‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 183 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

disais d'arranger ce salon pour l'audience publique.» Beaum. — On se range à son devoir , à l'avis de quelqu'un, c'est-à-dire qu'on se met à une place fixée d'avance, qu'on adhère à quelque chose de donné. On arrange un projet dans sa tète , on s'arrange pour faire une chose , c'est-àdire que de soi-même on ordonne les parties d'un tout où l'on marque à chaque chose la place qu'elle devra avoir.

En outre , le sujet n'agit pas seulement davantage en arrangeant, mais il agit d:une manière plus remarquable , avec choix , intelligence , discernement , capacité d'embrasser un ensemble et d'en disposer convenablement tous les détails, ce Le maître arrange son appartement à sa fantaisie , le domestique le range ensuite d'après les ordres qu'il a reçus. » Guiz. Il ne faut pas grande habileté pour ranger ses papiers; il n'y a qu'à suivre l'ordre des matières ou l'ordre des dates; mais bien arranger ses idées et ses paroles est un travail plus difficile en même temps que plus compliqué. — Tout le monde peut ranger un discours , car ce n'est que parler avec suite ; et il n'y a que les insensés qui en soient incapables. « On sut que la tête du roi , Philippe Y d'Espagne , était ébranlée par cette maladie au point de ne pouvoir ranger un discours. » S. S. Mais pour savoir arranger un discours , il faut être orateur et orateur habile. « Les Grecs cherchent la sagesse et les discours arrangés, comme ceux de leur Platon et de leur Socrate. » Boss.

Au participe passé , le simple se dit d'un homme qui a de l'ordre dans sa conduite, dans ses affaires, et le composé sert à désigner celui qui, dans ses discours et ses manières, pousse jusqu'à l'affectation le soin et l'attention à bien faire.

PARAITRE , APPARAITRE. Tomber sous les sens, devenir visible, se montrer.

Le simple est le terme général, ordinaire, et l'on n'a recours au composé que s'il s'agit d'une apparition., d'un phénomène, c'est-à-dire de la manifestation d'une chose qu'il est très-difficile ou très-rare de voir , et dont la présence par conséquent fait naître la surprise ou excite l'intérêt. «Le soleil . la lune , l'aurore paraît. » Acad. C'est un fait qui arrive tous les jours. Dieu apparut à Moïse, un ange à Joseph; des spectres apparaissent dans une maison. « Il apparaît de temps en temps sur la face de la terre , des hommes rares , exquis....» Labr. En conséquence, des deux phrases suivantes, empruntées à l'Académie, la seconde renchérit sur la première, ce Les grands génies que ce siècle vit paraître. » a Ces génies extraordinaires qui apparaissent à de longs intervalles. »

POSTER, APOSTER. Mettre dans un poste, placer quelqu'un dans un endroit d'où il peut faire ce que nous exigeons de lai, pour observer ou exécuter quelque chose.

Posler vient de ponere (positum , postum, postare), et aposter répond à apponere. L'action de poster est ordinaire; elle ne se fait point dans des circonstances remarquables , n'est point dirigée contre telle ou telle personne , tel ou tel objet bien déterminé , et ne suppose point de la part

du sujet attention, finesse, artifice, tous accessoires réservés à aposter.

C'est en termes de guerre le plus souvent qu'on a coutume de se servir de poster , d'autant qu'il rappelle mieux l'idée radicale de poste , et n'annonce pas qu'on ait l'intention de se cacher , de ruser, d'y mettre du mystère. « Les Gaulois furent arrêtés quelque temps aux Thermopyles par les troupes qu'on y avait postées pour défendre cet important passage. » Roll. « Il n'y a ni sentinelles , ni corps de garde postés autour du camp des ennemis selon les règles de la guerre. » Id. « Des gens postés par l'ordre de Gellias , le plus riche des citoyens d'Agrigente , aux portes de la ville invitaient tous les étrangers qui y arrivaient à venir loger chez leur maître. » Id. Un jour le lion se mit en tète de chasser et de se servir pour cela du ministère de l'âne :

Le lion le posta, le couvrit de ramée, Lui commanda de braire, etc. Laf.

