PREMIÈRE PARTIE
et commune de civilité, d'amitié, de respect, faite aux personnes qu'on rencontre, qu'on aborde, qu'on visite. La salutation est relative à l'agent qui salue et à son mode d'action; elle indique la manière dont l'action de saluer est faite dans telles circonstances. Un homme ne fait pas la même salutation qu'un autre en faisant le même salut, n La salutation, dit Roubaud, dont nous empruntons ici les idées, est le salut particulier tel qu'on le fait dans telle occasion , surtout avec des marques très-apparentes de respect ou d'empressement. Vous trouveriez peut-être dans les différents saluts des divers peuples des traits particuliers de caractère. Des salutations particulières vous tirerez peut-être quelquefois des inductions sur le caractère , l'éducation , les affections présentes des personnes. » C'est afin de marquer aux gens à qui l'on écrit qu'on éprouve pour eux des sentiments tout particuliers de respect ou d'affection, qu'on leur présente, à la fin de ses lettres , ses salutations respectueuses , affectueuses ou amicales.
Le salut est tel habituellement , selon la règle qui le détermine, « Un ambassadeur a la même garde, les mêmes saluts et les mêmes honneurs qu'un général d'armée. » S. S. « Le salut est réciproque entre les pairs et les présidents. » Id. « Louis XIV était admirable à recevoir différemment les saluts à la tête des lignes , à l'armée et aux revues. » Id. La salutation est telle de la part d'une personne particulière et dans une occasion particulière. « ils passèrent leur chemin avec une salutation froide. » S. S. « Il fallut m'avancer hors de ma loge, et, par une humble salutation, répondre à cette faveur du public. » Marm.
D'ailleurs le salut est une chose; on le rend ou on le refuse : la salutation est un fait, un événement. « A la voix de Marie et à sa salutation, l'enfant d'Elisabeth tressaillit dans son sein. » Boss. « Les deux reines mirent pied à terre , et, après les salutations, elles montèrent toutes deux dans une même calèche. » S. S.
Enfin les saluts sont moins démonstratifs , consistent moins en actions, en mines et en grimaces. « Mettre toute la morale en simagrées , et ne connaître d'autre humanité que les salutations et les révérences. » J. J. « De tous côtés on m'adresse de petits saluts imperceptibles, de doux sourires d'amitié. » Marm.
TAXE , TAXATION. L'idée commune à ces deux mots est celle de la détermination établie de quelque valeur pécuniaire.
Taxe se prend objectivement pour cette valeur même ou pour le règlement qui la détermine; taxation signifie l'opération de la taxe, et, au pluriel, certains avantages pécuniaires alloués aux employés qui s'occupent de cette opération, j Ces distinctions de Beauzée s'accordent donc bien ! avec la règle générale.
DON, DONATION. Ce qu'on donne, ce dont on | transmet la propriété à un autre.
Le don est considéré en lui-même dans l'objet ! qui le constitue; la donation est relative à la façon dont on donne; c'est ce qui se donne par' acte public, d'une manière expresse, notoire et ' solennelle. Ce qui importe dans le don, c'est la !
chose; dans la donation, c'est la manière ou le fait : un don est plus ou moins précieux ; la donation est légale ou illégale , conditionnelle , pure et simple, etc. On fait acte de donation.
INDICE , INDICATION. Ce qui indique . ce qui donne à connaître quelque chose et qui est une espèce de signe.
L 'indice est par lui-même et naturellement dans l'objet; Y indication est l'œuvre d'une personne qui fait l'action d'indiquer. Les terrains fournissent des indices , et les minéralogistes qui les ont visités des indications des mines qui s'y trouvent (Butf.). Un indice trompeur est tel en lui-même qu'il fait croire à ce qui est faux; une indication trompeuse vient de quelqu'un qui a voulu induire en erreur.
ÉMOI , ÉMOTION. Agitation produite dans l'esprit.
L'émoi est un sentiment , un état de l'âme ; Yémotion est une passion , un mouvement de l'âme : on est en émoi, et l'on éprouve ou l'on excite une émotion ou des émotions. V émotion est difficile à cacher ; c'est par elle que se détermine et se manifeste Y émoi.
