‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 189 sur 881 · PRÉFIXE MÉ · texte numérisé non relu

PRÉFIXE MÉ

Cette particule initiale ne tire point son origine du latin, comme les précédentes, mais bien de l'ancien germanique ou du celtique. Ce qui le prouve , c'est que le petit nombre de mots français où elle se trouve , sans correspondants dans les langues de l'antiquité savante , se traduisent

presque tous en allemand par des termes analogues qui ont pour syllabe initiale la particule miss, visiblement équivalente à mi: tels sont méprise et Missgriff, méfiance et Misstrauen, mésuser et missbrauchen , méconnaître et misskennen, mécontentement et Missvergnûgen , mésalliance et Missheirath , mésintelligence et Missverstdndniss , mésaventure et Missgeschick. Il y a pour rapporter son origine à l'ancienne langue vulgaire une autre raison : plusieurs mots en mé sont tombés ou tombent chaque jour en désuétude , comme mécroire , méfaire , mésoffrir , mévendre , mésaise , méchef.

Du reste , il importe assez peu de savoir à quel primitif l'étymologie peut en définitive faire remonter la prépositive miss , mes ou mé; l'essentiel est d'en connaître la signification , et pour cela , il suffit de comparer avec leurs simples les mots composés français ou allemands qui commencent par elle. Or, dans toi^s elle représente à peu près l'idée du latin maie , mal. C'est ce qu'on pourrait conclure , à défaut d'autre preuve , de ce que plusieurs se trouvent avoir des synonymes de même radical , dont la syllabe initiale est mal , au lieu d'être me: mécontent, malcontent; messéant , malséant; et , en allemand de même , missbrauchen, ùbelbrauchen ; missdeuten, ûbeldeuten. En s'ajoutant aux mots simples , me' leur fait signifier des choses , des actions mauvaises , ou prises en mauvaise part , en sens contraire , ou tout autres qu'elles ne seraient, exprimées par le radical pur; elle est péjorative, perversive , vitupérative. Tel est son caractère général. On ne saurait le présenter sous une forme plus précise , sans lui faire perdre de sa justesse , ou sans anticiper sur les détails.

PRÉFIXES MÉ et DÉ.

Mépriser, dépriser. Méfiance , défiance.

MÉPRISER, DÉPRISER. N'avoir pas d'estime, regarder ou traiter comme ayant peu de mérite.

Le radical priser vient de prix ,pretium , et signifie mettre un prix, assigner la valeur. Celui qui méprise attribue une valeur mauvaise ; celui qui déprise retranche ou rabat de la valeur, déprécie. Dans le premier verbe se trouve l'expression d'un sentiment affirmatif , positif, qui fait considérer en mal et détester comme mauvais , comme vicieux, pernicieux ou funeste ce qui en est l'objet. Mais dépriser est simplement restrictif, atténuatif ; son action ne va qu'à mettre la chose ou la personne audessous de sa valeur , à lui ôter plus ou moins de son prix réel ou d'opinion : portée au plus haut point , elle n'est toujours que négative. On se mécompte en faisant un calcul faux, erroné; idée positive , quoiqu'en mauvaise part : on décompte c'est-à-dire qu'on retranche d'un compte; idée restrictive ou partiellement négative. Il en est de même de médire à l'égard de dédire (se)1.

\ . Roubaud essaya, mais en vain, de donner cours au mot dèsallier dans le sens affaibli de mésallier. Dèsallier ferait équivoque, parce que dé est privatif : on pourrait croire qu'il signifie défaire l'alliance, désunir, détacher , faire tomber le lien qui enchaîne les époux l'un à l'autre, Mais on disait au-

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