‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 180 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

développe en eux ou qu'on en fait sortir par l'exercice ou d'autre manière la chaleur qu'ils possédaient déjà à l'état latent. On se chauffe auprès de son feu, aux rayons du soleil; on s'échauffe à courir , à travailler , ou en courant , en travaillant.

CHANGER, ÉCHANGER. Donner une chose pour une autre.

Échanger désigne un changement de conséquence , considérable , et fait à dessein. Au sortir d'un bal , on peut changer son chapeau sans s'en apercevoir.

A vrai dire, changer comme change, est le terme général et abstrait; et ce qui fait que parfois l'on ne s'en contente point , qu'on le trouve insuffisant , qu'on lui préfère échanger, c'est qu'on veut exprimer une opération à laquelle on regarde davantage, qui demande plus de précaution et d'exactitude. Aussi, échanger n'est point d'un usage vulgaire; il appartient exclusivement au langage du commerce.

Échanger exprime donc une manière de changer remarquable par l'attention qu'elle demande , et remarquable aussi en ce qu'elle est réciproque et porte sur des choses de nature diverse. Je change d'habillement; mon chapeau m'allait mal, je l'ai changé. On échange des marchandises contre d'autres marchandises ; les monnaies offrent l'avantage de faciliter les échanges. Sans doute , on dit bien , en termes de commerce , changer une pièce d'argent, lettre de change, agent de change; mais il n'y a toujours dans le mot que la simple indication d'une opération ordinaire , qui ne présente rien de difficile ni de remarquable , soit dans le sujet , soit dans l'objet.

LEVER, ÉLEVER. Changer la position de bas en haut.

Dans lever , l'idée est réduite à ce qu'elle a de plus simple : on lève en dressant ou en mettant debout , mais sans faire quitter le sol , sans ôter de la place qu'on occupe pour porter à une place supérieure. On lève ce qui touche à terre, comme un arbre abattu , une échelle qui est couchée sur le sol. Mais élever doit à sa particule initiale d'indiquer le lieu , la place d'où l'objet part pour aller en haut, c'est lever de; il emporte l'idée d'un déplacement total et non partiel. Un malade se lève sur son séant; des audacieux s'élèvent en ballon. On lève la main (Vert.) ou la tête (Rac), on lève la pierre d'un tombeau (Bourd.) en la dressant sur un de ses côtés; mais les parties du sel ne peuvent être élevées en vapeurs (Desc), • c'est le soleil qui élève les nues (Boss.), et le prêtre élève le calice (Id.) qu'il prend sur l'autel pour le porter au-dessus à une certaine hauteur.

Girard et Roubaud s'aocordent sur cette différence. Condillac ajoute une remarque : quelquefois lever signifie aussi ôter, déplacer; mais alors il est absolu, et ne suppose pas, comme élever une comparaison entre le corps levé et ceux du milieu desquels il sort. « On lève un corps en l'ôtant d'où il est, et alors on le considère en lui-même et sans aucun rapport aux autres : on l'élève en le portant ou en le faisant monter plus haut , et , dans ce cas , on le considère par rapport aux autres corps qu'il laisse au-dessous. »

Ce qui est levé est ôté; ce qu'on élève prend ou tend à prendre le dessus.

Ensuite, élever suppose plus d'efforts et une opération plus difficile , ou bien une hauteur plus considérable à laquelle l'objet arrive en parcourant progressivement différents degrés. On lève quelque chose de terre sans peine et avec la main. « Lorsque nous levons de terre quelque chose de fort léger.... » Mal. On élève une chose à force de travail , à l'aide de machines et à une plus grande hauteur.

Se LANCER, s'ÉLANCER. Se jeter en avant avec impétuosité.

S'élancer est relatif au point de départ. On s'e'lance de. « Aussitôt Minerve s'élance du haut de l'Olympe. » Fén. «Le feu vengeur prendra dans ta conscience, et des flammes s'élanceront du milieu de toi. » Boss. Dans cette phrase , le lion s'élance de sa tanière , on voit l'animal se presser fortement contre la terre qu'il va quitter , prendre son élan , détendre fortement ses muscles , et partir en bondissant. C'est , de plus , comme on s'en aperçoit sans peine, un mot représentatif, qui fait image et peint l'action, qui montre le sujet se levant , revenant sur lui-même , et faisant effort pour sortir du lieu où il est.

