PRÉFIXE AD
Faire croire , faire accroire. Ranger, arranger. Paraître , apparaître. Poster . aposter. Maigrir . amaigrir. Baisser, abaisser. Se donner, s'adonner.
Ad , préposition et particule initiale latines , signifie, à côté, auprès, et plus souvent, à, vers, du côté de ; elle marque proximité ou direction .
édentées , éreintées ne le sont jamais absolument; par le mot elinguis , les Latins désignaient une sorte de mutisme relatif, qui consiste à ne pas parler dans une circonstance , quoiqu'on en ait j naturellement la faculté.
Ainsi éhonté et déhonté indiquent une absence de honte , le premier accidentelle et dans une action particulière , le second habituelle et dans le caractère. On est éhonté par un oubli momentané de soi-même ; mais , à force d'être éhonté , on finit par devenir déhonté. «thonté , dit Nicod , qui a perdu sa honte; déhonté, qui a perdu toute sa honte, s a Une femme tout à fait déhontée. »
ÀCAD.
ÉCHEVELÉ, DÉCHEVELÉ. Une femme échevelée ou déchevelée , c'est-à-dire dont les cheveux sont dénoués ou dérangés et tombent épars.
Déchevelé marque un plus grand désordre et plus de violence dans la cause qui l'a produit. Deux femmes , en se battant , se sont toutes déchevelées (Acad.). Quand Énée se trouva seul dans une caverne avec Didon,
Les nymphes des lieux en hurlèrent, Et leurs tôles dèchevelèrent . Scarr.
Mainte veuve pourtant fait la dechevelèe, Qui n'abandonne pas le soin du demeurant. Laf. —Echevelé annonce une douleur plus calme : « Pétrarque dépeint Rome échevelée et les yeux mouillés rie larmes , implorant le secours de Rienzi. » Volt.
É'UNCHÉ , DÉHANCHÉ. Qui a les hanches rompues ou disloquées , qui marche sans être ferme sur ses hanches.
Déhanché se dit à la lettre, au propre , et correspond à un verbe usité, comme déchevelé. « Harcourt tomba de huit ou dix pieds de haut, et se déhancha, dont il a été très -longtemps incommodé, r, De Laf. Déhanché est une épithète qui s'applique même aux chevaux , tant elle est rigoureuse. Ehanché devrait se dire de celui qui est comme déhanché. Ce mot exprime assez bien
suite addition. Accola (ad cola), qui habite auprès; assessor (ad sedere) , qui est assis à côté, conseiller ; adsilire , sauter vers ; adrepere , se traîner vers en rampant ; arridere , rire à quelqu'un ; adjunctio , action de joindre une chose à une autre ; admiscere , mêler en ajoutant accessoirement. Ensuite , comme en ajoutant on augmente ce à quoi l'on ajoute , ad indique quelquefois simplement une augmentation et prend le sens de beaucoup : adaugere, augmenter beaucoup; affluer e , couler en grande abondance; adjuvare^ aider beaucoup; admonere, avertir fortement ; attenuare , rendre très-ténu ; et en français , allonger, rendre plus long ou très-long par addition.
Quand ad commence un mot, synonyme d'un autre , qui est le radical pur du premier , il apporte entre eux principalement la différence suivante. Le simple exprime l'action simplement, telle qu'elle se passe d'ordinaire, sans rien annoncer de remarquable dans l'agent considéré comme tel. Au contraire, le verbe qui en est formé par l'adjonction de ad contient de plus une idée accessoire qui détermine dans certains cas à le préférer au simple ; et cette idée consiste, ainsi que pour la plupart des mots composés à l'aide d'autres préfixes, en ce que le dérivé suppose dans l'agent plus d'activité , ou une activité plus digne d'attention , plus créatrice , qui lui appartient davantage, une intention plus formelle , plus de soin , plus d'intelligence , plus de talent , plus d'adresse, plus de spontanéité. —Cette seule indication, quoique suffisante pour certains exemples et toujours la plus importante , ne dispense pas néanmoins de recourir aussi pour d'autres à la valeur particulière de la préposition.
FAIRE CROIRE, FAIRE ACCROIRE. Déterminer la croyance.
Faire accroire annonce dans le sujet plus d'activité , ou une part plus grande prise à l'action ; ce qu'il fait accroire, il le crée, il l'invente; aussi ne fait-on accroire que ce qui est faux , tandis que faire croire se dit également bien pour faire ajouter foi à ce qui est véritable. A cet égard ,
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
l'Académie , Vaugelas , Beauzée , Roubaud et Condillac sont unanimes.
a Autrefois, j'ai mené votre père par le nez; -je lui fais accroire ce que je veux. » Regn. — Mais Maleb.ranche dit, en parlant d'une opinion qu'il regarde comme vraie : « Voilà quelques raisons qui peuvent faire croire que , etc. » « Voilà de grandes et nécessaires vérités que l'autorité de l'Eglise fait croire aux simples et aux ignorants. » Id. Et Port-Royal : « Quand on dit à quelqu'un , vous en avez menti , ces paroles font croire que celui qui nous les dit ne se soucie pas de nous faire injure , ce qui les rend injurieuses et offensantes.»
Mais l'important est de faire voir la différence de ces deux locutions , prises l'une et l'autre en mauvaise part, dans le sens de tromper, en imposer. On y parvient à l'aide du même principe de distinction.
