‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 172 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Boileau dit , en parlant d'auteurs en courroux : Vous les verrez bientôt, féconds en impostures , Amasser contre vous des volumes d'injures. « Mithridate fuit de ses Etats , et ramassant dans son chemin ce qu'il trouve de barbares , il parut dans le Bosphore. » Montesq. Dans le premier exemple , amasser rappelle l'idée pure du radical , celle d'une grande quantité ; dans le second , ramasser rappelle l'idée des efforts de Mithridate pour réunir sous ses drapeaux des barbares dispersés. « En Egypte, faute de bois, on ramasse soigneusement les excréments de tous les animaux. » Buff. «Il s'applique à ramasser tout ce que les anciens ont dit de plus curieux sur cette matière. » Acad. — Les mêmes caractères distinctifs sont peut-être encore plus visibles dans les substantifs amas et ramas.

Amasser de l'argent, c'est en acquérir, s'en former une certaine somme ; en ramasser , c'est en recueillir ou en amasser péniblement ou de toutes parts. « Pleinœuf entra dans les vivres et les hôpitaux des armées où il amassa tant de trésors.... Les trésors immenses que sa femme ramassa de toutes parts fut le moindre mal qu'elle fit. » S. S.

POSER, REPOSER. Être appuyé, porter sur quelque chose.

Reposer est augmentatif et marque plus particulièrement la solidité. Poser se borne à indiquer l'objet qui sert d'appui. « L'esprit de Dieu était porté sur les eaux, ou posait sur elles. » Boss. Une colonne pose sur son piédestal , et repose sur ses fondements. Une poutre pose sur une traverse , et repose sur le mur.

Au figuré , comme on veut exprimer généralement la solidité , la force , le crédit qu'une chose tient d'une autre , on préfère reposer : telle vérité repose sur tel principe. Cependant Montesquieu a dit que la grande distinction de la puissance ecclésiastique et de la puissance séculière est la base sur laquelle pose la tranquillité des peuples; c'est qu'il a voulu faire connaître simplement ce qui assure cette tranquillité, plutôt qu'exprimer avec quelle solidité elle se trouve maintenue et garantie.

ABÊTIR, RABÈTIR. Rendre ou devenir bête, stupide.

^ Rabêtir indique une action plus forte , de la résistance à vaincre dans le sujet. Un maître abêtit l'enfant qui lui est confié , quand il laisse ses facultés se développer sans direction; il lerdbêtit, si , toutes les fois que la raison de l'enfant fait quelques progrès , il en comprime , en déprave , en interrompt l'exercice naturel. D'une part, les dispositions ne peuvent prospérer, faute d'être placées dans des circonstances favorables; de l'autre , elles sont combattues et repoussées aussitôt qu'elles prennent quelque développement. On abêtit peu à peu , lentement , par une action insensible, « Un jésuite m'enquinauda; je fus novice, on'm'abêtit pendant deux ans, et ensuite on me fit régenter. *> Volt. On rabêtit en relançant, en rabrouant dans l'occasion toutes les fois qu'on essaye de montrer de l'esprit. « A qui confierai -je mes faiblesses (les faibles tragédies de sa vieillesse) plutôt qu'à mon doyen , s'il dai-

gnait m'encourager , au lieu de me rabêtir , comme il fait toujours?» Volt. «M. de Richelieu l'entendit un moment autrefois (un acteur) , et n'en jugea pas très-favorablement. Ce pauvre homme en fut tout r abêti. » Id.

Forte comme elle l'est, l'action de rabêtir ne peut être faite que par les personnes. Mais on dit très-bien des choses qu'elles abêtissent. «■ Trop et trop peu d'instruction abêtissent l'esprit, » Pasc. « Cela vous fera croire et vous abêtira. » Id.

CONCILIER , RÉCONCILIER. Faire que des choses opposées cessent de l'être, aillent bien ensemble.

Réconcilier ne suppose pas seulement opposition, mais lutte, mais guerre ouverte, tendance réciproque à se renverser , et c'est pourquoi primitivement ce mot ne se dit bien qu'en parlant des personnes. C'est en les personnifiant et en les considérant comme des ennemis que l'on dit réconcilier la morale et la politique , le théâtre avec la religion, ce Imaginer une morale de bon goût, qui réconcilie J. C. avec Bélial. » Mass. « Réconcilier l'ambition avec la volupté, la grandeur avec l'affabilité , la vérité avec les préjugés et les passions. » Id. ce Un Néron , un Domitien : leur attirer de la gloire , réconcilier l'honneur avec eux, c'est une entreprise impossible. » Boss.