C'est dans la vie civile , et en parlant d'un stratagème , d'un coup monté , d'un piège tendu à un ennemi particulier que aposter s'emploie exclusivement; il se prend presque toujours en mauvaise part, ce Artaxerxès , outré de dépit contre Datame , et voyant qu'il ne pouvait le vaincre par la force et par les armes , ne rougit point d'employer l'artifice et la trahison pour s'en défaire. Il aposta plusieurs meurtriers pour l'assassiner.» Roll. a Jacques d'Artevelle avait des hommes apostés dans toutes les villes, qui tuaient au premier ordre tous ceux qui s'opposaient à ses desseins. » Boss. « Sitôt que ces sénateurs commençaient à parler , une troupe insolente de petit peuple , apostée par les tribuns , poussait des cris confus. « Vert, ce Appius avait aposté un homme j qui réclamait devant lui Virginie comme son esclave. » MONTESQ.

Des soldats postés en un endroit devront obj server ou combattre, s'il y a lieu, et quel que ! soit l'ennemi qui se présente. Les gens apostés ! pour insulter ou pour assassiner quelqu'un , pour charger un innocent par leur témoignage menj songer , ou pour arracher un testament à un mo- | ribond , ont en vue un objet bien déterminé, et j une action, non pas éventuelle, mais certaine.

D'ailleurs , non-seulement celui qui apo&te agit I davantage , y met plus du sien , en dirigeant ses : vues contre tel ou tel homme qu'il veut surprendre artificieusement, mais encore il va quelquefois jusqu'à aposter un personnage imaginaire, ; une personne à laquelle il donne un caractère ou ] un rôle inventé. « Charles IV, duc de Lorraine, étant amoureux de Mme de Cante-Croix, aposta un courrier qui lui apporta la nouvelle de la j mort de sa femme. » S. S. « Thaïes aposta un certain homme qui feignit d'être étranger , d'arriver tout nouvellement d'Athènes et d'y avoir appris la mort du fils de Solon. » Fén. , Roll. MAIGRIR, AMAIGRIR. Devenir maigre.

Nul doute que la particule initiale du second ne vienne du latin ad, comme celle d'avis (ad videre) , d'aloi (ad legem) , d'amasser (ad massam) , d'améliorer (ad melius , oris). d'amoindrir (ad minus, oris), plutôt que de la préposition à, qui marque l'éioignement. Quoi qu'il en soit, maigrir

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

est toujours neutre et intransitif, caractère commun à un grand nombre de verbes simples, en opposition aux verbes composés qui en dérivent. Au contraire , amaigrir se prend d'ordinaire dans le sens actif, et au lieu d'énoncer simplement le fait, il le fait remarquer davantage, il le montre s'accomplissant dans un objet. Quand il signifie , comme maigrir , devenir maigre , il garde quelque chose de sa première acception; il fait voir la maigreur attaquant le sujet et le minant peu à peu ; il est représentatif. Dire de quelqu'un qu'il maigrit , c'est annoncer un fait sans l'exprimer , sans le dépeindre , sans en marquer les progrès , comme quand on dit d'un. homme qu'il amaigrit. On maigrit à vue d'œil, c'est-à-dire en très-peu de temps , tout d'un coup , par l'effet d'une maladie violente ou d'une forte passion. «Cette inquiétude fit une telle impression sur le maréchal , qu'il en maigrit à vue d'œil. » S. S, « Il y a des personnes qui ne prennent pas la chose (l'expulsion des jésuites) si fort en patience , qui en maigrissent à vue d'œil. » Volt. — On amaigrit peu à peu , tous

»les jours , par l'effet de la fatigue , d'une nourriture insuffisante ou mauvaise. « Toutes les bécasses s'amaigrissent à mesure que le printemps s'avance. >» Buff.

Le bonheur du prochain -vous cause de l'ennui,

Et vous a?naigrissez de l'embonpoint d'autrui. Dest.

Mme Dudeffand écrit à un de ses amis qu'elle est maigrie par suite d'une maladie de quelques jours; mais Mme de Sévigné, dans une de ses lettres, exprime la crainte que sa fille ne soit amaigrie à force de subir, pendant des années , en Provence , l'influence du mistral.

BAISSER, ABAISSER. Faire descendre, faire aller de haut en bas.

Que la particule initiale du second mot ait son origine dans la préposition ad, comme il nous semble , ou dans la préposition latine a , ou dans la française à , il n'importe , car la différence des deux verbes provient uniquement de ce que l'un est le radical simple qui entre dans la composition de l'autre.

