‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 248 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tannicus ; mais avec quel sang-froid odieux et cruelle fourbe réfléchie ! » Lah. « La réunion de la fourbe la plus profonde et de la scélératesse la plus noire forme le caractère. d'Atrée; » 1d. Mais la fourberie est plus légère et plus innocente-, fourberie est un terme comique plutôt que tragique. On dit une petite fourberie (Regn.). « Crispin rival de son maître , pièce de Regnard , n'est qu'une fourberie de valet déguisé , qui veut escroquer une dot. » Lah. Dans le- caractère des Romains on remarquait « un éloignement déclaré des petites ruses, des déguisements, des fourberies. » Roll. « Les plus grandes affaires de l'État, • à Rome , ne se décidaient qu'en conséquence desauspices et des augures , où il entrait mille fraudes et mille fourberies. » Id. Sans doute les fourberies de Scapin , ne sont pas seulement , commfr il les appelle , des gentillesses d'esprit et des galanteries ingénieuses; mais enfin elles ne sont pas aussi criminelles que les fourbes.

Ajoutez que la fourbe se considère en elle-même , et la fourberie par rapport à l'agent , et à sa manière d'agir. «Il n'y a jamais eu d'homme que l'on pût accuser de fourberie avec moins de raison que Moïse.» Mal.

RÊVE, RÊVERIE. Action ou état de celui qui rêve , qui abandonne son imagination à elle-même.

La rêverie est une espèce de rêve , tient du rêve , mais n'est pas tout à fait rêve. Le rêve a lieu pendant la nuit, et dans le rêve on renonce absolument à. la direction de ses pensées : la rêverie se passe pendant la veille , et dans la rêverie- nous exerçons encore sur notre esprit quelque influence ; ce n'est qu'un rêve relatif, incomplet, passager. «Rêverie, suivant Condillac, se dit de ces pensées sans ordre auxquelles l'esprit se livre quelquefois par amusement, par délassement, ou parce qu'il est occupé de quelque passion qui l'inquiète. » « On rêve également, ditRivarol, et quand on dort et pendant la veille; ce dernier état est celui d'un homme qui , selon l'expression vulgaire , bat la campagne. Ces deux époques de la vie, l'une de rêve pendant le sommeil, et l'autre d'aberration dans la veille ont cela de semblable , qu'il y a interruption totale de commerce avec les objets extérieurs : mais à la moindre sensation , on revient d'abord à soi. Notre langue indique la relation de ces deux états , par le rapport et la différence de rêve à rêverie. »

De plus, le rêve est passif, et la rêverie active : on a un rêve , on raconte son rêve ; et on se livre; à ses rêveries. « L'un , dit Laveaux , a rapport à l'objet , l'autre à l'esprit qui s'en occupe ; l'un frappe l'esprit sans qu'il le veuille , l'autre occupe l'esprit de son consentement. » L'un est le fait d'un homme qui rêve ; l'autre est le fait d'un rêveur , d'un homme- qui a la mauvaise habitude de ne pas gouverner sa pensée pendant la veille , de se repaître de ses imaginations. L'idée de défaut s'attache plutôt à la rêverie , parce qu'elle dépend de nous en partie , parce qu'on se complaît dans ses illusions , et parce que la terminaison fréquentative du mot désigne une habitude.

Ce caractère de fréquence et de multiplicité a été bien saisi par Condillac : «Quand le moment, dit-il, arrive, qu'un malade est livré à une mul-

titude de rêves qui se succèdent, on dit qu'il tombe en rêveries. Ce mot se prend donc pour une multitude de rêves , ou pour l'état où l'on est, quand on en fait beaucoup. »

Enfin, quoique rêverie soit plus propre à marquer un défaut et la faute qu'il fait commettre, rêve signifie aussi quelquefois une chimère. Mais alors le rêve est plus considérable, plus suivi, moins indéterminé, moins l'œuvre de la pure fantaisie : le rêve du bonheur ; le rêve de l'immortalité ; le rêve de Charles-Quint était la monarchie universelle. De sorte qu'ici encore la rêverie n'est qu'une espèce de rêve, un petit rêve, un rêve affaibli , incomplet , vague , de peu d'importance; sans compter que dans ce sens rêverie ne s'emploie guère qu'au pluriel . pour signifier sans précision une foule d'idées étranges ou extravagantes : les rêveries dès astrologues ; livre plein de rêveries; débiter des rêveries pour des vérités.

