‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 210 sur 881 · SOUPIRER , RESPIRER · texte numérisé non relu

SOUPIRER , RESPIRER

Roubaud a comparé ces verbes dans deux cir constances , et d'abord , quand le premier s'emploie avec après ou pour , le second prenant un complément direct : soupirer après la guerre, respirer la guerre ; auquel cas , ils sont bien peu synonymes.

Soupirer , suspirare , sub spirare , souffler de dessous , de bas en haut , pousser des soupirs ; on soupire après ou pou/0 une chose qu'on désire avec une sorte de langueur , de calme et d'affliction, comme un amant. « Aimer Dieu, c'est soupirer et languir après lui. » Fén. Respirer, re spirare , souffler itérativement , aspirer et rendre l'air , se dit figurément en parlant d'une passion dont on est si plein et si animé qu'on semble l'exhaler; c'est ainsi que le feu et la fureur, suivant les poètes , sortent des narines du coursier fougueux. Soupirer après ou pour se met toujours devant le nom de l'objet qu'on désire , non pas en homme passionné , emporté , mais d'une manière douce , passive , expectante ; respirer veut toujours après lui le nom d'une passion à laquelle on est en proie. Il n'est donc pas à craindre qu'on se méprenne à leur égard. On soupire après le retour de quelqu'un (Fén. , J. J.); pour des richesses qu'on n'emporte point dans la tombe (Encycl.). On respire l'ambition et la guerre (Boss.); la vengeance (Barth. , Acad.); la fureur du duel (Volt.). Soupirer après la guerre, c'est être fâché que la guerre, comme objet ou fait, n'ait pas lieu ~ et désirer qu'elle ait lieu ; respirer la guerre , c'est éprouver le sentiment ou la fureur de la guerre. On ne soupire pas après l'ambition; on la respire , comme dit Bossuet.

Mais ensuite, respirer, tout comme soupirer, se trouve quelquefois avec après , que suit le nom d'un objet, et c'est alors seulement qu'il y a entre eux synonymie assez étroite , tous deux signifiant désirer avec ardeur l'objet devant le nom duquel ils se placent : soupirer ou respirer après le retour d'une personne chérie.

Soupirer après marque toujours un désir doux, tendre , touchant , calme , triste , affectueux ; respirer après , c'est témoigner par sa respiration qu'on aspire1 à tel but, qu'on voudrait tel objet,

\ , Aspirer, ad spirare, souffler vers, de manière à montrer le but auquel on prétend. Ce verbe indique aussi la direction vers un but avec espoir d'y parvenir; mais il est plus relatif à la volonté qu'à la sensibilité.

Et monté sur le faîte , il aspire à descendre. Corn. On peut aspirer à un bien sans désir bien marqué,

. et j comme il n'y a que les passions qui se décèlent de la sorte , l'expression respirer après annonce un désir plus ardent , plus énergique , plus vif, plus impatient, plus empressé. « Mon âme désire, mon âme languit, mon âme tombe dans la défaillance , en soupirant après vos éternels tabernacles, après cette cité permanente. » Boss. Mais Voltaire écrit au roi de Prusse : « Le jeune d'Etallonde ne respire qu'après le bonheur de vivre et de mourir à votre service.» Et Sganarelle , dans Y École des maris , se figurant qu'Isabelle meurt d'envie de l'épouser :

Vous le voyez , je ne lui fais pas dire, Ce n'est qu'après moi seul que son âme respire. Mol.

a La biche altérée ne soupire qu'après les eaux de la fontaine ; le loup affamé ne respire qu'après sa proie. Les passions prennent le caractère du sujet passionné. Un malade trop débile encore et abattu ne fait que soupirer après la santé ; le malade , dont le courage renaît avec les forces , ne respire qu'après elle. » Roub.

En un mot , on est plus passif quand on soupire, et plus actif quand on respire après; et c'est pourquoi soupirer après ne dénote pas toujours , comme respirer après , le désir d'un bien qu'on voudrait posséder , mais quelquefois le regret d'un bien qu'on a eu le malheur de perdre, a Votre ami mort , vous soupirez en vain après lui -, vous respiriez après votre ami vivant. L'ambitieux déchu des honneurs soupire après eux tout bas; l'ambitieux entreprenant ne respire qu'après les honneurs qu'il poursuit. » Roub.

PRÉFIXES SUP et CON.

Supplément, complément. Supporter, comporter.