LÂCHER , RELÂCHER. Détendre , desserrer quelque chose , ou bien , laisser aller , laisser échapper quelqu'un , un prisonnier.

On lâche ce qui est tendu; on relâche ce qui est trop ou très-tendu. Relâcher, c'est réparer un excès , rétablir une chose en la lâchant un peu ; c'est , non pas détruire , mais seulement diminuer la tension. Quand on lâche la bride, elle flotte; quand on lâche prise ou pied , quand on lâche un coup de fusil , toute tension , toute action cesse ; mais , quand on relâche une corde , elle est seulement moins tendue.

En parlant des prisonniers qu'on laisse aller , le^lâcher, c'est leur donner la liberté; les relâcher , c'est la leur rendre. Lâcher marque simplement qu'on ne les retient plus , et relâcher qu'on les rétablit dans un état où ils étaient , et dans lequel ils rentrent. On lâche un oiseau qui a toujours vécu en cage , et on relâche celui qu'on avait pris et privé de sa liberté.

CONFORTER, RÉCONFORTER. Fortifier, corroborer.

Ce qui réconforte donne plus de force , produit un effet plus considérable que ce qui conforte simplement. Ou bien ce qui réconforte rétablit des forces qu'on avait perdues. Le vin conforte l'estomac ; et , quand par le travail on s'est affaibli l'estomac, le vin le réconforte. — « Le flairement réjouit le cerveau , le délecte et conforte. » Charr. ce Je me réconforte dans mes disgrâces en buvant de meilleur vin que le bon homme Loth. » Volt. — a Le Seigneur sera auprès de moi , dans moi pour me seconder et me conforter.» Bourd. «. Je lui dis que son état ne devait pas lui faire de peine, et je me mis doucement à le réconforter. » S. S.

ÉCHAPPER, RÉCHAPPER. Se sauver de quelque péril.

Réchapper ne se dit qu'en parlant d'un grand péril et presque toujours d'un cas de mort, ce Je

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

me dédis de ma parole si tu réchappes , » dit Géronte à Scapin à qui il pardonne et qu'on croit blessé mortellement. « Notre chat est réchappé ^ depuis peu d'un saut qu'il fit du haut de la maison dans la rue. » Mol. On échappe, au contraire, à toute sorte de dangers. Les compagnons d'Ulysse furent changés en animaux par Circé; le seul Ulysse en échappa , dit Lafontaine.

On dit ordinairement réchapper d'une maladie , d'une maladie mortelle. On aura tort néanmoins de vouloir avec Bouhours réduire le mot à cette unique application : il convient toutes les fois qu'il s'agit d'un péril de mort. « Clovis, étant dans un grand danger à la bataille de Tolbiac , fit vœu , dit-on , de se faire chrétien s'il en réchappait. » Volt.

LEVER , RELEVER. Mettre haut ou plus haut, ou simplement dans une position verticale.

Relever marque un rétablissement , le rétablissement de l'état antérieur convenable ou naturel. On relève ses bas qui tombent; on relève la tête quand on l'a trop baissée ou trop inclinée , tandis qu'on lève la tête pour contempler le ciel, par exemple. On lève un enfant qu'on met sur pied au lieu de le laisser couché , seconde position naturelle pour lui comme la première; on le relève lorsqu'il tombe. On lève un pont-levis; dire qu'on le relève, ce serait supposer que sa destination n'est pas d'être abaissé.

TROUSSER, RETROUSSER. Replier, relever.

Retrousser, c'est trousser beaucoup, relever bien haut ou avec vivacité, ce Un palefrenier tenant don Quichotte serré entre ses bras, quelques pages retroussèrent sa chemise jusque sur sa tête et lui appliquèrent plus de mille claques. » Les.

Mais , en outre , retrousser marquant une action plus forte que l'ordinaire, se dit seul aussi des choses qu'on n'a pas coutume de trousser, comme la moustache , les cheveux , le chapeau , les manches.

