‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 238 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance. Et Camille , dans Horace , à Sabine qui lui apprend que le combat est différé :

Et tout l'allégement qu'il en faut espérer,

C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

Allégeance est vieux; on en trouve quelques rares exemples dans Malherbe , Corneille , Molière et Lafontaine. Il a pourtant une nuance spéciale par rapport à allégement, tout comme résonnance à l'égard de résonnement : on dit la résonnance de l'air (Desc.) , et le résonnement d'une voûte (Acad.)

Allégement n'a jamais cessé d'être usité en prose comme en vers, quoiqu'il se dise assez peu. a Quand nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection , il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source , et remonter jusqu'à l'origine , pour trouver un solide allégement. » Pasc. « Ce poids est resté jusqu'à ce jour sans allégement sur ma conscience.» J. J.

TERMINAISONS ANCE et ION.

Observance, observation. Vacances, vacations. Apparence, apparition. Adhérence, adhésion. Cohérence, cohésion. Dégénérescence, dégénération. Prédominance , prédomination. Séance , session.

Ces. terminaisons donnent toutes deux l'idée d'une action ou d'un état signifié par le verbe .radical ; avec cette différence que la première ayant évidemment le plus grand rapport avec le participe présent , tient comme lui de l'adjectif ainsi que du verbe , et , par conséquent , exprime une action plus prolongée , un état plus permanent , plus absolu , ou bien même le résultat de l'action marquée par ion.

OBSERVANCE , OBSERVATION. L'idée d'observer quelque chose de prescrit , une loi ou une règle , est commune à ces deux mots. Mais ils ne sont synonymes que quand ils se disent également en matière religieuse. Dans tout autre cas, on ne se sert que du mot observation.

Observation signifie proprement l'action d'observer, un fait particulier. « Le généreux Éléazar demeura ferme dans Y observation de la loi , malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces.» Bourd. Observance désigne l'action habituelle d'observer, la pratique. « Notre repos est dans Yobservance exacte de la loi de Dieu.» Boss. — Polyeucte devant l'autel de Jupiter se refuse à Yobservation du culte païen. « Pline , Élien et d'autres auteurs n'ont pas craint de donner aux éléphants une religion naturelle et Yobservance d'un culte. » Buff. — L'observation est d'un homme qui observe, qui fait l'action d'observer; et une action est toujours quelque chose de passager. Inobservance est d'un homme qui est observant, qui a la qualité d'être observant ; et la possession d'une qualité suppose toujours de la durée.

D'autre part, observation est un mot subjectif, qui fait penser à la personne qui agit. « La réforme se vante d'une observation étroite de l'Évangile. » Boss. « L'Église d'Auvergne a mérité

ces éloges par Yobservation plus régulière des anciennes lois. » Mass. Observance est objectif et ne se rapporte qu'à la chose observée, à la règle. « Dans un monastère Dieu est glorifié par Yobservance exacte de la règle. » Bourd.

Bien plus, observance signifie quelquefois la règle elle-même. « Dieu dicta à Moïse les observances de la religion. » Boss. « Pythagore prescrit des observances impraticables. » Barth.

VACANCES, VACATIONS. Ces deux noms pluriels marquent le temps auquel cessent les exercices publics.

Mais, l'un se dit de la cessation des études dans les écoles et dans les collèges , l'autre de la cessation des séances des gens de justice. Cette différence est fondée en raison : les écoliers ne font rien dans le temps où cessent leurs études , ils sont en vacances , c'est-à-dire dans un état de repos absolu; les gens de justice s'occupent de leurs affaires pendant qu'ils cessent de s'occuper des affaires publiques, c'est-à-dire durant les vacations , ou temps de repos relatif que la loi leur accorde. Vacances exprime donc d'une manière plus absolue et plus constante l'idée signifiée par le verbe radical , vacare , avoir du loisir ; il n'a aucun rapport à l'action.

