PREMIÈRE PARTIE
pour mourir. » Montaign. «Une mère de famille ne doit s'aliter que pour mourir. » J. J. « Un pauvre vieillard alité depuis deux mois et mourant. »VOLT.
On se met à genoux pour prier, pour adorer Dieu ; les enfants , dans, les écoles , se mettent à genoux pour expier des fautes , leurs dissipations , leurs étourderies. S'agenouiller est une expression extraordinaire , apparemment inventée plus tard pour désigner l'action de se mettre à genoux avec d'autres dispositions que celles qu'on a généralement en prenant cette posture , ou seulement abstraction faite de ces dernières. « Ménalque s'étant aperçu qu'il est à genoux sur les jambes d'un fort petit homme , se retire confus et va s'agenouiller ailleurs.» Labr. On ne peut guère décapiter un condamné qu'il ne s' agenouille. Les chameaux et les éléphants s'agenouillent. Si vous parlez de quelqu'un qu'on a forcé de se mettre à genoux , ou qui s'est mis à genoux simplement , sans éprouver le sentiment d'humilité ou d'adoration dont cette posture est le signe , dites qu'il s'est agenouillé.
SYNONYMIE DES VERBES ACTIFS DONT LE RÉGIME , D'UNE PART , EST , DE L'AUTRE , N'EST PAS PRE- CEDE DE LA PRÉPOSITION à.
Prétendre quelque chose, prétendre à quelque chose. Toucher une chose , toucher à une chose. Satisfaire quelqu'un ou quelque chose , satisfaire à quelque chose. Insulter quelqu'un, insulter à quelqu'un ou à quelque chose. Suppléer quelqu'un ou quelque chose , suppléer à quelque chose. Croire quelqu'un ou quelque chose , croire à quelqu'un ou à quelque chose. Chasser le ou la , chasser au ou à la. Etc.
La différence de ces locutions, prises deux à deux , dépend uniquement de la valeur inhérente à la préposition à. Celle-ci dérive de la préposition latine ad , vers , qui marque le but vers lequel tend ou se dirige l'action, la chose à faire, la chose à venir, en général. Employé sans elle, le verbe a un complément direct, comme on dit, c'est-à-dire que l'action qu'il exprime tombe directement , immédiatement-, à l'instant , sur la chose ou la personne ; avec elle , le même verbe n'a plus qu'un complément indirect , et son action , au lieu d'atteindre le but , c'est-à-dire la chose ou la personne , aussitôt , sans détour , n'y arrive plus que comme à quelque chose d'éloigné, de placé hors de la portée. Ainsi , le verbe n'étant pas séparé de son complément par à , désigne une action précise qui a un terme actuel ou prochain. Que si , au contraire , entre lui et son complément se trouve la préposition a . il en résulte une locution vague et indéterminée , significative d'une action plutôt générale et abstraite que particulière et physique. De sorte que l'action précise , directe , spéciale , se terminant entièrement et complètement dans le premier cas, devient dans le second une action vague , indirecte , générale • abstraite ou incomplète.
PRÉTENDRE quelque chose, PRÉTENDRE À quelque chose.
On prétend à la première place, quand on y aspire , quand on travaille à l'obtenir dans un avenir indéterminé. On prétend la première place , quand on l'exige actuellement comme un droit, comme une prérogative qui nous appartient.
On prétend à une charge, à une place, à quelque chose d'élevé, à la main d'une personne.
Quel est le cœur où prétendent mes vœux? Rac. Avec vœux , l'auteur ne pouvait employer que prétendre à; ce qui nous est dû, ce que nous pouvons prétendre est plus que l'objet de nos vœux , c'est celui de nos réclamations, de nos exigences. Avec le mot faveur , prétendre à est aussi le seul tour qui convienne.
A de moindres faveurs des malheureux -prétendent.
Rac.
Dans le même poète , Iphigénie dit à Agamemnon: Quelle félicité peut manquer â vos vœux ? A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre
Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique.
Boil.
Mon fils au consulat a-t-il osé prétendre Avant l'âge où les lois permettent de l'attendre ? Yolt. (Brutus).
a Pour toute disposition au sacerdoce on porte la témérité d'y prétendre. » Mass.
