pronominal. Exemple: Disputer et se disputer , être en débat ou en contestation.

Disputer est purement énonciatif : il signifie la sorte d'action d'une manière abstraite. Se disputer est descriptif, et appelle l'attention sur les personnages qui sont en scène , aux prises , et qui agissent réciproquement l'un sur l'autre. On n'est pas de même avis quand on dispute , et on dispute avec calme afin de trouver ou d'éclaircir la vérité ; on est animé de sentiments hostiles quand on se dispute, et on se dispute avec violence, avec animosité, quelquefois jusqu'à en venir aux coups. On dispute sur une chose ; on se dispute à propos d'une chose. Disputer est relatif à la chose discutée et marque plutôt un combat d'opinions ; se disputer a rapport à ceux qui sont en dispute , et c'est un combat de personnes qu'il exprime. Deux docteurs dans l'école disputent , et on peut disputer même sans être en présence , par écrit ou par lettres ; deux

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

femmes qui ont une querelle dans la rue se disputent. Fénelon écrit à quelqu'un : « Vos amis disputent à qui vous aura. » Et Voltaire dans une épigramme dit en parlant d'une personne : Les malins qu'Ignace engendra , Les raisonneurs de jansénistes, Et leurs cousins les calvinistes Se disputent à qui l'aura.

Pareillement, quereller et chamailler ne représentent pas les personnages en action, leurs efforts réciproques , leurs démêlés et leurs luttes comme se quereller et se chamailler,

SYNONYMIE DES VERBES NEUTRES AVEC XEUR PARTICIPE PRÉSENT OU PASSÉ ACCOMPAGNÉ DU

verbe être.

Mourir, être mourant. Étudier, être étudiant. Languir, être languissant. Fleurir, être florissant. Dépendre, être dépendant. Exceller, être excellent. Obéir , être obéissant. Etc.

Le verbe exprime un fait ; le participe , en tant qu'il tient de l'adjectif, une qualité. Le verbe exprimant un fait , est relatif; et le participe exprimant une qualité ou un état du sujet, est absolu. Le premier comporte toutes sortes de modifications , quant aux circonstances et à la manière dont le fait particulier se passe ; le second a par lui-même un sens complet, il représente une qualité caractéristique du sujet et indépendante de toute circonstance. On sert et on secourt une certaine personne , d'une certaine manière , dans certaines occasions : c'est un fait qu'on accomplit ; on est seriiable et secourable indépendamment de tout rapport de personne , de lieu , de temps , de moyens : c'est une qualité dont on est doué. Il en est de même quand le mot qui accompagne le verbe être est un participe , au lieu d'être un adjectif. On meurt d'un coup de feu, dans son lit, à un certain âge , toutes circonstances qui ne peuvent être notées dans l'expression , tel homme est mourant , parce que cette expression est complète et se suffit à elle-même. Quand vous dites qu'un jeune homme est étudiant en droit ou en médecine , vous exprimez tout ce que vous pouvez exprimer avec ce tour ; mais , en vous servant du verbe neutre , vous direz qu'il étudie le droit ou la médecine dans une certaine ville , avec plus ou moins d'ardeur et de succès, sous tels et tels maîtres , suivant telle ou telle méthode. Parmi les hommes qui sont languissants , les uns languissent de misère, les autres d'amour, ceux-ci dans l'attente d'un bien, ceux-là dans un long exil. Certaines républiques anciennes ont été florissantes .-les unes fleurirent par les lettres, d'autres par le commerce , d'autres par les conquêtes. « La prospérité du monde fleurit avec quelque honneur dans la confusion de ce siècle : viendra le temps du discernement. » Boss. «Thaïes s'en alla en Egypte où les sciences florissaient pour lors.» Fén. Être dépendant, c'est être dans la dépendance, sans autre spécification possible; mais on dépend de quelqu'un sous tel rapport, jusqu'à tel point, pendant plus ou moins de temps.

D'autre part, le verbe exprimant un fait désigne toujours, par cela même, quelque chose

d'actuel et de passager. Au contraire , le participe , joint à l'auxiliaire , forme une expression significative d'une qualité fixe , constante , inhérente au sujet, qui ne le quitte pas. Cela résulte de la valeur ordinaire de l'adjectif dont tient le participe , et de ce que le verbe être, mis en saillie dans l'expression composée, lui donne un caractère d'existence , de permanence et de durée.

EXCELLER, ÊTRE EXCELLENT. Avoir un degré éminent de perfection, de supériorité.

Exceller est relatif, a besoin d'un complément et exige une comparaison avec des rivaux qu'on surpasse ; on ne peut pas dire qu'une personne ou une chose excelle, sans indiquer sur qui et en quoi. Un âne dit dans Lafontaine :

Les humains sont plaisants de prétendre exceller Par-dessus nous! Laf.

Mais d'où vient qu'au renard Ésope accorde un point , C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie ? Id.

Être excellent est absolu , exprime une idée complète et n'a pas besoin d'un régime ni d'une comparaison. « Vous ne sauriez croire combien est excellent le beurre que nous mangeons. » Laf. Ce qui excelle est meilleur que les autres , n'a pas de pareils dans son espèce ; ce qui est excellent est très-bon.

Ensuite, exceller représente plutôt le sujet comme agissant , et être excellentle dépeint comme doué d'une qualité. Le conducteur de char, qui est excellent , excelle à conduire, un char dans la carrière. On excelle à faire une chose ; on est excellent pour subir une modification, ou comme instrument ou comme moyen. La chair des ramiers est excellente à manger. (Buff.) , c'est-àdire à être mangée. «Les chiens naturels sont excellents pour garder les troupeaux. » Buff.

OBÉIR, ÊTRE OBÉISSANT. Se soumettre aux volontés de quelqu'un.

Obéir désigne l'acte d'un moment , et être obéissant une disposition constante. Le premier , tout contingent, tout dépendant des circonstances, signifie faire dans l'occasion ce qu'on nous commande; le second, tout qualificatif, signifie, non pas faire un acte d'obéissance, mais posséder d'une manière permanente la vertu de l'obéissance- Ce qui prouve combien obéir est accidentel et relatif, c'est qu'on peut obéir sans être obéissant , par contrainte ou par intérêt. — Toutefois , obéir se prend aussi , comme être obéissant , en parlant d'une suite d'actes d'obéissance : «Il vaut mieux, dit Platon, obéir aux dieux qu'aux hommes.» Mais obéir est toujours plus considéré dans les actes produits et relativement à l'habitude : être obéissant se rapporte davantage au sujet doué de la qualité qui le caractérise. D'ailleurs , obéir dépend des occasions d'agir et suppose des intervalles; être obéissant marque une disposition qui ne cesse pas un instant.

CHANCELER , ÊTRE CHANCELANT. N'être pas ferme.

Chanceler exprime un fait accidentel ; à celui qui chancelle il arrive de chanceler. Être chancelant marque une disposition ou qualité permanente : qui chancelle sort de l'état de stabilité ; qui est chancelant demeure toujours dans un état contraire à celui de la stabilité , est toujours près

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