D'autre part, trousser est pour l'habituel, et retrousser pour les cas particuliers et remarquables. « Je savais trousser ma soutane et mon manteau de façon que je laissais voir ma jambe. » Les. ce M. de Nantes parut la soutane retroussée sous le bras gauche et l'épée nue à la main droite.» Sév. — ce Les robes de nos Indiennes, inventées pour être troussées , marquent un génie bien supérieur. » Volt, ce Dans la fameuse procession de la Ligue on vit le prieur des chartreux , suivi de tous ses moines, l'habit retroussé, un casque entête.» Id. — On dit un nez retroussé, la queue retroussée d'un chien , parce que ce n'est pas l'ordinaire de ces choses d'être tournées ainsi, ce II y a une sorte de perdrix qui retrousse la queue en courant. » Buff.

TIRER, RETIRER. Oter, ou faire sortir une personne de qfuelque endroit , l'éloigner de quelque chose.

Retirer marque un rétablissement , indique que l'on avait été mis dans une position où l'on ne doit plus rester. On retire un enfant du collège , une garnison d'une place , des papiers de chez un avoué, et on le fait par précaution, avec soin. On dira , au contraire , sans ces idées accessoires :

on ne saurait tirer cet homme de son cabinet ; on l'a tiré de la charrue pour le mettre à cette place éminente. On tire un homme d'un danger quelconque; on le retire d'un grand péril dans lequel il est beaucoup engagé , ou dans lequel on l'a mis soi-même. « Si Dieu a livré les gentils à l'aveuglement de leur cœur, s'ensuit-il qu'il y livre encore les églises qu'il en a retirées avec tant de soin?» Boss. Si les dangers sont de peu d'importance , on se sert de tirer seulement : tirer d'inquiétude , de souci , d'erreur. Tirer un homme de prison, c'est l'en faire sortir; l'en retirer marque plus de soin , plus d'empressement et aussi plus de difficultés, ce Après avoir fait tant d'efforts pour retirer J. G. des mains de ses ennemis, Pilate enfin le livre aux Juifs. » Bourd.

Tirer et retirer signifient aussi tous deux , recueillir, en parlant du profit ou des avantages qui reviennent d'une place , d'une propriété , etc. Retirer marque un calcul antérieur , quelque chose de prévu, des avantages qu'on s'était proposés, et tirer est dépouillé de cette nuance. On retire de forts intérêts de l'argent que l'on place , et l'on tire de grands services d'un ami, une grande instruction de l'histoire, beaucoup de fruit de ses fautes. Théotime : ce S'imaginer cela , c'est priver le Créateur de la gloire qu'il tirera éternellement de ses créatures. »Ariste : ce Comment, Théotime? Est-ce que Dieu a créé le monde à cause de la gloire qu'il en devait retirer ? » Mal.

TENIR , RETENIR. Faire demeurer en un certain état.

Retenir suppose ou un danger ou de la résistance , et par conséquent dans le sujet de l'action plus d'effort. On tient l'échelle à celui qui monte , de peur d'accident ; on retient l'échelle qui branle ou qui va tomber. On tient dans l'obéissance un peuple qu'on gouverne paisiblement; on retient dans l'obéissance celui qui remue , qui fait effort pour secouer le joug. « Des lois simplement écrites et en petit nombre tenaient les peuples dans le devoir. » Boss. « Les Espagnols désespérant de retenir les nations vaincues dans la fidélité , prirent le parti de les exterminer. » Montesq. ce On craignait que les Cretois et les Tarentins ne combattissent les uns contre les autres; on avait bien de la peine à les retenir au dedans du camp , où ils étaient gardés de près. »

FÉN

ÉLEVÉ et RELEVÉ sont des épithètes également applicables à plusieurs choses dont elles servent à exprimer la grandeur ou la noblesse : condition, fonctions , expressions élevées , ou relevées; emploi , esprit , sentiments élevés ou relevés.

Mais relevé est par rapport à élevé un superlatif, ilmarque un degré de plus d'élévation, il approche plus de sublime, ce On ne peut disconvenir que J. C. n'eût un esprit très-grand et Xvès-relevé. » Pasc. ce Sofal est le phénix des esprits relevés. » Boil. ce Le ministère des âmes est celui de tous le plus délicat et le plus sublime ; et ils se croient nés pour un emploi si relevé, si difficile!» Labr. ce Ce langage si relevé et si sublime. » Bourd. « Ce qu'il y a dans le christianisme de plus sublime et de plus relevé. » Id. a La sainteté de Marie , cette sainteté sublime et relevée. » Id. ce Alors le ton

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