Mais on. prétend une part dans une distribution , le remboursement des ses avances , etc. ce Le frère de Tacite , Florien , prétendit l'empire par droit de succession , comme le plus proche héritier. » Boss. « Charles le Bel mourut; sa femme était grosse : Edouard III prétendit la régence en qualité de petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. » Volt.
Un aigle sur un champ prétendant droit d'aubaine, Ne fait point appeler un aigle à la huitaine. Roil. Le lion ayant dépecé le cerf tombé dans les lacs de la chèvre , s'attribue toutes les parts : La seconde (dit- il), par droit, me doit échoir encor : Comme le plus vaillant, je prétends la troisième. Laf. L'estime où je vous tiens ne vous doit point sur-
( prendre , Et de tout l'univers vous la pouvez prétendre.
• Mol. (Misanthr., Oronte à Alceste).
« Ce grand maître avec un pouvoir arbitraire sur les sujets conquis , le prétend encore sur les sujets conquérants. » Montesq.
TOUCHER une chose , TOUCHER A' une chose. Toucher une chose , c'est mettre la main dessus pour la palper, s'en emparer, la recevoir, etc. Toucher à une chose , c'est y porter la main de manière seulement à être légèrement en contact avec elle ou avec quelqu'une de ses parties. Quelquefois même toucher à , loin d'indiquer un contact entier, précis, n'indique qu'une simple proximité. Ainsi , un édifice touche à un autre , quand il en est voisin à une distance indéterminée ; au lieu que , ma maison touche la sienne , le lambris touche le mur , signifient qu'il n'y a rien entre deux. « Il y a un champ qui touche celui de mon père. » Montbsq. On dit aussi, il est si grand qu'il touche au plancher, c'est-àdire , qu'il est près d'y atteindre , et nous touchons au printemps , à l'été , à la fin , etc. , pour , nous en approchons, ce Enfin , je n'en puis plus
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
douter, nous touchons presque à l'île d'Ithaque. » Fén. — De là la raison pour laquelle, quand on défend , on dit plutôt , ne touchez pas à cela , que ne touchez pas cela; c'est qu'on veut marquer qu'il ne faut pas se permettre le plus léger attouchement. Or , ne pas toucher à une chose , signifiant s'abstenir d'y porter la main de peur de i'endommager, d'en altérer, ou d'en détacher quelque partie , ce tour a été employé figurément dans le sens de , ôter quelque partie d'une chose , ou simplement la modifier. Ainsi , au lieu que toucher ses revenus , c'est mettre la main dessus , les recevoir, toucher à ses revenus, c'est les écorner , comme on dit , en employer , en dépenser une partie. On dit continuellement avec la négative , ne pas toucher à une loi , à un ouvrage , à un article de règlement , à la religion , pour , n'y rien changer.
SATISFAIRE quelqu'un ou quelque chose , SA- TISFAIRE A quelque chose.
Le verbe actif satisfaire signifie donner un plaisir , un contentement précis , causer une satisfaction , et se dit toujours en parlant des personnes , de leurs passions , de leurs facultés , de leurs besoins , de leurs espérances. Satisfaire à indique , non pas une satisfaction précise donnée effectivement à une personne ou à une passion précise , mais une conformité à une règle morale , à une obligation générale. <& On satisfait ses inclinations, on satisfait à son devoir. » Suard.
On satisfait ses parents , ses créanciers , un homme qu'on a offensé , ses passions , l'esprit , les sens , en faisant en sorte qu'ils soient contents ; et ce tour est plus relatif à l'effet produit , lequel effet est toujours bien déterminé.
Les délicats sont malheureux :
Rien ne saurait les satisfaire. Laf.
« Cela ne leur suffit pas encore (aux jésuites). Il
faut pour satisfaire leur passion qu'ils accusent
ces saintes filles d'avoir renoncé à J. C. » Pasc.
On satisfait à son devoir , à une loi , à urie objection , à un ordre , etc. , en prenant les moyens de faire par rapport à eux ce qu'on doit ; et l'attention ici est appelée , non sur l'effet spécial qui est produit , mais sur la manière générale dont on se comporte par rapport à une règle. « Avec quelle tranquillité a-t-elle satisfait à tous ses devoirs? » Boss.
