‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 220 sur 881 · TERMINAISON MENT · texte numérisé non relu

TERMINAISON MENT

Paye, payement. Rayon, rayonnement. Bond, bondissement. Bouillon, bouillonnement. Raison , raisonnement. Rabais , rabaissement. Aboi , aboiement. Sac, saccagement. Perfection, perfectionnement. Frisson, frissonnement. Attache, attachement. Râle, râlement. Manque, manquement. Règle, règlement. Relâche , relâchement. Ménage , ménagement. Habit , habillement. Os, ossement. Abandon, abandonnement. Etc.

L'étymologie et partant la valeur propre de cette désinence ne sont point faciles à trouver. Il est vrai que plusieurs des substantifs qu'elle termine sont traduits de mots latins terminés en mentum, comme monument, ornement, document, de monumentum, ornamentum, documentum. Mais rapporter ment à mentum , c'est simplement reculer la difficulté , car la signification précise de la désinence latine ne nous est pas mieux connue que celle de la française. D'ailleurs , on ne saurait conclure de l'une à l'autre , parce que tous les substantifs de notre langue en ment , qui se trouvent avoir des synonymes de même radical , mais autrement terminés , n'ont pas de correspondants en latin, sont tous français, ayant été formés par l'adjonction de ment à une racine française elle-même : tels sont payement, rayonnement, attachement, râlement, abandonnement. Sur ce point donc le latin ne peut fournir aucune lumière.

Ment , dans les noms où nous le considérons et devons uniquement le considérer ici, est une

\ . Roubaud reconnaît aussi plus de grandeur à la besace,- mais il en donne une raison singulière que M. Guizol aurait dû retrancher. C'est que la terminaison ace est augmentative. Or, comment peut-elle l'être sans que la terminaison ac le soit aussi ? Et si, dans besace, ace forme la terminaison, be n'étant pas essentiel , il restera pour radical du mot la seule lettre s. En vérité, c'est trop peu.

terminaison toute française. A-t-il néanmoins quelque rapport au latin mentum? Dérive-t-il seul, ou ainsi que mentum, de l'ablatif latin mente , de mens , âme , esprit , pensée , force , action, comme le veulent plusieurs philologues? Il se peut ; mais , quoi qu'il en soit , il y aurait imprudence à faire dépendre d'une étymologie incertaine et controversée le sens de cette terminaison et la nuance d'idée particulière aux substantifs où elle se trouve. Il vaut mieux à cet égard consulter l'usage , chercher à lire dans la composition de ces substantifs avec quelle partie du discours ils ont plus d'affinité , et enfin mettre à profit les observations partielles des synonymistes sur la valeur de cette désinence.

Or, ment indique l'action du verbe contenu dans le substantif qu'il sert à composer, la mise à exécution, l'application actuels de l'idée signifiée par le radical. Il résulte de là une opposition sensible , lorsque ce radical se trouve d'un côté , et le substantif en ment , de l'autre , quelque synonymie qu'il semble y avoir entre eux.

Ainsi , la paye est la chose , le payement est cette chose réalisée : c'est , d'une part , le salaire qu'on donne à un employé; de l'autre, l'action de le donner : on reçoit la paye , on fait le payement; on demande quelque délai pour un payement.

De même rayon et bond se prennent objectivement, tandis que rayonnement et bondissement ont un rapport marqué à l'agent et à l'opération de cet agent; le rayonnement est le développement de la puissance de produire des rayons, comme le bondissement, suivant la définition qu'en donne Condillac , est l'action par laquelle on fait des bonds. On dit bien , franchir un espace d'un bond , parce que ce dernier mot se considère objectivement et par rapport à la nature de la chose ; et , d'un autre côté , on dit , c'est un bondissement perpétuel , la chose étant considérée ici pendant qu'elle s'effectue. On caractérise d'une manière abstraite l'allure générale de certains animaux en disant qu'ils vont par sauts et par bonds; mais si on décrit cette allure comme effec-

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

• tive , comme ayant ou comme ayant eu lieu , et de telle ou telle manière, bondissement est le terme qu'on doit préférer. « Les secousses des montagnes et des collines , ébranlées par un violent tremblement de terre , sont fidèlement représentées par les bondissements d'un troupeau. » Lah.

a Quand l'artère est piquée, dit Bossuet, on voit saillir le sang comme par bouillons. » Et, à quelques lignes de là , il ajoute : « Ce n'est pas toujours la trop grande quantité de sang, mais c'est souvent son bouillonnement qui le fait sortir des veines et qui .cause le saignement de nez. » Bouillon exprime une chose, et bouillonnement une action : on donne à un liquide deux ou trois bouillons (P. R.); il se fait, dans les plantes, lorsqu'elles absorbent les sucs , comme un bouillonnement intercadent (Montesq.).

