‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 184 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

mare , mis en rapport avec son radical amare. Celui qui se donne à un art ou à une science ne s'appartient plus , y est livré tout entier , en est pour ainsi dire l'esclave ; celui qui s'y adonne y est seulement attaché , et en fait le but vers lequel il dirige ses pensées et ses actions.

Du reste , se donner paraît rarement employé dans ce sens. Montesquieu a dit au sujet de Christine de Suède : « Une reine abdiqua la couronne pour se donner tout entière à ia philosophie. » Et Fénelon , écrivant à Mme de Maintenon : « Ce détail extérieur, quand vous vous y donneriez tout entière , sera toujours au-dessus de vos forces. » Et Rollin parlant de Socrate : « 11 s'est donné tout entier à ce qui concerne les mœurs. »

Le simple exprime la plénitude du dévouement , et le composé la destination , la tendance vers un certain but , l'exercice de l'activité en un certain sens : « Les Turcs ont été de tout temps adonnés au brigandage. » Montesq. Je chante d£ns ces vers les filles de Minée, Troupe aux arts de Pallas dès l'enfance adonnée. Laf. « Pendant la guerre , la jeunesse ne s'adonne plus aux lettres. » Fén. Il y a des peuples adonnés au commerce, à l'agriculture, à la guerre (Ib.). « Platon inspira à Speusippe un violent désir de l'imiter, et de s'adonner à la philosophie. »

ROLL

PREFIXES AD et CON.

Adjuration, conjuration. Assentiment, consentement. Affirmer, confirmer. Attrister, contrister. Attrition, contrition. Attention, contention.

ADJURATION , CONJURATION. Ils signifient , en termes de liturgie , les paroles dont on se sert pour exorciser.

Mais le mot ^'adjuration ne présente que la direction d'une action-, c'est-à-dire une sommation de Dieu au démon par le ministère du prêtre. L'idée qui domine dans la conjuration , c'est de se faire d'une manière complète , avec les cérémonies d'usage, selon le rite, et parfois avec pompe. Autrefois, quand un malade paraissait possédé du démon , et avait vainement reçu les soins de la médecine , on avait recours à Y adjuration; alors un prêtre venait conjurer l'esprit malin.

D'autre part, et toujours conformément à la valeur des deux préfixes, Y adjuration n'exprime qu'un commencement d'action, et la conjuration désigne une action qui s'achève , qui par elle-même est complète. Souvent, en effet, l'adjuration consiste en un commandement fait au démon , de la part de Dieu , de faire ou de déclarer quelque chose; et il en est de même hors du style religieux : on adjure une personne en la sommant au nom d'une chose sacrée, comme la patrie , d'agir ou de parler de telle ou telle manière; conjurer le démon, c'est simplement le chasser, et non le forcer de faire luimême telle ou telle chose. Cette nuance se conserve au figuré : on conjure l'orage ou la colère céleste en les détournant , et il ne reste plus rien à faire

ASSENTIMENT, CONSENTEMENT. Acquiescement , action par laquelle on conforme son sentiment à d'autres ou à un autre,

L'un est pour l'esprit, l'autre pour la volonté; l'un concerne la vérité , l'autre la bonté des choses. Cela doit être en effet. Le mot assentiment ne marque qu'une direction, une tendance ou une adjonction ; vous donnez votre assentiment à une chose faite, établie, existant déjà indépendamment de votre voix que vous ajoutez. Le mot consentement marque concours et annonce qu'en mêlant votre sentiment à d'autres , vous complétez quelque chose d'inachevé , qui attendait l'accession de votre volonté pour se faire ou s'établir. Vous êtes frappé de la vérité d'une proposition ; vous y donnez votre assentiment, mais parla vous ne la complétez point. Vous donnez votre consentement au mariage de votre fils , et il se forme de votre sentiment et de celui des autres comme un tout auquel il ne manque rien.

D'ailleurs , en soi Y assentiment est un acquiescement plus partiel que le consentement; il ne va pas au delà de la théorie, de la conception; ou bien, dans tous les cas , il n'est pas aussi déclaré. « Il faut , non pas Y assentiment tacite , mais le consentement formel de la nation pour légitimer les impôts. » Marm.