Mais la principale différence consiste en ce que s'élancer témoigne plus d'ardeur et marque plus de violence et de vitesse. Les affamés s'élancent sur les plats (Sév.). a Un loup affamé s'élance, d'une gueule béante et enflammée , pour dévorer des agneaux. » Fén. « Ce sanglier s'élançait rapidement comme la foudre. » Id. « Enflammée de l'amour de Dieu , sainte Thérèse le cherche par son espérance ; ensuite elle y court , elle s'y élance par des désirs ardents et impétueux.» Boss. « Ces eaux se précipitent dans des gouffres profonds et après bien des efforts s'élancent et reparaissent sur la terre. » Barth. Sur l'ordre de leurs chefs, des soldats se lancent à la poursuite des fuyards . et des soldats enivrés de carnage ou irrités d une longue résistance s'élancent , sans écouter la voix de leurs chefs , à la poursuite des ennemis. On se lance naturellement, sans beaucoup d"efforts, en se jetant en avant avec peu d'impétuosité : c'est ainsi qu'un cheval se lance dans la plaine. On se lance à l'eau.

Le raisonneur parti, l'aventureux se lance, Les yeux clos, à travers cette eau. Laf. C'est , dans cet exemple , la seule expression qui convienne , parce quïl n'y a ici ni effort , ni ardeur extrême de la part du sujet . causée par la résistance , le danger , les obstacles ou une grande opposition, <* Lorsqu'une des jambes de derrière (du cheval) se lance , la jambe de devant du même côté reste quelquefois en place un peu trop longtemps. » Buff. « Lorsque les canards s'abaissent, c'est toujours avec précaution : ils fléchissent leur vol et se lancent obliquement sur la surface de l'eau. » Id. Par la même raison , on dit et on doit dire : se lancer dans le monde , dans les affaires ,' dans la littérature , dans la carrière du barreau. On se lance à travers : on s'élance au travers.

MOUVOIR , ÉMOUVOIR. Mettre en mouvement , agiter.

Au propre , émouvoir marque un rapport au lieu

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

auquel tient la chose , et d'où elle peut être tirée. «Emouvoir n'est guère en usage qu'en parlant du mouvement donné aux humeurs qu'on veut chasser par des remèdes. Un tempérament difficile à émouvoir. » Cond. Ainsi, dans cette locution, émouvoir , c'est mouvoir de manière à faire sortir. « Ceux qui ont coutume de voyager dans les vallées où les avalanches sont à craindre s'abstiennent même de parler ou de tousser en y passant ,, de peur que le bruit de leur voix n'émeuve la neige. » Desc.

Dans d'autres , c'est mouvoir avec peine ou effort quelque chose qui offre de la résistance , qui n'est pas fait pour être mû , qu'on ne meut pas d'ordinaire. On meut un pendule, un objet quelconque d'une petite masse et dont la mise en mouvement présente peu ou point de difficulté : on meut les bras , les jambes ; le vent fait mouvoir les branches des arbres. Une trombe émeut les flots de la mer, lorsqu'elle les agite profondément , les soulève , et les pousse avec force les uns contre les autres.

Au figuré se retrouve cette même distinction. « L'entendement meut la volonté , parce qu'il la dirige vers un objet. Mais on ne dira pas mouvoir les passions. Alors émouvoir est le terme propre , et il signifie les mettre en action. » Gond. D'où il résulte que mouvoir annonce une impulsion sans violence , et émouvoir une impression plus forte qui nous tire de nous-mêmes. On est mû par une considération (Beaum.), par une vue (S. S.), par un principe de religion (Bourd.). «■ L'esprit de J. C. ne pouvait être mû par d'autres ressorts que ceux de la souveraine raison. » Bourd. On est ému par quelque chose de touchant , par une passion, par quelque chose d'assez fort pour faire sortir de l'état où on est. « Il y avait de quoi émouvoir les plus insensibles. » Boss.

Caliste était un roc ; rien n 'émouvait la belle. Laf.

BRANLER , ÉBRANLER. Émouvoir , remuer.

