‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 175 sur 881 · AGNÈS · texte numérisé non relu

AGNÈS

Du meilleur de mon cœur je voudrais vous complaire.

Plaire exprime le fait seul, sans accessoire.

Mais si mes vers ont l'honneur de vous plaire, etc.

Laf.

Complaire est propre à marquer l'empressement et le zèle.

Vous les verrez toujours ardents à vous complaire.

Rac.

Je donne dans son sens en tout pour lui complaire.

Regn.

Sans doute, on cherche aussi quelquefois à plaire , mais par soi-même , par ses qualités propres , si bien que le verbe ne partage pas l'attention et la fait porter toute sur le sujet.

Et pour n'avoir personne à sa flamme contraire ,

Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire. Mol. Quand on tâche de complaire , on flatte les goûts , les caprices , les désirs de celui près de qui on veut être bien venu , et le mot complaire a toujours une signification relative, à double face, plus complexe. On se plaît à une chose , et on se comp laît dans une chose. D'une part, c'est l'aimer, y avoir goût; de l'autre, c'est l'aimer à l'excès , la savourer , en quelque sorte , en détail , avec insistance et obstination.

On a beau réfuter ses vains raisonnements , Son esprit se complaît dans ses faux jugements. Roil. « Louis XIV se complaisait à en imposer par son air. » Volt.

PRENDRE, COMPRENDRE. Concevoir, entendre, se faire une idée.

Prendre, c'est saisir sans effort, instantanément , tout d'un coup , à 1a première audition , à la volée , une chose qui d'ordinaire est peu étendue. « Tout traité de paix doit toujours êtrepm simplement dans son sens le plus naturel et interprété par l'exécution immédiate. » Fén. « S. Thomas et Hugues de S. Victor ont pris ce passage plus simplement et l'ont entendu de la pénitence ordinaire. » Bourd. Comprendre exprime un acte moins simple : c'est concevoir dans tous les détails et dans toutes les parties quelque chose de complexe, comme une démonstration de mathématiques, « Le peu d'étendue de notre esprit fait qu'il ne peut comprendre parfaitement les choses un peu composées qu'en les considérant par parties. » P. R.

Ma foi, je ne sais pas Quand on verra finir ce galimatias ; Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre. Mol. On peut bien prendre chacune des phrases d'un discours , et ne pas bien comprendre le discours lui-même.

Les deux mots s'emploieraient bien encore en parlant d'une chose de même étendue ; mais alors prendre signifie n'en saisir qu'une partie , ou ne la saisir que par un côté , ce qui fait que ce verbe se trouve souvent accompagne des adverbes mal , de travers , à contre-sens , qui dénotent une conception erronée , parce qu'elle est partielle et incomplète , faute d'attention , d'étendue d'esprit. Comprendre , au contraire, indique qu'on conçoit la chose dans sa totalité , qu'on l'embrasse tout entière.

. CESSION, CONCESSION. Acte par lequel on cède , on accorde quelque chose à quelqu'un , on dispose d'un bien en sa faveur.

La cession est une donation; la concession, une donation pleine et entière , c'est-à-dire gratuite. La cession peut n'être qu'un retour, quelque chose d'obligé ou même d'arraché. « Jacob avait reçu de son frère la cession de son droit d'aînesse, confirmée par serment. » Boss. « Jules II, au lieu d'aider le duc de Valentinois à recouvrer ses places, le fit arrêter pour tirer de lui la cession de celles qui lui restaient. » Id. « Si on se laisse entamer par des cessions de pays , on nous mènera jusqu'aux partis les plus honteux. » Fén. « François Ier avait racheté sa liberté par la cession de toutes ses prétentions sur ces fiefs (la Flandre et l'Artois). » Volt. « Batailles presque toujours favorables aux Romains par le succès final et par la cession de plusieurs places. » Roll. Mais la concession est faite de plein gré , c'est une pure libéralité, ce Les princes peuvent avoir reçu les droits de souveraineté par la concession ou par le consentement des peuples mêmes. » ïén. « La concession d'une île par don Quichotte à son écuyer Sancho Pança. » Volt, a II y a cent bulles d'évêqués de Rome°, qui assurent expressément que les royaumes ne sont que des concessions de la chaire pontificale. » Id. ce Othon Ier n'aurait pas dû souffrir qu'on traitât ses droits comme des concessions faites par le saint-siége. » Cond.

« Les Romains n'oublièrent rien pour faire regarder ces concessions comme des grâces passagères et qui ne fondaient point de droit. » Vert.

La concession porte aussi généralement sur un objet plus considérable, plus étendu, presque toujours appartenant au domaine public; au lieu que la cession n'est souvent qu'un transport de droits entre particuliers. L'Etat fait la concession, d'une mine ou d'un chemin de fer ; Voltaire reproche à Polyeucte la cession qu'il fait de sa femme à un païen.

SE FIER, SE CONFIER. Ne pas craindre de communiquer à quelqu'un ses affaires , ses secrets , de lui commettre le soin de ses intérêts.

