PREMIÈRE PARTIE
APETISSER, RAPETISSER. Rendre ou devenir
plus petit.
Rapetisser enchérit sur apetisser, et signifie apetisser d'une manière réitérée ; il exprime une action plus forte et un effet plus grand. Les jours apetissent quand la diminution est presque insensible; ils rapetissent quand elle est considérable. Rapetisser marque même quelquefois une diminution excessive. « L'espèce humaine paraît agreste , contrefaite et rapetissée dans les climats glacés du Nord. » Buff. « Les Lapons , les Samoièdes, etc. , sont des hommes d'une nature rapetissée, dégénérée. » Id.
Ou bien encore rapetisser est adversatif comme rabaisser , par exemple : il indique une réaction , un effort pour réprimer ce qui tend à s'agrandir. « Vous tendez au grand par la pente de votre cœur, et par l'habitude d'y tendre-, mais Dieu veut vous rabaisser et vous rapetisser dans sa main. » Fén.
D'ailleurs, apetisser marque une diminution subite , en un seul coup , et rapetisser une diminution qui se fait lentement, successivement, par progrès. Une étoffe mise à l'eau une seule fois Rapetisse; elle se rapetisse quand la diminution a lieu à la suite de plusieurs immersions. — « Dans la diastole le cœur s'enfle et s'arrondit ; dans la systole il Rapetisse et s'allonge.. » Boss. Un vieillard rapetisse , parce que la diminution de taille qu'il subit s'opère par degrés. Boileau dit que la servitude est une espèce de prison où l'âme décroît et se rapetisse, en quelque sorte.
ACCOURCIR, RACCOURCIR. Rendre ou devenir plus court.
Accourcir exprime une action modérée et un effet peu considérable. « Voulez-vous accourcir l'opération, ne l'interrompez pas. » Fén. « H faut lui accourcir un peu le temps de l'étude. » Id. La ciguë accourcit de quelques jours la vie de Socrate (Volt.). Sous ces deux rapports raccourcir enchérit sur le verbe simple. « Télémaque et Hippias sont aux prises : ils se raccourcissent , ils s'allongent, ils s'abaissent, ils se relèvent, ils s'élancent. » Fén. « La nature divine , sans bornes et sans limites, s'est comme raccourcie dans l'incarnation. » Boss. « Mon censeur assure que notre vie est fort raccourcie en comparaison de celle des corbeaux et des cerfs. » Volt.
Ensuite accourcir signifie plutôt réduire à de justes bornes. « Une phrase heureusement accourcie. » Volt. « Je prie M. de Grignan de prendre soin Raccourcir les lignes que je veux de vous. » SÉv. Au contraire, raccourcir, c'est non-seulement accourcir beaucoup , mais souvent aussi accourcir trop. « Bien loin d'avoir augmenté sans nécessité la durée du temps , je l'ai peut-être beaucoup trop raccourcie. » Buff. « Les lunettes qui grossissent rétablissent peut-être la véritable grandeur des objets que la figure de notre œil avait changée et raccourcie. » Pasg. — Buffon dit en parlant du roitelet que les Grecs appelaient d'un nom qui signifie sabot ou toupie : « Cette dénomination est analogue à la forme de son corps accourci et ramassé. » Et ailleurs, au sujet d'un colibri représenté dans une planche enluminée : * Le corps de l'oiseau y paraît un peu trop rac-
courci. » — De même Voltaire dit à un jeune homme qui avait traduit une partie de l'Iliade : «Je vous sais bon gré surtout d'avoir accourci. » Et dans son Essai sur la poésie épique , citant un passage de l'Iliade , il s'indigne contre Lamotte-Houdard qui , dans sa traduction , « étrangle ce beau passage et le raccourcit en deux vers. »
Enfin on accourcit plutôt tout d'un coup. Les Parques , en faisant mourir un homme , accourcissent le fil de ses jours (Fén.). Mais raccourcir est plus propre à marquer une action successive. « L'esprit de l'homme s'étend et se raccourcit suivant l'application ou l'inapplication où il vit.» Fén. « L'air froid raccourcit le fer. » Montesq.
ÉTRÉCIR , RÉTRÉCIR. Rendre ou devenir plus étroit.