Raison désigne une faculté dont raisonnement exprime l'exercice, l'usage bon ou mauvais. Raisonner est l'emploi de toute ma maison , Et le raisonnement en bannit la raison. ( Chrysale dans les Femmes savantes.) Moi,. a II y a des philosophes qui ont le talent d'obscurcir la raison par le raisonnement. » P. A. Dans un autre sens, la raison est une preuve qu'on allègue , et le raisonnement en est le développement , l'application , c'est la manière dont on la présente. Il y a bien de la différence entre une raison solide et un raisonnement solide. « Nous lui demandons des raisons ou du moins des raisonnements. » .T. J. « Elle va tenir tête aux plus profonds docteurs de Salamanque , et jamais ses raisonnements ne céderont à leurs raisons. » Les.

« Le rabais , dit Roubaud , est produit par le rabaissement ordonné; et ce dernier mot marque la force employée et l'acte de puissance émané pour produire le rabais : l'édit ordonne le rabaissement, et opère le rabais. »

De son côté , Laveaux caractérise ainsi les synonymes aboi et aboiement , qui expriment tous deux le cri du chien, ce Aboi se dit particulièrement en parlant de la qualité naturelle du cri du chien : un chien qui a Y aboi rude , aigre , perçant; un aboi effrayant. Aboiement se dit plutôt des cris mêmes : de longs aboiements , des aboiements continuels. On dit : faites cesser les aboiements de ce chien, et non pas : faites cesser son aboi ou ses abois. »

Le mot sac signifie une sorte de fait; le mot saccagement dépeint un événement ou la réalisation de ce fait. Au milieu des agitations des guerres civiles , la maison de Montaigne , comme il le dit lui-même, resta vierge de sang et de sac; on dit , pour indiquer une époque , au sac de telle ville; Virgile a pris de Pisandre l'aventure de Sinon et le sac de Troie (Marm.). Mais s'agit-il de raconter, de mettre sous les yeux ce qui a eu lieu , saccagement est le mot propre. ce Quintilien a fait une ample description du saccagement d'une ville. » Marm. ce Les Mexicains avaient été épouvantés par le supplice de leur roi et par le saccagement de leur ville. » Id. ce Dès lors la licence, le meurtre et le saccagement furent sans frein. » Id. ce Le saccagement de Rome par les troupes de Charles Quint en 15 27. » Volt.

César s'étant emparé de Gomphr, on trouva dans une maison les cadavres de vingt vieillards qui s'étaient volontairement donné la mort : ce La crainte des maux affreux qui accompagnent le sac d'une ville prise d'assaut avait opéré ce funeste désespoir. » Roll. ce Mardonius entra dans Athènes, brûla et démolit tout ce qui avait échappé au saccagement de l'année précédente. » Id. — ce Parmi les esclaves d'Orosmane il s'était trouvé un enfant , pris autrefois au sac de Césarée. » Volt, ce II s'éleva, après la mort de César, une opinion assez commune que le monde allait finir. Les horribles guerres des triumvirs , leurs proscriptions , le saccagement des trois parties de la terre alors connues , ne contribuèrent pas peu à fortifier cette idée chez les fanatiques. » Id.

Le substantif en ment a donc un caractère verbal, qui manque à son synonyme sans terminaison : l'un exprime comme un fait , comme ayant lieu, ce que l'autre signifie comme étant, comme une chose de telle nature, ayant telles qualités. C'est qu'en effet , quoique le premier ait le second pour radical , il ne le reçoit qu'après qu'il a passé par un verbe correspondant dont il a subi l'influence. Ainsi, saccagement vient de saccager, habillement d'habiller , ébattment de s'ébattre , élancement de s' 'élancer , frissonnement de frissonner, etc.; au lieu que leurs synonymes, qui en dernière analyse sont aussi leurs radicaux, ne dérivent pas du verbe, lui sont, au contraire, antérieurs et ont. servi à le composer , si bien que de sac on a fait saccager, d'habit habiller, et ainsi des autres. Or, puisque les substantifs terminés en ment ont , quant à leur formation , plus de ressemblance avec les verbes correspondants que leurs synonymes , ils doivent en avoir et il est tout simple qu'ils en aient davantage aussi quant à leur sens.

Un autre caractère distinctif des noms terminés en ment, c'est que, marquant la chose pendant qu'elle se fait , ils l'expriment d'une manière relative et incomplète , comme un fait passager , tandis que leurs synonymes sans terminaisons significatives la désignent comme absolue et achevée, ce Le 'perfectionnement, dit Condillac, est le progrès vers la perfection, et la perfection est l'état d'une chose parfaite. » L'homme tend à la perfection par la voie du perfectionnement. On donne ou l'on reçoit un brevet de perfectionnement et non de perfection , parce que la chose pour laquelle on récompense ou l'on est récompensé se trouve être un peu plus parfaite qu'au paravant , mais non pas absolument parfaite.

ce Le relâchement , dit Beauzée , ne tire pas toujours à si grande conséquence que le relâche , et on peut se le permettre quelquefois jusqu'à un certain point , quand on n'a pas le loisir de se donner entièrement relâche. »

Laveaux dit, en parlant du tremblement de la peau appelé' frisson et frissonnement : ce Si ses différentes causes sont de nature à se renouveler, à subsister et à produire les mêmes effets pendant un temps considérable , sans interruption , ce mouvement extraordinaire de la peau est le frisson proprement dit ; si elles ne sont qu'instantanées ou qu'elles ne se fassent sentir que par interval-

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