‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 147 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

D'un autre côté, ces deux expressions sont encore à un autre titre , la première générale , la seconde spéciale. Comparer à se dit en parlant d'une comparaison ordinaire , ou de l'action de comparer comme elle se fait à l'ordinaire , c'està-dire sans attention , sans application , sans efforts et sans soin remarquables. C'est une comparaison de première vue , souvent sans exactitude , peu rigoureuse , par laquelle on rapporte une chose à une autre. Mais comparer avec donne l'idée de l'examen détaillé des choses comparées et de leur opposition ,• point par point ; c'est une comparaison réfléchie , expresse , par laquelle on va d'un objet à un autre , puis de celui-ci au premier , de manière à les ramener sous un seul regard. Il suffit d'ouvrir les yeux, pour que la comparaison des œuvres de la nature aux ouvrages de l'homme fasse reconnaître Dieu. C'est en comparant les uns avec les autres les phénomènes physiques , que l'on parvient à découvrir les lois de la nature, « La plaisante comparaison , lui dis-je , des choses du monde à celles de la conscience ! » Pasc. « Pour comprendre ce qu'est son corps , il faut que l'homme le compare avec tout ce qui est au-dessus de lui et tout ce qui est au-dessous , afin de reconnaître ses justes bornes. » Id. Les poètes , les hommes d'esprit , les esprits superficiels comparent les choses les unes aux autres ; les savants et les philosophes les comparent les unes avec les autres. Pour terminer la question de la supériorité littéraire d'un siècle sur un autre , « il ne faut pas , dit Labruyère , se borner à comparer un froid écrivain de l'un aux plus célèbres de l'autre.» Suivant Condillac, « se faire une idée d'une grandeur , c'est la comparer avec d'autres qu'on observe , et juger qu'elle en diffère plus ou moins. » — Après confronter, on emploiera plutôt avec que à , parce que la confrontation est toujours une opération réfléchie , entreprise à dessein , et faite avec quelque soin.

RESSEMBLANCE À et AVEC.

Une chose a quelque ressemblance , ou n'a que peu de ressemblance à une autre. «Les pétales de l'asphodèle ont quelque ressemblance à des fers de piques. » J. J. « Qui en voudra croire Pline et Hérodote , il y a des espèces d'hommes qui ont fort peu de ressemblance à la nôtre. » Montaign. Ou bien à sert à marquer une ressemblance apparente, facile à apercevoir, qu'on saisit sans effort , qui frappe à la première vue. Avec annonce dans tous les cas une ressemblance plus forte, plus expressément marquée , à laquelle on ne s'attend pas , qu'on ne peut percevoir qu'avec peine et sur laquelle on insiste davantage.

ALLIER , MÊLER , JOINDRE , UNIR , PROPOR- TIONNER, ACCOMMODER À ou AVEC.

En employant à vous exprimez l'action de produire une convenance ordinaire , apparente , facile , entre choses qui la comportent naturellement ; et de plus , cette convenance est peu étroite , c'est plutôt un simple rapprochement qu'une fusion. Mais vous préférerez avec , s'il s'agit d'une convenance qu'on n'établit qu'avec effort , parce qu'elle suppose une sorte de résistance de la part des deux termes , qui a lieu de surprendre , ou sur laquelle vous voulez insister particulièrement , ou s'il s'a-

git d'une convenance qui est plus qu'une analogie naturelle , qui est , sinon toujours plus intime en effet , au moins rendue plus saillante et plus fortement marquée. On allie la force à la prudence , le courage à la vertu , les maximes de l'Évangile à celles des stoïciens, a On voit ia sécurité , la vertu s'allier , dans son chaste regard , à la douleur et à la sensibilité. » J. J. Mais on allie les plaisirs avec les devoirs , les maximes de l'Evangile avec celles du monde ; il est difficile d'allier le vice avec la vertu. « 'J'admirais comment tant de marches obliques pouvaient s'allier avec la droiture. » J. J. Pareillement, vous vous alliez à une famille dont la condition est en rapport avec la vôtre ; vous vous allies avec une famille dont vous étiez éloigné par votre état ou votre fortune. — D'autres fois , avec indique une convenance plus intime , et pour un cas plus particulier : une puissance s'allie à une autre pour le commerce , pour un système de douanes , pour les rapports ordinaires qui regardent le droit des gens , et avec une autre avec laquelle elle s'unit étroitement pour combattre de concert un ennemi commun. D'un côté , il y a seulement accession , tendance d'un terme vers un autre qui reste toujours un peu dans l'éloignement ; et d'autre part , il y a rapprochement réciproque et comme fusion des deux termes : on s'allie à une famille en s'alliant avec une femme.

On distinguera de même , mêler , joindre , unir à , de mêler , joindre , unir avec, a On a toujours été dans l'usage de mêler le chant au plaisir de la table. » Barth. « Rien n'est si rare que de mêler la charité avec la vérité. » Mass. — « Joindre le crime de la haine à celui de la médisance. » Boss. «Les hommes veulent que nous leur fassions un Evangile commode qui joigne le monde avec J. C. » Id. — « Notre roi unit toujours la bonté à toutes les autres qualités que nous admirons en lui. » Boss. «■ Par un mélange étonnant, la cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires. » Id.

