‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 205 sur 881 · PRÉFIXE PRÉ · texte numérisé non relu

PRÉFIXE PRÉ

Méditer, préméditer. Se munir, se prémunir. Supposer, présupposer. Tendre à , prétendre à.

Cette particule initiale , formée de la préposition latine prœ , a quelque analogie avec la précédente pour le sens comme pour la forme. Elle peut se rendre par , d'avance , auparavant , par devant, dans la partie antérieure. En général, et à la différence de pro , elle est comparative , et plus relative au temps qu'à l'espace ; elle marque

plutôt précaution que protection , prévoyance que providence.

MÉDITER , PRÉMÉDITER. Chercher avec réflexion les moyens d'exécuter une chose.

Ces deux mots supposent , mais le second plus particulièrement, que c'est d'avance qu'on se livre à cette recherche. Préméditer d'avance (Beaum.) est un pléonasme. Méditer un discours, c'est appliquer sa pensée à trouver ce qu'on doit dire. On prémédite un discours , quand on craint de ne pouvoir l'improviser et de rester court au moment de parler. Dans l'Amphitryon de Molière, Sosie dit:

Il me faudrait, pour l'ambassade, Quelque discours prémédité.

a Cicéron paraît se borner à vouloir que l'auteur prémédite les figures et les principales expressions de son discours.» Fén.

On médite un projet quelconque , et ce mot ne signifie guère autre chose sinon le fait de concevoir l'idée de ce projet et d'en occuper son esprit; on prémédite celui qui demande qu'on fasse naître ou qu'on saisisse plus ou moins longtemps à l'avance les circonstances favorables , qu'à leur égard on se tienne prêt ou sur ses gardes. On est toujours coupable de méditer un crime , mais plus coupable encore de le préméditer , car cela prouve qu'on l'envisage et qu'on s'y prépare de sang-froid plus ou moins longtemps auparavant , et c'est une circonstance aggravante que cette plus grande participation de la volonté. « Un insensé vient d'écrire que la Saint-Barthélémy n'avait point été préméditée.» Volt.

« Quand on demandait à César quelle mort il trouvait la plus souhaitable : la moins préméditée , répondit-il, et la plus courte. » Montaign. « Le hasard en apparence, mais un hasard en effet bien ménagé et bien prémédité , fait ces prétendues rencontres qui sont de vrais rendez-vous. » Bourd.

La différence est la même entre les deux expressions se munir et se prémunir, qui veulent dire , se fortifier , prendre des mesures , se pourvoir de choses nécessaires à la défense. On se munit dans le péril de manière qu'on est en sûreté. « Dans les maux violents, la nature se recueille tout entière , le cœur se munit de toute sa constance. » Fléch. On se prémunit avant le danger , par précaution , de manière à n'être pas surpris quand le mal arrivera , s'il doit arriver. « Ce temps de l'Église est représenté très au long comme celui qui allait venir, et contre lequel par conséquent les fidèles avaient besoin d'être le plus prémunis. » Boss. — Au cœur de l'hiver, le voyageur se munit d'un manteau; en toute autre saison, il se prémunit d'un manteau, de peur que le temps ne devienne froid.

SUPPOSER , PRÉSUPPOSER. Admettre quelque chose comme vrai sans vérification , sans s'en être assuré.

D'abord on présuppose par avance , et ce mot regarde toujours l'avenir; on dirait bien , au contraire , à une personne qui a commis une faute : je suppose qu'on vous a mal conseillé..

Ensuite , supposer devant être considéré comme un radical simple à l'égard de présupposer , il

iU

Page 1