Si consentement se dit bien aussi quelquefois par rapport à une opinion , c'est quand il s'agit , non d'une opinion faite à laquelle on se joint , mais d'une opinion établie ou constituée par le fait même qu'exprime consentement, ce L'existence de Dieu est attestée par le consentement de tous les peuples. » Barth.

AFFIRMER, CONFIRMER. Présenter à quelqu'un une chose ou une proposition comme vraie.

Ces deux mots ont pour radical commun firmare, assurer, établir quelque chose par la parole. Dans le premier , ad n'est point additif ni signe de pluralité , mais augmentatif ,*en ce sens qu'il marque la fermeté de l'assertion , car à cet égard il ne le cède point à confirmer : on emploie d'ordinaire le serment pour affirmer. Mais confirmer renchérit pourtant sur son synonyme , en ce qu'il exprime une réunion, un concours d'assertions, une sorte de renfort opposée au doute et dont on appuie ce qu'on veut persuader.

Quand une chose est affirmée , on n'a pour la

croire que l'autorité de la parole de celui qui

Y affirme, qui l'énonce avec assurance. « Dans la,

magie, il y a des faits embarrassants, affirmés

par des hommes graves qui les ont vus. » Labr.

« Lorsqu'il faut que nous comparaissions , dit le

quaker , devant les magistrats pour les affaires des

autres , nous affirmons la vérité par oui ou par

non , et les juges nous en croient sur notre simple

parole. » Volt. « Il me paraît que M. P. prétend

et affirme sans aucun fondement qu'en général

i tous les Américains étaient destitués de force.»

Buff. Mais quand une chose est confirmée, sa

crédibilité se trouve pour ainsi dire accomplie ,

portée au comble par de nouvelles raisons ou par

un ensemble de témoignages. « Vous dites d'un

j grand , qu'il est prévenant , officieux . et vous le

i confirmez par un long détail de tout ce qu'il a

[ fait en une affaire où il a su que vous preniez

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

intérêt. » Labr. * Ce bruit est faux et ne se confirme point. » Id.

Oui, done Elvire a su ces nouvelles semées, Et du vieux don Louis les trouve confirmées. Mol. « Voilà ce que je vous écrivais il y a huit jours, et que je vous confirme. » J. J. « Voilà ce qu'il me dit et ce qu'il me confirma par ce passage de saint Augustin. » Pasg.

Affirmer ne suppose point, comme confirmer, une assertion antérieure, à l'appui de laquelle il annonce quelque chose, preuve ou assertion nouvelle; et de plus, il ne se dit que des personnes, parce qu'il n'y a que les personnes qui puissent énoncer une pensée avec assurance. L'action de confirmer s'attribue également bien aux personnes et aux choses. « J'admire la faiblesse de mon cœur à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient. » Mol. « Les monuments de Rome avaient une magnificence qui paraîtrait incroyable, si elle n'était attestée par tous les historiens, et confirmée par les restes que nous en voyons. » Boss.

ATTRISTER, CONTRISTER. Rendre triste, causer un certain déplaisir.

« Attristé désigne un déplaisir plus apparent que profond, et qui ne fait qu'effleurer le cœur. Contristé marque une personne plus touchée et des maux plus grands ou plus prochains. On est a tirLsté d'une maladie populaire, d'une continuation de mauvais temps, des accidents qui arrivent sous nos yeux, quoiqu'à des personnes indifférentes : on est consisté d'une maladie générale, des ravages que fait autour de nous une maladie contagieuse, de voir ses projets manques et toutes ses espérances évanouies. » Gir.

Cette, différence réelle, la même qui existe en latin entre les synonymes analogues approbare et comprobare, approuver; amplecti et complecti, embrasser; appellare et compellare, adresser la parole, résulte de la valeur comparative des particules ad et con : l'une n'est qu'augmentative, et l'autre est complétive. Au reste, dans attrister, ad exprime moins la force de la tristesse que la part qu'on prend à la chose affligeante : on y pense, on s'y intéresse, on y est tout au plus attaché. Mais contrister indique la plénitude, l'étendue du sentiment, et aussi son intimité; car en latin cum ou con a souvent ce dernier sens, et, par exemple, dans les mots commemini, cognoscere, contemnere, c'est-à-dire memini, noscere, temnere secum ou intra animum.

