PREMIÈRE PARTIE
temporaire et d'accidentel ; avec être il qualifie , c'est-à-dire énonce quelque chose de fixe et de durable. Cette différence est bien sensible dans avoir cessé et être cessé.
AVOIR CESSÉ, ÊTRE CESSÉ. Ne plus agir , ne plus se faire sentir.
Le premier marque un fait , et tout fait est relatif, passager, accidentel; le second, une qualité , et toute qualité est plus ou moins permanente. De là, entre ces deux expressions une différence particulière , outre celle qui est commune à tous les synonymes de cette classe. Condillac l'a bien saisie , mais ne l'a pas bien expliquée. Quand on dit : la fièvre a cessé , on présume qu'elle reviendra , on a au moins tout lieu de le craindre. La fièvre a cessé signifie donc qu'elle a cessé momentanément, qu'elle a cessé d'agir pour recommencer. «. La fièvre lui a duré continue pendant trois ou quatre jours, et puis a cessé : puis il est venu un redoublement que nous ne croyons pas dangereux.» Laf. Mais, quand on dit : la fièvre est cessée , c'est qu'on juge qu'elle ne reviendra pas ; cessée est un adjectif, comme le prouve son accord avec le sujet, et c'est pourquoi il représente la cessation comme un état ou une qualité , c'est-à-dire comme quelque chose de durable et non comme un accident. « Le fléau de la contagion qui désolait nos provinces est enfin cessé. Mass.
Où sont-ils ces maris? La race en est cessée. Laf. 5° Malgré la différence réelle reconnue en commençant entre deux espèces de verbes neutres , signifiant , les uns que le sujet fait l'action qui le met dans un nouvel état , et les autres qu'il la subit , ils ont pourtant cela de commun , qu'ils marquent une action d'où résulte un état ; et ce qui fait qu'ils se conjuguent avec avoir ou avec être , c'est principalement qu'on se propose en les employant , ou bien de rappeler l'action , ou bien d'arrêter l'esprit sur l'état.
Mais deux verbes neutres , demeurer et rester , se tenir ou s'arrêter en certain lieu , pendant un certain temps, expriment essentiellement l'état. Les locutions synonymiques avoir et être demeuré ou resté ne peuvent donc pas différer en ce que la première désignerait une action et la seconde un état.
^ Il faut se rappeler ici le second caractère distinctif des deux auxiliaires : avoir n'est pas seulement réservé pour l'actif, mais aussi pour le passé ; et être est tout ensemble significatif de l'état et relatif au présent. En conséquence , avoir demeuré ou resté désignera l'état comme un fait dans le passé ; être demeuré ou resté le désignera comme une qualité possédée dans le présent. Avec avoir, on fera entendre que le sujet n'est plus dans le lieu dont il est question , qu'il n'y était plus ou qu'il n'y sera plus à l'époque dont il s'agit-, et avec être , on exprimera que le sujet est encore au lieu dont il est question , qu'il y était encore ou qu'il y sera à l'époque dont il s'agit. — J. j! Rousseau dit , en parlant de deux envois qu'il a reçus : «Ils ont demeuré très-longtemps en route. » Et ailleurs : ce Les premiers traits qui se sont gravés dans ma tête y sont demeurés.^— De même , Fénelon fait dire à Télémaque devant Calypso : |
« y ai demeuré captif en Egypte comme Phénicien. » Et ailleurs il dit : « L'école d'Épicure est demeurée perpétuellement dans une égale splendeur. » — « Quel temps aves-vous demeuré en Angleterre? » Mol. , se demande à un homme qui n'est plus en Angleterre. Mais si , revenu d'Angleterre , j'y ai laissé un ami , je dirai , il est demeuré en Angleterre , pour tel ou tel motif, dans telle ou telle intention.
Du reste , ce double point de vue convient aussi quelquefois aux verbes neutres qui marquent action. Dire qu'une personne a sorti , c'est supposer qu'elle est rentrée , ce qui n'est pas supposé dans elle est sortie.
C'est aussi de cette manière et pour la même raison qu'on doit distinguer les deux expressions , avoir été quelque part , et y être allé. Qui a été dans un lieu en est revenu ou sorti ; qui y est allé , s'y trouve encore, ce Tous ceux qui ont été à Rome n'en sont pas meilleurs : tous ceux qui sont allés à la guerre n'en reviendront pas. Lucinde a été au sermon , et n'en est pas devenue plus charitable pour sa voisine. Céphise est allée à l'église , où elle sera moins occupée de Dieu que de son amant. » Gir.