Étrécir signifie cette action simplement ; rétrécir l'exprime avec une idée particulière d'intention , de réitération , de persévérance ou de force ; car rétrécir, c'est étrécir et étrécir encore. — « Ce n'est point un paradoxe de dire que , dans l'état religieux , plus on élargit la route , plus on Rétrécit. » Bourd. On peut donc étrécir même sans le savoir ni le vouloir. « Ce chemin étroit qui mène au ciel parut encore trop large à sainte Thérèse , et toute sa vie elle s'étudia à le rétrécir autant qu'il lui fut possible. » Bourd. — Malebranche et Buffon disent que la prunelle de l'œil Rétrécit sous l'impression des rayons du soleil; c'est une action douce et faible. Mais «les muscles, en se resserrant excessivement, rétrécissent la peau, font dresser les cheveux et causent ce mouvement qu'on appelle horreur. » Boss.
D'autre part , rétrécir marque plus proprement ou plus fortement l'excès. Si on ôte à un habit ce qu'il a de trop en largeur, on Rétrécit; on le rétrécit en le rendant si étroit qu'il n'est plus possible de le mettre : Ragotin , dans la comédie de Lafontaine qui porte ce nom , essaye vainement de mettre l'habit que La Rancune a eu la malice de lui rétrécir pendant son sommeil :
Mais que vois-je? aurait-on rétréci mon pourpoint? Rétrécir l'esprit dit plus que Rétrécir, de toutes les manières.
TARDER, RETARDER. Remettre à faire en un temps plus éloigné ce qu'on devrait faire sur-lechamp.
Mais tarder ne désigne que le fait de ne pas exécuter assez tôt ; retarder annonce une résolution de la volonté. Pour tarder à partir, il suffit de ne pas partir , et , pour retarder son départ , il faut volontairement et sciemment le fixer à une époque postérieure à celle où il avait été fixé d'abord.— De là une seconde différence. Retarder suppose quelque difficulté survenue , qui force de contrevenir à ce qui avait été réglé , déterminé ; de manière que celui qui tarde n'agit pas en temps convenable et que celui qui retarde n'agit pas en temps convenu. Un paresseux tarde à partir ; un homme qui n'avait pas prévu la longueur de certaines affaires, se voit contraint de changer sa résolution et retarde son départ.
D'ailleurs tarder s'emploie toujours avec à ou de suivi d'un infinitif, au lieu que retarder veut toujours après lui un substantif sans préposition : tarder à ou de faire une chose ; retarder
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
son départ , son mariage , la conclusion d'une affaire. « On retarde autant l'œuvre de Dieu, qu'on tarde à se mettre dans cette disposition. » Boss.
AMOLLIR, RAMOLLIR. Rendre mou ou moins dur, au propre et au figuré.
On amollit ce qui est dur ; on ramollit ce qui est trop ou très-dur. La chaleur du soleil amollit la cire ; le feu ramollit le fer. — « La langue humecte et amollit les viandes. » Boss. « Les cailloux les plus durs se décomposent à l'air : peu à peu toute leur substance se ramollit et se convertit en terre argileuse.» Buff. «Dieu touche le cœur du pécheur pour le ramollir , parce qu'il est dur comme le marbre. » Boss.
Au figuré , ramollir exprime plutôt un excès. Amollir les cœurs ou les âmes , c'est les porter à la douceur. « Roideur de caractère que rien n'amollit. » J. J. « Amollir l'humeur d'un homme d'esprit, le rendre plus doux et plus sociable.» Labr.
Aux accents dont Orphée emplit les monts de Thrace, Les tigres amollis dépouillaient leur audace. Boil. Ramollir les cœurs ou les âmes , c'est les énerver. a Cette musique , qu'il fait mépriser comme capable de ramollir les courages , était sans doute cette musique molle et efféminée , qui n'inspire que les plaisirs et une fausse tendresse. » Boss. — Quand les deux mots marquent un défaut ou un excès , il est plus grand exprimé par ramollir , ou présenté en opposition avec un état antérieur d'où ce verbe annonce qu'on a été tiré. « Les Toscans étaient amollis par leurs richesses et par leur luxe. » Montesq. ce Les Mèdes, autrefois si laborieux et si guerriers , mais à la fin ramollis par leur abondance.» Boss.
ADOUCIR, RADOUCIR. Rendre doux , au propre et au figuré.