Dans faire accroire, le sujet apparaît, non-seulement comme inventeur, ce qui peut aussi arriver à celui qui fait croire, mais encore comme inventeur à dessein, avec intention, et souvent avec art, talent et adresse; or, comme il n'y a que les personnes qui puissent agir de propos délibéré , et avec intention , faire accroire ne doit s'attribuer qu'aux personnes. Mais faire croire s'attribue tout aussi bien aux choses, en tant qu'elles font l'action de nous tromper, de nous faire admettre des choses imaginaires, controuvées. ce Ces termes sont propres à faire croire aux stupides et aux libertins que Dieu n'est point seul la vraie cause de toutes choses. » Mal.
Il y a plus : non-seulement faire accroire s'emploie toujours en mauvaise part, et en supposant une personne pour sujet, deux circonstances qui peuvent manquer à faire croire, mais encore les deux locutions diffèrent en vertu de la même règle, quand toutes deux se disent de l'action d'une personne qui induit en erreur. Il faut plus d'invention et plus d'art pour faire accroire que pour faire croire; on ne fait accroire que par artifice et par un coup monté. Vous faites croire à un imbécile tout ce que vous voulez ; il n'y a pas à cela grande difficulté. « Le vieux eunuque est un imbécile à qui l'on fait croire tout ce qu'on veut. » Montesq. On peut même faire croire malgré soi, par malheur : « Si j'ai eu le malheur de m'expliquer assez obscurément pour faire croire que j'accordais au feu un mouvement essentiel non imprimé, je suis bien loin de penser ainsi. » Volt. On ne fait accroire que parce qu'on le veut, sciemment, à force d'esprit et de ruse. Un fourbe fait accroire (Volt.) «Quoi! vous trouvez que ma Prude manque d'art? Elle n'en a que trop en faisant accroire qu'elle doit épouser le chevalier. » Volt. Dans F Avare, Frosine dit à Cléante : « J'aurais assez 'd'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche de cent mille écus en argent comptant. » Et à la fin du Bourgeois gentilhomme, M. Jourdain, qui croit que Dorante fait seulement semblant de vouloir épouser Dorimène afin de tromper Mme Jourdain, dit tout bas à Dorante : a C'est pour lui faire accroire. » A quoi Dorante répond : « II faut bien l'amuser par cette feinte. »
D'ailleurs , faire croire se rapporte seulement à la vérité , et faire accroire a plutôt rapport à la réalité : quand vous faites croire faussement une chose ou à une chose , vous la faites envisager sous un faux point de vue ; et quand vous faites accroire une chose, vous l'inventez, c'est une chimère. La première expression est toute formelle, l'autre est matérielle. Bossuet a bien observé cette distinction dans les deux exemples suivants. « César changeant en douceur ses premières cruautés , fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. » Il ne cherche point à abuser sur l'existence même de ses cruautés , mais sur la manière dont il y a été conduit. « Esdras n'aurait pu faire accroire tout à coup à tout un peuple que ce sont là les livres anciens qu'il a toujours révérés. » Ici la tromperie aurait consisté à faire admettre faussement comme réelle une chose controuvée, supposée, et non pas seulement à égarer l'esprit sur la manière de considérer quelque chose de réel. C'est-à-dire toujours , en définitive , que faire accroire implique un sujet plus inventif, plus créateur, et tirant davantage de son propre fonds.
RANGER , ARRANGER, Mettre en ordre.
M. Guizot a très-bien distingué ces deux verbes sans connaître la règle générale , ce qui n'en prouve pas l'inutilité. Arranger, c'est ranger à côté, et par conséquent ce mot composé partage l'attention entre la chose qu'on range et celles auprès desquelles on la range. Ranger, au contraire, n'est point relatif, mais absolu; il arrête exclusivement l'esprit sur l'objet rangé, il n'exprime qu'une idée individuelle. « C'est en rangeant ses livres que l'on arrange sa bibliothèque. » Guiz. « On range la chose qui est hors de sa place ; on en arrange plusieurs qui étaient en désordre. » Cond. En deux mots, l'action de ranger produit l'ordre ; l'action d: 'arranger le produit aussi , mais au moyen d'une combinaison, d'une disposition de plusieurs choses, qui fait qu'elles sont bien en rapport les unes avec les autres. — Ainsi, arranger suppose pluralité ou variété dans les choses et complication dans l'ordre établi. On se range, c'est-à-dire toute sa personne d'un seul coup, pour laisser passer une voiture : on s'arrange pour aller en visite, c'est-à-dire qu'on donne une disposition convenable à toutes les parties de sa personne. Dans les revues, les officiers rangent les soldats sur deux lignes. Ses gardes affligés Imitaient son silence autour de lui rangés. Rac.
Mais la principale différence résulte de ce que le composé représente le sujet comme plus agissant. Quand vous arranges, c'est vous qui créez, et à l'instant même, le rang des choses ; quand vous rangez, vous ne faites que mettre les choses à leur place , qu'agir conformément à un rang donné par un arrangement précédent, ou à un ordre nécessairement déterminé par la nature de la chose. Si bien que ranger signifie mettre à sa place; et arranger, créer, assigner aux choses des places convenables. « On arrange une fois, on range tous les jours. » Guiz. On arrange dans une circonstance et pour une destination particulière le salon qu'on range chaque matin. « Je