On dit plutôt un visage attristé et une âme contristée. « Le sage observe le désordre public et montre sur son visage attristé la douleur qu'il lui cause. » J. J. « Si votre mari est digne de cet aveu, son âme en sera contristée. » Id. — « J'allonge les visages de ceux qui attristaient le mien. » Volt, ce Vous me faites enrager, monsieur : j'avais résolu de rire de tout, et vous me contristez. » Id.

ATTIUTION, CONTRITION. Termes de dévotion ou de théologie, qui servent à exprimer la douleur qu'on ressent d'avoir offensé Dieu.

Ils ressemblent de tout point aux deux précédents, et diffèrent de même. La contrition est la douleur profonde qu'un cœur ressent d'avoir

commis le péché, en tant qu'il offense Dieu. Le mot atirition désigne une contrition imparfaite, inspirée par la difformité même du péché ou par la crainte des peines de l'enfer, avec ou sans commencement d'amour de Dieu. Dans la xe de ses Lettres à un provincial, Pascal reproche aux jésuites d'avoir enseigné que Yaltrition, même sans quelque amour de Dieu, suffit pour mériter au pécheur le pardon de ses fautes.

ce Si mon regret ne va pas jusque-là, il ne peut être suffisant, et dès lors je ne suis point dans l'état d'une vraie contrition, ni même de cette attrition parfaite, nécessaire au sacrement de pénitence. » Bourd.

ATTENTION, CONTENTION. Action de l'esprit qui se porte vers ou sur tel ou tel objet.

Le premier de ces mots est relatif et peint la tention, ou la tension de l'intelligence par rapport à la chose vers laquelle on la dirige ; il présente le sujet sortant de lui-même. Le second est intensif; il désigne la tension comme forte, comme achevée, et montre le sujet se repliant, se concentrant sur lui-même. On donne ou on fait, non contention, mais attention à un objet. On dira donc, en ayant égard à l'objet, qu'il demande de l'attention pour être compris ou connu, ce On ne peut rien découvrir sans attention. » Mal. « L'âme choisit l'objet qui lui plaît pour en faire le sujet de son attention. » Boss. Mais, en se bornant à considérer le sujet, on dira que la contention le fatigue, ce Cette contention de l'âme trop bandée et trop tendue à son entreprise, la met au rouet, la rompt et l'empêche. » Montaigne, ce Faire de violentes contentions d'esprit et de corps. » Bourd. ce La contention du travail. » Marm. ce Laissons aux érudits la contention et la fatigue de tête. » Lah. ce Vous pourrez ainsi persévérer dans l'oraison sans trop de contention et de gêne. » Fén.

L'intensité, l'intimité et l'énergie distinguent si bien la contention, que ce mot signifie proprement effort de toute sorte, ou intellectuel ou volontaire, ce On fait pareilles choses avec divers efforts et différente contention de volonté. » Montaign. ce L'esprit des Orientaux n'est capable d'aucune action, d'aucun effort, d'aucune contention. » Montesq. k II faut qu'on puisse vous lire sans ennui, aussi bien que sans contention. » Buff. Contention ne se prend guère dans le sens spécial d'attention que quand on le détermine en ajoutant d'esprit (Bourd.) ou de tête (Fén.). Alors il exprime une attention forte , opiniâtre, même fatigante et pénible, qui suppose dans la matière, sans s'y rapporter aussi expressément qu'attention, de la complication et de grandes difficultés.

PRÉFIXES AD et DÉ.

Annoncer, dénoncer. Assigner, désigner.

ANNONCER, DÉNONCER. Porter à la connaissance de quelqu'un quelque chose de nouveau, quelque chose qu'il ne savait pas; agir de manière à le lui apprendre.

Dans annoncer, annuniiare, ad nuntiare, la particule ad ne produit aucune nuance bien sensible. Elle marque simplement la direction de l'action vers la personne à laquelle on commu-

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