SUPPLÉMENT , COMPLÉMENT. Ce qui est ajouté à une chose.

Le supplément est ajouté en sous-ordre , comme quelque chose de subordonné à l'égard de quelque chose de principal. Le complément complète ce à quoi on le joint: il en est une partie essentielle, et non un accessoire ou un appendice. On donne un supplément de dot ou de solde , et le complément de la dot ou de la solde ; c'est , d'un côté , par subrogation , parce que la dot ou la solde complète semble faible , ou qu'on veut témoigner son contentement en donnant quelque chose en sus ; de l'autre côté , c'est afin de s'acquitter entièrement. Sans le supplément qu'on donne à un ouvrage , celui-ci serait entier selon le premier dessein de l'auteur; le supplément est un ouvrage à part, subalterne, pour ainsi dire, qui ne fait qu'étendre ou éclaircir quelque partie du premier: sans le complément qu'on lui donne, l'ouvrage manquerait d'une partie nécessaire.

Toutefois le supplément , au lieu de s'ajouter à un tout complet , mais insuffisant , comme le supplément d'un livre , d'un journal , d'une dot , peut aussi, de même que le complément, se trouver joint à un tout incomplet , qui n'est pas entier , auquel manque une partie. Alors la différence reste toujours à peu près la même: le complément

sans passion, ou du moins cette idée ne domine pas dans aspirer a comme dans soupirer et respirer après.

fournit la partie même qui manque , il parfait , il achève; et le supplément donne quelque chose qui tient lieu de complément , c'est-à-dire , non pas quelque chose de même nature que l'objet , qui se fond et s'incorpore avec lui , qui y entre de manière à ne faire qu'un avec lui , mais quelque chose d'étranger qui s'y rapporte simplement. « Les Pères ont appelé le Saint-Esprit le saint complément de la Trinité, d'autant que l'union, c'est ce qui achève les choses ; tout est accompli quand l'union est faite, on ne peut plus rien ajouter. » Boss. Voilà bien le complément. Voici le supplément selon cette nouvelle acception, a S'il manque quelque chose au prix pour la délivrance d'un chrétien , saint Pierre Nolasque offre un supplément admirable, il est prêt à donner sa propre personne. » Boss.

Au peu d'esprit que le bonhomme avait L'esprit d'autrui par supplément servait. Volt.

Laharpe dit dans la préface de son Cours de littérature : «Ce livre est le complément des études pour ceux qui peuvent pousser plus loin celles qu'ils ont faites ; c'en est le supplément pour les gens du monde qui n'ont pas le temps d'en faire d'autres.»

SUPPORTER, COMPORTER. Ces deux verbes s'emploient bien avec la négation , pour exprimer qu'une chose ne saurait en souffrir une certaine autre.

Ces sortes d'ouvrages ne supportent pas la critique, et ne comportent pas tant d'ornements. Ils ne supportent point la critique , ils en sont accablés; ils ne comportent pas tant d'ornements, c'est-à-dire que naturellement ils ne les admettent pas , ils ne peuvent subsister avec eux. D'une part, c'est un manque de force; de l'autre, c'est une incompatibilité essentielle. Dans un récit on dira qu'un ouvrage n'a pas supporté la critique ; ce n'est que dans le didactique , là où il est question de convenances idéales , considérées à priori, qu'on pourra dire d'ouvrages ou d'autres choses qu'ils ne comportent pas ceci ou cela. Ce qui ne supporte pas une chose , y succombe ; ce qui ne comporte pas une chose , y répugne. «Vous voyez combien ces maximes (que je viens de réfuter), supportent mal l'examen de la saine raison. »J.J. a Le gouvernement monarchique ne comporte pas des lois aussi simples que le despotique. »

MONTESQ.

PREFIXES SUB et El. Subsister, exister.

SUBSISTER, EXISTER. Avoir l'être, n'être point à néant.

Le premier vient de sub stare , se tenir sous , et le second de , ex stare , se tenir hors de. Ce dernier a beaucoup plus d'extension : il s'emploie pour affirmer expressément que les choses sont , jouissent de la réalité , sont produites , tirées hors du néant , mises au jour , font acte de présence , quand leur réalité est ou niée ou ignorée. Subsister , c'est continuer à être ou à exister sous et malgré les coups . les atteintes , les circonstances fâcheuses auxquelles la chose a dû résister , n'être ni détruit, ni changé, au point de devenir

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