‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 110 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

d'être renversé. Si une chose chancelle , c'est le résultat des circonstances ; si elle est chancelante , cela tient à sa nature , à sa constitution même.

PENCHER, ÊTRE PENCHÉ; INCLINER, ÊTRE INCLINÉ. N'être pas d'aplomb ou perpendiculaire à sa base.

Les deux verbes marquent un état relatif, un penchement et une inclinaison qui commencent , qui se font , qui sont encore faibles -, être penché et être incliné désignent un état achevé , permanent. Deux lignes qu'on croit parallèles inclinent cependant l'une vers l'autre : c'est une inclinaison peu sensible et incomplète. De même au figuré, quand on incline vers une chose , on a pour elle un commencement d'inclination; quand on y est incliné ou enclin , on a pour elle un goût bien prononcé. « Les sociniens penchent à l'indiffé- Tence des religions. » Boss. « La faiblesse humaine est trop penchée par elle-même au relâchement. » Id. — Ensuite, si une chose penche ou incline , c'est par accident , par le fait des circonstances; c'est par nature qu'elle est penchée ou ■ inclinée. Un arbre penche sous le poids des fruits ; le narcisse est penché ou incliné au bord des eaux. Un mur est incliné , quand il incline beaucoup , et depuis très-longtemps , ou qu'il a été bâti obliquement sur le sol. — Enfin , parce qu'ils sont relatifs , parce qu'ils représentent le penchement et l'inclinaison en train de se faire, les deux verbes expriment que le sujet approche de plus en plus de sa ruine. Un état penche vers sa chute , un vieillard vers la tombe. Être penché , être incliné désignent un état permanent , qui se suffit en quelque sorte à lui-même, qui ne va point finir par la ruine. — Quelquefois la différence est encore plus grande. Incliner et pencher expriment une action, se disent de choses en action, au lieu qu'are incliné ou penché signifient un état, s'appliquent à des personnes ou à des choses arrêtées , fixes. Dans une course de chevaux , on voit le cavalier et l'animal pencher en avant ; le Poussin a fait un tableau <c où un cavalier et son cheval sont penchés en avant : les crins du cheval, les cheveux de l'homme, son manteau, tout est flottant et repoussé par le vent en arrière. » Fén.

Remarquez que, à la place du verbe neutre, le verbe réfléchi aurait le même caractère. Ainsi , à incliner et à pencher , on peut substituer s'incliner et se pencher; la différence restera la même , ou peu s'en faut , entre ces derniers , et les expressions , être incliné, être penché. C'est donc définir inexactement s'indigner et être indigné , que de les traduire l'un et l'autre , comme le fait l'Académie , par éprouver de l'indignation. Dans s'indigner , l'idée commune est empreinte de relativité; au lieu qu'être indigné, la présente absolument et comme achevée. Celui qui s'indigne est à l'œuvre , en quelque sorte : on peut le calmer. Celui qui est indigné a conçu le sentiment de l'indignation dans toute sa plénitude; l'indignation est sa qualité , son état , sa manière d'être. Pendant qu'il parlait , on voyait les assistants s'indigner peu à peu ; après qu'il eut parlé , tous les assistants étaient indignés. De plus , il y a dans s'indigner une idée d'activité étrangère à

son synonyme. S'indigner, c'est se soulever, s'émouvoir contre une personne ou une chose ; être indigné , c'est être intérieurement affecté d'une certaine manière. On dirait bien , il ne faut pas s'indigner contre un crime involontaire ; car cela dépend de nous en partie ; mais dans ce cas on ne pourrait se servir à' être indigné, parce que cette dernière expression marque une manière d'être fatale et toute passive.

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