TERMINAISON ERIE
Fourbe, fourberie. Rêve, rêverie. Brouille, brouillerie. Chicane, chicanerie. Pointillé, pointillerie. Tracas, tracasserie. Lésine, lésinerie. Caquet, Caqueterie. Vol, volerie. Tapis, tapisserie. Hôtel, hôtellerie.
La terminaison erie est toute française, et quand elle s'ajoute à une base verbale , ce qui arrive presque toujours , elle marque l'action de faire ce qui est signifié par le verbe, ou le résultat de cette action. Elle est d'un emploi continuel dans les arts où elle désigne le métier, la profession peu noble, peu importante, les opérations mécaniques de certains petits artisans , dont le nom se termine d'ordinaire en ier ou en er , ou bien leurs ouvrages , ou bien le lieu où ils travaillent. C'est ce qu'elle désigne dans les mots . bijouterie , horlogerie , bonneterie , chaudronnerie, coutellerie, draperie joaillerie , menuiserie, papeterie, serrurerie, vannerie, vitrerie, auxquels correspondent les noms de bijoutier, à'horloger, etc.
Dans le sens moral , dans celui où principalement les noms de cette désinence trouvent des synonymes , erie exprime un exercice répété , un défaut dont on a l'habitude , dont on fait profession , comme la bavarderie , la bigoterie , la fanfaronnerie ; en un mot, cette désinence est fréquentative.
Ensuite , les choses , actions ou habitudes , signifiées par les noms en erie , ont un caractère évident de petitesse et ne sont représentées que d'une manière affaiblie , si bien que cette terminaison est diminutive ou atténuative , en même temps que fréquentative. Une pierrerie est une pierre , ou plutôt une espèce de pierre très-petite ; nous disons , une espèce de pierre , parce que la pierrerie n'est pas proprement une pierre, elle tient seulement de la pierre , elle ressemble à la pierre. Ce double caractère convient tellement à la désinence erie , qu'elle termine beaucoup de radicaux déjà par eux-mêmes fréquentatifs et diminutifs à la fois. Exemples : cachoterie-, chuchoterie , picoterie , verroterie , marqueterie , criaillerie , piaillerie, tiraillerie, pointillerie.
Enfin , les substantifs terminés de cette façon sont généralement familiers, leurs synonymes ne l'étant pas; ou ils le sont, tout au moins, plus que ces derniers : volerie , chicanerie , pillerie , badinerie présentent ce caractère , dont leurs synonymes vol , chicane , pillage , badinage , ne sont pas revêtus. « La terminaison erie , dit Roubaud , est souvent renvoyée au style familier , pour désigner quelque chose de commun, de petit, de léger, de futile, de frivole, de ridicule. »
Comparés à des synonymes à terminaisons indifférentes , les substantifs en erie doivent marquer quelque chose de plus petit , de plus faible , de moins important et de plus familier. — Mais . en outre , ils doivent en différer à peu près comme tous les substantifs dans lesquels la terminaison modifie le sens. Les noms sans terminaisons signi • ficatives sont dépositaires de l'idée prise absolument , ils la représentent tout entière , sans particularisation, sans indétermination, directement;
les noms en erie , au contraire , la présentent comme un trait ou un tour , une action particulière, un cas spécial, ou ils l'expriment d'une manière affaiblie et approximative. De sorte que sous ce rapport les noms en erie peuvent être considérés comme la menue monnaie de leurs synonymes sans terminaisons significatives. Et s'il était besoin de prouver que les uns sont relatifs et les autres absolus , il suffirait de remarquer que les uns s'emploient plus volontiers avec l'article indéfini , un , une , et que les autres s'emploient également bien avec l'article défini le , la : une volerie, une lésinerie, une chicanerie ;le vol , la lésine , la chicane. — Ensuite , les noms à terminaison indifférente sont abstraits et passifs , et leurs synonymes en erie concrets, représentatifs et actifs ; ceux-ci rappellent un agent et son opération.
FOURBE, FOURBERIE. Action de tromper ou disposition à tromper d'une manière subtile ou basse et odieuse.
La fourberie est moins importante , elle a des conséquences moins graves. Mais ce qui la distingue par-dessus tout , c'est qu'elle est particulière et relative; elle est particulière, c'est-àdire qu'elle exprime un tour , un trait , une action particulière du fourbe ; elle est relative, c'est-à-dire qu'elle ne concentre pas en elle toute l'intensité , toute la force du vice , et c'est pourquoi l'Académie la définit avec raison , une tromperie qui tient de la fourbe. Il en est de même de bourgade et de marécage par rapport à leurs radicaux bourg et marais; ils expriment l'idée commune d'une manière approximative , comparative et indéterminée , au lieu que cette idée se trouve compacte , concentrée et nette dans les radicaux Ordinairement la fourbe est le caractère dominant et invariable du fourbe consommé; et les fourberies sont ses tours, ses manières de tromper.
Quand les deux mots signifient la disposition à tromper , la fourbe marque le produit essentiel du caractère , et la fourberie l'état habituel de celui qui en fait métier, c'est-à-dire un défaut qui est moins concentré , moins odieux , qui consiste plus dans les actes , et qui tient seulement, de la fourbe. La fourbe est noire et détestable. Mathan a été nourri dans la fourbe et dans la trahison (Rac).
Des malheurs qui sont sortis De la boîte de Pandore, Celui qu'à meilleur titre tout l'univers abhorre , C'est la fourbe à mon avis. Laf.
La fourberie est ingénieuse et malicieuse : c'est, suivant Labruyère , la réunion du mensonge et de la finesse ou de la malice : c'est , par exemple , l'industrie coupable de certains valets fripons qui savent attraper de l'argent à leurs maîtres.
Qui peut e\i fourberie être aussi fort que toi ? dit Lisette à Crispin dans le Légataire.
Quand les deux mots se disent d'une action particulière, fourbe s'emploie plutôt en matière grave. « Le mage Smerdis régna quelque temps sous le nom de Smerdis , frère de Cambyse : mais sa fourbe fut bientôt découverte. » Boss. Ensuite la fourbe est profonde , impénétrable , et quelquefois atroce. « Néron donne ordre d'empoisonner Bri-