Ici l'honneur m'oblige et ]'y dois satisfaire. Corn. Pourrai-jé entre vous deux régler alors mon âme, Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme? Id.
« Cette variété de la terre fait le charme des paysages , et en même temps elle satisfait aux divers besoins des peuples. » Fén. « Cette lettre satisfait à la plupart de ses difficultés. » Pasc. « S'arrêter à éclaircir une équivoque , pour satisfaire à la demande d'un auteur. » Mal.
INSULTER quelqu'un , INSULTER A quelqu'un ou A quelque chose.
Insulter quelqu'un n'est relatif qu'au fait de l'insulte, et il se dit toujours d'une personne spéciale qui reçoit une insulte dans un cas particulier. Insulter à ne se dit guère que des choses ou de toute une classe d'hommes, et il est relatif,
non pas au fait de l'insulte , mais au genre de faute qu'on commet en tenant une conduite insultante.
En conséquence, lé premier s'emploie bien dans les récits pour marquer qu'une insulte est ou a été faite. « Cet ivrogne a insulte son hôte. Il est allé Yinsulter jusque chez lui. » Agad.
Est-ce mon maître ou moi que l'on veut insulter?
Voi/r.
« L'impie paraît élevé comme le cèdre du Liban et semble insulter le ciel par une gloire orgueilleuse. » Mass. « Les grands hommes du paganisme n'auraient osé insulter tout haut un culte si insensé. » Id.
Insulter à convient mieux dans la morale et en style dogmatique où l'on défend d'insulter et où l'on raisonne sur l'inconvenance de l'insulte. « H ne faut pas insulter aux malheureux, à ses juges, au public, à la misère publique , à la raison , au bon sens , au bon goût , à la douleur d'un affligé, etc. » Acad. « Il n'est pas permis d'insulter à un mourant. » Volt. « C'est une marque de férocité et de bassesse d'insulter à un homme dans l'ignominie. » Vaut. ce Lorsqu'un homme a sujet d'être dans la tristesse ou dans la joie , c'est luiinsulter en quelque sorte , que de ne pas entrer dans son sentiment. » Mal. — Comme satisfaire à exprime moins l'effet spécial , la satisfaction , que l'action , ou la tentative de le produire , de même insulter à se rapporte moins à l'insulte effectuée qu'à l'action qui y tend. Nous n'insultons pas celui, mais nous insultons à celui qui est au-dessus de nos inrsultes , de manière que l'action n'aboutit pas à son but. ce Astarbé , en mourant , regarda le ciel avec mépris et arrogance , comme pour insulter aux dieux. » Fén. « N'approche pas de lui , mon fils , car il croirait que tu voudrais lui insulter dans son malheur. » Id. C'est ainsi que Pascal s'est servi de satisfaire à en parlant de Dieu : ce L'âme doit lui rendre grâce comme redevable , lui satisfaire comme coupable. »
SUPPLÉER quelqu'un ou quelque chose , SUP- PLÉER A quelque chose.
Quand on supplée une chose , le supplément est justement ce qu'il faut pour réparer le manque ou l'absence , et il est du même genre que ce qui manque. Un juge en supplée un autre. Pour iaire une acquisition , il lui manquait six mille francs , son père les a suppléés, ce Certains animaux servent par leur force , comme les bœufs , à suppléer ce qui manque à notre force bornée. » Fén. ce Dieu promet de suppléer (par la grâce) ce qui manque (aux forces de la raison humaine) , quand il ne manque point par l'indisposition déméritoire de la volonté. » Id.
Mais , quand on supplée à une chose , ce qu'on supplée est à peu près ce qu'il faut pour réparer le manque ou l'absence d'une chose; c'en est l'équivalent, quoique non du même genre que ce qui manque. La valeur supplée au nombre , le mérite au défaut de la naissance, ce Suppléer par les ressources de son travail à l'insuffisance de son revenu. » J. J. ce Gens en qui l'usage du monde , la politesse , ou la fortune tiennent lieu d'esprit et suppléent au mérite. » Labr. ce Un