La prépositive semble jouer encore ici le rôle Ae superlatif. On branle légèrement la tête en signe de mépris ; on ébranle un édifice à coups de bélier ou de canon : c'est-à-dire que le simple sert à exprimer un mouvement , une agitation ordinaire , et le composé une commotion violente , une secousse. En conséquence , il faut plus d'effort pour ébranler que pour branler, et l'on ébranle des choses plus difficiles à remuer , qui , par leur nature et leur disposition , semblent devoir rester immobiles. Vous branlez la tête, les bras, les jambes , un dard dont vous voulez percer votre ennemi; le matelot est branlé dans son hamac. C'est toujours une masse lourde qu'on ébranle: il suffit à Jupiter d'un froncement de sourcil pour ébranler le monde , mais aussi c'est le père des dieux et des hommes , et rien n'est plus beau que cette opposition entre un moyen si petit et un effet si grand.

. En outre , quoique les deux actions ne produi sent point de déplacement , ne fassent point sor tir l'objet de son lieu, c'est à quoi tend, en particulier, l'action <¥ ébranler, ce On ébranle un corps lorsqu'on le rend moins ferme , soit en le frappant violemment, soit en le secouant : ébranler un mur , un arbre. » Cond. Samson ébranla

SYN. franc.

les colonnes du temple, c'est-à-dire, leur imprima de fortes secousses , capables de les rendre moins assurées sur leurs fondements , de les détruire , de les renverser. Le branle des cloches , par exemple , n'a pas cet effet.

PRÉFIXES É et CON.

Érosion, corrosion.

ÉROSION, CORROSION. Action de corroder, de

ronger.

Mais cette action est présentée sous deux points de vue , savoir , dans corrosion comme s'opérant de tous les côtés à la fois , comme attaquant de toutes parts le corps qu'elle détruit , et dans érosion comme détachant peu à peu de ce corps différentes parties. D'où il suit que la corrosion amène plus promptement l'altération ou la ruine de la chose , et c'est pourquoi ce mot se dit principalement du poison ou du venin. « La corrosion du levain de la petite vérole. » Volt. «Quant à cet arsenic , mis sur la langue , sa saveur est très-âcre, il y fait une corrosion. » Buff Mais Y érosion agit avec plus de lenteur , par degrés , à la manière de ces humeurs acres qui mangent les chairs et finissent par les faire tomber en lambeaux. « On trouva dans le ventricule de cette outarde des pierres toutes usées et polies dans les endroits exposés aux frottements , mais sans aucune apparence d'érosion. » Buff.

PRÉFIXES É et DE.

Écoulement, découlement. Épuration,, dépuration. Éhonté, déhonté. Échevelé , déchevelé. Éhanché , déhanché.

ÉCOULEMENT, DÉCOULEMENT. Flux, mouvement de ce qui coule.

ce Les eaux s'écoulent du lieu d'où elles sortent , et qu'elles laissent à sec; elles découlent de leur source. » Cond.

Ce qui frappe dans Y écoulement , c'est la sortie du liquide qui s'échappe , qui fuit , et le vide produit par là dans le vase ou le contenant : un liquide s'écoule entièrement, il n'en reste rien dans le vaisseau, ce II y a des mémoires infidèles qui laissent écouler tout ce qu'on leur confie. » Roll. ce Nous laissons écouler de nos mains , sans peine , l'un de nos trésors les plus précieox , le temps. » Boss. Ce qui frappe dans le découlement, c'est la direction que suit le liquide en coulant : le sang découle d'une plaie. — De même , au figuré, le temps s'écoule, c'est-à-dire, fuit, échappe ; une conséquence découle d'un principe , c'est-à-dire , résulte ou descend de quelque chose de supérieur comme de sa source.

ÉPURATION , DÉPURATION. Action de purifier, de donner de la pureté , ou effet de cette action.

Par Y épuration, ce qui est impur sort ou s'en va ; par la dépuration , la chose est délivrée ou débarrassée de ce qu'elle contient d'impur. Il semble , d'après cela , que le second mot exprime une élimination plus complète , plus définitive , de toute matière hétérogène ; d'autant plus que de est essentiellement caractéristique, rigoureux, déterminatif. L 'épuration serait donc uncommen-

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