‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 221 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

les , la convulsion de la peau est appelée frissonnement, comme par diminutif. » Condillac est aussi de cet avis : « Le frissonnement, dit-il, marque une agitation plus légère que le frisson.» On éprouve un grand frisson : Alexandre s'étant baigné dans le Cydnus « se sentit saisi d'un frisson si grand, qu'on crut qu'il allait mourir. » Roll. Mais on éprouve une espèce de frissonnement : « La maîtresse des pensionnaires ne put voir la petite Perrier défigurée comme elle était sans une espèce de frissonnement mêlé de compassion.» RAC.

Et cette même différence Cond'illac l'établit entre saccagement et sac , en disant que « le saccagement n'emporte pas l'idée d'une si grande destruction. »

La paye est unpayement réglé , établi , de tous les jours; le payement est une paye accidentelle. Les soldats ont une paye; un ouvrier, qui a fait une seule journée , demande son payement.

a Dans l'espèce des cailles , les accouplements sont fréquents , mais on ne voit pas un seul couple.» Buff.

S'il pouvait rester encore quelques doutes sur la réalité de cette double différence , il suffirait pour les dissiper de faire connaître la manière dont nos devanciers distinguent les synonymes du genre de ceux dont il s'agit ici. Nous rapporterons avec quelque étendue tous leurs articles , afin de nous prévaloir de leur accord, de faire comprendre notre pensée par des développements, et de montrer que ces distinctions, si subtiles et si métaphysiques, ne sont pourtant pas toujours sans conséquence et indifférentes pour l'application.

ATTACHE, ATTACHEMENT. Ce qui fait qu'on tient aux choses, qu'on y est affectionné. On trouve presque également dans nos meilleurs écrivains attache ou attachement à la vie , aux richesses , aux honneurs , à la religion , aux vérités, etc.

Girard a bien senti que le mot d'attache exprime quelque chose de plus absolu , de plus fort que celui d'attachement, a Le mot d'attache , ditil, convient mieux lorsqu'il est question d'une passion moins approuvée ou poussée à l'excès : on dit de l'attache , qu'elle est forte , et de l'attachement, qu'il est sincère.»

De son côté , Roubaud a tout aussi bien caractérisé ces deux expressions , mais en les prenant sous un autre point de vue. Attache , suivant lui , est objectif, et attachement subjectif. On a de l'attache aux choses qui attachent , et de l'attachement pour les choses auxquelles on s'attache ; de sorte que la particule ment donne au mot qu'elle termine un rapport à l'agent, aux dispo- I sitions et à l'opération de cet agent.

« Attache, dit-il, est ce qui attache, un lien; | attachement , ce par quoi on est attaché , une liaison. Attachement désigne un sentiment. L'attache vient de quelque cause que ce soit ; l'attachement vient du cœur. On tient à l'objet pour lequel on a de l'attache ; on aime celui pour qui on a de l'attachement. Le hasard, l'intérêt, l'habitude, les convenances forment les attaches; la nature forme les attachements. On a des attachements; l'on se

! fait des attaches. Considérez bien les hommes . vous verrez qu'ils sont plutôt conduits par leurs ! attaches que par leurs attachements : nous vivons comme on vit , et non comme nous voudrions vivre. Un des grands malheurs du vice , c'est que l'attache en reste encore après que l'attachement a cessé : vous ne l'aimez plus ; mais vous y tenez encore par mille liens que vous n'avez pas la force de rompre. »

L'attachement part de nous : l'attache dépend des choses , c'est une espèce de sort ou de charme. « Etre collé au vice d'une attache naturelle. » Montaign. « Cette femme d'esprit avait accoutumé les savants à ne pouvoir se passer de son attache.» S. S. Rollin cite deux statues de Lysippe très-remarquables : l'une dont Tibère était charmé ou épris et qu'il dut pourtant rendre à la place publique, quelque attache qu'il eût à ce chefd'œuvre; l'autre, représentant Alexandre, dont Néron faisait grand cas et pour laquelle il avait un attachement particulier.

RÂLE, RÂLEMENT. Ces mots imitent le son rauque ou enroué qui sort de la gorge lorsque la respiration est embarrassée, dans l'agonie surtout.

