‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 223 sur 881 · TERMINAISON ION · texte numérisé non relu

TERMINAISON ION

Réforme, réformation. Acte, action. Salut, salutation. Taxe , taxation. Don , donation. Indice , indication. Émoi , émotion. Progrès , progression. Concept, conception. Conteste, contestation. Corps, corporation. Fabrique , fabrication.

Les substantifs français terminés en tion , sion , ssion , sont tous traduits de mots latins qui leur correspondent toujours exactement pour la forme , et presque toujours exactement pour le sens. Ainsi action vient d'actio , réformation de reformata , salutation de salutatio , 'progression de progressa , aspersion à'aspersio. Or les désinences latines tio , sio , ssio , terminent les substantifs dont la base est un supin en tum, sum ou ssum; en sorte que reformatio dérive de reformatum , aspersio à'aspersum, progressio de progressum. De là vient que, dans l'une ou l'autre langue, les substantifs de cette espèce désignent l'action de faire ce qui est exprimé par le verbe correspondant. Et cette seule remarque suffit pour faire découvrir les différences qui peuvent exister entre les noms français terminés en tion , sion ou ssio?i . et leurs synonymes dont la désinence est ou n'est pas significative. Nous ne les supposons ici en rapport qu'avec des synonymes à terminaisons indifférentes.

Les substantifs en ion ont un sens fort analogue

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

à celui des substantifs en ment, c'est-à-dire qu'ils marquent comme eux la manifestation actuelle de l'idée exprimée par le radical et un certain rapport à l'agent et à son opération. En d'autres termes , ils sont essentiellement actifs et subjectifs : subjectifs , en ce sens qu'ils appellent l'attention sur le sujet qui agit et sur son mode d'action. Il n'en est pas de même de leurs synonymes à terminaison indifférente : ceux-ci se distinguent par un caractère manifeste de passivité et d'objectivité : ils expriment l'effet produit par l'action, la nature de cet effet , et non sa manifestation présente. Cette différence renferme à elle seule toutes celles qui peuvent se trouver entre les synonymes dont il s'agit ici. La règle est donc susceptible de développements; mais comme ces développements seraient, à notre sens, divers suivant les divers synonymes , il convient de laisser cette règle dans toute sa généralité et de passer immédiatement à l'application.

RÉFORME, RËFORMATION. L'idée commune à ces deux mots est celle d'un rétablissement dans l'ancienne forme ou dans une meilleure forme.

« La réformation , dit Beauzée , est l'opération qui procure ce rétablissement ; la réforme en est le résultat ou le rétablissement même. »

C'est aussi la distinction qu'établit Girard. « La réformation, dit-il, est l'action de réformer; la réforme en est l'effet. Dans le temps de la ré formation , on travaille à mettre en règle , et l'on cherche les moyens de remédier aux abus ; dans le temps de la réforme , on est réglé et les abus sont corrigés. Il arrive quelquefois que la réforme d'une chose dure moins que le temps qu'on a mis à sa ré formation. »

La réforme est un état , la réformation est un événement qui le prépare : on vit dans la réforme; la réformation a ébranlé la puissance pontificale. La réforme est une chose , une chose bonne ou mauvaise, à désirer ou inopportune; on l'accueille ou on la repousse. Une réforme salutaire (d'Ag.). « On vit les courtisans de Denys courir au-devant de la réforme, proscrire le luxe de leurs tables. » Barth. La ré formation est un fait, la réalisation de la réforme. Travailler à la ré formation des mœurs (Bourd.), à la réformation du genre humain (Barth.), de l'astronomie (Roll.), à une œuvre de réformation (Boss.); plein de zèle pour la réformation des abus (Fén.) ; au temps de la réformation (Volt.) ; les siècles qui ont suivi la réformation (Boss.).

Ou bien encore réforme , étant objectif, signifie les réformés , les protestants , tandis que réformation , par la raison contraire , se dit de leurs entreprises. « C'est par là que s'accomplira la réformation , jusqu'ici trop faiblement commencée; la réforme fera souffrir tous ces maux à des chrétiens. » Boss.

ACTE , ACTION. Tous deux donnent l'idée d'une force déployée dans la vue d'atteindre certain but.

Mais Vaction est la manifestation de la puissance, et Vacte en est l'effet manifesté. « Par l'action , dit Roubaud , la puissance se réduit en acte. » Vaction , étant une manifestation , est susceptible de divers degrés : elle est vive , véhé-

mente, impétueuse; on dit, le feu, la chaleur de l'action; une action d'éclat. Les actes ne sont susceptibles que d'être comptés ou caractérisés par leur nature. On dit : un acte, divers actes d'une telle espèce; la répétition des actes d'avarice décèle l'avare ; nous appelons fou celui qui fait plusieurs actes de folie.

Un second caractère, remarqué par les synonymistes Girard et Condillac, consiste dans la subjectivité de l'action et l'objectivité de Vacte. « Le mot d'action, dit Girard, a plus de rapport à la puissance qui agit , et celui d'acte en a davantage à l'effet produit par cette puissance. 53 Et Condillac : ce Dans le mot action, il semble que l'esprit se borne à considérer l'effet comme provenant de sa cause; et dans le mot acte, il semble considérer l'effet relativement à l'objet auquel il se rapporte. On dira donc : les actions de la volonté , et , au contraire , ce choix est un acte de la volonté. Dans la première phrase, les actions ne sont considérées que dans la volonté ; dans la seconde, l'acte est relatif à ce qu'on choisit. » On caractérise l'action en caractérisant le mode d'agir de l'agent; on dit : une action vertueuse, généreuse, équitable, magnanime. On caractérise l'acte en disant ce qu'il est essentiellement en lui-même ou dans sa nature, un acte de vertu, de générosité, d'équité, de magnanimité. La morale en action rapporte des actions vertueuses; les traités de morale déterminent les actes de vertu, de méchanceté, de justice. Une action généreuse ou d'éclat nous intéresse tout d'abord en faveur de celui qui l'a faite ; dans un acte de vertu , c'est l'acte lui-même que nous considérons avant tout.

Un troisième caractère consiste en ce que Vaction, bien que le plus souvent subjective, c'està-dire relative à l'agent et à son mode d'agir , ne se dit point des opérations intimes de nos facultés, apparemment parce que ces opérations ne sont point considérées comme des manifestations ou des déploiements visibles de force, ce Nos actions sont nos œuvres proprement dites, dit Roubaud ; nos actes ne sont que des opérations de nos facultés. Nous faisons des actes de foi, d'espérance, de charité; ces actes ne sont que des émissions, des déclarations, des aveux de nos sentiments , et non pas des actions. Nous péchons par pensée, par parole, par action. La pensée n'est qu'un acte, et l'action est une œuvre; l'action entraîne l'acte; l'acte ne nécessite pas l'action prise dans ce nouveau sens. »

En style judiciaire , acte exprime quelque chose d'objectif, une pièce ou un écrit constatant une convention ; et action , un événement , une poursuite, un procès. — C'est aussi un événement que marque l'action dramatique , tandis que les actes désignent les parties principales de la pièce considérée en elle-même et comme œuvre littéraire.

SALUT , SALUTATION. Démonstration extérieure par laquelle on témoigne aux personnes de l'intérêt , de la bienveillance , de la considération ou quelque autre sentiment semblable.

Le salut est le signe ordinaire pris pour l'action de saluer ; c'est une démonstration extérieure

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