Outre cela , le rêve se considère en lui-même , et la rêverie par rapport à l'esprit qui la conçoit.

BROUILLE, BROUILLERIE. L'idée- commune à ces deux mots est celle de désaccord, de- mésintelligence, de dissension.

La brouille marque la chose d'une manière-absolue, comme étant; la brouillerie la marque d'une manière relative, comme, survenant ; l'une exprime plutôt l'état, l'autre l'événement qui l'amène : il y a de la brouille dans un ménage , et il s'élève une brouillerie entre deux personnes.

La brouillerie a ensuite moins de durée et des motifs d'une moins grande importance ; elle suppose qu'on s'est brouillé pour un rien, que la haine est très-peu forte , et qu'on se raccommodera facilement. « Sophie est mal à son aise : c'est sa première brouillerie; et une brouillerie d'une heure est une si grande affaire!» J. J. « On. a admiré dans le Dépit amoureux la scène de la brouillerie et du raccommodement d'Éraste et de Lucile. » Volt.

CHICANE, CHICANERIE. Mauvaises difficultés soulevées dans une affaire, dans une querelle, dans un procès.

La chicanerie est une misérable petite chicane; elle porte sur des choses moins importantes , sur des minuties , sur des mots. La chicane a encore quelque fondement : « Que dit-on pour autoriser la supposition du Pentateuque? Rien de suivi, rien de positif, rien d'important; des chicanes sur des nombres , sur des lieux ou sur des noms.» Boss. La chicanerie n'en a aucun, elle se prend à des vétilles. « M. de Cambrai est toujours prêt à pointiller sur des mots qui ne disent rien. Où est la bonne foi parmi les hommes , si de telles chicaneries (la vérité m'arrache ce mot) sont des préjugés, et encore des préjugés décisifs? •» Boss. Pascal appelle une pure chicanerie la dispute de la Sorbonne sur le pouvoir prochain. « Quant à la difficulté proposée par les ministres (protestants), ce ne peut. être qu'une chicanerie. frivole. » P. R.— La chicanerie est d'un chicanier; la chicane d'un chicaneur.

La chicane , d'ailleurs , désigne plutôt en euxmêmes le goût et l'art , tandis qu'on appelle chicaneries les manifestations particulières de ce

goût et de cet art , ses tours , ses ruses. « La chicanerie, dit Gondillac, est une action, un procédé , qui est l'effet du goût pour la chicane. » La chicane emploie des chicaneries, et ce dernier mot a rapport à la manière dont agit celui qui chicane. «Des reproches de passion, d'aveuglement , de chicanerie dans les matières contestées.»

POINTILLE etPOINTILLERlE diffèrent de même.

La pointillerie est une mauvaise petite 'pointillé. Du reste , pointillé est français , quoique l'Académie ait cessé de l'admettre depuis 1762. «On ne peut fonder d'objections sur de telles 'pointillés. •» De se. a Les calvinistes reviennent toujours à des pointillés du raisonnement humain. » Boss. « M. de Cambrai met la perfection et la pratique de la piété dans des pointillés. s Id.

Pourquoi n'emploierait-on pas aussi vétillerie concurremment avec vétille, à l'exemple de Roilin? « Agésilas savait qu'il y a une exactitude et une sévérité qui , pour être poussée trop loin , dégénère en petitesse et en vétillerie , et qui , par trop d'affectation de vertu , devient un vice réel et dangereux. »

TRACAS, TRACASSERIE. Ces deux mots ont pour idée commune celle de contrariétés et d'embarras éprouvés ou causés.

Tracas exprime la chose en elle-même , d'une manière passive et sans rapport à un agent ; la tracasserie est un tracas produit volontairement et avec dessein de nuire. On fait une tracasserie, et' non un tracas à quelqu'un. Tracas ne se trouve guère qu'avec l'article défini , le : le tracas des affaires, du ménage, du commerce, du monde.

LÉSINE, LÉSINERIE. Basse avarice.

L'un est le vice, l'autre l'action vicieuse : la lésine, une lésiner xe: une lésinerie est une action inspirée par la lésine.

Toutefois lésinerie se dit aussi , comme lésine , en parlant du caractère : la lésinerie. Mais alors ce mot exprime moins le vice que l'habitude vicieuse ; il fait moins considérer le défaut par rapport à l'âme que par rapport à la conduite, à l'exercice , à la pratique , qui en résultent.

