PREMIÈRE PARTIE
D'autre part , le sens étymologique de rive n'étant pas altéré comme celui de rivage , par une terminaison significative, et d'ailleurs la rive étant étroite de sa nature , une ligne mathématique , pour ainsi dire , ce mot s'applique plutôt aux rivières et aux ruisseaux, au lieu que rivage s'emploie de préférence en parlant de la mer. « Tous les rois des Amorrhéens qui habitaient la rive occidentale du Jourdain , et tous les rois cananéens qui possédaient les rivages de la grande mer (Méditerranée) , ayant appris que le Seigneur avait séché le Jourdain , eurent le cœur dissous.» Volt. ,
COQUILLE, COQUILLAGE. Enveloppe dure et calcaire des mollusques testacés , tels que les limaçons et les moules.
La coquille est simple ; le coquillage , artistement travaillé . a une forme plus variée. Montaigne aime à voir Scipion « nonchalamment et puérilement baguenaudant à amasser et choisir des coquilles. » « Ce que nous voyons de plus ingénieux parmi les animaux sont les réservoirs des fourmis , les coquillages des limaçons , etc. » Boss. Coquillage est un terme pittoresque.
Des coquilles se considèrent par rapport à leur nombre ; elles se comptent. « Je crois voir un enfant sur le rivage , amassant des coquilles , jusqu'à ce qu'accablé de leur multitude , il finisse par tout jeter. » J. J. Des coquillages sont toutes sortes de coquilles, des coquilles de toute grandeur, de toute couleur et de toute forme, a Les sauvages se parent déplumes et de coquillages.-» J. J. « Une couche de giaise parsemée de coquillages formait le lit des ruisseaux. » Id.
LANGUE, LANGAGE. Système de signes à l'aide desquels on exprime ses pensées et ses sentiments.
Le langage est plus compréhensif que la langue: il y a le langage des yeux , celui des gestes ou le langage par signes ; le langage se sert de tout pour exprimer les pensées. La langue est le langage oral , elle n'emploie que la parole. « Le langage , dit Condillac , d'accord avec Beauzée sur ce point , est l'art de communiquer ses pensées ; le langage des sons articulés se nomme langue. » Le langage comprend , pour ainsi dire , toutes sortes de langues.
Toutefois , dans une acception dérivée , ce mot , à la différence de celui de langue , se prend pour une espèce ou manière de parler, de se servir de la langue : votre langage me déplaît ; voilà un singulier langage. « Les Bedas ne parlent pas la langue de Ceylan, et leur langage n'a aucun rapport avec toutes les langues des Indes. » Buff. a Ducerceau a mêlé à la langue épurée de son siècle le langage marotique , qui énerve la poésie par sa malheureuse facilité. » Volt. C'est qu'alors , bien qu'à base purement nominale, langage se rapporte à celui qui parle, à l'ouvrier qui se sert de la langue et à la forme qu'il donne au discours. C'est une nuance que nous avons déjà trouvée aux mots herbage , laitage , pâturage et coquillage , quoique leur base ne soit pas non plus verbale , excepté celle de pâturage.
De celte seconde différence en découle une troisième : comme le corps, la langue est quelque
chose de constitué , de reconnu , qui a une forme fixe ; au lieu que le langage, comme la corporation , est quelque chose qui aspire à être ce qui est marqué par le radical, c'est-à-dire ici une sorte, une façon ou une manière de langue, ce Je commence à m'apercevoir que le langage du pays (de Valence) est un langage mêlé d'espagnol et d'italien , deux langues que j'entends assez bien. » Rac.
BANDE, BANDAGE. La bande et le bandage servent à envelopper certaines parties du corps et à les contenir dans un certain état.