PROGRÈS, PROGRESSION. On dit également, au figuré , le progrès et la progression de l'esprit humain', pour marquer les pas qu'il fait dans la voie des améliorations et du perfectionnement.
Le progrès est le résultat "de cet avancement . de la progression ; là progression est l'action d'avancer, laquelle amène le progrès : on constate le progrès ou les progrès de l'esprit humain, et on le suit dans sa progression. La malice des hommes alla toujours croissant depuis la création jusqu'au déluge : cette progression ne fut pas un progrès. La progression est de fait ou effective, et se considère quant à la production; le progrès est un résultat , et se considère quant à l'idée : la progression est lente ou rapide; le progrès est plus ou moins grand , plus ou moins avantageux. « Les glacières des Alpes prennent un accroissement constant : cette progression est prouvée par des forêts de mélèzes qui ont été absorbées par les glaces ; mais les pluies , les vents et les chaleurs , plus actifs dans certaines années , détruis sent les progrès des années précédentes.» Buff. « La progression du mouvement de déclinaison de l'aimant est plus qu'irrégulière ; le progrès de ce mouvement en 205 ans a été de 33 degrés 30 minutes. » Id.
CONCEPT , CONCEPTION. Idée , notion . vue de l'esprit.
Le concept est tout objectif et tout passif; il ne reçoit de qualification qu'en raison de son essence, de sa nature : le concept du triangle enferme les idées de trois côtés et de trois angles. La conception est relative à l'esprit qui conçoit et à la manière dont il conçoit; elle est vive, hardie , originale , plaisante.
CONTESTE, CONTESTATION. Défaut d'accord.
Conteste exprime ce défaut quant à l'idée, et contestation l'exprime quant au fait. Une chose nous appartient sans conteste (Mol., Beaum.), c'est-à-dire sans contestation possible, incontestablement. Une chose, une proposition, est reçue sans contestation (Mal.), c'est-à-dire sans qu'il
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
s'élève effectivement aucune dispute , d'une manière incontestée.
Un acte est exempt de conteste (Beaum.), n'est point sujet à conteste (Id.), est hors de tout conteste (Id.); il ne peut donner lieu à aucune contestation. Mais la contestation est effective ; ce n'est point à la simple possibilité et au droit qu'elle se rapporte; elle ne se considère pas avant, mais pendant ; elle désigne une manifestation , un fait : on conteste actuellement sur ce qui est en contestation.
CORPS , CORPORATION. Réunion de personnes vivant d'après des règles communes.
Corporation n'existe point avec ce sens en latin , et la valeur précise de ce mot est d'autant plus difficile à déterminer qu'il n'y a point de verbe correspondant d'où l'on puisse le faire venir. La corporation est , ce semble , un corps qui se forme , qui est en train de se constituer , qui n'est soumis qu'à des règles peu nombreuses , et dont l'existence est précaire; mais le corps est constitué , reconnu , il existe par lui-même, « Les peuples sont unis, et la nation est une; la nation est le corps , et les peuples sont des espèces de corporations nationales. » Roub. — Voltaire, parlant de l'établissement des templiers et des hospitaliers, distingue de même société et association : a Quand la société générale est bien gouvernée, dit-il, on ne fait guère d'associations particulières. r>
FABRIQUE, FABRICATION. Ces deux mots se disent également en parlant de la manière dont les choses sont fabriquées.
La fabrique exprime le résultat, les qualités inhérentes à ces choses; la fabrication est relative à l'opération de fabriquer et aux procédés qu'on y emploie. Une étoffe est de bonne fabrique , et la fabrication en est soignée.
D'autre part , lorsque fabrique signifie comme fabrication l'action de fabriquer, il ne se dit qu'en général , et non pas relativement à un fait particulier qui ait eu lieu. « J'ai reçu du ciel, dit Scapin , un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d'esprit appelées fourberies. » Mol. « La fabrique des esprits animaux se commence par le cœur. » Boss. Mais Voltaire a dit et dû dire : ce La fonte et la fabrication du veau d'or en vingt-quatre heures est un prodige.»