« On ne doit pas dire vacations, ajoute Beauzée , en parlant des études , parce que ce n'est qu'une suspension accordée au plaisir. Mais on peut dire vacances en parlant des séances des gens de justice, parce que, ce temps étant abandonné à leur disposition, ils peuvent, à leur gré, l'employer à leurs affaires personnelles ou à leur récréation : dans le premier cas , ils sont en vacations; dans le second, ils sont en vacances. »

Pendant les vacances , c'est-à-dire pendant que les tribunaux vaquent , il y a une chambre des vacations , c'est-à-dire qui agit et remplit de son action ce temps de loisir. «. Les vacances de la chicane font partir bien des gens.... Je m'en vais courir en Bretagne pendant les vacances , et , à mon retour, je m'abandonnerai à toute la chicane.» Sév. — Mais on ne reste pas ainsi oisif pendant les vacations. « Mettre à profit un temps de vacations pour faire un ouvrage. » D'Ag. «Lamoignon passait les vacations à Basville ; il y méditait les discours qu'il devait prononcer à la rentrée du palais. » Roll.

APPARENCE , APPARITION. Ces deux mots qui signifient ce qui se présente aux yeux sous une certaine forme , sont très-peu synonymes , mais très-propres à faire toucher au doigt la différence des deux terminaisons.

Apparence tient de l'adjectif, c'est la qualité de ce qui est apparent; apparition tient plus du verbe , c'est la manifestation subite de ce qui apparaît. L'un est l'aspect continuel d'un objet sous la même forme, l'autre est le fait instantané, l'action de se montrer tout à coup.

ADHÉRENCE, ADHÉSION. Union , jonction d'une chose qui tient à une autre.

« Ces deux termes, dit Laveaux, s'emploient

souvent l'un pour l'autre. Cependant adhérence a

I plus de rapport à l'état, et adhésion en a davan-

' tage à la force qui produit cet état. L'adhérence

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

ne subsiste plus quand les corps sont séparés; pour les séparer, il faut vaincre l'adhésion. »

Deux objets adhèrent en vertu de la force d'adhésion , et leur union qui en résulte est l'adhérence. Les parties d'un tout ont entre elles peu ou beaucoup d'adhérence , et , si on veut les disjoindre , il faut « une force assez grande pour surmonter la force d'adhésion qui les tient unies.» Buff.

Au figuré , l'adhérence est une attache , un lien , quelque chose de souffert, par quoi on est retenu. « Les apôtres étaient capables de mouvements involontaires , et ils leur cédaient quelque chose : par exemple , saint Barnabe n'était peut-être pas sans quelque passion et sans trop d'adhérence à son sens , quand il se sépara de saint Paul au sujet de saint Marc. » Boss. Mais l'adhésion est un attachement , un acte volontaire par lequel on se joint à quelqu'un ou à quelque chose. «Les saints , en témoignage de leur pleine adhésion à la volonté de leur Dieu , s'écriaient amen. » Id. Dans son adhésion et sa soumission à l'Église , un chrétien doit se défaire de toute adhérence à son propre sentiment (Bourd.). — L'adhérence étant involontaire et par conséquent aveugle , ce mot se prend d'ordinaire en mauvaise part : adhérence à l'erreur (Boss.).

COHÉRENCE, COHÉSION. Liaison de choses qui se touchent mutuellement par tous les points.

La différence de ces mots est absolument la même que celle des deux précédents. La cohérence résulte de la cohésion ; l'une marque l'état , l'autre la force. Si les corps perdaient leur cohérence , si Dieu suspendait l'action de la force de cohésion, tout serait réduit en poussière (Buff.).

DÉGÉNÉRESCENCE , DÉGÉNÉRATION. Abâtardissement.

La dégénération mène à la dégénérescence , elle en est le commencement; c'est un progrès vers l'état marqué par ce dernier mot. Ordinairement momentanée , la dégénération ne s'étend pas à toute la race et n'atteint que quelques individus. — En médecine , on désigne plutôt par dégénération que par dégénérescence une altération qui survient dans les solides ou dans les liquides, parce qu'on la considère par rapport à sa cause.