Le râle marque l'espèce de son qui sort de la poitrine d'un malade à l'agonie ; le râlement exprime le râler. Un moribond a le râle , et il est en proie au râlement.

C'est la différence indiquée encore par Roubaud. «Râle, dit-il, exprime le bruit qu'on fait en râlant; et râlem&nt marque la crise qui fait qu'on râle , qui donne le râle. Un agonisant a le râle; et vous voyez la poitrine oppressée, la gorge embarrassée , la respiration troublée par le râlement. » C'est-à-dire , en termes généraux , que le râle se considère passivement, objectivement ou par rapport à la nature de la chose ; et le râlement activement , subjectivement ou par rapport à la chose se réalisant.

MANQUE , MANQUEMENT. Action de ne pas tenir ce qu'on doit.

Nous ne pouvons mieux faire ici que de citer simplement les paroles de Roubaud. a Comme on dit manquement, on dit aussi manque de foi. Manque exprime la nature , l'espèce de la chose , d'une manière générale : manquement exprime l'action ou l'omission par laquelle on est coupable de ce manque. On dit le manque de foi, et un manquement de foi. » — On dit aussi , et avec les mêmes nuances d'idées , un manque et un manquement de respect et de parole.

Le manque est le manquement en soi , idéal ; le manquement est le manque effectif ou effectué.

Quoi ! le manque de foi vous semble pardonnable !

Corn.

Quand Pompée voit que le roi d'Egypte n'envoie au-devant de lui qu'un esquif,

Il soupçonne aussitôt nn manquement de foi. In.

Sur ce dernier vers, Voltaire remarque que manquement n'est plus d'usage , et qu'aujourd'hui nous disons manque. C'est une erreur dont nous empruntons la preuve à Voltaire lui-même , car il dit dans ces mêmes Commentaires sur Corneille : « Acomat, dans Bajazet, ne conseille qu'un simple manquement de parole aune femme ambitieuse et criminelle. »

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

« Dans tout l'Orient , c'est un manque de respect que de se découvrir la tête. » Volt. Une personne envers qui on aura manqué de respect, reprochera , punira ou pardonnera ce manquement de respect.

RÈGLE , RÈGLEMENT. Ce qui sert à conduire , à diriger.

Girard , et après lui Condillac , ont aperçu ce qu'il y a d'absolu, de général, de strictement obl:gatoire dans la règle , et ce que le mot règlement exprime de relatif, de particulier, de variable et d'arbitraire.

Voici l'article de Girard. « La règle regarde proprement les choses qu'on doit faire ; et le règlement, la manière dont on les doit faire. Il entre dans l'idée de l'une quelque chose qui tient plus du droit naturel ; et dans l'idée de l'autre , quelque chose qui tient plus du droit positif. » Le règlement est relatif au fait de l'établir : on fait des règlements; et à la personne qui l'établit: les règlements d'Auguste (Montesq.), les règlements des jésuites pour les habits des femmes (Pasc).

D'autre part , Condillac s'exprime ainsi : « Règle et règlement se disent des mœurs. Mais les règles s'étendent à toutes les actions ; elles veillent jusque sur les plus indifférentes , et déterminent ce qu'on doit faire chaque jour. Les règlements corrigent les abus et déterminent plus ce qu'on doit éviter que ce qu'on doit faire. Les règles sont plus générales , on les donne à tout un corps ; on ne prescrit des règlements que pour ceux qui s'écartent des règles. »

RELACHE, RELACHEMENT. Interruption, intermission, discontinuation d'un premier état.

C'est avec raison que Beauzée trouve dans le relâche quelque chose de plus absolu , de plus général, de plus constant que dans le relâchement. Mais ensuite il affirme , de concert avec Girard , que relâchement s'emploie plutôt en mauvaise part pour signifier une faute , une cessation d'austérité ou de zèle , ou la diminution de l'activité dans le travail ou dans quelque exercice; au lieu que relâche exprime simplement le fait de la cessation du travail. Qu'est-ce à dire , si ce n'est que relâche ne marque pas, comme relâchement, un rapport à l'agent , à son action et à la faute qu'il commet en la faisant?

