‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 18 sur 881 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

fallait le retrancher; et, dans le cas contraire, dans le cas où ils sont en désaccord, il fallait prendre parti, admettre l'un et rejeter l'autre. Mais à l'égard de ces imperfections , les éditeurs ne se permettent qu'une chose , c'est de les dissimuler en éloignant, autant que possible, à la faveur de l'ordre alphabétique, les articles qui en sont entachés. Par exemple, à la lettre F se trouve de Girard l'article Facile, aisé, et à la lettre A le même article répété et suivi d'un autre de Roubaud qui réfute le premier. Il en est de môme pour Charge, fardeau et faix; Lâche et poltron; Étonnement et surprise; Change, échange, troc et permutation ; Excepté, hors et hormis; Animal, bête et brute; Contentement et satisfaction; et pour une foule d'autres. Ce qui importe dans ces sortes de travaux , ce n'est pas , comme on semble le croire , la multiplicité des articles , et le plus ou moins d'esprit , de finesse et de sagacité développé par les auteurs , mais la vérité sur le fond des choses ; et , la vérité étant une , les mêmes synonymes ne peuveut pas être traités de vingt manières également vraies. Loin de diminuer la confusion , il arrive parfois à M. Guizot de l'augmenter. Girard avait fait un article , Projet , dessein, et Roubaud un article Très, fort, bien. A une grande distance de ces articles, l'éditeur en fournit deux autres de sa composition , Dessein , projet , entreprise , et Fort, très, sans chercher à les concilier avec les précédents. Le nombre des articles synonymiques ne constitue pas plus une richesse que celui des mots synonymes, si on n'en marque nettement les rapports.

De là vient à ces recueils leur peu d'utilité. Ils sont plus propres à jeter le trouble dans l'esprit qu'à fixer les idées. Le lecteur ordinaire y va chercher, comme en des dictionnaires et en des manuels , non pas une diversité d'opinions qu'il n'a pas le temps ou le talent de discuter et qui ne lui laisse qu'incertitude, non pas des éléments de solution, mais des décisions bien arrêtées, des solutions toutes faites , et c'est aux éditeurs à les lui fournir en s'aidant des travaux des synonymistes comme de simples mémoires. Or, à chaque instant il se voit déçu. Veut-il connaître, par exemple, en quoi diffèrent la méfiance et la défiance? Il trouve sur ce sujet et l'un à la suite de l'autre deux articles qui enseignent précisément le contraire : qu'aura-t-il gagné à cette lecture? Mais son embarras augmente lorsque les mots dont les différences l'intéressent font partie de nombreux articles. Pour apprendre, par exemple, les caractères opposés de Y épouvante et de Y effroi, il devra consulter quatre articles empruntés à différents synonymistes où les rapports des deux mots à distinguer sont obscurcis parleur union avec d'autres mots. S'appliquera-t-il à les dégager et à les comparer et saura-t-il tirer de cette comparaison un résultat qui le satisfasse? N'était-ce pas un devoir de lui épargner ce travail long et difficile? Difficile, disonsnous, et c'est sans doute à cause de cette difficulté même que l'éditeur trop modeste ou trop pressé a mieux aimé donner le tout que de choisir le meilleur. Mais il n'y a pas de milieu entre rapporter fidèlement tous les essais des synonymistes , sans presque aucun avantage pour le public , et se les approprier de manière à s'en servir comme de matériaux pour composer un livre utile où il y ait unité de plan , ensemble et accord , dût l'éditeur ne pas toujours faire entre

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