PRÉDOMINANCE, PRÉDOMINATION. Supériorité qui consiste à se faire le plus remarquer ou sentir.

La prédominance est la qualité de ce qui est prédominant , et la prédomination est l'action de ce qui prédomine : l'un marque l'état , l'autre le fait. On dit que des objets sont en prédominance , ôt non en pre 'domination.

SÉANCE, SESSION. Temps employé par une assemblée ou par une compagnie à l'examen ou à l'expédition de ce qui les occupe.

La différence évidente de ces deux mots contredit la règle générale. La séance qui devrait, en vertu de sa terminaison, avoir plus de durée et de permanence, ne désigne, au contraire, qu'une portion du temps dont session désigne la durée entière. C'est là une de ces nombreuses anomalies que le xixe siècle a introduites dans notre langue. Auparavant session signifiait les quelques heures, le temps de chaque jour, où les membres d'un concile se réunissaient: «Innocent IV prononça contre l'empereur Frédéric II ,

deux longues harangues dans les deux premières sessions du concile de Lyon. » Volt. « On y décrète (à ce concile) , dans la vingt-quatrième session, que le lien du mariage est perpétuel depuis Adam. » Id. En transportant ce mot à nos corps délibérants , que ne lui a-t-on laissé cette signification restreinte , qui résulte nécessairement de sa terminaison?

Voltaire avait donné l'exemple de la précision à l'égard de ces deux mofs. Il avait dit, d'une part: « Les séances du parlement (jusqu'à Philippe le Bel) duraient environ six semaines ou deux mois. » Et, d'un autre côté , dans le drame intitulé Socrate, il fait dire à un juge qui se lève pour terminer la séance du jour : « Oui , oui , nous les pendrons (les géomètres) à la première session. Allons dîner.» A la première session veut dire évidemment la première fois que nous nous assemblerons de nouveau pendant quelques heures pour juger.

TERMINAISONS ANCE et TÉ.

Impuissance, impossibilité. Naissance, nativité.

La terminaison ance rappelle le verbe et l'adjectif; quand elle ne marque pas une action, mais un état, elle a toujours quelque rapport à un agent. La terminaison té ne rappelle que l'adjectif, et désigne une qualité ou un état dans un objet, sans aucun rapport à un sujet qui agit. Ensuite, quoique ces deux désinences dérivent directement du latin , la première se trouve dans notre langue plus souvent ajoutée à des radicaux français ou plutôt ayant une forme française, comme croyance , défaillance , dissemblance , prévoyance.

IMPUISSANCE, IMPOSSIBILITÉ. Tous deux expriment une certaine insuffisance de force par rapport à un effet.

« L'impuissance, dit Condillac, est dans la cause qui ne peut produire la chose ; l'impossibilité est dans la chose qui ne peut être produite. »

Mettre quelqu'un dans l'impuissance et dans l'impossibilité de faire ce qu'il veut, c'est l'en empêcher en lui suscitant des difficultés ; mais ces difficultés sont telles dans le premier cas qu'elles ne lui permettent pas d'agir ou d'agir suffisamment , et telles dans le second qu'elles rendent la chose inexécutable en soi, impossible.

NAISSANCE, NATIVITÉ. Ces deux mots expriment l'instant ou le jour où une créature humaine vient au monde.

Mais l'un, malgré sa terminaison latine , est un mot tout français , tandis que l'autre est traduit directement du latin nativitas. De là leur différence. Naissance est un terme ordinaire et commun qui s'applique indifféremment à toute créature humaine ; et nativité , un terme de rituel , consacré par l'Église pour signifier la naissance de Jésus-Christ ou de quelque saint personnage : la nativité de Notre-Seigneur , la nativité de la Vierge, la nativité de saint Jean-Baptiste.

Nativité s'est dit aussi dans le langage de l'astrologie ou par allusion à cette prétendue science. «C'est mon étoile, disent-ils, c'est mon ascendant , c'est l'astre puissant et bénin qui a éclairé

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