On ne se fie que sous un certain rapport ou pour une seule affaire ; on se confie sans restriction et pour toute sa fortune. Se fier témoigne une confiance sans abandon; se confier , une confiance pleine , complète , illimitée , qui fait qu'on se donne tout entier , pour ainsi dire. « On se fie à quelqu'un qu'on connaît ou qu'on ne suspecte pas; on se confie à quelqu'un qu'on connaît bien et dont on se croit sûr. On se fie à. quelqu'un pour de légers intérêts ; on se confie à un ami dans les choses importantes. » Roub. On se confie en Dieu; on ne dit pas s'y fier, ce serait une expression injurieuse , à cause de cette sorte de réserve dont l'idée s'y trouve toujours jointe. On n'ose se fier (Boss.) , on ne se fie pas trop (Pasc.) , ou on commence à se fier (Fen.) à quelqu'un; on se confie absolument en Dieu (Boss.).

L'étendue de la confiance distingue si bien se confier , qu'en latin confidentia , comparé à fiducia , signifie une confiance téméraire , présomptueuse. Il est vrai qu'ensuite le verbe confidere perd cet accessoire défavorable et se trouve , relativement à fidere . dans le même rapport que se confier relativement à se fier.

TENIR, CONTENIR. Ces deux verbes servent à exprimer combien il entre de certaines choses ou d'une certaine chose dans un certain espace.

Tenir , en sa qualité de radical pur , fait abstraction de toute circonstance réelle et marque la capacité à priori, et, pour ainsi dire, la capacité idéale ou de droit. Par la raison contraire , contenir exprime la capacité de fait. Un vase tient tant, quand il est susceptible de recevoir telle quantité de liquide ; il contient tant , quand il s'y trouve actuellement tant de liquide. La cassette d'Harpagon . dans V Avare , est petite , parce qu'elle tient peu de chose; mais maître Jacques l'appelle grande, « pour ce qu'elle contient (dans le moment où il parle). » Mol. Vous achetez une bourse qui tient tant . à raison de la quantité d'argent que vous voulez y mettre; pour récompenser une personne, vous lui donnez une bourse qui contient tant. « La bourse que je vous renvoie contient le double de ce qu'elle contenait la première fois. t> J. J. « Il y a dans la cave un grand sac de cuir qui contient vingt mille francs. »Regn. Un champ contient , et non pas tient , tant d'arpents , c'est un fait , et non une possibilité.

Si quelquefois contenir se prend aussi dans le sens apriurique de tenir , ce n'est point pour exprimer de même une mesure ordinaire , réglée , légale. Une salle de spectacle contient tant de

personnes ; le boisseau tient tant de litres. Autrefois le muid tenait tant de pintes , et on disait d'un muid réel et particulier qu'il contenait tant de pintes.

PREFIXES CON et RE.

Contenir, retenir. Convenir, revenir. Commettre, remettre. Conserver, réserver.

CONTENIR, RETENIR. Ces mots signifient tous deux s'opposer au mouvement, à l'action, au développement d'une chose , de manière à le modifier.

Mais on contient une chose de peur qu'elle ne s'écarte , en réglant son cours ; on la retient de peur qu'elle n'échappe ou n'aille trop loin, en empêchant ou en ralentissant son cours. On contient et on dirige; on retient et on modère. Un général contient des troupes dans le devoir, en s'opposant à ce qu'elles fassent abus de leurs forces , à ce qu'elles pillent ou se révoltent ; il retient dans le devoir ses troupes qui menacent de déserter. On se contient en parlant , afin de ne pas parler autrement qu'il ne faut ; on se retient , afin de ne pas aller trop loin et de ne pas en trop dire. Contenir ses passions , c'est les empêcher de se répandre de tous les côtés pour ainsi dire , de prendre de mauvaises directions, de s'égarer; les retenir, c'est, ou absolument ne pas permettre qu'elles se développent , ou seulement ne pas leur lâcher la bride , ne pas les laisser se développer avec excès. Toutes nos passions sont bonnes de leur nature ; mais il faut savoir les contenir, avoir soin de les contenir; toutes nos passions sont violentes de leur nature ; il faut avoir la force de les retenir.

D'ailleurs , on contient comme on arrête par des moyens apportés du dehors , et on retient par des moyens qui se trouvent dans la chose même ; car contenir , c'est mettre une digue ou des bornes, et retenir , c'est faire sentir le frein ou refréner. « Dans la république , comment contenir des domestiques, des mercenaires, autrement que par la crainte et la gêne? Mais on retient les citoyens par des mœurs , des principes , de la vertu. » J. J.

CONVENIR, REVENIR. Avoir du rapport; agréer, plaire.

Convenir enchérit sur revenir dans tous les sens. Une chose convient à une autre quand elle va bien avec elle , quand elle s'y adapte ou s'y ajuste ; une chose revient à une autre , quand elle ne s'en éloigne pas, quand elle n'y répugne pas, quand elle ne jure pas avec elle : telle est une couleur relativement à une autre. Ce qui convient, revient entièrement, sous tous les rapports; ce qui revient, convient d'une certaine manière.