La bande est simple , le bandage compliqué et fait avec art ; en telle sorte que la bande entre dans la composition du bandage. Bande appartient à la langue commune ; bandage est plutôt un terme de l'art chirurgical.
ce Les Égyptiens enveloppent le corps (mort) avec des bandes faites de fin lin. » Buff. ce Bacchus avait une couronne d'or composée de pampres et ornée de certaines bandes blanches qui l'environnaient de tous côtés. » Roll. « Des chaussures anciennes avaient une ou plusieurs semelles au-dessous du pied, et des bandes qui liaient le pied nu par-dessus. » Id. — ce A peine l'enfant est-il sorti du sein de la mère , qu'il est entouré de linges et de bandages de toute espèce. » Buff. ce A la Chine , quand une fille a passé l'âge de trois ans, on lui casse le pied, et on l'enveloppe de plusieurs bandages jusqu'à ce qu'il ait pris son pli. » Id. ce Alexandre , ôtant le bandage et l'appareil de sa plaie , fit voir sa jambe sans témoigner la grandeur de son mal. » Roll.
TRICOT , TRICOTAGE. Sorte de tissu, fait en mailles.
Tricot n'y ajoute aucune idée accessoire et ne fait considérer la chose que par rapport à ses qualités intrinsèques. Tricotage rappelle l'action de tricoter , l'habileté du tricoteur , et les qualités du tissu qui résultent de la main-d'œuvre. Un tricot est de laine ou de coton , et le tricotage en est lâche ou mal fait. En un mot , le tricot diffère du tricotage de même que le tissu de la tissure.
Pareillement, la grille, outre qu'elle est plus simple ou moins compliquée que le grillage , ne se rapporte pas comme lui à l'art ou à l'industrie de l'ouvrier qui l'a faite , mais uniquement à sa destination.
Entre treille ettreillage la différence est encore plus, marquée : la treille est , dans un berceau de ceps de vignes , ce qui est donné ou fourni par la nature , et treillage désigne proprement la partie qui est due à l'art humain , à l'industrie du treillageur. ce Les beaux treillages bien sculptés ! » J. J. ce Des treillages façonnés en corbeilles et en berceaux. » Ma rm.
CAHOT, CAHOTAGE. Espèce de saut que fait une voiture en roulant sur un chemin pierreux ou mal uni.
Le cahotage est une suite ou une répétition de cahots; c'est un mouvement fréquent qui se fait par cahots ou qui est causé par les cahots. Le cahot produit une seule secousse , le cahotage en produit de continuelles : l'un fait verser, l'autre fatigue.
En outre, celui-là est pour l'idée, celui-ci pour le fait : je n'aime pas le cahot des voitures;
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
le canotage de cette voiture m'a brisé. C'est toujours la différence à' aboi à aboiement; d'acte à action , etc.
CAQUET, CAQUETAGE. Babil, grande abondance de paroles inutiles.
Caquet est absolu , et caquetage relatif à l'action de caqueter. Dire qu'un bomme n'a que du caquet, c'est le caractériser en lui-même; dire qu'il n'a que du caquetage , c'est f&re songer au bruit qu'il fait en parlant , à l'effet qu'il produit sur les autres. On a le caquet bien affilé , on rabat le caquet de quelqu'un ; et dans ces locutions caquetage serait impropre , parce qu'il n'exprime rien de constant , d'absolu , parce qu'il est pour le fait et non pour l'idée. — a L'idée d'admettre un tiers dans les secrets caquetages de deux femmes ne t'a pas révoltée. » J. J. « Y at-il de la politesse à étourdir tout le monde d'un vain caquet? » Id. — « Lorsque les perroquets sont rassasiés , ils font un caquetage continuel et bruyant. » Buff. « Linnaeus compare le ramage du lagopède à un caquet babillard et à un rire moqueur, » Id.
On appelle caquets, au pluriel, des discours futiles, des propos malins sur le compte d'autrui ; et , dans ce sens , caquetage est un nom collectif qui équivaut à caquets , toujours avec cette différence que les caquets se qualifient en eux-mêmes ou par rapport à leur nature , et le caquetage par rapport au fait, au bruit, à la manifestation, à l'éclat.
BARAGOUIN, BARAGOUINAGE. Langage corrompu et inintelligible.
Le baragouin est en quelque sorte une langue : on parle baragouin. Baragouinage en désigne l'expression. Toute langue étrangère est un baragouin pour qui ne la connaît pas; notre propre langue peut devenir un baragouinage dans la boucbe de celui qui, en parlant, confond ou embrouille les mots. Le baragouin , c'est le fond, c'est la chose; le baragouinage , c'est le fait de sa manifestation : on ne comprend rien au baragouin d'un bomme dont on écoute le baragouinage , ou dont le baragouinage étourdit, fatigue, impatiente.