Malebranche parle de la légèreté « avec laquelle l'esprit considère les objets qui sont proportionnés à sa capacité : » proportion générale ; et le même écrivain dit que « ceux qui s'appliqUent à trop de sciences à la fois ont une manière d'étudier qui n'est pas proportionnée avec la capacité de leur esprit : » proportion ou plutôt défaut de proportion spéciale. — Ensuite , on a moins de facilité et on met plus de soin à proportionner , tout comme à accommoder avec , qu'à proportionner et à accommoder à, et presque toujours la convenance établie dans le premier cas est plus intime , en même temps que plus extraordinaire. «Cette manière d'expliquer la création est accommodée à notre manière de concevoir les choses. » Mal. « Nous sommes comme surpris de voir que les phénomènes des corps célestes s'accommodent parfaitement avec ce qu'on vient de dire. » Id. « Il s'est trouvé des princes et des rois astronomes. La grandeur des astres semblait s'accommoder avec la grandeur de leur dignité. » Id.

Même différence entre ajuster à et ajuster avec. « On retranche de la loi de Dieu , on y ajoute . on

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

l'ajuste à l'humeur, à l'âge, à l'état. » Mass. « Rejeter tout ce qui ne s'ajuste pas à la loi de Dieu.» Id. «Mais cette réputation de valeur, comment l'ajuster avec la douceur et l'humilité chrétienne? » Id. « Un prédicateur détourne insensiblement la matière pour ajuster son style avec son sermon. » Fén.

On lie ou on associe ses idées les unes aux autres-en vertu de rapports accidentels, variables, qui se présentent d'eux-mêmes à l'esprit ; on les lie , ou on les associe les unes avec les autres en vertu de rapports constants et que l'esprit ne découvre qu'avec effort , qu'après les avoir cherchés.

S'ACCOUTUMER A et AVEC.

S'accoutumer à est général et se dit d'une accoutumance qui regarde tout un genre d'actions à faire ou de maux à supporter. S'accoutumer avec est spécial et n'a rapport qu'à un objet avec lequel on se familiarise; c'est pourquoi on dit plutôt s'accoutumer avec les personnes. Mais en outre , on s'accoutume à ce qui ne cause pas trop de répugnance d'abord; et on s'accoutume avec ce qui était d'abord antipathique, avec ce qui offrait une sorte de résistance et demandait des efforts pour qu'on s'y fît. « J'admire comme on s'accoutume aux maux et aux incommodités. » Sév. « Les maux les plus pénibles qu'on voit venir de loin nous accoutument peu à peu avec eux. » Fén. — On dit plutôt accoutumer et s'accoutumer à , et , au contraire , apprivoiser et s'apprivoiser avec. La raison en est toute simple. Par eux-mêmes ces deux verbes supposent , l'un, savoir accoutumer, un médiocre éloigneraient pour la chose ou la personne dont on se rapproche, et l'autre, savoir apprivoiser, une grande aversion , et par conséquent une grande difficulté à sympathiser avec cette chose ou cette personne. Cependant on trouve quelquefois avec à la suite d'accoutumer , et à se met aussi quelquefois à la suite d'apprivoiser : c'est , d'une part , quand accoutumer a un sens bien voisin de celui d'apprivoiser , et , d'autre part , quand apprivoiser ne signifie guère plus qu'accoutumer. « Il faut s'apprivoiser au risque même pour apprendre à ne pas s'en troubler. » J. J. « On apprivoisera le public à cette union des Alberti de Florence avec ceux desquels vous descendez. » Fén.

La différence entre à et avec est sensiblement analogue à la précédente dans à peine et avec peine. A peine , latin vix , est une locution absolue et trèsgénérale , dans laquelle l'idée de peine s'est tellement affaiblie et idéalisée , qu'il n'en reste point de trace. A peine signifie presque pas , ou presque pas encore : cela est à peine esquissé, à peine le soleil est-il levé. Mais avec peine, en latin œgrè, est une expression spécificative dans laquelle le mot peine conserve toute sa valeur originelle. Avec peine , c'est-à-dire avec fatigue , douleur ou souffrance : enfanter avec peine , séparer des combattants ou repousser des ennemis avec peine, voir , sacrifier , accorder ou céder quelque chose avec peine. « Mme de Sévigné écrit 'sans effort ces bagatelles , mieux que Voiture ne les écrivait avec peine. » Volt. — Toutefois on emploie aussi à peine dans le sens de difficilement : à peine voit-on à se conduire. Mais alors même cette lo-

cution rappelle très-faiblement l'idée de peine, reproduite à la rigueur par avec peine. A peine , c'est-à-dire difficilement , relativement aux objets et aux obstacles qui en naissent; avec peine, c'est-à-dire avec douleur ou souffrance du sujet , selon la signification essentiellement subjective de peine. On peut à peine marcher dans un mauvais chemin; on marche avec peine, quand on ne marche pas sans peine , sans effort , sans fatigue et douleur , et ce peut être par faiblesse ou parce qu'on a les jambes mauvaises.

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