1° Baisser est quelquefois neutre , jamais abaisser. La rivière , le jour , un vieillard , sa vue , son esprit , une marchandise baisse. Mais alors il n'y a pas de synonymie entre eux.

2° Abaisser s'emploie plutôt au figuré, et il s'y emploie seul en parlant des personnes et quand il devient réciproque; à l'égard des personnes , baisser est inusité , et , dans le sens réciproque , il ne se dit qu'au propre. Mais c'est là une différence trop facile à apercevoir pour mériter l'attention du synonymiste.

3° Baisser est absolu, et abaisser relatif ; distinction sentie et vaguement exprimée par Girard, mais que Condillac a mise dans tout son jour. « Quand on se sert de baisser , dit celui-ci , on considère différentes hauteurs seulement par rapport à une chose ; quand on se sert d'abaisser , on considère les différentes hauteurs d'une chose par rapport à d'autres. Baisser une chose , c'est la mettre plus bas qu'elle n'était; l'abaisser, c'est la mettre plus bas qu'une autre , ou du moins la faire descendre jusqu'à une autre qui était plus bas qu'elle. » Au fait, abaisser , c'est baisser vers.

« Les oiseaux qui ont les jambes longues , ont aussi le cou long à proportion, pour pouvoir abaisser leur bec jusqu'à terre et y prendre leurs aliments. » Fén. Cependant la différence essentielle n'a frappé ni Girard ni Condillac.

4° Baisser est le terme général , celui dont on se sert communément quand on n'a rien de remarquable à exprimer : il désigne une action ordinaire qui se fait sans peine et souvent. On baisse la tête , la voix , les yeux , un voile et une voile , un rideau , un store , une jalousie , comme à l'or-: dinaire, et pour le motif ordinaire. Abaisser signale un abaissement remarquable , soit parce que la chose n'a pas coutume d'être baissée , < u moins de cette façon , soit qu'on ait en la baissa: il une intention particulière. Chacun de nous baisse à chaque instant la paupière , et l'oculiste abaisse la cataracte à un aveugle, ce Elle se mit à rougir en baissant la paupière. Dès qu'une personne est morte , on abaisse ses paupières sur ses yeux. * Acad.

Les personnes qui ont soin des lanternes publiques les baissent tous les jours pour les allumer; et un jour le commissaire trouvant une lanterne placée trop haut pour éclairer convenablement , la fait abaisser. De même , baisser un couvercle , une visière , un voile , un pont-levis , un store , signifie l'action ordinaire et conforme à la destination de ces objets de les faire aller en bas; mais les abaisser, c'est une opération de l'ouvrier qui les a faits et qui les refait de manière à les fixer , à les attacher moins haut. Vous baissez une muraille pour qu'elle soit moins haute , c'est le motif habituel d'une pareille ac tion; vous l'abaissez, afin qu'elle ne vous empêche pas d'avoir la vue sur la campagne.

On baisse la tête , les bras , les yeux , lorsqu'on les dirige en bas; c'est une action commune et faite pour des motifs communs : mais dans le langage particulier des arts on abaisse la tête , les bras, les yeux dune figure, afin de lui faire produire l'effet particulier qu'on a en vue. En géométrie on abaisse une perpendiculaire sur une ligne; ce n'est pas une opération dont le premier venu soit capable.

« On baisse les yeux; on abaisse ses regards. » Acad. La Fontaine dit, en s'adressant à Dieu et pour exalter sa puissance :

Les cieux. s'abaissent sous tes pieds.

« Le sacrement adorable (de la communion) approche ; voyez comme la reine abaisse cette tète auguste devant laquelle s'incline l'univers. » Boss.

Quelquefois ce qu'abaisser offre de remarquable , c'est que l'action se fait peu à peu et non tout d'un coup. « L'œil se baisse pour voir ce qui est près de la terre. » Volt, ce II contemplait la lune qui s'abaissaitvevs le couchant. »Id. — ce Tous les nuages baissent pour nous à l'horizon, à la distance d'une lieue, et ils s'abaissent par degrés. » Id.

Se DONNER , s' ADONNER. Embrasser un certain genre de travail.

Dans le verbe composé la particule initiale est inchoative et marque plus d'activité; de même que dans apercevoir relativement au simple percevoir, et, suivant Doiderlein , dans le latin ada-

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