‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 24 sur 881 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

doués de valeurs originelles spéciales peuvent différer essentiellement et appartenir à des ordres d'idées qui ne soient point du tout les mêmes. Ceux-là, qu'on pourrait avec raison appeler synonymes grammaticaux, sont sujets à des règles générales de distinction qui obligent à les ranger en classes suivant la sorte de modification grammaticale constituant leur différence extérieure et contenant à elle seule leur différence intrinsèque : ceux-ci, les synonymes étymologiques ou à radicaux divers, se distinguent chacun à sa manière en vertu du sens primitivement attaché à son radical, et, au lieu de pouvoir, comme les précédents, entrer dans un traité méthodique, ils n'ont place que dans un dictionnaire proprement dit où ils se trouvent seulement distribués en familles en raison de leur signification commune.

J'insiste sur cette opposition, parce qu'elle est fondamentale et qu'elle seule justifie l'un des principaux changements que j'ai apportés dans les travaux relatifs aux synonymes. Il consiste à avoir retiré du dictionnaire des synonymes, tel qu'il était avant moi, tous les synonymes grammaticaux pour les soumettre à des règles générales de distinction qu'ils servent eux-mêmes à établir dans une science inductive, science nouvelle , quoique déjà pressentie et préparée par des essais partiels antérieurs, certaine dans ses résultats comme dans ses procédés, et voisine de la grammaire à laquelle elle renvoie encore plus de lumière qu'elle ne lui en emprunte.

IV. Méthode à suivre pour rendre leur valeur, propre aux mots prétendus synonymes.

Le caractère commun à tous les synonymes est contenu dans leur définition : ils semblent avoir absolument le même sens , les uns d'autant plus qu'ils n'ont qu'un seul et même radical, les autres quoiqu'ils aient des radicaux divers. Il y a encore ceci de commun à tous, que les philologues qui s'appliquent à l'étude des uns ou des autres admettent également que cette identité n'est que partielle et relative : d'où il suit qu'elle a des degrés, et que plus elle approche ou paraît approcher de l'identité entière et absolue, plus les mots sont synonymes, plus par conséquent il devient nécessaire de mettre entre eux un certain intervalle.

Y a-t-il des mots tout à fait synonymes ou n'y en a-t-il pas? Problème placé au point de départ de ces recherches et dont la solution intéresse leur existence même. Aussi Girard n'a pas manqué de se le proposer d'abord. Il ne pouvait hésiter à le résoudre dans le sens négatif. Son opinion sur ce point avait été celle de Fénelon, et, après Girard, elle devint celle de Dumarsais, de Blair et d'un grand nombre de'philologues, notamment de la plupart de ceux qui sur ses traces ont parcouru la même carrière.

Toutefois la question a besoin d'un nouvel examen, car elle en contient trois particulières qui n'ont point été démêlées et qui doivent l'être, si l'on veut avoir sur ce point une doctrine précise.

1° Une langue doit- elle avoir des mots absolument synonymes? Personne n'oserait l'affirmer à moins qu'il ne confondît la superfluité avec l'abondance. En

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