Radoucir se dit de choses plus rudes , ou plus aigres , ou plus dures : « on radoucit les métaux par une fonte réitérée » Agad. ; ou bien des choses qui , étant douces , ont été changées et qu'on ramène à leur état primitif de douceur : «la pluie a radouci le temps. » Agad. Mais, on dira d'une manière générale avec l'Académie , la pluie adoucit le temps.
Il en est de même au moral. On radoucit un homme qui est fort en colère. — Ensuite , on adowcit l'humeur de celui qui l'a naturellement rude , et on radoucit l'humeur de celui qui l'ayant naturellement douce , en a changé tout à coup.
ENCHÉRIR, RENCHÉRIR. C'est figurément , par rapport à une chose , à ce qu'on a fait ou dit , y ajouter , faire ou dire plus.
Mais renchérir marque un enchérissement difficile ou extraordinaire , parce que la chose était déjà forte ou portée à un haut degré. Aussi dit-on renchérir encore (J. J. , S. S.), renchérir même (Mass.).
On enchérit sur quelque chose d'ordinaire , de faible , de simple , de naturel. « M. Vernes enchérit partout sur le sens naturel des mots pour me rendre plus coupable. » J. J. « Une simple légèreté dans la bouche d'un souverain va faire de nouveaux impies: on croit plaire, en enchérissant, et des railleries deviennent des biasphè-
SYN. FBANÇ.
mes. » Mass. « En fait de style, toute répétition qui n'enchérit pas doit être évitée. » Volt.— Mais on renchérit, on renchérit encore sur quelque chose qui est déjà fort , violent ou excessif. « Renchérir sur l'indignation ou sur, le zèle de quelqu'un. » J. J. , Boss. «Renchérir sur l'énergie de la poésie par celle de l'harmonie et du chant. » J. J. « Des ministres de J. C. non-seulement imitent les mœurs et les excès des mondains , mais renchérissent même sur eux. » Mass. « Dans les accusations de Cicéron contre Verres , on voit le crime renchérir sur le crime. » Marm. «Diogène perfectionna le cynisme, c'est-à-dire qu'il renchérit sur les excès de son maître. » Cond. « Ne rougissez-vous pas de renchérir en fait d'intérêt sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers? » Mol.
Au propre , la différence est à peu près la même.
ENFERMER, RENFERMER. Mettre une chose ou une personne dans un endroit clos.
Laveaux prétend avec raison que renfermer se dit d'une clôture plus étroite qu'enfermer. Le premier mot indique plus de précautions , et plus de danger que la chose ou la personne n'échappe ou qu'on n'arrive jusqu'à elle.
Enfermer , c'est simplement ne pas laisser aller librement dehors ou même seulement ne pas laisser dehors. « La petite maison de la Vierge Marie, transportée de Nazareth à Loretto, fut enfermée dans une église superbe. » Volt. « Que servirait , dit Montesquieu , d'enfermer les femmes dans nos pays du Nord où leurs mœurs sont naturellement bonnes? » Mais il dit ailleurs : « Dans les Etats despotiques , les princes ont plusieurs femmes et mille considérations les obligent de les renfermer. »
En effet, tous ces soins sont des choses infâmes : Sommes-nous chez les Turcs pour renfermer les
femmes ? Mol.
« Il renferma sa femme avec tant de sévérité , qu'elle n'eut permission de voir qui que ce fût. » S. S. Harpagon, qui a peur d'être volé, « renferme toutes choses , et fait sentinelle jour et nuit.» Mol. Dans le Dépit amoureux, Mascarille pour échapper à la poursuite des ennemis de son maître , lui dit :
Ne nous obstinons plus à rester dans la rue ;
Allons nous renfermer. Mot.
On est enfermé dans sa loge au spectacle , dans sa chambre à la ville ; on est renfermé dans une prison.
Renfermer désigne toujours une action volontaire, et ne pourrait, par conséquent, se substituer à enfermer dans une phrase telle que celleci : « Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment. » Pasc.
Enfin renfermer peut aussi exprimer quelque chose de difficile. « Il n'y a qu'une profonde sagesse qui ait pu renfermer toute une grande plante dans une si petite graine. » Boss.
AMASSER, RAMASSER. Faire un amas, un assemblage, réunir.
Ramasser a pour nuance de marquer les soins , la peine qu'on a eue à rassembler des choses diverses ou éparses. Amasser n'est relatif qu'à l'idée exprimée par le radical.