De même la chose qui me convient me plaît , parce qu'elle répond à mes besoins, parce qu'elle m'est utile ; la chose'qui me revient me plaît par je ne sais quoi d'agréable , qui me frappe d'abord , à la première vue , et dont l'appréciation dépend plus de l'humeur que du jugement. Je suis fait pour la personne qui me convient ; toutes ses qualités sont en parfait accord avec les miennes ; j'ai simplement du goût pour celle qui me revient. Une jeune fille épouse un homme qui lui convient 5

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

parce qu'il revient à ses parents. « Songeons à ma fille. Tu sais l'amour que Cléonte a pour elle : c'est un homme qui me revient , et je veux aider sa recherche. » Madame Jourdain. Mol.

On renvoie un domestique, parce qu'une longue épreuve a démontré qu'il ne convient pas. « Qui vous oblige à m'abandonner, dit un maître à son domestique. Vous m'avez témoigné plus d'une fois que mon humeur vous convenait , et je suis trèssatisfait de la vôtre. » Les. On refuse un domestique qui se présente , parce que sa physionomie ne revient pas. «Je reçois à mon service le garçon que tu m'amènes ; il me revient assez. » Les. «Je le reçois d'autant plus volontiers que sa physionomie me revient. » Id.

Ce qui nous convient fait notre affaire; ce qui nous revient nous affecte et nous dispose favorablement. Il n'y a pas de personnes , douées d'assez de qualités , pour convenir à tout le monde ; il y en a d'assez aimables pour revenir à tout le monde (Les. , S. S.).

COMMETTRE, REMETTRE. Donner la garde de quelqu'un ou de quelque chose.

Le premier se rapporte surtout au prix qu'on, attache à l'objet confié , au soin qu'on attend de la personne à qui on le confie et à la responsabilité qui pèse sur celle-ci.

Cache tes pleurs , Céphise ; et souviens-toi

Que le sort d'Andromaque est commis â ta foi. Rac.

Enlever le dépôt commis au soin du garde. Laf. Horlense est commise â tes soins. Laf.

La porte dans le chœur à sa garde est commise. Boit. « Les maîtres doivent se rendre habiles pour instruire ceux qui sont commis à leurs soins. » Mal. « Les rois faisant eux-mêmes les grâces ont commis à des magistrats particuliers la distribution des peines. » Montesq. Les peuples sont commis aux princes (Boss.), les fidèles aux pasteurs (Mass.), les domestiques à la vigilance desmaîtres (Bourd.). « Le souverain peut commettre le dépôt du gouvernement à tout le peuple. » J. J. ce L'éducation du roi fut commise à Eulée. » Roll. Remettre indique à peu près exclusivement l'action ou le fait de livrer , le changement de possesseur : l'objet était dans mes mains, je vous le remets , il passe dans les vôtres ; c'est , pour ainsi dire , une seconde mise en possession. Averti de sa fin prochaine , Moïse remit à Josué le commandement qu'il avait possédé lui-même, et, suivant la juste expression de Bossuet, « lui commit ce qui restait à faire. »

Le rejeton des rois , â leur garde commis , Entre les mains d'Octar est-il enfin remis ? Volt.

CONSERVER, RÉSERVER. Garder une chose, ne pas s'en défaire , ne pas s'en servir , ne pas l'user.

Conserver marque l'attention avec laquelle on veille sur la chose , les précautions dont on l'entoure. Réserver indiqué retour, exprime qu'on reviendra à la chose , qu'on la garde pour une autre occasion , pour s'en servir plus tard. L'un est le fait d'un homme soigneux , l'autre , celui d'un homme prévoyant et prudent. On conserve en éloignant les dangers , en prenant garde que la chose n'éprouve quelque dommage; on réserve en gardant pour une destination ultérieure. Un en-

fant reçoit , comme prix de son travail , un livre précieux : au lieu de le lire, il le conserve- ou il le réserve ; il le conserve , s'il s'abstient de le lire , de peur de le gâter , et il le réserve , s'il ne fait qu'en différer la lecture.

ce Je vous prie de conserver soigneusement cette estampe. » J. J. ce Qui ne mourrait pour conserver son honneur , celui-là serait infâme.» Pasc. ce Cette femme a grand soin de conserver son teint. » Acad. ce Dans ce traité , Carthage fut principalement attentive à se conserver l'empire de la mer. » Roll. Mais dans Lafontaine , la jeune souris prise par le vieux chat lui demande la vie en ces termes :

A présent je suis maigre ; attendez quelque temps. Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Réservons cet enfant pour un temps plus heureux.

Rac. (Athalie. Josabet à Joas.) ce Je ne puis mêler un tel sujet à celui-là dans la même lettre; je le réserve pour la première que je vous écrirai. » J. J.

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