Réciproquement on dit aussi d'une manière relative, une lésine, comme une lésinerie; mais une lésinerie est plus petite, plus mesquine; elle porte sur des misères, c'est une économie de bouts de chandelles, elle est moins honteuse, elle tourne au comique.

CAQUET , CAQUETERIE. Ces deux mots ont en commun l'idée qu'exprime le verbe caqueter.

Mais , « la caqueterie , suivant Condillac , se dit plus particulièrement de l'action d'un caqueteur , et le caquet de la multitude de ses propos inutiles. » C'est-à-dire que l'un est relatif, actif, concret; l'autre absolu, passif, abstrait. Mais, alors que caqueterie se prend objectivement et au pluriel , pour une pluralité ou une suite de caquets , ce mot a rapport au bruit , à la manifestation ; il ne cesse pas d'être concret et représentatif.

VOL, VOLERIE. Action de s'emparer injustement de ce qui appartient à autrui.

Tôlerie est un diminutif de vol. Une tricherie , c'est-à-dire un vol commis au jeu , surtout quand

il est de peu de conséquence et sans circonstances odieuses, est une volerie (Boss. , Sév.).

D'ailleurs, volerie emporte une idée de fréquence , et s'emploie le plus souvent au pluriel et familièrement pour représenter une suite ou une répétition de petits vols. « Les Arabes du désert furent presque toujours des voleurs républicains.... Je ne veux point discuter avec vous les prépuces de Sichem et les voleries des Arabes. » Volt.

TAPIS, TAPISSERIE. Tenture , tissu de laine ou de soie qui sert à couvrir l'intérieur des appartements.

Tapis est le mot primitif, il signifie la chose en elle-même ; tapisserie est un mot dérivé , il signifie quelque chose qui ressemble au tapis , qui tient du tapis. Ce n'est pas qu'il manque à la tapisserie quelque chose pour être tapis , elle a pour cela plus qu'il ne faut. La tapisserie est une espèce de tapis, qui rappelle spécialement l'action de l'ouvrier , le travail de l'art , la fabrication et les qualités de la main-d'œuvre , et qui sert spécialement à la décoration, ainsi que la oalustrade , par exemple. De là vient que le tapis, simplement utile par lui-même , est destiné à couvrir les tables, le carreau ou le parquet d'une chambre, tandis que la tapisserie , généralement travaillée avec plus d'art , pare en même temps qu'elle couvre les murailles seulement. — « Les lits étaient couverts de tapis et garnis de coussins pour les convives. » Roll. « Pyrrhus ordonna de tenir un éléphant derrière une tapisserie pour le faire paraître quand il l'ordonnerait. » Id.

C'est parce que tapis, à la différence de tapissérie, n'a aucun rapport au travail, à la façon, à l'industrie, que de ces deux mots il est le seul qui soit applicable à des objets naturels : tapis de gazon, de mousse, etc. «Voyez ces riches tapis dont la terre commence à se couvrir dans le printemps. » Boss.

HÔTEL, HÔTELLERIE. Maison où l'on reçoit les voyageurs et les étrangers.

Hôtel est le mot primitif; il exprime absolument l'idée que le mot dérivé hôtellerie désigne en l'affaiblissant. Vhôtellerie a moins de grandeur et d'importance que Y hôtel; elle reçoit les personnages les plus vulgaires ; c'est une auberge. « Un fils de Masinissa , nommé Misagène , ayant été porté par une tempête à Brunduse , où il était resté malade, on lui envoya le questeur L. Stertinus, qui fut chargé de lui louer un hôtel dans cette ville , de lui fournir abondamment tous les secours dont il aurait besoin , et de lui préparer des vaisseaux pour le conduire sûrement en Afrique. » Roll. « Le long de ce canal, Pompée fit bâtir des hôtelleries dans les endroits où les traites le demandaient , afin que les passagers y pussent trouver le couvert et les commodités nécessaires pour eux et pour leurs bêtes. » Id.

Ensuite , on descend à l'hôtellerie , et on loge à Y hôtel : l'une est un pied à terre , l'autre un séjour habituel ; dans l'une entrent des voyageurs qui ne demeurent que quelques jours , dans l'autre on reçoit des étudiants et toutes sortes de gens sans ménage. « Là demeurait Cogollos , dans un fort bel hôtel. » Les. « Tout ce que j'ai broché

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