PRÉFIXE EN
Durcir, endurcir. Brouiller, embrouiller. Traîner, entraîner. Fermer, enfermer. Lever, enlever.
Il y a identité entre cette prépositive et la précédente. Seulement elle ne se prend jamais , comme in, dans le sens négatif, elle est française au lieu j d'être latine , et les mots qu'elle commence sont à radical français ou francisé. Lorsque ceux-ci se j trouvent unis à leur radical même par une synomie plus ou moins étroite , il faut , pour les en distinguer , avoir égard non- seulement à la valeur propre de leur syllabe initiale , mais et plus en- ; core à la modification de sens éprouvée par tout mot qui de simple devient composé , ou , ce qui ! est la même chose, à la différence qui existe tou- j jours entre deux mots dont l'un est et par cela ; seul qu'il est simple , l'autre étant composé. Cette | différence ayant été établie ailleurs avec détail n'a pas besoin d'être exposée de nouveau sous une forme générale : il suffira de l'avoir rappelée avant d'en montrer tout à la fois l'application et la vérification dans les exemples qui vont suivre.
DURCIR, ENDURCIR. Rendre dur.
Durcir est le terme simple , ordinaire , rigoureux , et à cause de sa rigueur même il ne se dit qu'au propre. Endurcir annonce quelque chose de remarquable qui détermine à ne pas se contenter de l'expression commune. La grande chaleur durcit la terre, ou le soleil la boue; phénomène très-simple et de tous les jours. Mais le grand air endurcit certaines pierres et on endurcit le fer par la trempe.
D'autre part , le simple énonce le genre d'effet produit sans l'exprimer, sans le décrire, sans en marquer les progrès et les phases , ainsi que le fait le composé. « Durcir signifie proprement rendre dur , et endurcir faire devenir dur ; car celuici marque plus particulièrement le passage à un état de dureté. Comme il est ordinairement difficile de remarquer le passage dans les choses physiques, il faut d'ordinaire se servir de durcir dans le sens propre : durcir le fer, le bois, etc. Ce n'est que dans le cas où ce passage peut s'observer que endurcir est préférable : la plante des pieds s'endurcit à force démarcher.» Cond. «S'endurcir les genoux devant la Notre-Dame de Lo-
rette.» Volt. — La brique (Laf.) et les pieux (Fén.) se durcissent au feu, c'est l'effet d'un instant. Mais « le bois d'un cerf commence par deux dagues qui croissent , s'allongent et s'endurcissent à mesure que l'animal prend de la nourriture.» Buff.
BROUILLER, EMBROUILLER. Mettre pêle-mêle.
Brouiller est seul d'usage au propre , il exprime l'idée commune d'une manière toute générale , et sans indiquer si le mélange est ou n'est pas avantageux : on brouille des œufs , dès drogues , plusieurs vins ensemble.
Au figuré , les deux mots signifient mettre une confusion fâcheuse dans les affaires ou dans les idées. Mais d'abord brouiller s'emploie bien seul et sans complément. «■ Bucer ne fait que brouil - 1er. » Boss. « Ce terme de prochain n'avait été inventé que pour brouiller.» Pasg.
Il (le distrait) cherche, il trouve, il brouille , il regarde sans YC-ir. Regn.
Embrouiller, au contraire, doit toujours être suivi du nom de la chose qui reçoit l'action.
Ensuite brouiller est absolu , et embrouiller relatif. L'un exprime le désordre en soi , objectivement , dans les choses ; l'autre l'exprime par rapport à notre esprit qui ne peut plus distinguer , démêler les choses. Brouiller, c'est déranger simplement; embrouiller , c'est obscurcir les choses en les dérangeant , ou en les disposant d'une autre manière. On embrouille des questions, on ne les brouille pas. «.Embrouiller les questions par des termes d'école. » Pasg.
a On brouille des personnes , des papiers ; et on ne les embrouille pas. On brouille et on embrouille des affaires , des idées , un discours , ce qu'il s'agit de comprendre et de savoir : on les brouille en y mettant le désordre; on les embrouille en y jetant de l'obscurité. Les affaires sont brouillées par la mésintelligence et la discorde ; elles sont embrouillées à cause de la difficulté de les entendre et de les expliquer. Ce qui est brouillé n'est pas en ordre et d'accord; ce qui est embrouillé n'est pas net et clair. La confusion des choses brouillées est dans les rapports qu'elles ont entre elles; la confusion des choses embrouillées est dans la manière dont elles se présentent à notre esprit comme dans un brouillard. » Roub.
D'un autre côté , brouiller , comme faire croire i marque moins d'action de la part du sujet, ou une action moins volontaire , moins expresse, une action qui peut même venir des choses. « Les termes enveloppés brouillent les idées différentes.» Bqss. « Un si grand nombre d'objets ne peut manquer de blesser et de brouiller l'imagination des enfants. » Mal. « Ce faible ménagement brouille en nous toute l'idée de première cause. » Boss. ce La raison était faible et corrompue; et à mesure qu'on s'éloignait de l'origine des choses , les hommes brouillaient les idées qu'ils avaient reçues de leurs ancêtres. » Id. — Mais embrouiller , comme faire accroire , indique une action faite par une personne, à dessein; il suppose presque toujours de l'invention et de l'artifice , et par suite plus de confusion ou une plus grande complication produite dans l'objet. «Les subtilités des héiétiques ont embrouillé le
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
sens véritable de cette parole. » Boss. « Est-ce ainsi qu'il faut parler dans un catéchisme à un enfant, afin de lui embrouiller toutes ses idées?» Id. « Il cherche dans ces passages, de quoi embrouiller les esprits, et il n'épargne rien pour vous surprendre. » Id. « Les plaideurs ne manquent pas de former des contestations et des accusations inutiles, et d'embrouiller leur procès d'une infinité d'accessoires qui confondent le principal. » Mal.
