PRÉFIXE MÉ
Cette particule initiale ne tire point son origine du latin, comme les précédentes, mais bien de l'ancien germanique ou du celtique. Ce qui le prouve , c'est que le petit nombre de mots français où elle se trouve , sans correspondants dans les langues de l'antiquité savante , se traduisent
presque tous en allemand par des termes analogues qui ont pour syllabe initiale la particule miss, visiblement équivalente à mi: tels sont méprise et Missgriff, méfiance et Misstrauen, mésuser et missbrauchen , méconnaître et misskennen, mécontentement et Missvergnûgen , mésalliance et Missheirath , mésintelligence et Missverstdndniss , mésaventure et Missgeschick. Il y a pour rapporter son origine à l'ancienne langue vulgaire une autre raison : plusieurs mots en mé sont tombés ou tombent chaque jour en désuétude , comme mécroire , méfaire , mésoffrir , mévendre , mésaise , méchef.
Du reste , il importe assez peu de savoir à quel primitif l'étymologie peut en définitive faire remonter la prépositive miss , mes ou mé; l'essentiel est d'en connaître la signification , et pour cela , il suffit de comparer avec leurs simples les mots composés français ou allemands qui commencent par elle. Or, dans toi^s elle représente à peu près l'idée du latin maie , mal. C'est ce qu'on pourrait conclure , à défaut d'autre preuve , de ce que plusieurs se trouvent avoir des synonymes de même radical , dont la syllabe initiale est mal , au lieu d'être me: mécontent, malcontent; messéant , malséant; et , en allemand de même , missbrauchen, ùbelbrauchen ; missdeuten, ûbeldeuten. En s'ajoutant aux mots simples , me' leur fait signifier des choses , des actions mauvaises , ou prises en mauvaise part , en sens contraire , ou tout autres qu'elles ne seraient, exprimées par le radical pur; elle est péjorative, perversive , vitupérative. Tel est son caractère général. On ne saurait le présenter sous une forme plus précise , sans lui faire perdre de sa justesse , ou sans anticiper sur les détails.
PRÉFIXES MÉ et DÉ.
Mépriser, dépriser. Méfiance , défiance.
MÉPRISER, DÉPRISER. N'avoir pas d'estime, regarder ou traiter comme ayant peu de mérite.
Le radical priser vient de prix ,pretium , et signifie mettre un prix, assigner la valeur. Celui qui méprise attribue une valeur mauvaise ; celui qui déprise retranche ou rabat de la valeur, déprécie. Dans le premier verbe se trouve l'expression d'un sentiment affirmatif , positif, qui fait considérer en mal et détester comme mauvais , comme vicieux, pernicieux ou funeste ce qui en est l'objet. Mais dépriser est simplement restrictif, atténuatif ; son action ne va qu'à mettre la chose ou la personne audessous de sa valeur , à lui ôter plus ou moins de son prix réel ou d'opinion : portée au plus haut point , elle n'est toujours que négative. On se mécompte en faisant un calcul faux, erroné; idée positive , quoiqu'en mauvaise part : on décompte c'est-à-dire qu'on retranche d'un compte; idée restrictive ou partiellement négative. Il en est de même de médire à l'égard de dédire (se)1.
\ . Roubaud essaya, mais en vain, de donner cours au mot dèsallier dans le sens affaibli de mésallier. Dèsallier ferait équivoque, parce que dé est privatif : on pourrait croire qu'il signifie défaire l'alliance, désunir, détacher , faire tomber le lien qui enchaîne les époux l'un à l'autre, Mais on disait au-