‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 19 sur 881 · INTRODUCTION. XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIII

ces essais le choix le plus raisonnable. Encore sera-t-il plus capable à cet égard, que la grande majorité des lecteurs tout à fait étrangère à ces recherches. Que si on se borne à recueillir ces travaux do toutes mains , on n'en formera qu'un pêle-mêle, un chaos au milieu desquels il ne sera pas possible de s'orienter. Pour les rendre profitables, il faut qu'un même esprit ait le courage et la patience de les soumettre à un remaniement général. N'est-ce pas ainsi qu'en usent les auteurs de traités scientifiques à l'égard des mémoires présentés à l'Institut? Ils n'en donnent pas la collection; ils les consultent. Assimilation d'une entière justesse , car un livre de synonymes n'est point une œuvre littéraire où le fond soit inséparable de la forme , mais plutôt un traité dont on peut présenter en d'autres ou en de moindres termes une idée très-exacte.

Ce travail de conciliation et de fusion, qui consiste à réduire en une seule famille divers articles impliquant évidemment la même idée commune, doit produire pour la science elle-même un grand avantage : en rapprochant des mots synonymes auparavant isolés , il aura pour effet d'en opérer la distinction et de rendre inutiles à leur égard des recherches ultérieures. Dans le dictionnaire de M. Guizot, le mot malheur fait partie de deux articles : on le trouve ici à côté àJ accident et de désastre, là avec calamité et infortune. La lecture de ces deux articles apprend bien la différence qu'il y a entre malheur, accident et désastre , d'une part; entre malheur, calamité et infortune , de l'autre; mais non pas celle qui existe entre accident et désastre, d'une part, calamité et infortune, de l'autre; et c'est ce que l'on connaîtrait, si des deux articles on n'en eût fait qu'un où les cinq mots, malheur, accident, désastre, calamité et infortune eussent été traités ensemble et caractérisés chacun par rapport à tous les autres f.

Quelle peut donc être dans nos éditeurs la raison de ce respect superstitieux pour des œuvres si diverses , où nécessairement le faux se trouve parfois à côté du vrai? Ne serait-ce pas que , les considérant comme des modèles d'un genre littéraire, modèles consacrés par une longue approbation, on se croirait coupable et comme sacrilège d'y changer quoi que ce fût? Mais qu'on ne s'y trompe point : nos éditeurs se permettent cette irrévérence ; ils ne se réduisent point au rôle pur et simple de rapporteurs ; ils font souvent acte d'indépendance bon gré , mal gré , tant ils se sentent à l'étroit dans les limites d'une tâche si infructueusement servile. Ainsi, parmi les synonymes répandus dans l'Encyclopédie, ils recueillent les uns et négligent les autres, apparemment parce qu'ils jugent ceuxlà bons et ceux-ci mauvais. Et ce qu'ils jugent mauvais , un autre le trouverait peut-être bon ; un autre accorderait peut-être une place à ce qu'ils ont exclu , et, par exemple, aux synonymes, Embrassement et embrassade, Fleuve et rivière , Soupir, sanglot , gémissement , etc. Ils retranchent deux articles contenus dans Beauzée ; ils en donnent de l'Encyclopédie que Beauzée avait omis. Quelquefois deux synonymistes étant arrivés sur un même article, enchaînement et enekaînure, par exemple, au même résultat, ils suppriment le travail de l'un des deux. M. Guizot, en particulier, substitue un article, Logique, dialectique, de sa façon 1 Voy. Malheur, infortune, etc. , p. 758 et suiv.

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