TERMINAISONS ION et MENT.
Renonciation , renoncement. Sensation , sentiment. Dissension , dissentiment. Violation , violement. Rénovation , renouvellement. Fondation , fondement. Fraction, fragment. Section, segment. Prolongation , prolongement. Dépopulation , dépeuplement. Prosternation , prostemement. Répulsion, repoussement. Etc.
Il y a cela de commun entre les terminaisons ment et ion, que les substantifs auxquels elles sont jointes, étant comparés avec des synonymes à terminaisons indifférentes , paraissent également marqués d'activité et de subjectivité , c'est-à-dire ont rapport à une action, à un agent et à son mode d'agir. De sorte que le râlement , par exemple , est au râle , et l'aboiement à Y aboi , comme
la salutation au salut , Y action à Y acte , Y émotion à Yémoi. Cependant, lorsque les deux terminaisons ment et ion , se trouvant à la fin d'un même radical, servent à composer deux substantifs synonymes, l'une exprime plutôt la réalisation, et l'autre la manifestation de l'idée commune. Quoique , relativement aux substantifs sans terminaisons significatives, meni.se distingue aussi par son rapport à l'action, il se trouve posséder ce caractère moins essentiellement que la désinence ion : ou bien il désigne une action moins extérieure , moins visible , moins saillante et moins forte ; ou bien il prend assez volontiers la signification objective et exprime la simple réalité, le résultat, l'effet, l'état, alors que la désinence ion représente l'action seule.
Ce dernier caractère est confirmé par le genre des substantifs en ment : ils sont tous du masculin, et propres par conséquent à exprimer quelque chose de précis, un fait, un résultat, quelque chose de fait , d'arrêté , d'achevé ; au lieu que leurs synonymes en ion , étant tous du féminin , marquent naturellement quelque chose de plus vague^ et de plus indéterminé , c'est-à-dire une action- ou une chose qui est en train de se faire.
Cette tendance ou cette aptitude de ment à marquer le passif . l'état, la chose fafte, est prouvée par la grande analogie de cette désinence avec la désinence ure , dont telle est effectivement la valeur : plusieurs substantifs de même radical deux à deux , et terminés , les uns en ment , les autres en ure , se ressemblent tellement pour le sens (voy. la terminaison ure et les synonymes qui s'y rapportent) , qu'on ne peut les distinguer que par leur plus ou moins de noblesse ; tant il est difficile de rattacher à la terminaison des uns et à celle des autres une nuance d'idée particulière. Et ce rapport entre les deux terminaisons ment et ure n'est pas sans conséquence , il s'en faut bien , sur le sens des substantifs en ment : il leur donne souvent relativement aux substantifs en ion une position analogue à celle des substantifs qui n'ont pas de terminaison significative à l'égard des substantifs qui en ont une , telle que ment , ion , ure , âge, etc.
RENONCIATION , RENONCEMENT. La désappropriation est l'effet de l'un et de l'autre.
Mais l'un marque une action extérieure, et l'autre un acte intérieur, ce La renonciation , dit Condillac, se fait aux choses auxquelles on a droit , et le renoncement se fait aux choses pour lesquelles on a de l'attachement.»
La renonciation est un acte public , solennel , une déclaration de désistement, ce Henri II (d'Angleterre) renonça solennellement à tous les droits de la monarchie qu'il avait soutenus contre Becket. Les Anglais condamnent cette renonciation.» Volt, ce II en coûta à ce malheureux prince (Christiern III) une renonciation expresse aux couronnes de Danemark, de Suède et de Norvège. » Vert, ce Quand un Genevois veut quitter tout à fait sa patrie pour aller s'établir en pays étranger.... Il est vrai qu'ordinairement cette renonciation n'est pas solennelle. » J. J. ce Ce traité ne devait avoir son entier accomplissement que lorsque les deux rois auraient envoyé à Bruges ,