‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 216 sur 881 · PRÉFIXE BA · texte numérisé non relu

PRÉFIXE BA

Conter, raconter.

CONTER, RACONTER. Narrer des faits, les représenter de vive voix et quelquefois par écrit.

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

Racine contari , qui dans perconîari veut dire s'informer , interroger avec curiosité , et qui vient sans doute de cunctari , différer, s'arrêter ou s'amuser; de sorte que, dans le sens actif, conter signifierait ''informer en arrêtant, en amusant. C'est, en effet, ce qu'exprime le verbe simple conter qui est de la conversation et dans le genre familier.

Au dire de Roubaud , la particule initiale du composé viendrait du grec peio , je coule , je roule , je parle. Il n'en est rien assurément. Elle est formée de re et de ad , et c'est pourquoi Ménage écrit racconter , comme on écrit raccourcir et raccommoder. Dérivation aussi peu contestable pour raconter, que pour rapetisser, rapiécer. Il doit donc y avoir dans raconter quelque chose qui rappelle la double influence des préfixes re et ad.

D'abord , raconter marque une seconde action : on ne raconte que ce qui s'est passé; on le rapporte, on le reproduit par la parole. Si on raconte des histoires ou des aventures mensongères , on les raconte néanmoins comme ayant eu lieu , comme ne recevant dans le récit qu'on en fait qu'une seconde existence. Mais on ne conte pas toujours des choses qui se sont passées : œ Dans ces bois de myrtes les amants viennent se conter leurs peines. » Montesq. On conte des fables , des histoires , c'est-à-dire des inventions ou des fictions qu'on donne pour telles. Et toutes les fois qu'on conte même des choses passées, ce n'est pas en tant qu'elles se sont passées qu'on les fait connaître , mais comme fournissant matière à amusement plutôt qu'à instruction; ce n'est pas avec ce soin , avec cette attention particulière à rester vrai et fidèle , qui sont marqués dans le second verbe par la particule re. On conte sans gêne , avec abandon et facilité ; en racontant on s'efforce de rendre un compte exact.

« Périandre fit plusieurs questions à Cypsèle pour savoir ce que lui avait dit Proclée. Cypsèle , qui avait tout oublié , lui conta seulement le bon traitement qu'il en avait reçu. Périandre le pressa tant, qu'à la fin Cypsèle se ressouvint des dernières paroles que Proclée lui avait dites et en fit le récit à son père. » Fén.

On conte des histoires; on raconte une histoire. Bien conter , c'est conter agréablement ; bien raconter , c'est dépeindre exactement ce qui a eu lieu. « Un homme (Lafontaine) paraît grossier, lourd , stupide ; il ne sait pas parler ni raconter ce qu'il vient de voir ; s'il se met à écrire , c'est le modèle des bons contes. » Labr. «Les fables de l'Arioste amusent , parce qu'il en rit le premier ; ce qui rend sa manièTe de conter si piquante et si originale , mais Homère raconte sérieusement des extravagances. » Lah.

De son côté , ad signifie à , vers , et désigne que le raconteur s'adresse à quelqu'un ; relation qui , sans être étrangère à conter , ne lui convient pas aussi essentiellement. On conte quelquefois pour conter , spontanément , et plutôt pour son propre plaisir que pour celui de l'auditeur , qui n'y prend pas grand intérêt. * Je n'eus rien de plus pressé que d'aller conter à tout le monde ce qui venait de m'arriver. » J. J. « Que n'osé-je raconter au lecteur toutes les petites anecdotes de cet heu-

reux âge?... Mais j'en veux une, une seule, pourvu qu'on me la laisse conter le plus longuement qu'il me sera possible , pour prolonger mon plaisir. » J. J.

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