PART, PARTAGE. Portion d'un tout qui échoit î quelqu'un.
Partage (partent agere) est le résultat de l'action de partager ; il suppose une distribution : on a et on prend part , et non partage , à quelque chose ; mais on a , on reçoit en partage , une chose tombe en partage. La part se considère par rapport à la chose , et partage par rapport à l'événement qui la fait échoir à tel ou tel.
En parlant d'un objet qui me revient, je dirai également : voilà une belle part, et voilà un beau partage; la première expression sera relative à l'objet, et la seconde au sort, à l'accident qui me l'assigne exclusivement à tout autre. D'un tout on fait deux , trois , six parts , et chacune devient le partage de quelqu'un.
Part se rapporte davantage, non-seulement à la chose , mais aussi au tout auquel tenait la part , et partage se rapporte , non-seulement au fait , mais encore à la personne qui reçoit la part distribuée : la témérité est le partage de la jeunesse.
DÉBÂCLE, DÉBÂCLAGE. Ils donnent l'idée d'un embarras ôté , surtout en parlant d'un port qu'encombraient des bateaux.
Dans débâcle le fait est présenté en lui-même : la débâcle permet de se mouvoir librement ; dans débâclage il est considéré par rapport à l'action : des règlements prescrivent le débâclage à certaines époques, et l'on donne tant aux ouvriers pour cette opération. Le débâclage a tellement pour caractère l'activité, qu'il est toujours le fait volontaire de l'homme ; au lieu que la débâcle est souvent involontaire , fatale , inattendue : telle est la débâcle d'une rivière couverte de glace. — La différence revient donc à celle de treille et de treillage.
LABOUR, LABOURAGE. Tous deux donnent l'idée du remuement de la terre fait pour la rendre fertile.
Mais le labour se considère absolument, en soi , par rapport à la terre seule et indépendamment de l'action effective de labourer. On donne à une terre un ou deux labours; un labour est léger , superficiel, profond. « La terre de Labrador est ainsi nommée , parce que le labour y est ingrat.» Volt. « Souvent les grains de fer se montrent par le labour à quelques pouces de profondeur. » Buff. « Est-il bien prouvé que vingt-cinq mille hommes vigoureux soient plus utiles avec deux sceaux qu'ils ne le seraient au labour? » Beaum.
Labourage, au contraire, fait penser à l'action de labourer , à l'opération , à la peine , au salaire de l'ouvrier qui laboure , à la saison où on laboure ; en un mot , à tout ce qui concerne l'art du labourage et sa pratique. L'art , le temps , les instruments du labourage; s'occuper de labourage; surveiller, payer le labourage de ses terres, ce Le labourage mis en honneur a adouci les peuples farouches. » Fén. « La promenade se dirigea vers le coteau , d'où nous jouîmes du spectacle du labourage. » Marm. a Dans un dialogue qui a pour titre Hier on , Xénophon montre quel avantage ce serait pour un Etat si le prince était attentif à récompenser ceux qui excelleraient dans le labourage et dans la culture des terres. » Roll.
COEUR, COURAGE. Disposition de l'âme opposée à la crainte.
Le premier de ces mots sert à caractériser un sujet en soi , intrinsèquement , et le second à le faire connaître extérieurement, comme, ouvrier, par ses actions.
C'est ainsi que Girard les distingue: a Le cœur, dit-il , bannit la crainte et la surmonte ; il ne permet pas de reculer et tient ferme dans l'occasion: le courage est impatient d'attaquer ; il ne s'embarrasse pas de la difficulté , et entreprend hardiment. Le cœur soutient dans l'action ; le courage fait avancer. »
On a du cœur ou on en manque : on signale son courage , on combat avec courage, ce Nos pères croyaient que celui qui ne se venge pas n'a point de cœur; ils ne faisaient pas attention que c'était faire un usage pernicieux du courage que de l'employer à la destruction du genre humain. » Vauv. L'homme de cœur se conduit avec courage , se distingue par des traits de courage.
OEUVRE, OUVRAGE. Ce qui résulte d'un travail.