Relâche exprime le fait du repos d'une manière passive, objective, et relâchement d'une manière active et subjective. Celui-ci désigne le repos en tant qu'on le réalise , qu'on se le donne , et par conséquent est seul propre à marquer celui qu'on se donne à tort. Un mal laisse ou donne du relâche; on tombe dans le relâchement.

Le relâche est une chose; on en a ou on en donne : le relâchement est un fait, une manière de se conduire , une faute : on accuse quelqu'un de relâchement (Volt.). On souffre ou une chose a lieu sans relâche ; on a le mérite de faire quelque chose sans relâchement; c'est-à-dire sans se relâcher, a Les chartreux étaient consacrés sans relâchement au jeûne, au silence, à la prière, à la solitude.» Volt. — Une personne qui souffre a ou n'a pas un moment de relâche (Sév.). « Il y aurait du péché à ne vouloir pas être toujours

occupé de Dieu si on le pouvait. Il n'y a point de péché à donner quelquefois du relâchement à cette douce occupation quand elle vient à trop échauffer la tête. » Boss.

MÉNAGE , MÉNAGEMENT. Action d'en user modérément , d'y aller doucement.

Ces deux mots ne paraissent guère synonymes ; car le ménage consiste à ménager ses richesses , ses revenus, et le ménagement à ménager les hommes , à se conduire envers eux avec égard et sans brusquerie : l'un touche à l'économie , l'autre à la politesse ou à la politique.

Mais, considérant l'une et l'autre expression comme signifiant économie , épargne , Girard les distingue conformément à la règle ci-dessus établie. Suivant lui, le ménage est quelque chose de constant , d'habituel , et regarde le domestique , le train ordinaire de la maison; le ménagement est plus particulier, plus accidentel et regarde la conduite des affaires : l'un empêche de se trouver court dans le besoin , l'autre fait qu'on n'est jamais dérangé.

D'ailleurs le ménage est absolu , et le ménagement relatif : on ne dit pas le ménage , mais le ménagement de quelque chose. « Des méditations sérieuses , des conversations honnêtes , une nourriture modérée , un sage ménagement de ses forces , rendent l'homme maître de lui-même. » Boss. «Le mot d'économie s'entend plutôt du sage ménagement de ce qu'on a que des moyens d'acquérir ce que l'on n'a pas. » J. J.

HABIT, HABILLEMENT. Ce que les hommes mettent sur leur corps.

Habillement, comme le remarque justement l'Académie , se dit quelquefois , surtout en termes d'administration, de l'action d'habiller, de pourvoir d'habits : capitaine d'habillement; dépenses d'habillement; un peu avant la représentation , chaque acteur s'occupe de son haoillement.

Mais il peut aussi se prendre d'une manière objective et passive , ainsi qu'habit , pour ce. dont on est vêtu. Or, même alors il conserve un certain rapport à l'action marquée par le verbe , et c'est ce qui fait dire à Girard « qu'outre l'essentiel de vêtir, il renferme dans son idée un rapport à la forme , à la façon dont on est vêtu. V habilement est une manière d'habit ou la manière dont une personne s'habille. » (Voy. Vêtement, habit, habillement , accoutrement.)

OS, OSSEMENT. Ce sont, dans les animaux, des parties solides qui servent à attacher et à soutenir toutes les autres parties.

Os exprime la chose à son état naturel , c'està-dire dans le corps et faisant partie de l'animal vivant. Ossement la représente dans un état ultérieur, telle qu'elle est devenue par suite d'une action qu'elle a subie , par suite de la désorganisation. Les ossements sont des espèces d'os , des os modifiés , des os desséchés et dépouillés de chair et de tout ce qui sert à les unir. C'est ainsi que les ferrements sont des choses de fer , résultant d'actions subies par le fer. Ossements fossiles.

« En Egypte , on mettait le crâne ou un autre ossement sous son lit, pour voir en songe l'ombre d'un mort. » Volt. « Un champ couvert d'ossements. » Lah. «Les ossements des saints.» Bourd.

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