TRAINER, ENTRAINER. Mener ou faire venir de force.
Traîner exprime l'action ordinaire et à la manière ordinaire : des chevaux traînent une voiture , c'est-à-dire la tirent après eux. Entraîner désigne une action remarquable par l'effort du sujet et la résistance de l'objet, comme est celle d'un fleuve qui emporte quelque chose , non pas après soi, mais en soi, avec soi, dans son cours.
« On traîne en prison l'homme que l'on contraint; on y entraîne celui qu'on y emporte, pour ainsi dire , malgré tous ses efforts. L'action de traîner demande sans doute souvent une force qui triomphe d'une résistance ; elle est lente quelquefois. L'action ^entraîner demande une grande force qui triomphe de toute résistance ; elle a un prompt ou un grand effet. Le ruisseau traîne du sable; le torrent entraîne tout ce qu'il rencontre. Des chevaux traînent un char ; le char entraîne les chevaux dans une pente rapide. Vous vous traînez pour arriver à une haute fortune , et d'un faîte glissant le poids de votre fortune vous entraîne. » ROUB.
On traîne ce qu'on ne peut pas porter ; le simple indique donc le genre d'action. On entraîne ce qui ne veut pas aller ; il y a donc bien dans le composé une circonstance remarquable , celle de l'effort, de la violence. — H y a des rivières qui traînent de l'or (Roll.); les pluies violentes entraînent la bonne terre (Id.). — Socrate n'allait jamais au théâtre que quand Alcibiade ou Critias l'y traînait malgré lui (Id.); Arsinoé, reine d'Egypte , après avoir vu massacrer dans ses bras ses deux fils sur l'ordre de Ptolémée Céraunus , fut entraînée hors de la ville et reléguée dans la Samothrace (Id.).— Le Tigre traîne de grosses pierres, et les soldats d'Alexandre ayant voulu le traverser ne pouvaient se soutenir qu'à grand'peine à cause de l'impétuosité du courant qui les entraînait (Id.).
FERMER, ENFERMER. Entourer d'une barrière. On ferme et on enferme un parc, un jardin , par exemple , de haies , de murailles ou de fossés.
Mais on les ferme , afin que l'accès n'en soit pas permis au public , afin qu'on n'y passe point ; on les enferme , afin qu'ils soient fermés dedans , en sûreté , et à l'abri des voleurs et des animaux dévastateurs. Dans le premier cas, c'est comme si on bouchait une ouverture au moyen d'une porte ; et , dans le second , comme si on serrait les objets en question dans un meuble que l'on ferme pour les mieux conserver. On ferme proprement un passage, on enferme des ennemis. « Les Carthaginois n'espéraient pas qu'on pût faire entrer de nouveaux vivres dans la ville où ils étaient en-
fermés , tant les Romains faisaient bonne garde pour fermer tous les passages. » Roll.
Il vaut mieux dire enfermer que fermer une ville de murailles, à moins que ces murailles ne la couvrent qu'en partie et d'un seul côté. ce Le roi de Prusse, habile en plus d'un genre, enferma de tous côtés la ville de Dresde. » Volt. « Une grande muraille ferme la Chine au nord. »
ACAD
Enfermer est encore préférable quand il s'agit d'une manière extraordinaire de fermer. « Les ennemis se sont laissé enfermer entre deux rivières.» Acad.
LEVER, ENLEVER. Ils expriment tous deux l'action de faire qu'une chose soit portée en haut.
Enlever se distingue de lever tout comme entraîner de traîner , c'est-à-dire par une idée accessoire de force ou de violence , ou bien quelquefois en ce qu'il signifie ne pas faire aller, mais faire venir en haut , emporter en haut avec soi : il y a des oiseaux de proie qui sont de force à enlever des moutons.
lever et enlever veulent dire aussi ôter une chose qui est sur une autre; mais ce qu'on lève ne tient pas comme ce ..qu'on enlève: le chirurgien lève un appareil; on lève le couvercle d'une marmite ; un rude froissement enlève la peau d'une partie du corps ; enlever l'écorce d'un arbre.
PRÉFIXES EN et É.
Enlever, élever.
ENLEVER, ÉLEVER. Lever, hausser avec effort et de manière à faire quitter la place.
Le second a rapport au point de départ et à la distance où on en est. Ce n'est pas proprement porter en haut , mais porter plus haut. On élève , mais on n'enlève pas plus ou moins.
PREFIXES EN et AD.
Ennoblir, anoblir.
ENNOBLIR, ANOBLIR. Donner la noblesse ou de la noblesse.
Ce qui est ennobli est devenu noble en luimême , a acquis une noblesse tout intérieure , intrinsèque , essentielle , a gagné en valeur ; celui qui est anobli a été ajouté ou agrégé à la classe des nobles , a reçu une distinction tout extérieure qui n'augmente pas la considération due à sa personne elle-même. « Ennoblir exprime un changement d'état moral; anoblir un changement d'état social. Une belle action ennoblit; il y a des charges qui anoblissent. »Guiz.
«Ces sentiments vous ennoblissent à mes yeux.» Acad.cc Nous enrichissons les autres animaux des biens naturels , et les leur renonçons , pour nous honorer et ennoblir des biens acquis.» Montaign. a N'est-il pas juste que le Verbe de Dieu ayant pris la qualité de serviteur , que l'ayant ennoblie , l'ayant comme divinisée dans sa personne , elle soit honorée pafmi nous? » Bourd. ce La chair a été ennoblie (en J. C), et non la divinité dégradée. » Boss. ee L'Egypte n'oubliait rien pour polir l'esprit , ennoblir le cœur et fortifier le corps. »Id.